PANAMÁ
Nom officiel | République du Panamá |
Chef de l'État et du gouvernement | José Raúl Mulino - depuis le 1er juillet 2024 |
Capitale | Panamá |
Langue officielle | Espagnol |
Population | 4 458 759 habitants(2023) |
Superficie | 75 320 km² |
Article modifié le
Ancienne province colombienne, le Panamá obtient son indépendance en 1903 à la suite de la politique menée par les États-Unis pour creuser et exploiter un canal permettant le transport des marchandises par voie maritime, sans rupture de charge, entre les océans Pacifique et Atlantique. L'existence du canal va structurer la vie de ce pays de petite superficie (75 517 km2), où le relief est montagneux, où les côtes et les régions frontalières, marquées par un climat tropical humide, sont d'accès difficile. De ce fait, la population (3,23 millions d'hab. en 2005) se concentre dans la partie centrale, le long du canal et, en particulier, dans la capitale, Panamá. Pendant tout lexxe siècle, les États-Unis maintiennent une enclave territoriale et militaire (la « zone du canal de Panamá ») et gèrent pour leur propre compte cette infrastructure. Longtemps, les élites du pays se sont accommodées de cette situation dont elles tiraient avantage. Elle a, néanmoins, été à la base de l'affirmation du nationalisme panaméen. De 1968 à 1981, le pays est gouverné par le général Omar Torrijos qui, par une politique étatique forte, entend donner à son pays une pleine souveraineté. Il obtient, en 1979, par la signature des traités Carter-Torrijos, la programmation de la cession du canal pour décembre 1999. Pourtant, les relations avec les États-Unis se dégradent dans les années 1980, alors que le pays est sous l'influence de Manuel Noriega. La crise se termine avec une intervention armée des États-Unis en 1990. Depuis lors, les gouvernements civils se succèdent. Les bénéfices tirés du canal, et plus largement de la place financière et bancaire internationale qu'est devenue la capitale Panamá, permettent au pays d'afficher des résultats économiques plus performants que les autres pays de la région. Si la pauvreté est moins répandue, les ressources demeurent néanmoins inégalement réparties.
Géographie
Le Panamá est un petit État (75 517 km2) de l'Amérique centrale, situé entre leCosta Rica à l'ouest et laColombie à l'est. Il occupe la partie la plus étroite de l'isthme, à la charnière de l'Amérique du Sud, et présente la forme d'un S couché, de 725 kilomètres de longueur et 50 kilomètres de largeur seulement dans sa partie la plus étroite (entre le golfe de San Blas et l'estuaire du río Chepo) et 190 kilomètres de large au maximum à la hauteur de la péninsule d'Azuero, séparant la mer des Caraïbes au nord et l'océan Pacifique au sud.
Un isthme tropical entre deux océans
L'épine dorsale de l'isthme est constituée par la cordillère de Tabasará à l'ouest (volcan Barú ouChiriquí à 3 475 m, point culminant du pays), ainsi que par la cordillère de San Blas et la serranía du Darién à l'est, plus basses (Cerro Tacarcuna 1 875 m). De nombreux fleuves mineurs naissent sur leurs versants. Les deux plus importants sont le río Tuira qui se jette dans le golfe de San Miguel (Pacifique) et le río Chagres qui se déverse aujourd'hui dans le lac Gatún. En effet, la dépression tectonique qui occupe la partie centrale du pays a été utilisée pour le percement du canal, et celui-ci a nécessité l'immersion d'une zone importante avec l'apparition de ce lac de 425 kilomètres carrés. Du point de vue géologique, l'isthme panaméen est caractérisé par sa jeunesse. Les cordillères sont formées de sédiments plissés et de massifs volcaniques ; elles sont bordées par des plaines littorales d'origine sédimentaire – étroites sur la côte caraïbe, plus ouvertes sur celle du Pacifique – au large desquelles émergent de nombreuses petitesîles (archipels des Perles, de San Blas, de Bocas del Toro).
Le Panamá jouit d'un climat tropical humide. La température moyenne annuelle oscille entre 26 et 28 0C dans les régions côtières et s'abaisse en altitude. La saison sèche (l'été) s'étend de janvier à avril. Les précipitations abondantes ont lieu surtout de mai à décembre (l'hiver), mais l'isthme panaméen, par sa position géographique, échappe auxcyclones qui dévastent l'Amérique centrale. La topographie introduit des variations notables : la façade caraïbe est plus arrosée (plus de 3 000 mm par an) que la côte pacifique (moins de 2 000 mm). Cette dernière a été le foyer de peuplement, alors que l'insalubrité (fièvre jaune et malaria) liée à la chaleur et à l'humidité a longtemps rendu inhospitalière la côte caraïbe.
