
European Journal of Social Sciences
Le jugement que Comte a porté sur l’islam comme religion et l’Islam comme civilisation a fortement évolué au cours de son œuvre. Parti, dans leCours de philosophie positive, d’une critique du « mahométisme » qui serait une adultération des religions monothéistes antérieures, il parvient, dans ses œuvres ultérieures, à un véritable éloge de la religion et de la civilisation musulmanes. La religion musulmane, par sa simplicité et sa position chronologique d’ultime religion monothéiste, est celle qui permettra le plus aisément de sortir des religions anciennes et d’accéder à la religion positive. Le personnage de Mahomet et la force de cohésion des rites islamiques sont alors une source d’inspiration pour la prédication du dernier Comte.
Comte’s judgement on Islam as a religion and Islam as a civilization evolved significantly throughout his writings. Starting, in theCourse of Positive Philosophy, with a criticism of “Mohammedanism,” conceived as an adulteration of the previous monotheistic religions, he ended up, in his later works, praising Islamic religion and civilization. The Islamic religion, because of its simplicity and its chronological position as the ultimate monotheistic religion, is the one that will most easily allow us to leave ancient religions behind and enter positive religion. The figure of Mohammed and the cohesive strength of Islamic rites become a source of inspiration for Comte’s preaching during his final years.
1LaRevue du monde musulman notait, dès 1912, que « dans l’œuvre entière d’Auguste Comte, on remarque une grande sympathie pour la religion musulmane. Le Coran était, avec la Bible, le seul livre sacré dont le fondateur du positivisme recommandât la lecture et la méditation. Auguste Comte avait foi dans l’avenir de l’islam et rendait hommage aux services qu’il a rendus à la civilisation » (Bouvat, 1912, p. 2561). Récemment, Wolf Lepenies a rappelé l’« indéniable fascination que l’islam exerce sur Comte », en particulier pour ses capacités de mobilisation collective : « Comte éprouve de l’admiration pour l’aptitude de Mahomet à mobiliser ses adeptes » (Lepenies, 2012, p. 4), notamment à travers une série de symboles comme la « kibla », l’orientation vers la Mecque de la prière des fidèles, que Comte va proposer de reprendre en orientant les temples positivistes non plus vers la Mecque mais vers Paris.
2Cet intérêt de Comte pour ce que l’on nomme alors l’islamisme2 et non l’islam est indéniable, mais ses jugements portés sur l’islam comme religion et l’Islam comme civilisation évoluent très significativement au cours de son œuvre. Chez ses disciples aussi l’islam sera une référence centrale. De cela témoigne le fait que l’appartement d’Auguste Comte était surnommé affectueusement par Pierre Laffitte « notreKaaba » (Wartelle, 2001, p. 174). Quant au Turc Ahmed Riza, membre du Comité positiviste occidental, organe directeur du positivisme, il qualifiait souvent Paris de « Mecque moderne de la civilisation occidentale » (Riza, 1897, p. 228)3. On sait l’importance qu’aura le positivisme dans la formation des Jeunes-Turcs, ce qui semble justifiera posteriori les espoirs de Comte qui avait écrit au grand vizir Reshid-Pacha pour le convertir au positivisme. On ignore en revanche souvent que ce fut dans une revue positiviste, laRevue occidentale, que fut lancée en 1895, par Pierre Laffitte, une première « souscription pour l’érection d’une Mosquée à Paris, en l’honneur de l’Islam », qui allait aboutir à la construction de la Grande Mosquée de Paris (Anonyme, 1895). Reste que les positivistes ne porteront pas les mêmes jugements sur l’Islam selon qu’ils seront « orthodoxes » ou « dissidents » : l’attitude à l’égard de la religion et du monde musulmans est même une pierre de touche qui permet de distinguer ces deux tendances au sein du mouvement positiviste (Braunstein, 2019).
3Aussi intéressants que soient ces débats au sein du mouvement positiviste, nous nous concentrerons ici sur la lecture que Comte fait de l’islamisme4. L’attitude de Comte à l’égard de l’islam a considérablement évolué au cours de son œuvre. Il a d’abord critiqué l’islam, avec un « i » minuscule, en tant que religion, notamment dans leCoursde philosophie positive.Puis il a jugé beaucoup plus favorablement l’Islam, avec un « I » majuscule, en tant que civilisation, en particulier dans leSystème de politique positive et les œuvres ultérieures, où il apprécie la figure de Mahomet et le rôle social de l’islam. Il passe donc d’une considération « théorique » de la religion musulmane à une appréciation « pratique » de la civilisation musulmane. Comte a donc changé d’opinion sur cette question de l’islam, et, ce qui est fort rare de sa part, il reconnaîtra cette évolution et admettra même s’être trompé. Cette évolution tient aussi à des considérations historique et géopolitiques.
4Dans un premier temps, dans ses œuvres de jeunesse, Comte ne prête guère attention à l’islam. Tout au plus reconnaît-il, ce qui est courant à l’époque, le rôle des Arabes dans la transmission de la science grecque à l’Occident. Comte avait bien sûr dans sa « Bibliothèque personnelle » l’Histoire des mathématiquesde Jean-Étienne Montucla (1799-1802) et l’Histoire de l’astronomie ancienne de Jean-Baptiste Delambre (1817) qui reconnaissaient chacun aux Arabes leur part dans l’histoire des sciences, particulièrement des mathématiques. Selon Montucla, « les Arabes dont nous avons communément une idée si désavantageuse, ne furent point toujours insensibles aux charmes des sciences et des lettres. Ils eurent, comme tous les autres peuples, leurs temps de barbarie et de grossièreté ; mais ensuite, ils se polirent tellement que peu de nations peuvent faire gloire d’autant de lumière et d’autant de zèle pour les belles connaissances, qu’ils en montrèrent pendant plusieurs siècles » (Montucla, 1799, t. 1, p. 352). Il s’agit là d’un constat souvent fait par les contemporains, notamment par Condorcet et Saint-Simon, dont Comte fut le secrétaire. Condorcet voit dans le développement des sciences chez les Arabes la preuve de l’inéluctabilité du progrès de l’humanité : « les sciences y étaient libres » et leurs travaux « auraient été perdus pour le genre humain s’ils n’avaient pas servi à préparer cette restauration plus durable, dont l’Occident va nous offrir le tableau » (Condorcet, 1989 [1795], p. 173)5.
5En 1820, dans saSommaire appréciation de l’ensemble du passé moderne, Comte estime que l’établissement des Arabes dans certaines parties de l’Europe, notamment en Andalousie, y a développé le goût de l’observation :
- 6 LeSystème de politique positive sera cité d’après Comte (1929) [1851-1854] avec l’indication du(...)
À peine les Arabes eurent ils commencé à établir, dans les parties de l’Europe qu’ils avaient conquises, des écoles pour l’enseignement des sciences d’observation, qu’une ardeur générale dirigea tous les esprits distingués vers cette nouvelle lumière. Des écoles semblables s’élevèrent bientôt dans toute l’Europe occidentale ; des observatoires, des salles de dissection, des cabinets d’histoire naturelle furent institués en Italie, en France, en Angleterre en Allemagne […]. Plusieurs membres éminents du clergé, et entre autres deux papes, à peu près vers la même époque allèrent compléter leur éducation à Cordoue, en y étudiant les sciences d’observation sous les professeurs arabes (Comte,Sommaire appréciation de l’ensemble du passé moderne [1820],inComte, 1929 [1851-1854], vol. 4, Appendice général, p. 7)6.
