Les étudiants
Par Frederic Mion (directeur de Sciences Po)
Pour voir nos sociétés se transformer, il suffit d'observer la figure de l'étudiant frondeur et rebelle traverser les siècles. Sa colère constitue la première crainte de tous les gouvernements. Du « printemps des peuples » de 1848 à la place Tian'anmen en passant par l'insurrection de 1956 à Budapest, les étudiants furent les pionniers de ces mouvements contestataires. De Mai 68 aux manifestations contre le CPE en 2005, les étudiants de France n'ont pas été en reste au cours de l'Histoire.
Mais leur pouvoir de transgression ne se réduit pas à leur capacité à se mobiliser dans les rues. La légende veut que ce soit un étudiant d'Oxford, William Webb Ellis, qui inventa le rugby en décidant de prendre le ballon à la main lors d'une partie de football; François Villon n'eut d'autres professions connues qu'étudiant, poète et brigand.
A Sciences Po, en mai 1968, les revendications des élèves furent très... politiques, puisqu'ils réclamèrent, et obtinrent, un pouvoir renforcé dans la gouvernance de l'école. La vie associative étudiante constitue aujourd'hui un laboratoire d'expérimentations dans de nombreux domaines - environnement, égalité femmes-hommes, migrations, discriminations. Ce sont eux qui, par leurs questions, leur capacité à vérifier instantanément - et donc à contester - l'information qui leur est donnée, obligent nos enseignants à repenser la relation pédagogique. Cela ne se fait pas sans contestation - là aussi ! - du côté des professeurs, mais liberté et transgression demeurent les deux mamelles de l'Université.
Les étudiants admis à l'occasion de la rentrée 2017 ont, eux aussi, transgressé la règle qui veut que les promotions de Sciences Po ne se voient pas attribuer le nom d'une personnalité. Ils ont décidé que cette promotion 2022 se nommerait « Simone Veil » en hommage à notre ancienne élève décédée au début de l'été. Cette transgression-là n'a, à ce jour, suscité aucune protestation.
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