Dossier Epstein : Ghislaine Maxwell en appelle à Trump et à la Cour suprême

Jeffrey Epstein et Ghislaine Maxwell (Photo d'archives)
Photo : Getty Images / Patrick McMullan
Les avocats de Ghislaine Maxwell, l'ancienne compagne etcomplice du pédophile décédé Jeffrey Epstein, ont pressé la Cour suprême des États-Unis, lundi, d'entendre son appel visant à annuler sa condamnation pour trafic sexuel.
Dans un nouveau document transmis au plus haut tribunal du pays, ils affirment que l'enjeu au centre du litige n'est pas de nature sexuelle, mais réside plutôt dans le respect des ententes fédérales.
Plutôt que d'aborder de front les principes fondamentaux des accords de plaidoyer, le gouvernement tente de détourner l’attention en exposant un récit sordide et sans rapport des agissements de Jeffrey Epstein. Or, cette affaire porte sur les engagements pris par le gouvernement, non sur ce qu’a fait Epstein
, arguent-ils dans leur mémoire.
Dans leur appel déposé en avril à la Cour suprême, les avocats de Ghislaine Maxwell ont argué que l'accord de non-poursuite que les procureurs fédéraux de Floride ont conclu avec Jeffrey Epstein dans le cadre de son plaidoyer de culpabilité en 2008, la première fois où il a fait face à des accusations, protégeait aussi ses éventuels complices contre les poursuites.
La Cour d’appel fédérale du 2e circuit, dont la juridiction couvre notamment l'État de New York, où Ghislaine Maxwell a été jugée et reconnue coupable, a estimé que l’accord conclu en Floride ne s'étendait pas aux procureurs fédéraux de New York.
Accusée d'avoir été larabatteuse
de son compagnon, elle a étécondamnée, en 2022, à 20 ans de prison pour trafic sexuel pour avoir recruté, entre 1994 et 2004, des mineures afin qu'il les exploite sexuellement.
L'un de ses avocats a parallèlement plaidé sa cause auprès du président Donald Trump, qui l'a côtoyée pendant plusieurs années.
Le président Trump a bâti sa réputation en partie sur le pouvoir de la négociation – et il conviendrait sûrement que, lorsque les États-Unis donnent leur parole, ils doivent la tenir
, a déclaré David Oscar Markus dans un communiqué.
Nous faisons appel non seulement à la Cour suprême, mais aussi au président lui-même, afin qu’il reconnaisse à quel point il est profondément injuste de faire de Ghislaine Maxwell un bouc émissaire pour les crimes d’Epstein, en particulier vu que le gouvernement avait promis qu’elle ne serait pas poursuivie.
Rattrapé jusqu'en Écosse – à plus de 5000 kilomètres de la Maison-Blanche – par la controverse qui le suit depuis des semaines, Donald Trump n'a de son côté pas fermé la porte, une fois de plus, à l'idée de gracier la complice d'Epstein.
Eh bien, j'ai le droit de la gracier, mais personne ne m'a approché à ce sujet
, a-t-il répondu à un journaliste au cours d'une réunion bilatérale avec le premier ministre britannique Keir Starmer.
Personne ne me l'a demandé. C'est dans les médias. Mais pour l'instant, il serait inapproprié d'en parler
, a-t-il affirmé.
La semaine dernière, le procureur général adjoint des États-Unis et ancien avocat personnel de Donald Trump, Todd Blanche,s'est entretenu à deux reprises avec Ghislaine Maxwell, avec l'objectif officiel de déterminer si elle avait des informations additionnelles. Il s'agit d'une démarche inhabituelle de la part du département de la Justice.
Fait tout aussi particulier, la rencontre s'est déroulée quelques jours après que le département de la Justice eut pressé la Cour suprême de ne pas entendre son appel.
Lundi matin, deux démocrates siégeant au Comité judiciaire du Sénat ont écrit à Todd Blanche pour réclamer les enregistrements audio et les transcriptions de l'interrogatoire des derniers jours avec la complice d'Epstein.