6De ce point de vue « l’introduction des sciences positives en Europe par les Arabes » eut un rôle positif et fut « le germe de cette importante révolution qui est aujourd’hui terminée » (ibid.). Le point de vue de Comte est ici pour une part emprunté à Saint-Simon qui, dans sonMémoire sur la science de l’homme de 1813, citait déjà l’orientaliste Oelsner, auteur d’un livre surLes Effets de la religion de Mohamed :
Les Européens [formant l’avant garde scientifique de l’espèce humaine] ont suivi la direction donnée par Socrate, jusqu’au moment où les Arabes ont imaginé de chercher les lois qui régissent l’Univers, en faisant abstraction de l’idée d’une cause animée le gouvernant. Les Arabes ont guidé l’esprit humain dans le pays des découvertes jusqu’auxve siècle, époque à laquelle les Européens ont chassé les Arabes d’Espagne et les ont devancés en intelligence par les efforts qu’ils ont faits pour découvrir une loi unique à laquelle l’Univers fût soumis (Oelsner, cité par Saint-Simon, 2012, vol. 2, p. 1101).
7Par la suite, dans leCours de philosophie positive,Comte consacrera de plus longues analyses à la religion musulmane, surtout dans les leçons « historiques » duCours, consacrées au monothéisme et à sa dissolution : la 54e leçon, qui porte un jugement d’ensemble sur le monothéisme, et la 55e leçon, qui décrit la crise propre à l’« âge métaphysique ». À cette époque, Comte devient nettement plus critique à l’égard de la religion musulmane, qu’il évoque presque toujours en termes dévalorisants, notamment par comparaison avec le jugement qu’il porte alors sur le catholicisme. L’islam est alors le plus souvent nommé « mahométisme » par Comte, qui reprend ainsi la terminologie courante au siècle des Lumières. Selon Comte, le simple fait que cette religion soit nommée d’après son fondateur est la marque de son infériorité, notamment par rapport au catholicisme dont le nom est bien plus heureux puisqu’il permet de souligner la dimension universelle de la religion catholique, au contraire du terme de christianisme. « La dénomination de catholicisme me semble, à tous égards préférable à celle de christianisme, […] beaucoup plus rationnelle, en ce que, sans rappeler, ainsi que les noms de mahométisme, de bouddhisme, etc., aucun fondateur individuel, elle se rapporte directement à ce grand attribut d’universalité qui caractérise essentiellement l’organisation spirituelle » (Comte, 1975 [1830-1842], vol. 2, l. 54, p. 324 n.)7.
8Le constat principal fait par Comte est que l’islam n’apporte rien de neuf au progrès de la civilisation, voire même le retarde, notamment dans les domaines scientifique et religieux : les mahométans ne sont que de « grossiers imitateurs ». Du point de vue scientifique même, où il leur accordait auparavant une certaine influence, Comte estime désormais que les Arabes n’ont pas joué un grand rôle dans le « mouvement intellectuel » du Moyen Âge : « L’influence que l’on attribue communément aux Arabes, sur cette mémorable recrudescence, a été certainement très exagérée » (ibid., p. 369) . Ainsi ne sont-ils pas à l’origine des progrès de l’arithmétique, qui sont dus moins à « une importation de l’Inde par les Arabes » qu’à un « simple résultat spontané du mouvement scientifique antérieur » (ibid., p. 372 n.).
9S’agissant de religion, la religion musulmane n’apporte rien de nouveau non plus et ne fait que reprendre et altérer certaines conceptions des religions monothéistes antérieures. Ainsi en est-il de l’idée de progrès, « notion essentiellement catholique » qui suppose « un état plus parfait remplaçant définitivement un état moins parfait » (ibid., vol. 2, l. 47, p. 82). Cette notion sera certes défigurée par le protestantisme mais elle l’est plus encore par le mahométisme, lequel « en prolongeant à sa manière la même notion, n’a fait que tenter, à ce sujet, comme à tant d’autres, sans aucune amélioration réelle, une grossière imitation, évidemment dépourvue de toute véritable originalité » (ibid., p. 82 n.).
10Du point de vue de la morale également, l’islamisme est inférieur au catholicisme, qu’il ne fait que reprendre : la morale du mahométisme « quoique tout aussi pure, en principe, que celle du christianisme, d’où elle a été surtout tirée, est bien loin d’avoir produit les mêmes résultats effectifs sur une population trop peu avancée »(ibid., vol. 2, l. 54, p. 358). De ce retard témoigne la persistance de l’esclavage et de la polygamie, dont nous allons voir plus loin qu’ils ne doivent pas être considérés comme des objections dirimantes à opposer à l’islam.
11Enfin, du point de vue politique, l’Islam est passé à côté de ce qui est, selon Comte, la plus grande découverte du Moyen Âge catholique, à savoir la séparation du « pouvoir spirituel » et du « pouvoir temporel ». C’est cette séparation des pouvoirs qui est à l’origine de la supériorité du catholicisme. La « construction » mahométane comporte de très grands risques puisqu’elle ne distingue pas entre ces pouvoirs et doit donc nécessairement conduire à une « monstrueuse concentration politique » :
Ce mémorable ébranlement n’a pu ainsi aboutir directement qu’à la plus monstrueuse concentration politique, par la constitution d’une sorte de théocratie militaire ; cependant, les propriétés mentales inhérentes au monothéisme n’ont pu y être entièrement annulées, et ont dû même s’y développer d’abord avec d’autant plus de rapidité que cette imperfection radicale du régime correspondant en a rendu l’essor très facile, sans exiger la longue et pénible élaboration qui a été nécessaire au catholicisme (ibid., p. 369).
12Il n’est dès lors pas étonnant que la monarchie absolue ait toujours regardé avec envie le « type musulman » et considéré sa confusion des pouvoirs politique et religieux comme un idéal. Dans l’histoire ce sont les « rois », au sens de la monarchie de droit divin, qui se seraient inspirés de l’Islam comme modèle d’une monarchie absolue fondée sur la religion, alors que « prêtres » et « philosophes » ont pris d’autres modèles dans d’autres religions : « Pendant que les rois rêvaient le type musulman comme l’idéal de la monarchie moderne, les prêtres, surtout protestants, rêvaient en sens inverse une sorte de restauration de la théocratie juive ou égyptienne et les philosophes reprenaient à leur tour le rêve primitif des écoles grecques sur l’espèce de théocratie métaphysique qui constituerait le prétendu règne de l’esprit » (ibid., vol. 2, l. 55, p. 435).
13Cette ignorance de la séparation des pouvoirs a eu comme principale conséquence d’empêcher le développement intellectuel du monde islamique, alors que l’Occident, après avoir procédé à cette séparation, a connu un véritable « essor de l’activité spéculative ». Le propre du monothéisme, du fait qu’il fixe moins les « détails », comme le faisait le polythéisme, est en effet d’encourager « un certain esprit individuel d’examen et de discussion », qui se manifeste notamment à travers le foisonnement d’hérésies à l’intérieur du monde chrétien(ibid., p. 393). En ce sens le monothéisme est une religion d’intellectuels, ce qui n’est d’ailleurs sans doute pas vraiment un éloge pour Comte. Cette tendance du monothéisme à la discussion a reçu « du catholicisme son principal développement […], à cause de la division fondamentale des deux puissances qui en constituait le caractère essentiel » (ibid., p. 394). Mais l’islam, n’ayant pas séparé le spirituel du temporel, se trouve privé de telles discussions et de l’essor intellectuel qu’elles entraînent. Comte en tire pour conclusion, au moins du point de vue de « l’Occident », dont traite surtout leCours de philosophie positive, que l’islam a eu une influence principalement négative. Les musulmans ne peuvent donc être à la hauteur de la tâche qu’ils voudraient s’attribuer, qui consiste à faire la synthèse des monothéismes : Mahomet a « tenté, par une imitation trop peu rationnelle, d’organiser le monothéisme, chez une nation qui n’y était pas, à beaucoup près, convenablement préparée, ni au spirituel, ni au temporel » (ibid., p. 369).
