Prumî årtike. Tos les omes vinèt å monde libes et ewals po çou k' est d' leu dignité et d' leus droets. Leu råjhon et leu consyince elzî fwait on dvwer di s' kidure inte di zels come des frés.
Le wallon fait partie d'un groupe de langues qui comprend lepicard, lefranc-comtois et lelorrain. Ces langues ont en effet un certain nombre de caractéristiques en commun, dont une influence germanique. Le wallon était la langue la plus parlée enBelgique romane jusqu'à laPremière Guerre mondiale. Depuis, son usage dans la vie quotidienne s'est largement réduit au profit dufrançais, qui est devenu la principale langue de laWallonie.
Langue de la partie romane de l'anciendiocèse de Liège, le wallon se compose de quatre grandes variétés dialectales et d'une forme normalisée. Ses locuteurs peuvent être appelés desWallons[5], mais ce terme se référant avant tout aux habitants de laWallonie, on lui préfère de plus en plus celui de wallonophone[6] (walon-cåzant ouwalon-djåzant en wallon).
Cette carte représente l'ancienDiocèse de Liège (en jaune) qui a évolué à partir de laCivitas Tungrorum et qui avait probablement les mêmes frontières. La ligne rouge représente la frontière linguistique entre le néerlandais et le français. L'orange représente les frontières nationales modernes. La partie romane du diocèse de Liège coïncide avec les limites de la région de langue wallonne.
Le contexte historique de la formation du wallon est lié à l'extension territoriale du diocèse de Liège. L'anciendiocèse de Liège, en sa partiewallonne (dans le sens de roman), a des limites qui coïncident de manière frappante avec celle du wallon (lesarchidiocèses deTrèves et deReims ont laissé leur marque en Belgique avec respectivement legaumais etchampenois, et les diocèses deCambrai etTournai avec lepicard). L’Atlas linguistique de la Wallonie a bien mis en valeur cette très ancienne trace possible de l’influence des subdivisions de l’Église.
Au seizième siècle, le poète françaisPierre de Ronsard décrit dans la seconde préface de son œuvreLa Franciade le wallon comme une forme de français archaïque :« Je t’adverti de ne faire conscience de remettre en usage les antiques vocables, et principalement ceux du langage wallon et picard, lequel nous reste par tant de siècles l’exemple naïf de la langue française [...]. »[10]
Se renseigner sur l'évolution du wallon avant 1600 pose un véritable problème : c'estLe problème de l'ancien wallon, comme l'a appelé Louis Remacle. Non seulement, les rares textes latins « fournissent de-ci de-là un terme roman attestant un changement phonétique, mais les nombreux documents écrits en « langue vulgaire » sont, selon Haust, « écrits en français, et n'est wallon que dans certaines prescriptions et par intermittence». En se basant sur les attestations disponibles,Louis Remacle a montré que,« en 800 déjà, une dizaine de divergences traçaient dans le nord de la Gaule les grandes lignes d'une segmentation dialectale ». Le wallon« était nettement et définitivement individualisé dès 1200 ou dès le début duXIIIe siècle ». Au sujet de la datation, il ajoute :« Les faits classés sous la rubrique « Avant 1300 » par exemple, sont attestés entre 1250 et 1300, mais il se peut très bien qu'il se soient produits plus tôt. »[11]. Autrement dit, les dates proposées par Remacle pour les diverses évolutions phonétiques, sont des « dates butoirs » qui, en l'absence d'autres attestations, laissent toute possibilité à une date antérieure, a priori imprécise.
Les environs de l'an 1600 apportent comme une confirmation écrite des évolutions des représentations au cours des siècles antérieurs : c'est à cette époque que s'impose définitivement le système graphique français en pays wallon[12]. C'est au début duXVIIe siècle qu'on prend conscience de l'écart entre la langue parlée (le wallon) et la langue écrite (lefrançais), ce qui permet l'émergence d'unelittérature wallonne : ces textes relèvent de lapara-littérature satirique et bouffonne. Le français était et est resté la seule langue pour les textes formels, officiels, etc.
« Le dialecte liégeois est senti comme nettement plus différent du picard que les dialectes des provinces de Namur et de Hainaut. Même si le dialecte actuel de la région française limitrophe [...] constitue en quelque sorte un chaînon intermédiaire ou une transition entre le wallon et picard et même si les variétés occidentales du wallon se rapprochent durouchi, cependant le phonétisme, principalement le consonantisme, accuse de profondes différences entre le picard et le wallon[Note 1]. »
De par cette identification tardive, les autres langues endogènes de la Belgique romane sont quelquefois désignées comme « wallonnes », y compris par leurs propres locuteurs, ce qui peut entraîner une certaine confusion.
Certains linguistes plus contemporains classent cependant l'ensemble du wallon au sein d'un groupe appelélangues d'oïls septentrionales avec le picard, le normand septentrional (voirLigne Joret) et l'anglo-normand (langue éteinte), alors que le champenois, le lorrain et le bourguignon sont définis comme groupe deslangues d'oïls orientales[14].
Depuis le début des années 1990, un groupe d'animateurs et d'écrivains de langue wallonne tente de réévaluer lesystème de transcription Feller. Ce système a été créé par des dialectologues et pour des dialectologues, et ce avant l'apparition de lalinguistique moderne, dans le but de protection d'un patrimoine littéraire patoisant ou l'étude dialectologique plutôt que de promotion d'une langue moderne. Ce groupe vise l'établissement d'une norme écrite commune, dans un but symbolique et politique, pour une langue dont les modalités parlées varient de région en région, mais sont inter-compréhensibles. Ce système d'écriture commun et normalisé s'appelle lewallon unifié ourfondou walon en wallon. La particularité du système est que certaines notations sont communes aux diverses variantes locales, mais se prononcent de manière différente selon l'endroit. Par exemple, la notation ‹ ea › (comme dansvea, « veau ») se prononce[ ja] à l'ouest et[ɛː] à l'est de la région de langue wallonne, donc respectivement ‹ via › ou ‹ vê › en système Feller.Cette nouvelle façon d'écrire n'est néanmoins pas acceptée par tous les wallonophones. Malgré les avantages incontestables du système, il se heurte surtout au fait qu'il est encore ignoré de la plupart des locuteurs et qu'il prend peu en compte les différences régionales au niveau lexical.
