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"Quand l’Histoire revient et avec elle le tragique, les algorithmes comptent moins que la vieille violence en vue de la victoire."
"Quand l’Histoire revient et avec elle le tragique, les algorithmes comptent moins que la vieille violence en vue de la victoire."
© Jakub Porzycki/NurPhoto

"La cyberguerre d’Ukraine aura-t-elle vraiment lieu ?"

Analyse

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Publié le

François-Bernard Huyghe, auteur de « Gagner les cyberconflits : au-delà du technique » et « Désinformation : les armes du faux », analyse le cyberconflit – désinformation, cyberattaques, opinion – en cours entre l'Ukraine et la Russie.

La cyberguerre d’Ukraine aura-t-elle lieu ? Au sens strict, non. Les chercheurs américains parlent depuis les années quatre-vingt-dix d’une «cyberguerre qui viendrait ». Dès les présidences de Bush et Obama, les stratèges ont craint un «Pearl Harbour informatique » : une hyperattaque par écrans interposés, paralysant l’hyperpuissance américaine, hyperconnectée au web (ses transports, ses banques, ses administrations, son énergie). Une offensive numérique ne peut cependant remplir les deux conditions de la guerre : tuer des hommes de façon organisée (même si des sabotages informatiques, dans les hôpitaux, par exemple, peuvent entraîner des décès indirects), et faire céder la volonté politique d’un État (renverser un gouvernement, prendre une province…) – du moins pas à elle seule, et pas jusqu’à présent.

Espionner

En revanche, il n’est plus guère de conflits armés qui ne s’accompagnent d’attaques en ligne. Elles servent à espionner les secrets de l’ennemi, à saboter ses systèmes d’information ou de coordination, et à tromper l’opinion. Elles utilisent des armes cyber (virus « malicieux », « chevaux de Troie », attaques dites « persistantes avancées ») pour préparer ou accompagner l’usage des « vraies armes ». Voire les remplacer ? Le conflit en Ukraine n’a, certes, pas manqué à la règle. On y a espionné par écrans interposés, paralysé les systèmes ennemis et il suffit de deux minutes sur les réseaux sociaux pour repérer des accusations de désinformation et de trucage. Mais qui gagne vraiment à ce jeu ?

Nul ne doute qu’il existe des hackers russes capables de pénétrer dans des systèmes informatiques (comme, sans doute, celui du Parti Démocrate en 2016 pour en exposer les messages publiquement). Depuis, il y eut aussi des attaques contre les infrastructures énergétiques de l’Ukraine et la diffusion mondiale de virus (Petya,Not Petya, etc.) attribuées à des groupes de pirates russes aux noms d’ours (Fancy Bears, etc.).

Sabotage ?

Mais le déroulement des opérations actuelles ne semble pas démontrer que l’armée de Poutine ait pénétré de bien grands secrets. Quant au sabotage, on signale, certes, des attaques sur des banques et institutions ukrainiennes quelques jours avant et quelques jours après le déclenchement des opérations militaires, par des procédés différents, saturant des sites la premières fois, effaçant des contenus la seconde. Plus ? Des hackers coupant Internet demain ou privant une région ukrainienne d’électricité ou d’Internet ? Des bavures hors frontières ? La France s’est mise en alerte contre des offensives particulièrement redoutables mais qui ne viennent guère pour le moment.

Reste la capacité supposée de désinformer la partie adverse, de répandre des accusations ou des vidéos truquées sous des fausses identités, de porter atteinte au moral de populations, etc… Là encore, le contraste est notable avec les exploits passés (on avait accusé les trolls russes et leur désinformation partout poussée sur les réseaux sociaux d’avoir fait l’élection de Trump et peut-être provoqué le Brexit) ; s’il circule en ligne des photos truquées d’hélicoptères en flammes ou des récits sur l'île aux serpents où une quinzaine d’Ukrainiens seraient morts les armes à la main, il n’est pas évident que cela serve en quoi que ce soit les desseins de Poutine, ces cas sont vite repérés par des armées de vérificateurs, y compris de la presse classique. Et ces éléments sont noyés dans le flux des images de guerre en direct.

Guerre de l’information

Il nous semble au contraire que les réseaux sociaux, et partant les médias classiques qui s’informent largement à cette source nouvelle (les bombardés faisant le reportage de la guerre qu’ils subissent) exaltent la résistance ukrainienne. Que le collectif mondial de pirates Anonymous a « déclaré la guerre à la Russie ». Que celle-ci est privée de ses moyens d’expression médiatique à l’ouest (RT et Sputnik interdits). Que les géants du web comme Facebook prennent nettement parti censurant ou « signalant » en Russie même de l’information officielle trompeuse. Si guerre de l’information il y a, elle est tout sauf favorable à Moscou.

Que déduire de tout cela ? Que l’on avait sans doute surestimé la capacité de perturbation (informatique pour les machines, symbolique pour les cerveaux) de la technique russe ? Sans doute. Que nous nous défendons mieux que ce soit sur le plan technique ou par le fact-checking et autres formes de lutte anti fake news, disons par l’alliance des autorités, des médias et des plateformes numériques ? Sans doute aussi.

À LIRE AUSSI :"Avec leurs cyberattaques, les Russes tentent de répandre la peur dans la société ukrainienne"

Mais il se pourrait aussi que lesattaques informatiques puissent être très efficaces en termes de finances, pertes de technologie et désordre administratif, qu’elles perturbent l’opinion, surtout sur un temps limité… mais qu’elles soient surtout des armes du temps de paix. Quand on commence à lancer de vrais missiles et à tuer de vrais gens, paralyser une entreprise ou lancer une rumeur immonde sur un dirigeant paraît presque secondaire. Même si chaque armée a ses cyberguerriers. Les effets techniques sont relativisés par les horreurs de la guerre et, en Europe au moins, l’unanimité de l’opinion, nourri par les multiples témoignages en de la population, va dans le même sens.

Quand l’Histoire revient et avec elle le tragique, les algorithmes comptent moins que la vieille violence en vue de la victoire.

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Ève Szeftel, directrice de la rédaction de Marianne.

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