14Il était dès lors tout à fait légitime que l’Occident vise à se protéger des « redoutables musulmans ». Comte comprend « les inquiétudes, sérieuses mais fugitives, qu’a pu ultérieurement susciter, même jusqu’au dix-septième siècle, l’extension occidentale des armes musulmanes » (ibid., vol. 2, l. 55, p. 387), allusion ici au second siège de Vienne par les Ottomans en 1683. Il est normal que l’Occident ait entrepris ces croisades qui ont permis de contenir la poussée musulmane : elles « constituaient surtout, par leur nature, le seul moyen décisif de préserver l’évolution occidentale du redoutable prosélytisme musulman, dès lors essentiellement réduit à l’Orient, où son action pouvait devenir vraiment progressive » (ibid.). En revanche, si l’on se place du point de vue de « l’Orient », ce qui n’est pas l’objet duCours de philosophie positive, l’islam pourrait être considéré comme ayant une valeur progressive. Dans une note, qui est la seule mention laudative de l’islam dans tout leCours, Comte remarque que « l’action capitale » que l’islam « a exercée sur l’Orient est d’une toute autre nature, et, le plus souvent, très favorable dans l’essor des civilisations correspondantes, surtout dans l’Inde, et encore plus dans les grandes îles malaises » (ibid., vol. 2, l. 54, p. 369 n.)8.
15Dans la suite de son œuvre Comte accordera une place beaucoup grande à l’Islam. De fait l’Islam surgit au cœur de la politique française pendant les dernières années de la vie de Comte. D’une part parce qu’une campagne de pacification de l’Algérie se poursuit de 1841 à 1847, qui conduit à l’annexion de l’Algérie en 1848 ; d’autre part du fait de la guerre de Crimée, où la France se bat contre les Russes aux côtés de l’Empire ottoman, qui débute en 1854, année de parution du quatrième tome duSystème de politique positive. On sait que Comte fut l’un des très rares à se déclarer dès le départ hostile à la colonisation et même clairement favorable aux Arabes d’Algérie (Bourdeau, 2018, p. 183-184). Il s’en explique dans leCatéchisme positivisteen comparant l’occupation française de l’Algérie à celle de l’Espagne par Napoléon : « J’ose ici proclamer les vœux solennels que je forme, au nom des vrais positivistes, pour que les Arabes expulsent énergiquement les Français de l’Algérie, si ceux-ci ne savent pas la leur restituer dignement. Je m’honorerai toujours d’avoir, dans mon enfance, ardemment souhaité le succès de l’héroïque défense des Espagnols » (Comte, 1966 [1852], p. 297).
16Quant à la guerre de Crimée, elle joue un rôle important dans la pensée politique du dernier Comte, car elle semble contredire ses prédictions sur la fin de la guerre. Selon Comte, l’attaque de Nicolas Ier contre l’Empire ottoman doit être condamnée comme une tentative intempestive de contester l’équilibre du monde et le partage Orient-Occident. Cet équilibre entre les « deux monothéismes » n’aurait pas dû être remis en cause jusqu’à ce que le positivisme permette d’unifier l’humanité. Le monothéisme catholique s’y était d’ailleurs déjà résolu, puisqu’il s’était résigné à laisser à l’autre monothéisme Jérusalem et le tombeau de son « prétendu fondateur » : « depuis plus de cinq siècles, l’islamisme renonce à dominer l’Occident, et le catholicisme abandonne à son éternel antagoniste jusqu’à la tombe de son prétendu fondateur » (ibid., p. 33).
17En même temps qu’il va davantage s’intéresser à l’islam, le jugement de Comte à son égard va changer. Dans leSystème de politique positive il reconnaît même, ce qu’il ne fait que très rarement, s’être trompé sur l’islam dans leCours de philosophie positive,en raison de ses préjugés à la fois « catholiques » et « encyclopédiques » :
Quand mon traité fondamental [leCours de philosophie positive] institua la philosophie de l’histoire, elle ne pouvait être assez précise, ni même assez complète, pour me permettre une suffisante appréciation du monothéisme oriental. Je dois d’ailleurs avouer que, à mon insu, je participais alors aux préventions émanées contre lui du milieu catholique, et qui se propagent involontairement chez les esprits les mieux émancipés, sans excepter le grand Diderot. Telle fut la source du jugement, radicalement erroné, que je portai alors sur l’influence sociale de l’islamisme, tant à l’est qu’à l’ouest du monde romain (Comte, 1929 [1851-1854], vol. 4, p. 505-506).
18C’est surtout dans le troisième volume duSystème, consacré à la « dynamique sociale », c’est-à-dire à l’histoire, que Comte traite de l’islam, dont il propose une approche historique et globale. Il estime maintenant que chacun des deux monothéismes, l’« occidental » et l’« oriental », a joué un rôle aussi important dans la préparation de l’avènement de la « religion finale », c’est-à-dire de la religion positive, et ce d’une manière symétrique. Il met désormais toujours en parallèle les deux figures de saint Paul et Mahomet : « Je regarde définitivement les deux monothéismes comme ayant également complété, chacun à sa manière, la préparation humaine. Les deux synthèses transitoires, successivement instituées par saint Paul et Mahomet, offrent une équivalente destination : quoique pareillement épuisées, elles sont diversement propres à seconder l’avènement de la religion finale, dignement pressentie chez les meilleurs organes du Grand-Être » (ibid. p. 506).
19La différence entre ces deux monothéismes, est que l’un, celui de Mahomet, s’adresse aux « chefs » et a une visée directement pratique alors que l’autre, celui de saint Paul, s’adresse aux « sujets » et a surtout une visée spéculative : « je conçois les deux systèmes comme respectivement destinés à dominer les deux parties essentielles du monde romain, qui durent élaborer, d’abord l’essor spéculatif, puis le « mouvement social » (ibid., p. 505). Mais leur œuvre est identique quant à leur « destination », qui consiste à favoriser l’avènement de la « religion finale » qu’est la religion positive : « Mahomet institua le monothéisme des chefs, en consolidant la confusion des deux puissances, comme saint Paul avait institué le monothéisme des sujets en les séparant. Tous deux aspirent à régler la vie humaine, d’après l’ensemble des préparations accomplies, en disciplinant, l’un le commandement, l’autre l’obéissance » (ibid., p. 506).