Les accents du wallon de l'ensemble des localités de la Wallonie linguistique ont été étudiés notamment par l'Atlas linguistique de la Wallonie et ont été documentées par Philippe Boula de Mareüil dans son atlas sonore des langues régionales, avec les autres points où l'on parle d'autres langues endogènes romanes en Belgique. Tous ces accents du wallon ont été mis à contribution pour l'établissement du wallon unifié ourfondou walon.
On peut séparer quatre zones dialectales distinctes :
le dialectecentre-wallon, appelé aussinamurois, est parlé dans l'est de la province du Brabant wallon, en Hesbaye brabançonne, dans les Ardennes brabançonnes, dans la majeure partie de la province de Namur (excepté laFagne, l'Ardenne namuroise et le pays champenois), enFrance dans labotte de Givet ;
le dialectesud-wallon, appelé aussiwallo-lorrain, est parlé en province de Luxembourg (horsGaume et arrondissement d'Arlon), dans le sud-est de la province de Namur (Ardenne namuroise) et dans quelques villages duLuxembourg (Doncols,Harlange,Sonlez,Tarchamps,Watrange), où il est maintenant probablement éteint.
Il existe aussi auxÉtats-Unis une petite zone duWisconsin, autour deGreen Bay, où l'on parle lenamurois[18] en raison d'uneémigration assez importante auXIXe siècle : à partir de1850, 15 000 personnes[19], provenant pour la plupart des alentours deGembloux et deWavre émigrèrent vers le nord de cetÉtat américain, mais la mortalité fut importante à bord des bateaux. La première vague d'immigrants partit deGrez-Doiceau pour s'établir dans l'actuelle localité de Robinsonville-Champion[20] (aujourd'huiGreen Bay (town), Wisconsin(en)).
En1860, ils étaient plus de 4 500 dont 80 % dans lescomtés deKewaunee,Door etBrown. Au début desannées 2000, leurs descendants étaient au nombre de 20 000, mais rares sont les jeunes qui parlent encore le wallon qui est donc en voie d'extinction même si la conscience des origines est encore vivace[21],[22],[23]. Plusieurs localités du Wisconsin conservent dans leur nom la trace de cette immigration :Brussels,Namur,Rosiere, Wisconsin(en) (deRosières),Champion,Walhain, Wisconsin(en), Grand-Leez. La cuisine du Wisconsin a adopté certains plats wallons, comme leBooyah (stew)(en), terme wallon pourbouillon.
Le wallon s'est répandu dans certaines zones proto-industrielles de ces pays, à l'occasion des expatriations d'experts en sidérurgie auxXVIIe et XIXe siècles.
En Suède, c'est surtout la région d'Eskilstuna qui est concernée[27].
En ce qui concerne l'Allemagne, une anecdote populaire, qu'on retrouvera dans chaque faubourg liégeois, veut que lors de laSeconde Guerre mondiale les gens se parlaient en wallon pour ne pas être compris des soldats allemands. Lors d'une telle conversation, le cwand nd erîront i? (« quand s'en iront-ils ») des locaux aurait été intercepté par un soldat allemand wallophone, qui aurait donné ensuite des conseils de prudence en wallon.
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Le wallon fait partie des langues d'oïl et plus spécifiquement du groupe d'oïl septentrional qui comprend lenormand septentrional et le picard.
La phonétique traditionnelle wallonne est singulièrement conservée : la langue est restée assez proche de la forme qu'elle avait durant lehaut Moyen Âge. Toutefois, depuis laSeconde Guerre mondiale, la francisation de la phonologie, du lexique, de la morphologie et de la syntaxe s'est fortement accélérée.
La notation du son/k/ suit (comme en espagnol ou italien) une règle purement déterministe (en fonction de la lettre qui suit, et non de l'étymologie). Et le nombre de diacritiques est drastiquement restreint, n'étant plus écrits lorsque la phonologie de la langue rends évidente la longueur d'une voyelle (rejoignant ainsi les anciennes traditions écrites). Le signe ‹ e › (sans diacritique) n'est muet qu'en fin de mot (marque du féminin ou simplement pour marquer comme audible une consonne qui en position finale ne le serait pas), et prononcé partout ailleurs, ce qui fait que la notation "è", omniprésente en système Feller, deviens très ténue. Les apostrophes internes ne sont plus utilisées (on tchvå, cwate tchivås (« un cheval, quatre chevaux ») au lieu deon dj’vå (dj’vâ/tch’fau/tch’fô), cwate (qwate/kwate/kate) tchivås (tchivâs/tchuvås/tchivaus/tchivôs/tchëvôs/...) en Feller)
Pareillement qu'en français, la présence d'un diacritique ne modifie pas l'ordre alphabétique; et les digrammes (eg: ch, oi, ou,...) et trigrammes (tch, oen, sch) sont triés comme la suite de lettres qui les composent.Le nom des lettres est le même qu'en français, saufå qui s'appellea-bole (a boule),w qui s'appellewé (oudoublu (double u)) ety qui s'appelleî gréc ouyod.
Graphème
Prononciation
Exemple
Graphème
Prononciation
Exemple
A a
[a]
gade[gat] (chèvre)
L l
[l]
lére[le:ʀ] (lire) (la graphie communelére recouvre aussi[li:ʀ], qui s'écritlîre en F.)
 â
[a:]
diâle[dja:l] (diable) (non utilisé enrfondou, ou ce son est recouvert, suivant les mots, parå oua sans signe diacritique)
M m
[m]
mwin[mwɛ̃] (main) (la graphie communemwin recouvre aussi[mɛ̃], écritmin en F.)
