LA « CONVERSION » DE LUCIEN DE SAMOSATE
Ces pages s'inspirent d'une conférence à laquelle on a bien voulu reconnaître quelque mérite et annoncent un travail plus important sur la chronologie des œuvres de Lucien de Samosate. Je me contenterai ici de préciser certains points de l'évolution de sa pensée et, si j'anticipe parfois sur la publication en vue, le lecteur voudra bien m' excuser et me faire quelque crédit.
Samosate, jusqu'en 72 p.C. 1, est la capitale d'un petit royaume né des débris du royaume séleucide, la Commagène, où l'on parlait un dialecte araméen. Ses rois, fort hellénisés, avaient fait construire l'ensemble imposant, mais techniquement influencé par l'Orient, des sanctuaires de l'actuel Nimroud Dagh 2 ; leurs descendants iront mourir à Athènes, en bons Athéniens, tel Philo- pappos 3.
Rome, présente dans ces régions à partir de Pompée, ne s'y intéressa qu'en fonction d'éventuelles menaces parthes et c'est un accident, la révolte juive des années 66 p.C. et suivantes, qui déterminera l'annexion par Vespasien. Sans cela, la Commagène serait restée plus ou moins en retrait, comme certains autres petits royaumes hésitant entre les Parthes et Rome. C'est donc un événement politique vieux d'un peu plus d'un demi-siècle qui a aidé à faire la carrière de Lucien.
Celle-ci se place essentiellement sous le règne de Marc-Aurèle (161-180 p.C), qui est l'un des produits les plus caractéristiques d'un hellénisme commençant à décliner ; elle est contemporaine des premiers assauts des Barbares (Quades et Marcommans) contre l'Empire et des ravages de la peste qui conclut l'ultime guerre parthique et contribua à cette oliganthropie dont mourut presque aussi sûrement que des attaques barbares.
1 Cf. Flavius Josephe, De bello jud. VII, 7, 1-3.
2 Cf. C. Humann et O. Puchstein, Reisen in Kleinasien und Nordsyrien, 1890, p. 232 sqq et 345 sqq.
3 Cf. P.I.R. II, p. 116 (C. Julius Antiochus Epiphanes Philopappus n° 99).




