20On voit donc que ce qui était le principal défaut de l’islam, avoir méconnu la division du pouvoir spirituel et du temporel, n’est désormais plus un problème, bien au contraire. Comte prétend, sans vraiment donner d’argument, que « l’incomparable Mahomet » avait « reconnu les avantages moraux et politiques » propres à la « vraie division » des deux pouvoirs mais que « son génie éminemment social » l’aurait considérée comme « prématurée » dans une civilisation qui n’était pas assez avancée(ibid., vol. 3, p. 471). Ce retard apparent de l’islam devrait même par la suite lui être favorable. La confusion des pouvoirs va être un outil fondamental pour une religion guerrière et conquérante : « pour organiser un régime conquérant, l’islamisme dut concentrer le plus possible les deux puissances, quoique son admirable fondateur ne méconnut point l’importance de leur division »(ibid., vol. 2, p. 109). Comte estime donc que le retard initial de l’islam devient par la suite un avantage : il faut désormais reconnaître « les avantages, intellectuels et moraux, propres à la confusion mahométique des deux puissances, malgré le retard passager qu’elle imposa d’abord aux orientaux »(ibid., vol. 4, p. 145).
21Dans leCours, Comte avait souligné que l’absence de séparation des pouvoirs conduisait à un moindre développement intellectuel du monde musulman. Mais ce handicap devient un avantage pour un chef guerrier comme Mahomet : l’extrême simplicité du dogme musulman convient très bien à une religion de guerriers et non d’intellectuels, et est sans doute, du point de vue de Comte, l’un des principaux avantages de la religion musulmane. On pourrait dire qu’en ce sens l’islam pousse à l’extrême la vertu principale du monothéisme, qu’avait bien notée Henri Gouhier : « en concentrant le surnaturel en un seul Dieu dont l’unité même rend la transcendance radicale, le monothéisme désencombre la nature et laisse le champ libre à l’esprit positif » (Gouhier, 1987, p. 117). L’islam pousse à l’extrême ce « désencombrement » du monde et prépare ainsi l’avènement du positivisme.
22Le contraste est alors frappant avec le monothéisme occidental, catholique. La simplicité de la révélation musulmane a permis au « monothéisme oriental » d’« acquérir une simplicité dogmatique qu’il ne comportait pas en Occident. Car, parmi nous, la séparation factice des deux puissances avait forcé le vrai fondateur du catholicisme [i.e. saint Paul] à compliquer le dogme en complétant la révélation, indispensable à tout monothéisme, par la divinisation du fondateur supposé » (Comte, 1966 [1852], p. 285). Du point de vue de la simplicité, « le catholicisme est inférieur à l’islamisme, où, les chefs temporels ayant toujours gardé le pouvoir spirituel, la foi put et dut être assez simplifiée pour n’y laisser que l’irrationalité propre à l’omnipotence divine » (Comte, 1855, p. 61-62). L’islam présente l’avantage incomparable d’avoir un Dieu véritablement unique. Une religion dont le credo peut se résumer en une phrase, lachahada, la « profession de foi », a tout pour plaire à Auguste Comte. Cette simplicité tient aussi à ce qu’il n’existe pas en islam de clergé indépendant, ce qui permet d’éviter les discussions oiseuses qui polluent le catholicisme, et plus encore sa forme orientale, le « byzantinisme ». « L’indépendance du clergé fournit, en effet, le motif essentiel de ces subtilités catholiques, qui méritent historiquement la vénération des philosophes, quelque répugnance qu’elles doivent inspirer à notre raison » (Comte, 1966 [1852], p. 285).
23L’autre grande supériorité de l’islam est une supériorité chronologique, en rapport avec la philosophie comtienne du progrès. Dans la vision historique de Comte, la religion qui vient en dernier est nécessairement supérieure à celles qui l’ont précédée, et elle annonce plus directement la religion à venir, qui est la religion positiviste. Comte explique qu’il lui est facile de « systématiser la théorie historique de l’islamisme, ainsi surgie de l’ensemble du passé, surtout moderne » (Comte, 1929 [1851-1854], vol. 4, p. 505). De même dans le cours de Comte surL’Histoire de l’humanité, récemment redécouvert, Comte estimait que « le mahométisme est plus rapproché de l’état final que le catholicisme, plus rationnel, moins théologique, avec l’intention et l’aveu d’un progrès. On y trouve moins de ce qui choque la raison ; davantage de purisme théologique, une morale aussi bonne que dans le catholicisme » (Comte, 2017, p. 190). L’islam est en ce sens très proche de la religion positive qui a dès lors plus de chance d’advenir d’abord en Orient. Cette position historique explique aussi qu’il soit plus simple pour les musulmans de convertir les chrétiens que l’inverse, comme l’explique Laffitte, successeur de Comte à la tête du mouvement positiviste organisé : « jamais les chrétiens n’ont converti les islamistes, et cela se conçoit, l’islamisme représentant un état théologique plus avancé, c’est à dire plus simple et plus près de la pleine émancipation » (Laffitte, 1881, p. 276).
24La proximité de l’islam avec la religion positive laisse même espérer à Comte qu’il soit possible d’opérer une « transition directe » de l’islamisme au positivisme, en faisant l’économie de la « transition métaphysique ». C’est ce que Comte fait valoir à Reshid-Pacha, « ancien grand vizir de l’Empire ottoman », lorsqu’il lui écrit pour tenter de le convaincre d’adhérer au positivisme : « en passant directement de l’islamisme au positivisme, sans aucune transition métaphysique, [les musulmans] se sentiront les dignes continuateurs des admirables desseins propres à leur grand prophète, dont le culte de l’Humanité systématise irrévocablement l’universelle glorification » (Comte, 1929 [1851-1854], vol. 3, préface, p. XLIX). Les musulmans ont été préservés de ce que Comte appelle la « corruption révolutionnaire ». Il n’y a chez eux ni « métaphysiciens » ni « légistes » et on peut donc espérer ce « passage direct » à l’âge positif. Ils furent préservés « de la transition anarchique qui nous tourmenta pendant les cinq derniers siècles, et d’où résultent aujourd’hui tant d’obstacles. Grâce à leur régime, les musulmans sont essentiellement exempts de métaphysiciens et même de légistes. Le positivisme, en les détournant d’une désastreuse imitation, leur fera sagement apprécier cet avantage capital, qui peut beaucoup seconder leur régénération finale » (Comte, 1966 [1852], p. 255). Cet appel aux musulmans ne fut pas plus entendu que ne le sera, trois ans plus tard, son projet d’appel aux jésuites, l’« Appel aux Ignatiens ».
25D’autre part, lorsqu’il considère le contenu doctrinal de l’islamisme, Comte y voit un certain nombre de traits qui s’accordent bien avec le positivisme. La plupart des disciples de Comte auront à cœur de développer ces similitudes. L’homme politique Ahmed Riza, membre du Comité positiviste occidental puis dirigeant du mouvement des Jeunes-Turcs et futur président de la Chambre des députés ottomane, explique ainsi que l’islamisme est « plus disposé et mieux préparé à cet avènement [du positivisme] que toute autre religion » (Riza, 1898, p. 228). Il est selon lui possible de réinterpréter le positivisme dans les termes de l’islam et, à l’inverse, l’islam dans les termes du positivisme. Ainsi, chez les musulmans comme chez les positivistes, « c’est la famille et non l’individu qui constitue l’unité sociale » (Riza, 1897, p. 9).
26Pour sa part Comte appréciait en premier lieu le traditionalisme de l’islam, la vision de la « continuité » propre à une religion, qui se présente comme continuant et achevant les religions qui l’ont précédée. À la différence du catholicisme, qui ne reconnaît pas l’importance des « antécédents juifs » et du « passé gréco-romain » et présente ainsi un caractère « anarchique », l’islam se serait efforcé d’éviter une « brutale discontinuité » (Comte, 1966 [1852], p. 286). C’est un avantage non négligeable, surtout si l’on se rappelle que pour Comte la « maladie occidentale », à l’origine de l’état de crise de l’Occident, tient justement à la « rupture de la continuité », à l’état « d’insurrection continue des vivants contre les morts » (Comte, 1990, p. 5).