Å å
[ɔ:] (F.) /[ɔ:/o:/ɑ:] (rif.)
djåzer[d͡ʒɔ:.'ze] (parler) (en F. la réalisation[d͡ʒa:.'ze] s'écritdjâzer)
N n
[n]
nawe[naw] (fainéant)
AE ae
[a/ɛ]
glaece[glas/glɛs] (glace) (propre aurfondou; en F. c'estglace ouglèce)
O o
[ɔ]
soris[sɔʀi] (souris)
AI ai
[e:/ɛ:]
mwaisse[mwɛ:s/mɛ:s/me:s] (maître) (en F. on utilise plutôtê pour[ɛ:] eté pour[e:] :mêsse, mwêsse, mésse, maisse, maîsse)
Ô ô
[o:] (F.) /[o:/ɔ̃/ʊ:] (rif.)
rôze (rose) (en F. on note parfois la réalisation nazalisée commerôⁿze ouronze)
chal (ici) (très rare enrfondou, où ce son peut correspondre à des graphiesci/cy (le mot d'exemple s'écritcial[ʃal] ou[sjal]),xh,sch oush)
OÛ oû
[u:/y:]
noû[nu:] (neuf, nouveau)
D d
[d]
wårder[wɔ:ʀ.'de/wa:ʀ.'de] (garder) (en F. la réalisation[wa:ʀ.'de] s'écrirawârder)
P p
[p]
aprinde[a.'pʀɛ̃t] (apprendre)
DJ dj
[dʒ]
djin[d͡ʒɛ̃] (personne)
Q q
[k]
qwè[kwɛ] (quoi) (non retenu en wallon standard, le mot s'écrivantcwè)
E e
muet en F. /[ɛ] (rif.)
efant[ɛ.'fã](enfant) (en F.èfant)
R r
[ʀ]
arester[a.ʀɛs.'te] (arrêter) (en F.arèster)
É é
[e]
pés[pe] (pis de vache) (enrfondou uné en syllabe finale recouvre aussi des réalisations[i:] :ceréjhe (cérise) =cèréhe, cèrîhe, cèlîhe, cèrîje,...)
S s
[s]
sûner[sy:.ne] (suinter)
EA ea
[ja/e:/ɛ:]
bea[bja/bɛ:/be:] (beau) (propre aurfondou, le mot estbia, bê, bé en F.)
SS ss
[s]
dissu[di.'sy] (dessus)
ÉN én
[ẽ] (F.) /[ẽ/ɛ̃] (rif.)
tchén (chien) (en F.tchén, tchîⁿ, tchin)
SCH sch
[h/ʃ/ç/sk]
scheter (casser) (propre aurfondou; en F.(è)skèter, chèter, hèter, hyèter)
EU eu
[ø/œ/ə] (F.) /[ø:/œ:/ø/œ/ə] (rif.)
djeu (jeu) (en F. la longueur est notée:djeû)
SH sh
[ʃ/s]
shijh (six) (propre aurfondou; en F.sîh, chîj)
EY ey
[ɛj/ɛ:j/i:j/i:]
åjhey (facile) (propre aurfondou; le F. utiiliseèy ouîy :åhèy, âhèy, åhêye, åhî, âhî, auji, aujîye, aujîle,...)
T t
[t]
tins[tɛ̃] (temps) (bien que la prononciation soit la même partout, en F. on a des variantes:tins, timp, timps)
F f
[f]
filozofe[fi.lɔ.'zɔf] (philosophe)
TCH tch
[tʃ]
tchant[tʃã](chant)
G g
[g]
gueuye[gø:j] (gueule) (en F. la longueur est notée:gueûye)
U u
[y]
pus[py] (plus)
GN gn NY ny
[ɲ]
agnon[a.'ɲõ] (oignon)
Û û
[y:]
ût[y:t] (huit)
H h
[h] (F.) /[h] ou rien (rif.)
hoye (charbon) (en F.hoye, oye, ouye)
Un un
[œ̃]
djun[d͡ʒœ̃] (juin) (son très rare en wallon;djun etbrun sont quasiment les seuls mots)
I i
[i/ɪ]
pitit (petit) (c'est aussi la notation enrfondou de la voyelle faible élidable, qui peut avoir une grande variété de timbre suivant les régions; pourpitit, li ptit (petit, le petit) en rif. =pitit, putit, pëtit, pètit, peutit,...; li/lu/lë/èl/... p’tit en F.)
V v
[v]
vint[vɛ̃] (vent)
Î î
[i:]
pî[pi:] (pied) (enrifondou le circonflexe n'est pas utilisé lorsque le "i" est devant une consonne sourde, puisqu'il est alors naturellement long:Lidje[li:t͡ʃ] (Liège), en F.Lîdje)
W w
[w]
walon[wa.lõ] (wallon)
IN in
[ɛ̃]
rinde[ʀɛ̃t] (rendre)
X x
[ks/gz]
taxi (taxi) (non retenu enrfondou (le mot d'exemple s'écrittacsi), plutôt rare en F.)
J j
[ʒ]
jate (tasse) (très rare enrfondou, car ce son est soit un allophone de la graphiejh soit un import étranger, adapté alors avecdj (le mot d'exemple estdjate[dʒat] )
XH xh
[h/ʃ/ç/x]
pexhon (poisson) (propre aurfondou;pèchon/pèhon/pèhyon en F.)
JH jh
[h/ʒ/ç]
prijhon (prison) (propre aurfondou;prijhon en rif. =prîjon, prîhon, prîhyon en F.)
Y y
[j]
yebe[jɛp] (herbe) (en F. on note parfois la palatisation;yebe en rif. =yèbe, jèbe, êrb en F.
Le latin et le germanique [k] et [g] + e, i, ont donné en wallon desconsonnes affriquées épeléestch [t͡ʃ] etdj [d͡ʒ] comme en ancien français[28] : latinvacca > vatche « vache » ; lat.gamba > djambe « jambe » ; francique *stikkian > stitchî « faire saillie » (cfr. anc. fr.estechier, estichier) ; frq. *kawa > tchawe « choucas » ; frq. *garba > djâbe « gerbe ».
