Winsor McCay dessine vite : attraction foraine, il réalise seul ses dessins animés et les distribue
Le lieu et la date de naissance exacte de Winsor McCay sont incertains. Il déclara être né à Spring Lake dans le Michigan en 1871, mais sa pierre tombale indique 1869, et les archives du recensement indiquent qu'il serait né au Canada en 1867. Son nom de baptême est Zenas Winsor McKay, en l'honneur de l'employeur de son père : Zenas G. Winsor.
Winsor McCay a très tôt une vocation pour le dessin. À l'âge de 16 ans, sous l'influence de son professeur de dessin John Goodison, il découvre et développe ses qualités pour lesperspectives architecturales originales et riches en effets inédits. Très vite, il utilise ses dons et se lance dans une carrière itinérante de peintre publicitaire et de décorateur. À 17 ans, il se fixe àChicago et poursuit ses études artistiques. Il est particulièrement sensible aux constructions réalisées pour l'exposition universelle, et auxgratte-ciel qui jaillissent des décombres de l'incendie de1871. À 19 ans, il est déjà un peintre et décorateur apprécié et expérimenté, si bien qu'il est employé par le Morton's Dime Museum deCincinnati, musée d'histoire naturelle, d'ethnographie où se produisent des forains. Pendant une dizaine d'années, de1886 à1896, Winsor McCay produit des milliers de dessins pour les parcs d'attraction (Wonderland) qui sont alors en vogue aux États-Unis. Il est fort probable qu'il exerce également le métier de dessinateur forain : virtuose au travail, il impressionne les visiteurs. En1891 il se marie avec Maud Leonore Dufour (alors âgée de 14 ans). En1897, il commence à travailler pour la presse locale de Cincinnati etLife[1] pour lequel il réalisecaricatures et dessins descience-fiction. Il est repéré par James Gordon Bennett propriétaire des très respectésNew York Herald etEvening Telegram qui l'embauche. McCay s'installe àNew York en octobre1903.
Pour James Gordon Bennett, McCay, réalise des planches pour les suppléments illustrés des journaux du dimanche. DansLe petit Sammy éternue (1904), les éternuements du petit Sammy causent dévastations et catastrophes dans un univers ordonné, de même les cris stridents deHenrietta l’affamée (1905) provoquent la terreur. Mais c'est avecCauchemars de l'amateur de fondue au Chester publié dans leEvening Telegram sous le pseudonyme de Silas etLittle Nemo in Slumberland publié dans leNew York Herald que Winsor McCay atteint le sommet de son art et peut se plonger dans ses thèmes favoris : le pays des songes, illusions, architectures utopiques, onirisme… Les deux strips se répondent l'un l'autre. LesCauchemars de l'amateur de fondue au Chester développent la métaphore négative du cauchemar, les strips sont ancrés dans la réalité du New York des années 1900, et abordent les thèmes inhérents à la vie quotidienne urbaine et aux inquiétudes causées par la société industrielle et urbaine naissante. LesCauchemars de l'amateur de fondue au Chester parlent des désirs et angoisses des New-yorkais face à la modernité.
À partir du Winsor McCay créeLittle Nemo in Slumberland pour leNew York Herald de J. Pulitzer. Cette bande dessinée utilise systématiquement desphylactères, et W. McCay abandonne la mise en page classique desstrips en créant des cases de dimensions variables selon les besoins du récit. Les couleurs jouent un rôle important car McCay utilise des couleurs entre tons pastels et couleurs pures dans un styleart nouveau[2]. W. McCay s’adresse avec cette œuvre à un public adulte comme il le faisait déjà en 1904 avecLittle Sammy Sneeze qui détruit le cadre de sa case en éternuant.Little Nemo in Slumberland développe la métaphore positive du rêve. Les couleurs y sont vives, les décors fantastiques avec des perspectives riches d'illusions et d'inventions graphiques, le monde onirique de McCay y est poussé à son paroxysme.Little Nemo in Slumberland propose une évasion aux pays des merveilles, au pays des distractions féeriques, au pays des inventions du génial démiurge McCay.Little Nemo in Slumberland rencontre un grand succès public. Même si chacune des planches dominicales se termine par la même chute (Little Nemo tombe de son lit et se réveille), les rêves se suivent et forment une intrigue qui se développe d'une aventure à l'autre, les personnages changent au fur et à mesure de leurs aventures rêvées.Little Nemo in Slumberland est ainsi la première bande dessinée à adopter la pratique de la suite feuilletonesque. Lorsque McCay est débauché par le groupe de presse du tout puissantWilliam Randolph Hearst en1911 Little Nemo est rebaptiséIn the Land of Wonderful Dreams et la série continue jusqu'en1914. McCay poursuit ses réflexions sur la société contemporaine sous divers titres dontDay Dreams dans leNew York Evening Journal.
À partir de1909, Winsor McCay délaisse un peu la bande dessinée pour se consacrer à un nouveau média : ledessin animé pour y adapter les aventures de son personnage fétiche,Little Nemo. CommeÉmile Cohl à la même époque, il travaille sur papier (lecellulo n'existe pas encore) et réalise tous les dessins de sa propre main. AvecGertie le dinosaure premier dinosaure de l'histoire du cinéma, Winsor McCay invente le personnage du dessin animé moderne : un personnage central doté d'une personnalité propre et attachante. La science de la perspective permet à McCay de rendre parfaitement les effets en 3D. Ce film sera cité en exemple lors des balbutiements des dessins animés par ordinateur dans les années 1970. Il ne manque que le son au film. Qu'à cela ne tienne, McCay reprend le chemin des forains de ses années de formation et présente lui-même ses films à travers l'Amérique; durant les projections, véritable show man, il fait en direct les bruitages sonores et participe même au film (il donne lui-même des ordres à Gertie qui présente un numéro de music-hall et participe à l'intrigue au point d'intégrer le film à la fin). Le film est également riche en illusions d'optiques. Après laPremière Guerre mondiale, McCay réalise des petits films qui reprennent des gags desCauchemars de l'amateur de fondue au Chester.
Mais il est rattrapé par les progrès de l'industrie cinématographique et, isolé et indépendant des studios, il doit renoncer au cinéma d'animation. Il continue cependant ses collaborations avec les journaux deWilliam Randolph Hearst pour lesquels il réalise des illustrations et des caricatures sur les thèmes d'actualité. Parallèlement, McCay travaille anonymement pour la publicité. Il meurt brusquement le.
Des premières planches de Little Nemo parues en 1905 à celles publiées en 1907, l'évolution de latechnique de narration de McCay est flagrante.Les premières histoires dominicales de Nemo sont présentées sous forme de planche divisée en cases rectangulaires et régulières. Sous chacune d'elles, un numéro de chronologie et un commentaire complétant l'action qui s'y déroule. Ces commentaires sont prédominants sur les raresphylactères présents dans la planche.
Au fur et à mesure des publications, les commentaires diminuent au profit des bulles de dialogue, les numéros de chronologie s'insèrent dans l'image et les compositions de planches se débrident avec des cases qui soulignent l'intensité du récit.
Alexander Braun,Winsor McCay la vie et l'oeuvre d'un génie du crayon, 2014, Éditions Taschen, 144 pages; ouvrage complémentaire àThe Complete Little Nemo by Winsor McCay, Éditions Taschen, 564 pages(ISBN978-3-8365-5432-9)