27D’autre part Comte appréciait que la religion musulmane soit une religion « réelle » et qui a une « destination sociale ». L’islam est ainsi très différent du catholicisme qui détourne les hommes de leurs préoccupations civiques et terrestres : jamais le catholicisme « ne put concilier la préoccupation du salut avec les sollicitudes civiques, chacun ne pouvant se vouer à Dieu qu’en s’isolant du monde » (Comte, 1929 [1851-1854], vol. 3, p. 453). Comte souligne, assez brièvement, la dimension de lien social de la religion musulmane : « chez les musulmans, les vrais croyants utiliseront une disposition plus favorable à l’ensemble des liens humains, pour manifester l’aptitude du positivisme envers les aspirations islamiques » (ibid., vol. 4, p. 533). Ce sont ses disciples musulmans, comme Riza, qui insisteront sur le lien fort qui est au cœur de la notion musulmane d’« oumma ». Selon Riza la religion musulmane renforce le lien social : « la religion musulmane [...] groupe et cimente les divers éléments de l’Empire » (Riza, 1906, p. 421). En revanche Comte n’avance pas, à la différence de certains de ses disciples, que le « fatalisme » musulman préfigurerait la notion de nécessité des lois et l’idée d’une « invariabilité fondamentale ».
28Il est deux institutions propres au monde musulman qui devraient soulever certaines critiques, d’un point de vue moral, critiques que Comte écarte rapidement. Il s’agit de la polygamie et de l’esclavage. La polygamie n’est pas vraiment un problème pour Comte. Elle représente en fait l’ébauche initiale du mariage, « le premier mode du mariage humain » et donc « il ne faut pas juger cette institution initiale d’après l’aveugle réprobation qu’elle inspire aux modernes Occidentaux » (Comte, 1929 [1851-1854], vol. 3, p. 110). Il ne faut pas croire « l’exagération chrétienne qui la représente comme incompatible avec toute tendresse habituelle » (ibid.). Elle peut même être un moyen de faire sortir certaines jeunes femmes de l’esclavage, en les transformant en épouses : « cette institution peut conserver une aptitude exclusive à récompenser dignement les services et le dévouement des femmes […] par une juste transformation des esclaves en épouses, motivée sur la reconnaissance ou l’admiration » (ibid., p. 143). De toute façon, il n’y a pas à être si choqué par la polygamie : comme le prêtre positiviste l’explique à « La Femme », son interlocutrice dans leCatéchisme positiviste : « la polygamie est aujourd’hui, ma fille, plus réelle souvent à Paris qu’à Constantinople » (Comte, 1966 [1852], p. 255).
29Quant à l’esclavage, il ne constitue pas non plus un problème qui devrait interdire tout rapprochement avec l’islam. Il existe en effet une « tendance générale du monothéisme à modifier profondément l’esclavage, au moins en la conduite des maîtres » qui est sensible « jusque dans le mahométisme malgré la confusion fondamentale qui y persiste encore entre les deux grands pouvoirs sociaux » (Comte, 1975 [1830-1842], vol. 2, l. 54, p. 355). Laffitte ira plus loin en affirmant que chez les musulmans les esclaves sont bien traités : « l’esclavage chez les islamistes est véritablement convenable et supportable. L’esclave, chez eux, fait au fond partie de la famille ; il en est sans doute un membre inférieur et subordonné, mais en définitive dans des conditions vraiment normales » (Laffitte, 1891, p. 143). Il semblerait donc que pour Comte ces deux objections n’en soient pas et que l’islam n’a rien à envier au catholicisme du point de vue social et moral. Il conclut que « la morale de l’islamisme est aussi satisfaisante que celle du catholicisme et sa doctrine choque moins la raison » (Comte, 1929 [1851-1854], t. 2, p. 106).
30Comte va même plus loin en présentant un islam doux et tendre. Ainsi, s’agissant des animaux, l’islam les traiterait mieux que le catholicisme et annoncerait de ce fait la religion positive : il faudra veiller à « relever les animaux associables à l’humanité du dédain inspiré par le monothéisme, surtout occidental, car l’islamisme est, à cet égard, comme à bien d’autres, beaucoup plus près de l’état normal », c’est-à-dire de l’état positif (Comte, 1987, p. 225). De même, Comte s’émeut de la tendresse de Mahomet qui « pleure sur la tombe de sa mère, par le regret de ne pouvoir pas prier pour elle » (Comte, 1929 [1851-1854], vol. 3, p. 460). Cette vision sensible de Mahomet était alors aussi celle de Lamartine, qui louait, à la même époque, « sa beauté, sa modestie, sa séquestration des plaisirs profanes de la jeunesse coraïte, son assiduité à la prière dans le temple, son respect pour les vieillards, son attention à recueillir les paroles des sages, […], son goût pour la solitude, ses rêveries […] enfin une éloquence sobre qui ne parlait que quand on l’interrogeait, mais qui coulait de l’âme plus que des lèvres, et qui avait le don de persuader les autres parce qu’elle était déjà persuasion en lui » (Lamartine, 1854, vol. 1, p. 98-99). Elle sera reprise par les plus islamophiles des positivistes, comme Pierre Laffitte, qui déclarait que l’islam est moralement « très supérieur aux conceptions aujourd’hui en vogue parmi les Occidentaux » car il « proclame le dévouement et la fraternité comme les bases de toute société » (Laffitte, 1881, p. 276).
31Comte ne cessera dès lors de parler en termes positifs de l’islam ainsi que de celui qu’il n’appelle plus que « l’éminent » ou « l’incomparable » Mahomet. Mahomet est « un chef incomparable, par le concours du cœur avec l’esprit et le caractère » ce qui en fait un homme particulièrement complet du point de vue de Comte (1929 [1851-1854], vol. 3, p. 470). Plus encore que la religion musulmane, Comte admire le prédicateur hors pair qu’est Mahomet : à partir du moment où Comte a lui-même fondé une nouvelle religion, il s’identifie de plus en plus à la figure de Mahomet, dont il loue l’énergie et la force de conviction auprès de ses disciples. Mahomet a légué à l’Humanité une « construction admirable » et ainsi le monde social appartient à ses disciples grâce à la simplicité de leur doctrine (ibid., vol. 2, p. 362). À plusieurs reprises, il donne en exemple la prédication de Mahomet, qu’il met en parallèle avec celle de Cromwell9. Il écrit à son disciple Audiffrent : « Ce que Mahomet promit à sesprédestinés, ce que Cromwell annonçait à ses nouveaux saints, je ne crains pas de le prêcher hautement aux positivistes éminents, l’entière possession des principaux pouvoirs humains, soit comme conseillers, soit comme commandants, des affaires générales de l’Humanité […]. La direction du monde social appartient à ceux qui le comprennent et qui s’y intéressent » (Comte, 1984, p. 119). Content de cette explication dont il a « accouché récemment », il la reprend quasiment mot pour mot quelques jours plus tard dans une lettre à Laffitte : le positivisme « doit aussi convenir à ceux qui sont nés pour commander […]. Ce que Mahomet prédisait à sesprédestinés, ce que Cromwell prêchait à sessaints, je dois le recommander, encore mieux au nom de l’Humanité, à tous les vrais positivistes éminents :emparez-vous du monde social » (ibid., p. 132). L’avènement du positivisme doit en effet suivre « une marche inverse de celui du catholicisme » qui avait pénétré d’abord la société puis le gouvernement : il doit d’abord s’emparer du gouvernement et pour ce faire attirer à lui les « dignes ambitieux », ceux qui « sont nés pour commander » avant même de convaincre le peuple (ibid., p. 133). Quelques années plus tard, Comte reprendra enfin cette formule dans la Synthèse subjective : « Tous les positivistes ont ainsi senti comme leur chef, la confiance que suscitent la plénitude et l’homogénéité d’une doctrine enfin parvenue à présenter, sur toutes les questions essentielles, des solutions décisives, toujours d’accord entre elles […]. Ainsi se prépare le digne ascendant des âmes d’élite qui doit bientôt réaliser, épurés et combinés, l’empire universel que Mahomet promit aux vrais croyants et le règne général que Cromwell annonçait aux saints » (Comte, 1856, p. XLII). Comte déplore cependant que ses disciples ne soient pas aussi enthousiastes que ceux de ses illustres prédécesseurs, comme il le consigne dans sonTestament : « Tandis que saint Paul et Mahomet, au milieu de luttes acharnées, obtinrent des dévouements complets, je puis, sans attaque extérieure, être, à chaque instant, abandonné de tous les miens, d’après les habitudes dues à leur négativisme primitif » (Comte, 1884, p. 28).