Le wallon, à l'instar duvosgien, ne connaît pas lavoyelle prosthétique qui fait du latinscola, l'ancien françaisescole (cfr. françaisécole), ni non plus l'étape suivante de la chute du latin [s] :spène « épine »,fistu « fétu »,biesse « bête ». Autres exemples : lat.spissus > spès « épais »,stella > steûle « étoile »,sternutare > stièrnî « éternuer »,stomachus > stoumak « estomac »,strictus > stroet « étroit »,scribere > scrîre « écrire », etc. Toutefois, le wallo-picard, plus proche du picard, ditescole
Le wallon comporte cependant une voyelle d'appui, qui évite de devoir prononcer un trop grand nombre de consonnes successives : si l'on ditDj'é stî à scole, ouDj'a stou a scole « Je suis allé à l'école », on diraène belle escole (à l'ouest) ouine belle sicole (à l'est) ou encoresucole « une belle école », selon les régions.
Le phonème latin et germanique [sk], a évolué pour se prononcer [h] à l' Est et [ʃ] ailleurs, sauf parfois à l'Ouest où il a parfois suivi la même évolution que le picard [ɛsk] (en début de mot) ou [sk]. Celui-ci est noté à l'aide du graphème /sch/ en rifondou ou est transcrit phonétiquement avec le système Feller. Exemples : schame « escabeau » (lat.scamnum), (a)schoûter « écouter » (auscultare), scheûre « secouer » (excutere ;cfr. anc. fr.escourre), schåle « échelle » (scala), dischåssî « déchausser » (discalceare), etc.
À l'instar du néerlandais ou du russe, les consonnesvoisées sont toujoursassourdies en position finale :rodje « rouge » se prononce exactement commerotche « roche »,timpe (tempe) se prononce [tɛ̃ːp] commetimbe (timbre),ponde [pɔ̃ːt] (peindre) etponte (pointe) sont homophones tandis queouve (œuvre) se dit [uːf]
Le /h/ initial souvent d'origine germanique autrefois prononcé en français a, la plupart du temps, été conservé. Ainsihaie [e] ou [ɛ],hache [aʃ] ethutte [yt] deviennent respectivement en wallonhåye [hɒːj], [hɔːj] ou [hɑːj],hatche [hat͡ʃ] ethoute [hut] .
Dans quelques cas, la consonne vélaire /ʃ/ palatalisée en français reste prononcée comme une consonne sourde /k/ commechanger [ʃɑ̃ʒe] qui se prononcecandjî [kɑ̃ːd͡ʒiː]. Le phénomène inverse existe, en particulier pour les noms monosyllabiques terminant par /k/ qui se palatalise en /t͡ʃ/. Ainsi,bec [bɛk],sec [sɛk] etlac [lak] deviennentbetch [bɛt͡ʃ],setch [sɛt͡ʃ] etlaetch [lɛt͡ʃ] ou [lat͡ʃ]. Dans le cas particulier du mottchôcmwår [t͡ʃoːkmwɒːʀ] ou [t͡ʃoːkmwɔːʀ] (cauchemar), la palatisation est inversée.
La contraction des doubles ou triples consonnes finales-ste et-stre ayant donné-te ou-tre en français deviennent toutes deux en wallon-sse, sauf pour les verbes du troisième groupe où ler s'efface. Exemples :feste, teste, estre, mettre et battre donnentfiesse, tiesse, esse, mete etbate.
Comme en ancien français[28], le graphèmeeu se prononce souvent [øː] derrière unr, tombé ou non, au lieu de [œ] en français contemporain. Exemples: leu (leur)[løː], maisleur [lœʁ],peu [pøː], mais peur [pœʀ] ou keur [køːʀ] (dans l'expressione keur, en cœur), maiscœur [kœːʁ].
Dans la plupart des régions, la voyellee suivie du son [ʀ] en position finale se prononce [eːʀ] comme en ancien français[28] et non [ɛːʀ] comme en français. Exemples:mere [meːʀ],pere [peːʀ],lére [leːʀ] (lire) ou encoredjére [d͡ʒeːʀ] (gésir).
Le phonème final [yːʁ] en fin de mot est prononcé [øːʀ].Pur [pyːʁ],nature [natyːʁ] etsûr [syːʁ] deviennentpeur [pøːʀ],nateure [na.tøːʀ] etseur [søːʀ].
Le voyelle courte /ə/ n'est jamais prononcée. Bien que la lettree soit encore notée isolée, elle est toujours muette en fin de mot, sauf dans les mots monosyllabiques tels quede, te, se, que pour devenir /ɪ/di [dɪ],ti [tɪ],si [sɪ],ki [kɪ], tandis qu'elle devient /ɛ/ ou /i/ en position médiane lorsqu'elle n'est pas simplement élidée. Ainsi,revenir [ʁəvəniːʁ] devientrivni [ʀivnɪ],semer [səme] devientsemer [sɛme] etc.
Les syllabes finales [-ɛːn] [-ɛːm] sont nasalisées en [-ɛ̃ːn] [-ɛ̃ːm]. Ainsi,chêne [ʃɛːn],haine [ɛːn] etproblème [pʁoblɛːm] se prononcenttchinne [t͡ʃɛ̃ːn],hinne [hɛ̃ːn] etproblinme [pʁoblɛ̃ːm].
À l'instar de l'exemple ci-dessus, comme en ancien français[28], les nasales peuvent être suivies de consonnes nasales, comme dansdjonne (qui se prononcedjon + ne) « jeune »,crinme « crème »,branmint « beaucoup ». Quand la nasale est suivie de la lettre n, comme dansponˑne [pɔ̃ːn] (peine) ousinˑne [sɛ̃ːn] (sienne), la transcription donnepon.ne etsin.ne en système Feller etponne etsinne en rifondou.