Malgré l'exiguïté du territoire, les contrastes topographiques et climatiques créent des écosystèmes extrêmement variés (mangroves côtières, savanes et forêts tropicales humides) qui renferment une faune et une flore d'une très grande diversité. Celles-ci font l'objet d'une politique de conservation par la création de parcs nationaux, dont les deux plus grands sont le parc de la Amistad à lafrontière costaricienne et le parc du Darién à la frontière colombienne.
La mosaïque ethnique panaméenne
La population du Panamá s'élève à 3,23 millions d'habitants, selon les estimations de 2005. Elle ne comptait que 336 742 habitants lors du premier recensement de 1911, ce qui signifie qu' en un siècle la population a presque décuplé. L'explosion démographique s'explique avant tout par la chute du taux de mortalité (4,2 ‰ en 2004), obtenu grâce à l'amélioration des conditions sanitaires ; et par le maintien du taux de natalité à un niveau assez élevé (19,8 ‰ en 2004). Le rythme de croissance se ralentit cependant (1,8 % par an, entre 2000 et 2005) et la structure par âge, jusqu'à présent très jeune, commence à accuser un vieillissement : on compte 6 % de Panaméens de plus de 65 ans et 32 % de moins de 15 ans en 2000 (contre 34,8 % en 1990).
La spécificité du Panamá réside dans sa très grande diversité ethnique. Le pays compte une majorité de métis (Mestizos), d'Espagnols et d' Amérindiens, mais ces derniers (Indígenas) forment un groupe important évalué, en 2000, à 285 231 personnes, soit 10 % de la population nationale. Les ethnies les plus représentées sont les groupesGuaymí (ou Ngöbe-Buglé, 186 000 personnes en 2000), qui vivent dans la cordillère occidentale du pays, et les Kuna (62 000), sur la côte caraïbe de San Blas et dans la forêt orientale du Darién. Entre 1953 et 2000, l'État panaméen a concédé aux populations indigènes la création progressive de cinqcomarcas, territoires bénéficiant d'une certaine autonomie politique et administrative. La mosaïque ethnique s'enrichit également de Noirs antillais, descendants des ouvriers amenés pour la construction du canal qui représentent, selon les estimations, 14 % de la population, et d'Asiatiques – principalement des Chinois – arrivés après la Seconde Guerre mondiale (les estimations oscillent entre 2 et 4 %).
La population, aujourd'hui en majorité urbaine (57,6 % en 2000), est inégalement répartie : elle se concentre au centre du pays sur le corridor transisthmique qui relie les deux plus grandes villes, la capitale Panamá (708 000 hab. dans le district en 2000 ; et 1,2 million dans l'agglomération) et Colón (174 000 hab.) ; ainsi que sur le versant pacifique de la partie ouest du pays (provinces deCoclé, Veraguas et Chiriquí).
Les traits d'une économie extravertie
Sur le plan économique, le Panamá est, après le Costa Rica, le pays le plus prospère de l'Amérique centrale. Il bénéficie d'une économie dollarisée (le balboa est à parité fixe avec ledollar américain) et d'une vie politique stable depuis 1989. La croissance économique, qui avait été affectée par leblocus imposé par les États-Unis avant 1989, puis par les crises latino-américaines de la fin des années 1990, a repris et atteint 6,5 % en 2005. Elle ne profite cependant pas à l'ensemble de la population : 40 % des Panaméens vivent encore au-dessous du seuil de pauvreté (les Indiens en premier lieu) et le chômage et le sous-emploi se maintiennent à des niveaux élevés, favorisant la progression du secteur informel.
Par sa situation géostratégique exceptionnelle, le Panamá est un cas à part en Amérique centrale, son économie est largement orientée vers le secteur tertiaire, qui contribue à plus de 75 % du P.I.B. La principale source de revenus de l'État repose sur le canal interocéanique et les activités qui lui sont liées. Le terme du processus de rétrocession en 1999 a eu des conséquences importantes pour l'économie panaméenne. Certes, les profits engendrés par la vente de biens et de services aux Américains de la Zone du canal ont disparu mais, en contrepartie, le gouvernement panaméen qui, jusque-là, ne recevait qu'une rente annuelle versée par les États-Unis, perçoit désormais directement les taxes de transit du canal. L'organisme gouvernemental responsable de la gestion du canal doit cependant assumer aujourd'hui les coûts de la modernisation et de l'élargissement rendus nécessaires pour éviter la saturation et accueillir des navires de plus grande taille.
