DEX AIE
renseigne au duc de Normandie
L'« enseigne », au moyen âge, c'est le signe qui permettait de se faire reconnaître dans les batailles ou dans les grands rassemblements. A défaut d'uniformes et de drapeaux, c'est ce qu'on appellera plus tard « le cry d'armes », cri de guerre ou de ralliement. Chaque seigneur avait son « enseigne ». En Normandie par exemple, Neel, vicomte de Saint-Sauveur, criait : Saint Salveor ! ; Renouf, vicomte du Bessin, criait : Saint Saveir ! (= Saint-Sever) ; Haim aux Dents, seigneur de Torigny, criait : Saint Amant !, et Raoul Taisson de Cinguelais : Toirié ! (=Thury) (1).
Mais lorsque les vassaux combattaient pour leur suzerain, c'est sous son « enseigne » qu'ils le faisaient :
« Franchoiz crient Monjoie ! et Normanz Dex aie ! » dit Wace dans Le Roman de Rou (2), II 3925. Le même auteur, qui écrivait dans la seconde moitié du XIIe siècle, définit à plusieurs reprises ce cri de Dex aie ! comme « l'enseigne al duc de Normandie » (id. Ill 1607 et 2679), ou « l'enseigne de Normandie », tandis que, quelques années plus tard, Benoît dans sa Chronique des Ducs de Normandie (3) l'appelle : « l'enseigne au seignor des Normanz » (v. 30570).
(1) Wace Le Roman de Rou III 3939, 3942, 3944, 3900. A propos du cri de Raoul Taisson, Toirié !, rappelons qu'une fausse lecture du manuscrit a donné naissance, au XIXe siècle, à une légende largement répandue : à la bataille de Valesdunes, tandis que les barons de Guillaume criaient : Dex aïe ! (Wace III 3925), les seigneurs rebelles du Cotentin et du Bessin auraient crié : Tur aïe !, invoquant ainsi le dieu Scandinave Thor. D'où opposition entre les rebelles païens et les fidèles chrétiens. Fr. Pluquet, responsable de cette interprétation (Le Roman de Rou, Rouen, Edouard Fr., 1827) s'enfonce d'ailleurs dans l'erreur en ajoutant en note : « Thor aide, cri de guerre fort remarquable qui avait dû être cslui des premiers Normands ». En fait Tur aïe n'est qu'une mauvaise lecture de Toirié (Wace III 3900) qui rime avec enmié (= 'au milieu') et qui est l'ancienne forme du nom de ville Thury (-Harcourt), toponyme qui existe ailleurs en France sous les formes Thoiré (Sarthe) et Thoiry (Ain, Savoie, Yvelines).
(2) Publié par A.J. Holden, Paris, Picard, t. I : 1970 ; t. II : 1971 ; t. III : 1973.
(3) Publié par Carin Fahlin, Uppsala, Almqvist & Wiksells, 1954.




















