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LE MUT CERNEAU ET LES DICTIONNAIRES DU FRANÇAIS
Qu'à l'Université de Grenoble, quelques linguistes accordent un moment de réflexion au mot cerneau qui appartient au vocabulaire de la noix, quoi de plus normal, en cette période où les études peuvent devenir régio¬ nales ? Ne sonmes-nous pas les voisins de la plus belle noyeraie de France?
Que signifie donc œ mot cerneau en français ? Que signifie-t-il dans les trois contextes suivants ? Deux sont pris aux meilleurs auteurs et l'autre est une phrase orale d'un producteur des meilleurs noix de France.
En français du Dauphiné, un producteur dira :
"J'ai cassé des noix presque tous les soirs de ce mois de janvier. J'ai cent kilos de cerneaux pour faire de l'huile et trois cents kilos de beaux cerneaux à vendre pour les pâtissiers et confi¬ seurs" .
Dans l'Encyclopédie, l'auteur de l'article NOYER, le Chevalier de Jauoourt, écrit :
"Tout le monde sait que les noix sont bonnes à manger, et qu'elles valent mieux en cerneaux que lorsqu'elles sont desséchées". Flaubert (dans une lettre de 1874, citée par le TLF) :
"Je vais t'envoyer des cerneaux, mais ils tournent en noix, déjà".
Il semble que le mot n'ait pas le même sens pour tout le monde. Pour le pre¬ mier, il s'agit de noix toutes cassées, prêtes à être consommées, mais ces noix sont sèches. Dans le texte de 1 ' Encyclopédie , le mot signifie "noix fraîche". Les cerneaux que Flaubert se propose d'envoyer doivent être des noix entourées de leur coque verte ; mais came elles ccrmencent à vieillir, leurs coques se fendent, se brisent et leurs coquilles deviennent visibles, ce qui va hâter leur séchage. Les cerneaux tournent en noix, dit Flaubert.
Un Dauphinois de la Noyeraie ne comprendrait pas ce français-là.
Pour expliquer ces variations de sens, voici le corpus de la le¬ xicographie française sur le mot cerneau :
Pour Nicot (1621) : "Cela qui est bon à manger d'une noix".



















