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Zeev Sternhell (enhébreu :זאב שטרנהל) est unhistorien etpolitologueisraélien d'originepolonaise, né le àPrzemyśl (Pologne) et mort le àJérusalem (Israël).
Survivant de laShoah, il émigre en Israël en 1951 et devient professeur descience politique à l'université hébraïque de Jérusalem. Ses recherches se concentrent sur la genèse de l'idéologiefasciste qu'il fait remonter à laFrance de la fin du XIXe siècle, notamment à travers les œuvres deMaurice Barrès etGeorges Sorel. Cette thèse, bien que soutenue par certains historiens, suscite d'importantes controverses historiographiques.
Membre fondateur du mouvement pacifiste israélienLa Paix maintenant, il milite contre lacolonisation et pour un compromis de paix avec les Palestiniens, positions qui lui valent d'être victime d'un attentat d'extrême droite en 2008.
Il est lauréat en2008 duprix Israël pour ses travaux en science politique.
Zeev Sternhell naît àPrzemysl, dans une famillejuivegalicienne. Son père, mobilisé dans l'armée polonaise, est tué dès le début de laSeconde Guerre mondiale[1]. Il est enfermé dans le ghetto avec sa mère et sa sœur qui seront ultérieurement assassinées dans lecamp d'extermination de Belzec. Puis il est confié à un oncle en 1942 et passe le reste de la guerre caché àLwów[1].
Il est envoyé en 1946 en Avignon, chez un autre oncle et fait ses études aulycée Frédéric-Mistral puis il s'installe enIsraël en 1951[1]. Il est élève dans une école agricole de Magdiel puis séjourne dans le kibboutz de Ousha en Galilée[1]. Il poursuit ses études à l'université et est nommé assistant à l'Université hébraïque de Jérusalem en 1960[1].
Il séjourne à Paris grâce à une bourse d'études, et prépare une thèse surMaurice Barrès à l'Institut d'études politiques de Paris sous la direction deJean Touchard[1]. Il la soutient en 1969[2] et la publie en 1972 sous le titreMaurice Barrès et le nationalisme français. Il est professeur de science politique à l'Université hébraïque de Jérusalem. Il est connu notamment comme spécialiste de la question de la montée et de la naissance dufascisme, en particulier de ses racines françaises. Selon lui,Georges Sorel et lecercle Proudhon sont à l'origine du corpus idéologique fasciste.
Au cours desannées 1960, il est directeur de l'Université d'Addis Abeba, à la demande de l'empereur d'ÉthiopieHaïlé Sélassié Ier[3].
Zeev Sternhell meurt àJérusalem le à l’âge de 85 ans[4]. Il est inhumé auMont des Répits.
En tant que membre fondateur du mouvement israélienLa paix maintenant (Shalom Akhchav)[5], Zeev Sternhell participe activement au débat politique en Israël, entre autres par ses contributions à la page « Opinions » du quotidien israélienHaaretz. Il prend position contre le camp ultra-nationaliste en Israël et la colonisation, et prône un compromis de paix avec les Palestiniens, affirmant :« si les Palestiniens faisaient preuve de plus de clairvoyance, ils concentreraient leurs actions contre les colonies au lieu de s'en prendre à des femmes et des enfants [en territoire israélien][6]. »
Le, il est visé par un attentat et blessé par l'explosion d'un engin piégé[7].« La police […] dit soupçonner les milieux ultra-nationalistes israéliens d'être responsables de l'agression »[8].Jack Teitel (en) avoue être l'auteur de cet attentat[9] : il s'agit d'un colon issu de l'ultradroite israélienne[10].
En, dans une tribune publiée parLe Monde, il compare le sort des juifs avant la guerre et celui des Palestiniens aujourd'hui. Il affirme :« En Israël pousse un racisme proche du nazisme à ses débuts »[11].
Zeev Sternhell a essentiellement travaillé sur lefascisme en France, sur ses origines et sur la formation de l'idéologiefasciste, irréductible selon lui à la période de l'entre-deux-guerres, et qui trouve ses racines historiques dans la France de la fin duXIXe siècle.
En effet, à partir de 1885 la confluence idéologique d'une partie de la droite nationaliste et de la gauche autour du thème de l'anti-parlementarisme va aboutir, notamment à travers la matrice que constitue leboulangisme, à l'élaboration progressive de la « synthèse fasciste ».
Celle-ci se caractérise essentiellement par un double rejet dulibéralisme et dumarxisme, auxquels elle prétend substituer une « troisième voie », élaborée par des penseurs comme le socialisteGeorges Sorel.