32Pour marquer son importance, Comte accorde à Mahomet une place de choix dans leCalendrier positiviste puisque celui-ci donne son nom à une semaine, le plaçant au même rang que Numa, Bouddha et Confucius. Seuls Moïse et saint Paul se voient consacrer un mois : Moïse celui de la « théocratie initiale » et saint Paul celui du « catholicisme ». Il n’y a en revanche pas un seul jour pour « l’aventurier » qu’est Jésus Christ, ni non plus bien sûr pour les fondateurs du protestantisme, religion individualiste et dissolvante (Comte, 1929 [1851-1854], vol. 3, p. 410). La semaine de Mahomet devra être consacrée à « célébrer dignement le monothéisme islamique », en fêtant le jeudi la personne de Mahomet et le dimanche l’islamisme en tant que tel :
Mais, pour que l’élaboration nécessaire de la religion universelle se trouve suffisamment glorifiée, il faut consacrer la semaine suivante à célébrer dignement le monothéisme islamique, qui pouvait seul préparer le positivisme en Orient. C’est pourquoi le jeudi fête personnellement son incomparable fondateur, qui, mieux qu’aucun autre rénovateur, pressentit la nature provisoire et l’extension restreinte de la construction par laquelle il adapta de nobles peuples à l’état final. Le dimanche accomplit l’idéalisation abstraite de l’islamisme, en représentant les avantages, intellectuels et moraux, propres à la confusion monothéique des deux puissances, malgré le retard passager qu’elle imposa d’abord aux orientaux (ibid., vol. 4, p. 145).
33Comte propose également de compléter cette célébration de l’islam par une curieuse commémoration, dont on doute qu’elle puisse enthousiasmer les musulmans, celle de la bataille de Lépante. Cette défaite mémorable de l’Islam devrait pourtant, selon lui, être mieux appréciée par les musulmans que par les catholiques, dans la mesure où elle a marqué pour ceux-là la fin de leur « vie militaire » et le début de leur « vie industrielle » : « Pour compléter le tableau de la filiation, une fête exceptionnelle célèbre, le lendemain, la bataille de Lépante, dernière gloire de l’instinct guerrier, et digne complément de Salamine. Quand la religion positive aura rallié les descendants respectifs des musulmans et des catholiques, les premiers sentiront mieux que les seconds le prix d’une journée qui, marquant la fin de leur essor militaire, inaugura leur vie industrielle » (ibid., p. 145-146).
34De même, dans l’autre instrument d’éducation positiviste institué par Comte en parallèle avec le Calendrier, la « Bibliothèque positiviste », le Coran est, avec la Bible,le seul livre sacré méritant d’être retenu pour l’éducation du « prolétaire positiviste ». Autre témoignage de cet intérêt pour l’islam, Comte avait prévu de donner des cours sur l’islam en 1855, reportés à 1857, et que son décès l’empêcha de délivrer. Une séance aurait été consacrée à l’« appréciation générale du monothéisme islamique » et une autre à « sa représentation par Mahomet, Omar et Haroun-al-Raschid » (Comte, 1855, préface, p. XXXI).
35Les emprunts que Comte propose de faire à l’islam portent cependant plus sur les « rites » que sur les « dogmes ». Il admire la capacité mobilisatrice de l’islam et la force symbolique d’un certain nombre de ses rites. Wolf Lepenies a bien montré que, pour Comte, une des conditions du succès du positivisme tient au choix de « signes bien institués » (Lepenies, 2012, p. 5). Trois inventions de l’islam sont particulièrement appréciées par Comte. D’abord laqibla (kebla chez Comte), le point fixe vers lequel orienter la prière ; ensuite le drapeau vert de l’islam ; et finalement la prohibition de l’alcool. Le principe de laqibla, l’orientation de la prière en direction de laKaaba de la Mecque, sera repris dans la religion positiviste. La prière positiviste doit se faire en direction du centre de cette religion, qui est Paris. Les temples positivistes doivent également être édifiées en direction de Paris : « il faut donc que, sur toutes les parties de la planète humaine, lestemples du Grand-Être soient dirigés vers la métropole générale, que l’ensemble du passé fixe, pour longtemps à Paris » comme dans « l’heureuse ébauche de l’islamisme » (Comte, 1966 [1852], p. 186)10. C’est ce qu’il explique à Laffitte dans une lettre de 1849 : « Dans la construction du temple et du bois sacré qui le contient, j’ai introduit une institution éminemment sociale en empruntant à Mahomet le principe, trop peu apprécié, duKebla ou point fixe, destiné à faciliter matériellement la convergence mentale et morale. Le grand axe commun du temple et du bois sera partout dirigé vers Paris, centre fondamental de l’occidentalité » (Comte, 1982, p. 56).
36Ce point fixe extérieur vers lequel tous les fidèles doivent s’orienter est essentiel pour renforcer le lien social. Comte voit dans cette institution « l’une des meilleures inspirations de l’islamisme » : « cette touchante convergence, que lekebla musulman étend à toutes les attitudes religieuses, même après la mort, recevra naturellement un semblable complément dans le seul culte susceptible d’une pleine unanimité » (Comte, 1929 [1851-1854], vol. 4, p. 156).
37Le drapeau du positivisme s’inspire également de l’islam puisqu’il reprend la couleur verte du drapeau islamique. Comte l’explique dans son cours sur l’histoire de l’humanité, ce drapeau positiviste est celui des « constructeurs » qui s’oppose au drapeau rouge des « niveleurs » (Comte, 2016, p. 265)11. Si Comte a choisi la couleur verte, c’est pour plusieurs raisons : parce que le vert est « chez tous les peuples la couleur de l’espérance, conception fondée sur un phénomène naturel, la couleur verte des feuilles qui précèdent les fruits ». Or « l’espérance est la qualité caractéristique des amis du progrès, qui a en vue l’avenir ». C’était par ailleurs « la couleur de Camille Desmoulins au Palais Royal »(ibid.) : en effet, le 12 juillet 1789, Desmoulins, lorsqu’il menait à l’insurrection au Palais Royal, avait mis une feuille de tilleul sur son chapeau et incité les patriotes à faire de même. Enfin parce que cette couleur verte est « libre » dans les drapeaux européens, mais qu’on la trouve « au Brésil et en Orient, ce qui peut y favoriser l’adoption de la doctrine » (ibid., p. 265-266). Elle serait donc bien reçue dans les peuples musulmans. Le disciple de Comte Philémon Deroisin était encore plus explicite sur cet emprunt à la couleur verte de l’islam : le vert est « couleur la plus sympathique et couleur de l’espérance ; la cocarde en feuillage de Camille Desmoulins au Palais-Royal le 14 juillet ; couleur du drapeau du Brésil ; le turban vert chez les Islamistes » (Deroisin, 1909, p. 95).