La voyelle nasale /ɑ̃/ se prononce régulièrement /ɛ̃/ en wallon, en particulier quand elle est transcrite-en en français.Présent [pʁezɑ̃] devientprezint [pʀɛzɛ̃],entrer [ɑ̃tʁe] se prononceintrer [ɛ̃ːtʀe], maistant [tɑ̃] ettant [tɑ̃], tout comme le reste des participes.
La consonne /z/ entre deux voyelles en français, aspirée /h/ en est-wallon et palatalisée /ʒ/ dans le reste de la Wallonie est transcritejh en wallon unifié. Ainsi,aisé [eze],åjhey est prononcé [ɒːhɛj]ou [ɔːhɛj] à l'Est et [ɔːʒɛj] ou [ɑːʒɛj] ailleurs.
La longueur de plusieurs voyelles, notamment /y/, /ɔ/, /i/ et /ɛ/, a une valeur phonologique. Elle permet de distinguer par exemplecu « cul » etcût « cuit »,i l'hosse « il la berce » eti l'hôsse « il la hausse »,messe « messe » etmêsse « maître »,ki (qui, que) etkî (qui interrogatif),les etlai (laisse),mi (me, moi) etmî (mieux),hote (à droite en s'adressant à un cheval) ethôte (haute),po (pour) etpô (peu) etc.
Laloi de Bartsch à savoir l'évolution de la diphtongaison spontanée des fromes occidentales du latin vulgaire à la fin de l'Antiquité jusqu'en français contemporain, est, en wallon, souvent restée figée à des stades précoces de développement. Exemples :
a entravé : latcattem donne françaischat (pas d'effet de Bartsch), le wallon donnanttchèt [tʃɛ]. On a ainsichâteau maistchestea [t͡ʃɛstɛː] ou [t͡ʃɛstja],chardon maistcherdon [t͡ʃɛʀdɔː],charier maistcheryî [t͡ʃɛʀjiː].
e accentué dans les syllabes ouvertes : latferrum etfēsta devenus [fiero] et [fiesta] donnentfier [fjɛʀ] etfiesse [fjɛs] en wallon, à comparer avec l'espagnolhierro etfiesta.
o libre : latmortem etcorpus prononcés [moɛrte] et [koerpo] en bas-latin deviennent en wallonmoirt [mweːʀ] etcoir [kweːʀ], à comparer avec l'espagnolmuerte etcuerpo.
En wallon, pour éviter l'hiatus avec deux voyelles qui se suivent dans un mot, on insère comme la voyelle d'appui-w- ou-y-, e muet compris, même si ce dernier n'est plus prononcé. Par exemple,veüe (vue) en moyen français donneveyowe, houe devienthawe,poème donnepoyinme.
Le son [gw] du latin correspondant souvent ou [g] français entre deux voyelles devient /w/.Aigue (eau en ancien français) devientaiwe,langue devientlinwe,cigogne devientciwagne,aiguille devientaweye.
Le /l/ final est souvent omis comme danssé (sel)fi (fil)té (tel). Précédé d'un /a/, ce dernier subit alors un allongement compensatoire pour se prononcer /ɒː/, /ɔː/ ou /ɑː/. Ainsi,tchival [t͡ʃival] (cheval) devienttchivå [t͡ʃivɒː], [t͡ʃivɔː] ou [t͡ʃivɑː] et mal devient må [mɒː], [mɔː] ou [mɑː].
Beaucoup de diphtongues se contractent pour donner de nouveaux sons avec un allongement compensatoire. La diphtongue [ie] devient [iː] (mestier > mestî [mɛstiː],pied > pî [piː]), le [øj] devient [uː] (deuil > doû [duː],seuil > soû [suː]) et [yi] devient [yː] (bruit > brût [bʀyː],cuit > cût [kyː]. Quant aux diphtongues médiévales [oɛ] ou [uɛ], elles se contractent pour donner la voyelle [uː] (cœur > cour [kuːʀ],œuvre > oûve [uːf]).
Le son /l/ entre deux voyelle en fin de mot a souvent évolué pour se prononcer /j/. Exemple :poule etpoye,ville etveye,mille etmeye,île etiye. Le phénomène inverse est aussi attesté comme dansbolant (bouillant) oufamile (famille).
Le préfixe verbal latinin- qui a donnéen- ouem- [ɑ̃] en français est devenue- [ɛ] en wallon. Exemples :enterrer [ɑ̃tɛʁe], maiseterer [ɛtɛʀe],envoyer [ɑ̃vwaje], maisevoyî [ɛvɔjiː] ouendurer [ɑ̃dyʁe] maisedurer [ɛdyʀe].
De même, le préfixe latinad- peut évoluer enac- ou enas- suivant la lettre qui se suit. Exemples :appodiare> appuyer, maisaspoyî ; ad + colligere > accueillir, maisascoyî ; approbare > approuver, maisasprover ; assequi > asuivre (atteindre en moyen français), maisacsure ; adducere > aduire (conduire en ancien français), maisacdure ; acdonnare > adonner, maisacdiner.
Quant au préfixees- issu du latinex- qui a perdu sa consonne sifflante en français, celui-ci a toujours conservé sa forme pleine en wallon. Exemples :éprendre, maisesprinde (allumer en wallon),ébaucher, maisesbåtchî,égoutter maisesgoter. Il arrive même que la voyelle s'élide. Exemples :escoirner (écorner)> scoirner, esbarer (surprendre, abasourdir)> esblari (pâlir)> sblari. Pour éviter de prononcer trop de consonnes d'affilée, le wallon peut même insérer une voyelle d'appui /i/ après le /s/ quand le phonème final du mot qui précède est une consonne. Exemples :li crapåde sicoine li torea (la fille écorne le taureau),mi-åme est tote sibarêye (mon âme est effrayée) ou encoreli meskene sibarixh (la servante pâlit).
Certains exemples demétathèse existent, tels que le verviétoisvroûl, une forme concurrente devloûr (velours),gurnouye au lieu degrenouille, ou encoredrovi (ouvrir) issu de*di-ovri.