Les résultats de ses recherches sur l'origine et la nature du fascisme sont controversés[12].
Certains historiens[13] — commeMichel Winock,Pierre Milza etJacques Julliard[14] — et des spécialistes de l'œuvre deBarrès telEmmanuel Godo[15] ont contesté l'approche de Zeev Sternhell sur le fascisme français[16].
Pierre Milza tout en reconnaissant qu'« il y a eu sans aucun doute un fascisme français, qui n'a pas toujours pris la forme de ses homologues italien et allemand mais qui a occupé, dans l'espace politique et culturel de l'hexagone, une place plus grande que ne voulaient bien lui concéder jusqu'à une date récente les plus éminents spécialistes duXXe siècle français », critique Sternhell qui selon lui« voit du “fascisme” partout où il y a critique virulente de la république parlementaire, versionIIIe finissante […], un pas que l'examen attentif des faits interdit de franchir »[17].
Cependant, pourStanley Payne,« Zeev Sternhell a démontré de manière concluante que la quasi-totalité des idées du fascisme sont apparues en France »[18] etGeorge L. Mosse écrit dansLa Révolution fasciste :« Il y eut ainsi des mouvementsnationaux-socialistes primitifs en France (qui réunissaient d’anciens dirigeants de laCommune de Paris aux traditionsjacobines, mais aussi quelques anarchistes et bourgeois bien-pensants) »[19].
Les désaccords portent par ailleurs sur la définition sternhellienne du fascisme. Elle ne fait pas consensus au sein des historiens. À Sternhell est reproché, en particulier, l'imprécision de sa définition du fascisme, mais aussi des rapprochements parfois considérés comme hasardeux qu'il fait entre des mouvements aux fondements idéologiques radicalement différents (notamment entredroite conservatrice « légitimiste » et mouvements révolutionnairesnationalistes).Raymond Aron, témoignant en faveur deBertrand de Jouvenel — qui intentait un procès en diffamation à Sternhell pour la manière dont il l'avait dépeint en 1983 dansNi droite ni gauche. L'Idéologie fasciste en France — stigmatisait la méthode du chercheur israélien :« Son livre est le plus totalement a-historique qui se puisse concevoir. L'auteur ne remet jamais les choses dans le contexte. Il donne du fascisme une définition tellement vague que l'on peut y rattacher n'importe quoi »[20].
Certains historiens se demandent s'il est pertinent de relier des personnalités commeMaurice Barrès,Charles Maurras, voireEmmanuel Mounier, à la mouvance fasciste. Ainsi,Emilio Gentile soutient que parler de fascisme en dehors d'unrégime ou d'unparti est très problématique : si l'on excepte d'une part les derniers mois durégime de Vichy, d'autre part quelques mouvements très minoritaires autour deMarcel Bucard, laFrance n'a à proprement parler jamais connu de régime ou de parti fasciste.
« N’en déplaise aux admirateurs de Zeev Sternhell, dont les travaux possèdent d’évidentes qualités d’érudition et de précision, écritOlivier Bosc, on ne peut valider son interprétation qui repose sur une conception quasi généalogique de la pensée. Il distribue les certificats d’hérédité idéologique, en s’appuyant sur une méthode d’interprétation tenant à la fois du jeu des Sept Familles et du cadavre exquis[21]. »
Faire, comme Sternhell le propose, du fascisme uneidéologie « anti-Lumières[22] » est discuté, dans la mesure où le fascisme reprendrait notamment des idées apparues dans le cadre desLumières – et surtout de l'Aufklärung allemand, comme un certainconstructivisme juridique, ou le rejet des doctrines sociales etpolitiques fondées sur lechristianisme ; alors qu'à la même époque, d'autres mouvements — que Sternhell rapproche du fascisme — comme l'Action française, ou laRévolution conservatrice, rejetaient violemment les Lumières sans adhérer au fascisme — voire en en étant des adversaires, une fois revenus de la fascination qu'il suscitait chez eux.
Le politologuePierre-André Taguieff lui reproche« une vision anhistorique du fascisme » et « une méconnaissance du rôle moteur joué par laPremière Guerre mondiale » en laquelle il voit le véritable « berceau » de l'esprit fasciste. Il est tout aussi sévère envers l'affirmation de Sternhell que leFN se situe dans la filiation de la « droite révolutionnaire » « pré-fasciste », affirmation qui ne serait que l'application de« schémas interprétatifs rigides sur des phénomènes qu'il connaît insuffisamment »[23].