Influencé par l'anarchisteJoe Hill, il compose des chansons exprimant les luttes des pauvres et des opprimés, tout en célébrant leur esprit de résistancelibertaire indomptable[2].
Figure emblématique deshobos (« vagabonds » produits par laGrande Dépression), il devient un important porte-parole musical des sentiments ouvriers et populaires. Ses chansons militantes inspirent le renouveau du folk américain desannées 1960, à la tête desquelles on trouve des interprètes tels queBob Dylan,Joan Baez etPhil Ochs[3],[4].
Woody Guthrie est le troisième d'une famille de cinq enfants.
Son père, Charley Edwards Guthrie, quitte le sud duTexas et s'installe dans leTerritoire indien, aujourd'hui l'Oklahoma en 1897. Il y exerce la profession de cowboy pour plusieurs propriétaires de ranchs situés à l'est d'Okmulgee dans les territoires de la nationCreek. Après trois ans, il s'oriente vers l'enseignement de lacalligraphie puis, en 1902, travaille comme vendeur de livres pour un marchand à Welt près d'Okemah. Il est impliqué dans lelynchage raciste d'une mère noire et de son jeune fils,Linda et L.D. Nelson(en), le[5].
Sa mère, Nora Sherman Guthrie, s'installe dans la même région avec ses parents autour de 1900[6]. Ils se marient le.
L'héritage culturel de Woody Guthrie est très métissé : un microcosme de la culture de l'Oklahoma, son père venait du sud, sa mère du nord et les demi-frères de son père étaient des descendants d'Indiens de la région.Son père le baptisa Woodrow Wilson Guthrie en hommage àWoodrow Wilson, alors candidat à l'investiture démocrate pour l'élection présidentielle. Sa mère est morte de lamaladie de Huntington dont son fils a été atteint également.
Figure de proue du mouvementfolk desannées 1960, Woody Guthrie est avant tout un musicien decountry. Après une enfance marquée par d'innombrables tragédies et notamment la mort accidentelle de sa sœur tuée dans l'explosion d'un poêle à charbon[7], Woody doit, dès l'adolescence, vivre de ses talents de multi-instrumentiste en jouant dans la rue.
Au début desannées 1930, la fin de l'eldorado pétrolier dans sa région natale pousse Woody Guthrie vers le Texas, où il s'installe dans la petite ville dePampa pour rejoindre son père. Il y rencontre Mary Jennings qu'il épouse. Le couple a trois enfants. Il forme avec son beau-frère et un troisième ami un trio musicalThe Corn Cob Trio. Il passe beaucoup de temps à la bibliothèque de Pampa et dévore tous les livres qui lui tombent sous la main. Il se met également au dessin et vend ses œuvres dans la rue[réf. nécessaire]. La crise économique rend sa situation précaire et, vers 1935, il quitte sa famille et vit de petits boulots itinérants.
Guthrie s'engage très jeune dans l'action politique. Parti pour laCalifornie, comme des milliers de cesOkies chassés par la misère de l'Oklahoma, et dont leroman (et lefilm)Les Raisins de la Colère racontent l'épopée, il s'installe alors au cœur des luttes sociales, s'opposant avec sa guitare et ses chansons aux milices des entreprises fruitières ou à la complaisance despoliciers de l'État californien. Sa réputation de redoutable agitateur lui vaut nombre de démêlés avec la police et la justice[citation nécessaire]. Mais seschansons protestataires attirent aussi l'attention des auditeurs de country music et des folkloristes new-yorkais.
L'une de ses plus célèbres chansons de protestation estDeportee(en)[8], que lui a inspirée le crash d'un avion transportant des émigrés mexicains, survenu le. Ce qui aiguisa le plus son esprit de révolte fut le traitement de la presse chargée de couvrir l'événement, qui ne cita les noms d'aucun des vingt-huit sinistrés, ni par écrit ni à la radio, arguant du fait qu'il s'agissait uniquement « d'expulsés ».
Son expérience duDust Bowl, avec ses tempêtes de poussière, lui inspire tout un cycle de chansons, auxquelles il ajoute une ballade surTom Joad, le héros deSteinbeck, auquel il s'identifie.