Plusieurs voyelles [e] ou [ɛ] qui, diphtonguisées à la fin du Moyen Âge, ont donné [wɛ], puis [wa] à laRévolution française, ont conservé leur prononciation originelle. Ainsimoisson [mwasɔ̃] se dit toujoursmexhon [mɛhɔ̃] ou [mɛʃɔ̃] etpoisson [pwasɔ̃] se prononce encorepexhon [pɛ.'ʃɔ̃] ou [pɛ.'hɔ̃]. Suivie dˈun e muet, cette même diphtongueoi est restée plus fidèle à sa prononciation initiale ainsi qu'à sa transcription littérale. Ainsivoie [vwa],soie [swa] oujoie [ʒwa] sont restésvoye [voːj],soye [soːj] etdjoye [d͡ʒoːj].
De rares exemples derhotacisme peuvent être observés comme danscir pourciel ouadré, une variante locale deadlé (auprès de), de même que le phénomène inverse comme dansråle (rare) oucolidôr (coridor).
Là où l'ancien français faisait historiquement la distinction entre lequi /ki/ relatif et lecui /kɥi/ interrogatif, le wallon différencie toujours le relatifki /kɪ/ et l'interrogatifkî /kiː/[28].
Dans un très petit nombre de mots telslomer (nomer) oucaloner (canonner), le son /n/ s'est transformé en /l/.
L'élision est plus courante en wallon qu'en français. Ainsi, comme en ancien français[28], leki et lesi peuvent s'élider. Exemples :S'ele vou. (si elle veut)Li feme k'est djoleye. (La femme qui est jolie.)
L'aphérèse, quasi inexistante en français formel hormis les anglicismes, est relativement fréquente en wallon. Ainsieco(r) (encore) a évolué versco,esayî (essayer) verssayî ou encoregovierna (gouvernail) versvierna. De même les adverbes et pronoms indéterminéssakî (quelqu'un),sacwè (quelque chose),sacwants (quelques-uns), à comparer à l'ancien françaisne sai quanz[29],ou sawice (quelque part) sont respectivement issus dedji n' sai kî (je ne sais qui),dji n' sai cwè (je ne sais quoi),dji n' sai cwants (je ne sais combien) ou etdji n' sai wice (je ne sais où).
La plupart des mots franconiens avec le phonème w l'ont changé en gu lors de l'entrée dans l'ancien français et d'autres langues romanes. Cependant, les dialectes de la langue d'oïl septentrionale tels que le picard, le nord normand, le wallon, le bourguignon, le champenois et le bas-lorrain ont conservé le [w] ou l'ont transformé en [v]. Un exemple connu est « wardon » qui est entré dans la langue wallonne sous la forme « wårder » et en français comme « garder ». Ainsi, les verbes anglaiswait etawait issu du vieux normand témoignent qu'ils se prononçaient comme en wallonwaitî etawaitî et nonguetter etaguetter.
Dans certains dialectes du wallon (est-wallon, en Hesbaye liégeoise et en Haute Ardenne), leh final est prononcé[ç]. Il s'écritxh ouh. Exemple : ouxh, ouh [uç] « porte » (cfr. fr.huis).Le wallon est la seule langue gallo-romane qui utilise le son [ç][réf. nécessaire]. On le retrouve également dans des noms de famille (Xhignesse, Moxhet, Destexhe, Daxhlet) ou des noms de lieux (Xhenlesse, Xhenmåle, Xhizogne, Xhofrai,Heure-le-Tixhe).
Le wallon n'étant pas une langue unifiée, les points de grammaire développés ci-dessous sont des généralités qui sont susceptibles de varier selon les différentes variétés ou d'être concurrencées par des gallicismes récents.
De même, par souci de concision ne sont traités que les points qui distinguent le wallon du français.
Les adjectifs féminins pluriels devant le nom prennent une finale-ès non accentuée (sauf dans le dialecte wallo-lorrain) : comparezli djaene foye (la feuille jaune) etles djaenès foyes (les feuilles jaunes). Remarquons que la contraction de la prépositiona et de l'articleles,ås, équivalant au françaisaux, n'échappe pas à cette règle :gråce azès ouves (grâce aux œuvres)
Il n'y a pas de distinction de genre dans les articles définis et les déterminants possessifs au singulier (sauf dans le dialecte wallo-lorrain) : le wallon ali vweture etli cir alors que le français a, respectivement,la voiture etle ciel. De même, le wallon asi coir etsi finiesse pour le françaisson corps etsa fenêtre.
Outredo,å etås équivalant au françaisdu, au etaux, l'enclise de l'articleli, très courante en ancien français, s'est maintenue en wallon. Ainsi, l'article s'agglutine avecdji (je),ni (ne),po (pour),pa (par), etso (sur) pour donnerdjel, nel, pol, pal, et sol. da (de possessif) då
Les prépositionspo (pour),so (sur) etpa (par) peuvent retrouver leur-r final qui s'était perdu au cours du temps. Bien qu'il existe des différences selon les régions, on observe souvent devant les pronoms toniques monosyllabiques ainsi que certains mots monosyllabiques :por lu (pour lui),sor mi (sur moi)par nute (de nuit), maispa nozôtes (par nous).
Contrairement aux autres langues d'oïl, le wallon a conservé une marque de la désinence de l'imparfait -ēba non sans avoir subi unbêtacisme avant de s'assourdir pour donner la désinence -éve [eːf] ou [œːf]. Par exemple,j'allais se ditdj'aléve [aleːf] ou [aløːf] tandis quetu dansais donneti danséve [dɑ̃ːseːf] ou [dɑ̃ːsøːf].