Invoquantde sérieuses questions quant à la possibilité d'un accord corrompu entre l'administration Trump et Ghislaine Maxwell
, ils ont aussi réclamé du département de la Justice qu'il ne plaide pas en faveur d'une grâce présidentielle ou d'une commutation de peine en échange d'informations, selon leNew York Times, qui dit avoir consulté une copie de la lettre.
Inculpé en juillet 2019, Jeffrey Epstein a été retrouvé mort dans sa cellule quelques semaines plus tard, avant que ne débute son procès pourexploitation sexuelle de dizaines de mineures
Les autorités ont statué qu'il s'était suicidé, une explication confirmée récemment par le département de la Justice de l'administration Trump. Avant d'être nommés au sein du gouvernement fédéral, plusieurs de ses membres, dont les deux hommes à la tête duFBI, contestaient cette conclusion.
Trump continue de prendre ses distances avec Epstein, « persona non grata »
À sa troisième journée complète de voyage en Écosse, le président américain a par ailleurs continué à se dissocier de celui qu'il a fréquenté pendant des décennies, niant de nouveau des révélations duWall Street Journal, qui a récemmentfait état de vœux d'anniversaire salaces écrits par Donald Trump à Jeffrey Epstein au début des années 2000.

Les élus démocrates rappellent régulièrement les liens passés entre Jeffrey Epstein et Donald Trump, qui se sont fréquentés dans les années 1990 et au début des années 2000. (Photo d'archives)
Photo : Reuters / KEVIN LAMARQUE
Le président a aussi répété qu'il n'était jamais allé sur l'île privée où le pédophile décédé aurait organisé des orgies impliquant des mineures.
Interrogé sur les raisons de la rupture des liens avec son ancien ami, il a affirmé avoir coupé les ponts parce que celui-ci lui avaitvolé
des employés.
C'est de l'histoire ancienne. C'est très facile à expliquer, mais je ne veux pas vous faire perdre votre temps en vous l'expliquant
, a-t-il d'abord répondu, ajoutant que le financier déchu avaitfait quelque chose d'inapproprié
.
Il [m']a volé des gens qui travaillaient pour moi. Je lui ai dit : "Ne refais jamais ça." Il l'a refait et je l'ai mis dehors. Persona non grata. Je l'ai mis dehors [du club privé de Mar-a-Lago]. Je suis content de l'avoir fait, si vous voulez la vérité.
LeWashington Post a rapporté qu'à la même période, au début des années 2000, les deux hommes étaient entrés dans une vive compétition pour l'achat d'une propriété dePalm Beach, ce qui avait contribué à leur éloignement.
Donald Trump et Jeffrey Epstein avaient commencé à se côtoyer dans les années 1980.
En passant, je ne suis jamais allé sur l'île
, a par ailleurs martelé le locataire de la Maison-Blanche, montrant notamment du doigt l'ancien président démocrate Bill Clinton, affirmant sans preuves que son prédécesseur y était allé 28 fois.
Je n'ai jamais eu le privilège d'aller sur son île. Et j'ai refusé
d'y aller, a-t-il ajouté.
Donald Trump et Bill Clinton font tous deux partie des personnalités publiques qui ont utilisé l'avion de Jeffrey Epstein au fil des ans, selon des carnets de vol présentés devant les tribunaux, mais rien n'indique que l'un ou l'autre soit allé sur son île privée.
Je ne m’y suis pas particulièrement intéressé
, a affirmé Donald Trump à un journaliste qui l'interrogeait sur la présence de son nom dans le dossier Epstein, parlant de nouveau d'une supercherie mise en scène par les démocrates.
La semaine dernière, leWall Street Journal a rapporté que, quelques semaines après le début de son deuxième mandat, Donald Trump avait étéavisé par le département de la Justice que son nom apparaissait à plusieurs reprises dans les documents du dossier Epstein que révisaient des responsables du département.
La présence d'un nom dans ce dossier ne signifie pas que l'individu en question a commis des actes répréhensibles.