38Enfin, les interdits alimentaires de l’islam semblent également susceptibles d’être repris par Comte car ils permettent de « perfectionner l’ensemble de la nature humaine » : il s’agit pour le positivisme de « restreindre l’instinct nutritif » et les « impulsions de la chair » comme le rappelle, dans son appartement, la balance avec laquelle Comte pesait sa nourriture12. La prohibition de l’alcool est une bonne voie pour atteindre cet objectif :
La saine restriction de l’instinct nutritif est encore fort loin de l’extension systématique que lui procurera graduellement la religion positive. […] Tel est surtout l’usage du vin, dont l’interdiction musulmane demeura sincère et générale pendant les siècles où l’islamisme développa le mieux le genre d’activité temporelle auquel nous le jugeons spécialement indispensable. En scrutant dignement les admirables desseins du grand Mahomet, on ne tarde point à reconnaître qu’il voulut ainsi perfectionner radicalement l’ensemble de la nature humaine, d’abord chez l’individu, puis dans l’espèce, d’après la loi d’hérédité (Comte, 1966 [1852], p. 227).
39Dans les toutes dernières années de sa vie, Comte estime que la montée de l’« irréligion » est un grave danger pour l’Occident. Pour lutter contre cette menace la religion positive se propose de prendre la tête d’une « ligue religieuse » : « toutes les âmes vraiment religieuses peuvent se réunir contre les dangers universels de l’irréligion » (Comte, 1855, p. 28). C’est à la mise au point de cette « ligue » religieuse qu’est consacré pour une bonne part l’Appel aux conservateurs de 1855 : « On ne saurait instituer la convergence des forces spirituelles que d’après la seule foi qui puisse accueillir chacune des synthèses provisoires comme affluent spontané de la religion universelle. Cette aptitude du positivisme à liguer activement toutes les âmes religieuses pour surmonter l’ensemble des instincts irréligieux doit être sentie surtout par les femmes, mieux préservées, du moins chez les catholiques, des vicieuses préoccupations de l’intelligence » (ibid., p. 75).
40Cette union religieuse devrait être « dès le début […] autant accessible aux musulmans qu’aux chrétiens »(ibid., p. 76). L’islamisme vient juste après le catholicisme dans cette ligue : « les musulmans assez avancés pour sentir l’urgence actuelle de cette séparation méritent, après les dignes catholiques, le premier rang dans la sainte ligue qui doit partout la réaliser »(ibid., p. 445). Cette ligue devra s’attaquer notamment aux sceptiques et aux protestants : ce sont les « résistances tant protestantes que sceptiques, qui maintenant entravent l’essor décisif de la religion universelle »(ibid.). Les protestants sont toujours mal jugés par Comte car trop individualistes et il envisage de pouvoir se servir des musulmans contre les protestants. Il ne fait guère confiance non plus à la religion orthodoxe et compte sur l’islam pour « discipliner » les Grecs : les islamistes devront prendre la succession des Romains pour gouverner « les Grecs, jamais disciplinés » (Comte, 1929 [1851-1854], vol. 4, p. 507). Quant aux Juifs, Comte y fait rarement allusion, sauf lorsqu’il déplore qu’ils n’aient pas su saisir l’offre que leur fit Mahomet, quand il proposa aux tribus juives de Médine de se convertir : « la race infortunée manqua, par son aveugle obstination, la seule occasion de rétablir sa nationalité, quand elle rejeta les nobles avances du grand Mahomet, qui pouvait devenir le Messie vainement attendu » (ibid., vol. 4, p. 509). Cette religion monothéiste, historiquement nécessaire mais prématurée, « méritait pourtant du catholicisme une gratitude qu’elle n’obtint jamais, et que pourra seul lui procurer le positivisme » (ibid., vol. 3, p. 408).
41Avant même que soit constituée la « ligue religieuse », Comte fondait beaucoup d’espoirs dans les pays musulmans, et notamment la Turquie, pour embrasser prochainement le positivisme : « La rénovation finale s’étendra aux monothéistes musulmans, d’abord en Turquie puis en Perse. Le positivisme y trouvera naturellement des sympathies que le catholicisme ne comportait pas, et qui sont déjà très sensibles » (ibid., vol. 1, p. 391).
42Dans cette perspective, Comte exprime son souhait de faire entrer au « Comité positiviste occidental » successivement : « un Grec, un Russe, un Égyptien, un Turc, un Persan et enfin un Hindou » conformément à l’ordre probable de l’accession de ces pays à la positivité (ibid., p. 392). Cet objectif sera en partie réalisé par Pierre Laffitte, qui nommera Ahmed Riza au Comité positiviste. Le succès de la révolution des Jeunes-Turcs en 1908 semblera confirmer ces prévisions : selon Riza, c’est « le positivisme de Comte qui nous a permis d’accomplir notre révolution », c’est-à-dire la révolution Jeune-Turque de 1908 (Riza, 1909, p. 76)13.
43Ces espoirs mis dans la Turquie se manifestent notamment à travers la lettre que Comte adresse en 1853 à Reshid-Pacha, grand vizir ottoman, partisan des réformes des Tanzimat, célèbre pour avoir donné l’exemple de la monogamie et avoir fait interdire le commerce des esclaves. Comte lui envoie également leCatéchisme positiviste et leSystème de politique positive. S’il s’adresse à lui, c’est parce que « les autorités occidentales » sont « devenues incapables de diriger le mouvement social » alors que « les chefs orientaux, vraiment restés à la tête de leurs nations » exercent leur fonction qui est « de pousser au bien et résister au mal » (Comte, 1929 [1851-1854], vol. 3, p. XLVIII). Il explique à Reshid-Pacha que la religion musulmane se rapproche du positivisme par sa simplicité et sa réalité : « le génie islamique doit même être moins contraire que le génie catholique à l’avènement final de la religion positive, comme ayant toujours tendu davantage vers la réalité, d’après sa croyance plus simple et sa direction plus pratique »(ibid., p. XLIX). À la différence du catholicisme, l’islam est resté à l’abri du « désordre métaphysique » et du « caractère trop mystique » des croyances qui affectent les « modernes occidentaux »(ibid.). Comte lui fait également valoir que les objectifs du positivisme et de l’islam sont les mêmes mais que le positivisme est mieux placé pour les réaliser. Le positivisme permet de mieux atteindre « l’uniformité des opinions et des mœurs » qui est un des objectifs fondamentaux de l’islam : « ce grand but s’atteint mieux en remplaçant Dieu par l’Humanité » (ibid., p. L). On peut douter cependant qu’il convainque le destinataire de sa lettre lorsqu’il lui explique avoir « été conduit à découvrir la religion universelle, en écartant toute croyance théologique, pour embrasser l’ensemble de l’existence humaine, tant collective qu’individuelle, dans une foi pleinement positive »(ibid., p. XLVIII).