Le wallon fait plus souvent la distinction entre le pronom tonique et enclitique. Par exemple :Ele magne (elle mange) maisleye et s' fré (elle et son frère).Tos les oujheas (tous les oiseaux), maisi volèt tertos (ils volent tous).Elle ont vnou cial (elles sont venues), maistant k' a zeles, dji n' sai ewou çk’ elle ont eralé (quant à elles, je ne sais pas où elles sont parties).Les deus valets (les deux garçons), maisil ont vlou ambedeus s' maryî (ils ont voulu tous les deux se marier).Nolu/personne ni m' a veyou. (Personne ne m'a vu) maisGn aveu nouk a les vni riclamer.[30] (Il n'y avait personne pour les réclamer)
Hormis certains pronoms, le wallon ne comprend aucun substantif dont le singulier se prononce différemment du pluriel, ce qui le distingue du français qui, en dehors -al [al] -aux [ɔ] comprend encore une poignée d'exceptions telles queœuf [œf]œufs [ø],os [os]os [ɔ],œil [œj]yeux [jø],aïeul [ajœl]aïeux [ajɔ].
Certains adjectifs possèdent un radical différent pour le masculin et le féminin. C'est le cas notamment de l'adjectifmauvais, mal avecmåva (masculin) etmåle (féminin).
La conjugaison des verbes du troisième groupe comprend moins de contractions qu'en français. Exemple:craindre etcraignons, maiscrinde etcrindans,peindre etpeignons, maisponde etpondans.
Le wallon possède un grand nombre de phonèmes éphelcystiques tels-st-, -z-, -n-, -y- ou-d. Exemples:dj' a-st oyou (j'ai entendu),lon did la (loin de là),mi-y-ome (mon homme),leu-n ovraedje (leur ouvrage) oupo-z intrer (pour entrer).
Il n'existe pas de distinction dans de nombreuses variétés entre le singulier et le pluriel des pronoms personnels masculins et féminin de la troisième personne, y compris devant une voyelle, mais le pluriel possède la désinence -èt [ɛ] ou -nut [ny] propre absente en français qui les distingue. Exemple:il aime [ilɛːm] etils aiment [ilzɛːm], maisil inme [ɪlɛ̃ːm] etil inmèt [ɪlɛ̃ːmɛ].
Sur le même modèle que quelques verbes français commeappeler [a.pə.ˈle] etappelle [a.ˈpɛl], de nombreux verbes wallons sont marqués par des mutations vocaliques en l'absence de désinence (indicatif présent, subjonctif et impératif singulier) ou au conditionnel présent et indicatif futur. Quelques exemples repris dans le tableau ci-dessous (remarquez ledévoisement final)[31].
Modèle
Infinitif
1ère pers. de l'ind. prés.
Liégeois
Rifondou
Liégeois
Rifondou
sayî (essayer)
sayî [sa.ˈjiː]
sayî [sa.ˈjiː]
såye [sɔ̞ːj]
saye [saj]
serer (fermer)
sèrer [sɛ.ˈʀe]
serer [sɛ.ˈʀe]
sére [seːʀ]
sere [seːʀ]
crever (crever)
crèver [kʀɛ.ˈve]
crever [kʀɛ.ˈve]
crîve [kʀiːf]
crive [kʀiːf]
pezer (peser)
pèzer [pɛ.ˈze]
pezer [pɛ.ˈze]
peûze [pøːs]
peze [pɛs]
diner (donner
diner [dɪ.ˈne]
diner [di.ˈne]
done [dɔn]
dene [dɛn]
hiner (lancer)
hiner [hɪ.ˈne]
hiner [hi.ˈne]
hène hɛn]
hene [hɛn]
spiyî (casser)
spiyî [spɪ.ˈjiː]
spiyî [spi.ˈjiː]
spèye [spɛj]
speye [spɛj]
ariver (arriver)
ariver [a.ʀɪ.ˈve]
ariver [a.ʀi.ˈve]
arîve [a.ˈʀiːf]
arive [a.ˈʀiːf]
noyî (nier)
noyî [nɔ.ˈjiː]
noyî [nɔ.ˈjiː]
nôye [nõːj]
noye [nõːj]
schover (balayer)
hover [hɔ.ˈve]
schover [ʃɔ.ˈve]
heûve [høːf]
scheuve [ʃøːf]
trover (trouver)
trover [tʀɔ.ˈve]
trover [tʀɔ.ˈve]
troûve [tʀuːf]
trouve [tʀuːf]
durer (durer)
durer [dy.ˈʀe]
durer [dy.ˈʀe]
deûre [døːʀ]
deure [døːʀ]
djuner (jeûner)
djuner [ʤy.ˈne]
djuner [ʤy.ˈne]
djeune [ʤœn]
djune [ʤyn]
touwer (tuer)
touwer [tu.ˈwe]
touwer [tu.ˈwe]
towe [tɔw]
towe [tɔw]
Pour pouvoir respecter la règle de la contraction des deux consonnes finales, la morphologie verbale wallonne a recours à trois procédés[31] :
Règle
Modèle
Liégeois
Wallon unifié (rifondou)
Réduction d'une des consonnes
wårder (garder)
dji wåde [wɔːt] (je garde)
dji wåde [wɔːt] (je garde)
poirter (porter)
dji pwète [pwɛt] (je porte)
dji poite [pwɛt] / [pwat] (je porte)
Ajout d'une voyelle euphonnique entre les consonnes
roufler (foncer)
dji roufèle [ʀu.ˈfɛl] (je fonce)
dji roufele [ʀu.ˈfɛl] (je fonce)
intrer (entrer)
dj'inteûre [ɛ̃ː.ˈtøːʀ] (j'entre)
dj' intere [ɛ̃ː.ˈteːʀ] (j'entre)
Ajout du suffixe euphonique-êye
tchikter (hésiter)
dji tchictêye [ʧɪk.ˈtɛːj] (j'hésite)
dji tchictêye [ʧik.ˈtɛːj] (j'hésite)
Certains participes passés irréguliers wallons sont souvent restés plus proches de leur étymon latin et, par extension, de leur équivalent enancien français, du moins dans ses dialectes centraux etorientaux[32].
L'adjectif qualificatif est souvent placé devant le nom : comparez le wallonon foirt ome et le français « un homme fort » ;ene blanke måjhon et « une maison blanche ».