Vous savez, c’est une arnaque qui a été amplifiée hors de toutes proportions. Je peux vous dire ceci : ces dossiers étaient gérés par les pires ordures de la planète. […] Tout ça, c’est une arnaque. Ce sont eux qui contrôlaient les dossiers
, a lancé le président américain, suggérant que les démocrates y avaient glissé des documents falsifiés.
L'administration Trump est dans la tourmente depuis des semaines en raison de sa gestion du dossier Epstein. Une partie de la base du président, qui réclame depuis des années la publication de documents, dont une hypothétique liste de clients, reproche à l'administration un manque de transparence.
Il y a deux semaines, Donald Trump a accusé lesdémocrates de la gauche radicale
d'orchestrer ce canular,fustigeant ses partisans qui ne tournent pas la page sur cette controverse. Peu après, son administration alancé des attaques conspirationnistes contre les anciens présidents Barack Obama et Joe Biden ainsi que contre des membres de leurs administrations, dans une tentative apparente de faire diversion.
Il y a quelques mois, la procureure générale Pam Bondi avait créé d'importantes attentes en promettant de publier de nouveaux documents, une promesse qu'avait fait miroiter le républicain pendant la campagne présidentielle.
Au cours de la très longue conférence de presse aux côtés du premier ministre britannique, Donald Trump a notammentdit écourter l'ultimatum lancé au président russe Vladimir Poutine pour en arriver à une entente de paix avec l'Ukraine et aannoncé la mise en place éventuelle de centres de distribution alimentaire par les États-Unis dans la bande de Gaza, assiégée par Israël.
Fait à noter, Keir Starmer, pourtant le dirigeant du pays hôte, s'est rendu au club de golf de Donald Trump à Turnberry pour ces discussions officielles.
Trump réclame un témoignage rapide de Rupert Murdoch
Les avocats de Donald Trump ont par ailleurs demandé à un juge fédéral de Miami d'autoriser le témoignage hâtif du propriétaire duWall Street Journal, Rupert Murdoch, dans le cadre de la poursuite pour diffamation lancée dans la foulée du reportage du média sur les souhaits d'anniversaire à Jeffrey Epstein.
Dans des documents déposés à la cour lundi, ils invoquent notamment l'âge avancé de M. Murdoch, réclamant du juge qu'il les laisse interroger le magnat des médias d'ici 15 jours.
Murdoch est âgé de 94 ans, il a souffert de multiples problèmes de santé tout au long de sa vie et il aurait récemment connu des problèmes de santé importants
, ont écrit les avocats de Donald Trump.Pris ensemble, ces facteurs pèsent lourdement dans la balance pour conclure que Murdoch ne serait pas en mesure de témoigner en personne au procès.

Alors candidat républicain à la présidence, en 2016, Donald Trump s'entretient avec le magnat des médias Rupert Murdoch au Trump International Golf Links à Aberdeen, en Écosse. (Photo d'archives)
Photo : Reuters / Carlo Allegri
Le président américain réclame 10 milliards de dollars auWall Street Journal et à son propriétaire, qui possède aussi, notamment, le réseau pro-TrumpFox News.
Il y a une dizaine de jours, le quotidien américain a rapporté que Donald Trump avait collaboré à un recueil de souhaits créé pour le 50e anniversaire de Jeffrey Epstein.
Sans recopier son message, le quotidien en a révélé le contenu et a décrit l'illustration qui l'accompagnait. Le média de Rupert Murdoch a affirmé que Donald Trump avait souhaité à son ami d'alorsque chaque jour soit un autre merveilleux secret
et coiffé ses vœux d'une illustration de femme nue portant sa signature.
Dans les documents judiciaires présentés lundi, les avocats de Donald Trump affirment que ce dernier a informé Rupert Murdoch avant la publication de l'article que le message étaitfaux
et que M. Murdoch aurait assuré qu'ils'en occuperait
.L'implication directe de Murdoch souligne encore davantage la malveillance réelle des défendeurs
, ont-ils écrit.
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Avec les informations de Reuters
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