44On voit donc que Comte est finalement très favorable à l’islam, mais pas pour les raisons que l’on pourrait attendre. Ce qu’il apprécie dans l’islam est que cette religion soit la plus dépouillée de toutes et la plus proche, chronologiquement parlant, de la religion positive qu’il s’efforce d’instituer : c’est d’une certaine manière la religion de la sortie des religions traditionnelles et de l’entrée dans la religion positive. En ce sens il est séduit par cette pureté et cette simplicité de la religion musulmane qui ont pu, selon Michel Houellebecq, attirer aussi un René Guénon : le « combat nécessaire pour l’instauration d’une nouvelle phase organique de civilisation ne pouvait plus, aujourd’hui, être mené au nom du christianisme ; c’était l’islam, religion sœur, plus récente, plus simple et plus vraie […] qui avait repris le flambeau » car « Guénon était avant tout un esprit scientifique, et il avait choisi l’islam en scientifique, par économie de concepts » (Houellebecq, 2015, p. 275). En revanche, Comte n’insiste pas autant que l’on pourrait s’y attendre sur le fait que l’islam est une religion qui instaure un « lien social » fort. Mais il apprécie néanmoins le caractère mobilisateur des rites musulmans, qu’il propose de reprendre dans la religion positive, et surtout il admire, et envie, la personnalité selon lui si complète – cœur, esprit et caractère – du grand guerrier qu’est Mahomet.
45Quant aux positivistes après Comte, leurs jugements varieront largement selon qu’ils seront orthodoxes ou dissidents et selon la connaissance plus ou moins directe qu’ils auront de l’islam et des pays musulmans. Les orthodoxes, comme Pierre Laffitte, le « directeur du positivisme » après Comte, Ahmed Riza ou Christian Cherfils, grisés par le succès de la révolution Jeune-Turque initiée par l’un des leurs, mettront beaucoup d’espoir dans une réinterprétation positiviste du Coran. Cherfils, qui avait édité un recueil de textes de Comte sur l’islam (Cherfils, 1911), ira même jusqu’à se convertir à l’islam. Du côté des dissidents, seul Charles Mismer, journaliste et membre de la Société de sociologie, ayant longtemps séjourné à Istanbul où il fut rédacteur d’une version turque duJournal officiel, défend, en 1870, dans sesSoirées de Constantinople,les valeurs de l’islam face à l’Occident. Il affirme, d’une manière très comtienne, la supériorité du dogme musulman sur le dogme chrétien pour la raison qu’il est « d’une extrême simplicité » et « souvent d’accord avec la science moderne » (Mismer, 1876, p. 412 et 411)14. Tous les autres positivistes dissidents critiqueront régulièrement Mismer dans les colonnes deLa Philosophie positive, d’Émile Littré à Grégoire Wyrouboff, pour les plus connus, ou de Prosper Pichard, positiviste vivant en Algérie, à Marcel Dieulafoy, ingénieur et architecte ayant vécu en Perse. Ces positivistes sont, comme Littré ou Renan, attachés à une version antireligieuse du positivisme, critique de l’obscurantisme et du fanatisme musulmans15. En retour Mismer s’indignera de la fameuse conférence de Renan en Sorbonne sur « L’islamisme et la science » en 1883 (Mismer, 1883).
46Mais, plutôt que d’étudier l’appréciation de l’islam par le positivisme, ce que le positivisme retient de l’islam, il serait également possible de se poser la question inverse. En quel sens l’islamisme, mais ici en son sens contemporain, est-il dépendant du positivisme ? C’est la question beaucoup plus troublante que pose le philosophe libéral anglais John Gray, disciple d’Isaiah Berlin : il y répond en affirmant, de manière provocatrice, que l’islamisme radical contemporain est une lointaine conséquence du positivisme. Selon luiAl Qaedan’est pas une « relique du passé » : bien au contraire, « comme le communisme et le nazisme, l’Islam radical est moderne […]. Ils voient l’histoire comme un prélude à un monde nouveau. Tous sont convaincus qu’ils peuvent remodeler la condition humaine ». Or, selon Gray, ce sont bien Comte et les positivistes qui sont les « prophètes originaux de la modernité » (Gray, 2003, p. 3 et 27). En voulant moderniser radicalement la société occidentale, les positivistes l’auraient paradoxalement conduite au bord de l’effondrement, d’abord avec le communisme et le nazisme, et désormais avec l’islamisme.
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1 Cet article rend compte d’un recueil de textes de Comte sur l’islam édité par l’un des plus islamophiles des positivistes, Christian Cherfils, sous le titreL’islamisme au point de vue social (1911).
2 Voir Émile Littré qui définit ainsi l’islamisme dans la première édition de sonDictionnaire : « 1° La religion de Mahomet […] 2° L’ensemble des pays où règne cette religion, dans le même sens que chrétienté par rapport aux pays chrétiens ». (Littré, 1874, p. 159).
3 Sur Ahmed Riza, voir la thèse d’Erdal Kaynar (2012).
4 Sur cette question, voir l’article synthétique d’Angèle Kremer-Marietti (2002).
5 Sur le contraste entre l’approche « factuelle » de Montucla et Delambre et l’approche « philosophique » de Condorcet, voir la préface de Roshdi Rashed à l’Histoire des sciences arabes, (Rashed, 1997).
6 LeSystème de politique positive sera cité d’après Comte (1929) [1851-1854] avec l’indication du volume et de la page.
7 LeCours de philosophie positive sera cité d’après Comte (1975) [1830-1842] avec l’indication du volume, de la leçon et de la page.
8 Sur l’appréciation de l’Orient par Comte, voir Haac, 1998.
9 Le fait qu’il s’identifie à la fois à Mahomet et à Cromwell pourrait faire penser qu’il a luLes Héros de Carlyle, qui associe lui aussi ces deux « héros ». Mais Comte, s’il a entendu parler de Carlyle par certains de ses disciples, semble ne l’avoir jamais lu (Voir Pickering, 2009, p. 525).
10 À l’avenir, lorsque le monde entier sera converti à la religion positive, Constantinople, à la jonction de l’Orient et de l’Occident, devra succéder à Paris.
11 Sur cette question du drapeau positiviste, voir Fedi et Leal, 2015.
12 Sur le régime alimentaire de Comte et son « utopie de la longévité », voir Braunstein, 2009, p. 172-174.
13 Sur le mouvement Jeune-Turc et le positivisme, voir la thèse d’Enes Kabakçi (2007).
14 Charles Mismer est aussi l’auteur dePrincipes de sociologie (1882) et deSouvenirs du monde musulman (1892).
15 Sur l’orientalisme de Renan, voir Said, 2005, p. 154-182.
Haut de pageJean-FrançoisBraunstein,« Auguste Comte et l’« islamisme » », Revue européenne des sciences sociales, 59-1 | 2021, 13-40.
Jean-FrançoisBraunstein,« Auguste Comte et l’« islamisme » », Revue européenne des sciences sociales [En ligne], 59-1 | 2021, mis en ligne le01 janvier 2025, consulté le20 février 2026.URL : http://journals.openedition.org/ress/7345 ;DOI : https://doi.org/10.4000/ress.7345
Haut de pageUniversité Paris 1 Panthéon-Sorbonne, ISJPS
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