À la fin desannées 1930, partisan enthousiaste duNew Deal de Franklin D. Roosevelt, il est embauché par laBonneville Power Administration pour chanter devant les ouvriers qui bâtissent des barrages sur leColumbia. Il en tire un autre cycle de chansons à la fois poétiques et politiques.
Après de nombreuses péripéties, le label Capitol offre à Woody Guthrie un contrat d'enregistrement exclusif. Au lieu de l'accepter, il quitte la Californie et part s'installer àNew York. Il devient l'un des favoris deGreenwich Village.
Son folklore protestataire exercera une influence majeure sur tous les futurschanteurs engagés, commePete Seeger avec qui il fonde au début desannées 1940 l'éphémère mais influent groupeThe Almanac Singers et avec lequel il participera plus tard fréquemment à deshootenannies,Bob Dylan (qui dès son arrivée à New-York lui rend visite à l'hôpital où il termine sa vie, et lui consacre une chanson dans son premier disque),Joan Baez ouBruce Springsteen[9].
Sa musique a eu une influence considérable à l'époque, et fait depuis partie de la culture des États-Unis. Ses textes, portés par une musique brute et sans fioritures, ont marqué durablement la chanson américaine.
Fier de ses convictions politiques engagées, il inscrivait dès les années 1930 sur toutes ses guitares la phrase :This Machine Kills Fascists (« Cette machine tue lesfascistes »). Cet engagement était dans l'Amérique de l'époque moins facile qu'on ne pourrait le penser maintenant[10].
Il participe en 1941, en compagnie dePete Seeger, à la création desAlmanac Singers, un groupe folk dont le but est de militer en chantant l'actualité sociale et politique des États-Unis. Mais l'anarchisme et l'individualisme de Guthrie lui font quitter très tôt ses compagnons, trop embrigadés à ses yeux dans le Parti communiste américain[2].
Il dénonce l'exécution deSacco et Vanzetti en écrivant plusieurs chansons célébrant ces deux militantsanarchistes et fustigeant la justice américaine qui les avait envoyés sur la chaise électrique en 1927[11].
Il écrit également laBallade deRosa Lee Ingram(en) pour dénoncer la parodie de justice entreprise contre cette femme et ses trois fils victimes d'une agression raciste en et injustement condamnés à mort (pour la mort accidentelle de leur agresseur)[12].
Enregistré à Tulsa lors des mêmes sessions queThis Machine Still Kill Fascists, l'albumOkemah Rising est sorti le 12 mai 2023 pour compléter l'hommage rendu par Dropkick Murphys[13]. Toutes les paroles sont de Woody Guthrie. Le petit-fils de Woody Guthrie, Cole Quest, est invité sur le morceau "Ripping Up The Boundary Line" où il joue sur une guitareDobro et participe au chœur[14].
↑La chanson était à l'origine un poème du chanteur, dont la musique additionnelle fut composée par Martin Hoffman et popularisée plus tard parPete Seeger.
↑Ces artistes on fait de nombreuses reprises de Guthrie, que ce soit sur des albums ou bien en concert.
↑Comme en témoignent les images (ici etlà) de Woody Guthrie tenant sa guitare. (Biographie.).
Nick Hayes,Woody Guthrie et les Dust Bowl Ballads, scénario et dessin de Nick Hayes, publié en Grande-Bretagne en 2014, traduction française de Tina Calogirou, éditions Marabout, 272 planches, 2015
Alice's Restaurant, film américain d’Arthur Penn, sorti en 1969, reconstitue la fin de vie du chanteur, interprété parJoseph Boley lors d'une scène où son filsArlo vient lui rendre visite à l'hôpital.
En route pour la gloire (Bound for Glory), film américain réalisé parHal Ashby sorti en1976 et adapté de la biographie de Guthrie.Le rôle du chanteur est joué parDavid Carradine. Le film raconte son départ de Pampa au Texas, son voyage jusqu'en Californie et le début de sa carrière de chanteur, jusqu'à son départ pour New York. En 1977, le film concourt pour la Palme d'or aufestival de Cannes. Toujours en 1977, il reçoit l'Oscar de la meilleure image (Best cinematography) et de la meilleure musique (Best Music, Original Song Score and Its Adaptation or Best Adaptation Score). Il est également nommé dans les catégories meilleur film, scénario, montage et costumes.