Cette manne est complétée par l'activité de la zone franche de Colón, créée en 1948 à l'entrée atlantique du canal, qui est la deuxième du monde après celle deHong Kong. Le Panamá possède également la deuxième flotte marchande du monde grâce au système des pavillons de complaisance, et un centre bancaire international qui bénéficie d'avantages fiscaux.Le caractère extraverti et très dépendant de la conjoncture et du commerce internationaux constitue, cependant, une fragilité pour l'économie du Panamá et un obstacle à la création d'alternatives productives qui ne soient pas liées au canal.
Le secteur industriel se limite à des industries légères de transformation (agro-alimentaire, confection, matériaux de construction), implantées sur l'axe transisthmique central et, dans une moindre mesure, vers l'ouest, le long de la route panaméricaine.
La concentration des activités dans le cœur économique du pays, entre Panamá et Colón, innervé par le canal, par une autoroute et une voie ferrée, contraste avec le reste du pays encore rural et mal intégré : deux ponts seulement permettent de franchir le canal, le pont des Amériques et le pont du Centenaire inauguré en 2004, et aucune route carrossable ne relie la Colombie, l'ouverture du dernier tronçon manquant de la panaméricaine dans la forêt du Darién étant sans cesse reportée.
L'activité agricole ne représente plus que 6 % environ du P.I.B. L'agriculture d'exportation produit principalement de la banane, de la canne à sucre, du café, mais aussi de la palme africaine, dans de grandes plantations. Les produits destinés au marché intérieur sont le riz, le maïs, les haricots et l'élevage bovin, important dans l'ouest du pays, tandis que le secteur de la pêche est surtout destiné à l'exportation (culture de la crevette). Enfin, l'exploitation des forêts produit différentes variétés de bois, notamment l'acajou.
Suivant l'exemple de son voisin costaricien, le Panamá mise davantage sur l'ouverture autourisme international. Les paysages sauvages (côte et îles caraïbes, forêts orientales) mais aussi la visite du célèbre canal en constituent les points forts.
— Lucile MÉDINA-NICOLAS
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Écrit par
- David GARIBAY: maître de conférences en science politique à l'université de Lyon-II-Lumière
- Lucile MÉDINA-NICOLAS: professeur agrégée de géographie, université de Montpellier-III
- Alain VIEILLARD-BARON: professeur au lycée franco-mexicain de Mexico
- Encyclopædia Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis
Classification
Médias
Autres références
PANAMÁ,chronologie contemporaine
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AMÉRIQUE(Structure et milieu) - Géologie
- Écrit parJean AUBOUIN ,René BLANCHET ,Jacques BOURGOIS ,Jean-Louis MANSY ,Bernard MERCIER DE LÉPINAY ,Jean-François STEPHAN ,Marc TARDY etJean-Claude VICENTE
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Comprenant l'extrême sud du Nicaragua, le Costa Rica et lePanamá, l'Amérique centrale isthmique possède une croûte, de nature océanique, écaillée et redoublée, épaisse de plus de 40 kilomètres. Le substratum océanique, déformé, affleure essentiellement sur sa façade pacifique, dans des péninsules...BALBOAVASCO NÚÑEZ DE(1475 env.-1519)
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Conquistador espagnol qui découvrit le Pacifique. Appartenant à la noblesse galicienne, Vasco Núñez de Balboa accompagna Rodrigo de Bastidas, explorateur de la côte colombienne et de la côte septentrionale de l'isthme dePanamá, et s'établit ensuite dans l'île d'Hispaniola...
CÉNOZOÏQUE
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...Rocheuses, initiée à la fin du Crétacé, se poursuivit durant tout le Paléogène. Plus récente, d'âge néogène, laCordillère des Andes a la même origine. L'isthme dePanamá, qui relie l'Amérique du Nord et l'Amérique du Sud, résulte de la subduction récente (Miocène-Pliocène) des plaques océaniques...CHIRIQUÍ
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Située dans la portion occidentale duPanamá, la province de Chiriquí est très liée au sud duCosta Rica avec lequel il constitue l'aire culturelle appelée Grande Chiriquí.
Entre 500 et 700 s'est développée la culture de Barriles, dont le site éponyme se trouve dans les hautes terres...
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Voir aussi
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- BALLADARESERNESTOPÉREZ (1946- )
- BARLETTANICOLÁSARDITTO (1938- )
- INTERVENTIONS MILITAIRES
- PAUVRETÉ
- MOSCOSOMIREYA(1946- )
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- BUNAU-VARILLAPHILIPPE(1860-1940)
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