Emprunt syntaxique au germanique : la constructionCwè-ç ki c'est di ça po ene fleur ? (« qu'est-ce que c'est que ça pour une fleur ? ») se traduit mot à mot en néerlandaisWat is dat voor een bloem ? ou allemandWas ist das für eine Blume ?'.
Sous influence du néerlandais, le wallon peut employer un adjectif avec le verbeaveûr (avoir) pour décrire un état. Certains sont clairement des calques du néerlandais commeaveur målåjhey (être dans le pétrin), littéralementavoir difficile, qui se construit commehetmoelijk hebben. Toutefois, contrairement au néerlandais qui n'emploie cette tournure uniquement dans quelques tournures, le wallon a appliqué cette construction à de nombreux autres adjectifs. Exemple :Â bén, dj' åro p' åjhey, marxhå![30] (Eh bien, je serai tranquille, andouille!)
Le wallon fait la différence entre le complément du nom avec une nuance générale avec la prépositiondi ou plus spécifiquement avec la notion d'appartenance avec la prépositionda, surtout après des noms de personnes :li soûr d'à Marèye (La sœurd'à Marie).
L'ordre des pronoms :dijhoz mel, alors qu'en français on dirait : « Dites-le-moi. »
Le pronom décline se place devant les verbes de pouvoir ou de volonté :djel sai scrire, vos m' poloz houkî, alors qu'en français on dit plutôt : « Je peux l'écrire, tu peux m'appeler. » Remarquons que le français jusqu'auXVIIe siècle au moins suivait cette règle. Ainsi,Jean Racine dansBritannicus écrit: "Vous m'osiez compter pour votre créature"[33]
Les verbes de douleur commeawè må (avoir mal) se construisent sans préposition avec un déterminant possessif comme dansDji m' moke des cis k' ont må leu vinte[34]. (Je me moque de ceux qui ont mal à leur ventre).
Le wallon peut répéter une forme verbale en y rajoutant le préfixe verbalra- pour exprimer l'itératif ou au contraire pour insister sur l'achèvement de l'action dans le passé. Par exemple :Il a stî tuzé et ratuzé pa on lomé Sosigenes. (Il a été analysé en long et en large par un nommé Sosigenes.)Lessôdårs del guere 14-18 sont tertos moirts et ramoirts. (Les soldats de la guerre 14-18 sont tous morts depuis longtemps.)I fårè bin, s’i s’ vout ravu, rifé fé ’ne fornêye di bons Dius. (Il faudra bien, s'il veut se refaire des sous, faire sans relâche des fournées de petits pains.)
Caractéristique très singulière pour une langue latine, le wallon peut employer de manière figée des particulesevoyî, foû etdjus avec des verbes avec un sens pas nécessairement intuitif. Exemples :rider djus (tomber en glissant),cori evoye (s'enfuir, cf. anglaisrun away),moussî (entrer)foû (sortir) ou encoreaidî djus (aider à descendre une lourde charge).
Wallon
Néerlandais
Anglais
cori evoye (lit. courir en route) : fuir
weglopen (séparable) : sortir
to run away : fuir
bouxhî djus (lit. battre bas) : abattre
neerslaan (séparable) : abattre, vaincre
to bring down : abattre, destituer
vini foû (lit. venir hors) : sortir
uitgaan : sortir
to go to : sortir
L'auxiliaireawè ouaveur(avoir) est, dans tous les dialectes, employé pour la voie active de tous les verbes au passé composé. Ainsi, on ditdj' a tcheyou (je suis tombé),elle a vnou (elle est venue),il ont intré (ils sont entrés).
La négation wallonne est restée remarquablement proche de l'ancien français. Ainsi, les particules explétivesnient, guère, point, mais etgoutte appartenant à un registre soutenu ou archaïque en wallon sont toujours employées activement sous les formesnén, waire, pont,måy (... jamais) etgote.
Contrairement au français, l'emploi obligatoire d'un sujet pour un verbe conjugué comprend de nombreuses exceptions. Exemples:S’ c’ èsteût må fé, l’ åreût vèyou.[35] (Si c'était mal faire, [il] l'aurait vu.)
Dans les propositions conditionnelles, le wallon préfère l'usage du conditionnel et dans l'apodose. Exemple:Si l’ Ampèreûr åreût viké, so l’ palå n’ årît nin floté.[35] (Si l'Empereuraurait vécu, [il] n'aurait pas flotté sur le palais.)
Dans des textes plus anciens, l'ordre des mots en wallon est resté plus souple. Exemple :Djusqu’ å cwarème, on p'tit ovrî in-oû cût deûr ni wèzreût magnî.[35] (Litt. Jusqu'au carème, un petit ouvrier un œuf dur n'oserait manger.)
L'infinitif historique, moribond en français sauf pour exprimer l'idée d'une réponse suivie d'un discours directe ou indirect, peut encore s'employer en wallon.Et pår pinser vey a tot moumint on sotea amoussî foû di s' naxhe![36] (On penserait voir à tout moment un lutin sortir de son abri!)
À la manière de nombreuses autres langues régionales voisines, le wallon peut aussi bien utiliser le pronomdji ounos pour la première personne du pluriel.
Comme alternative au pluriel, le wallon peut employer des structures impersonnelles. Exemples:I crèha dès måles crompîres, sins compter les ôtes pitits mås[35]. (Il poussa des mauvaises pommes de terre, sans compter les autres petits maux.)Cwand vnéve dès djins ol mâhon, [...] turtos djâzint l' walon[37]. (Quandvenait des gens à la maison, [...] tous parlaient wallon.)
Le pronom personnel peut être omis à la seconde personne, mais le verbe en revanche prendre uns à la fin. Exemples :Ass co sacwants liårds ? (As-tu encore quelques sous?),Vouss wadjî ki dji sé bén kî ç' k' c'est? (Veux-tu parier que je sais bien de qui il s'agit?)[36]Ess co la?[30] (Es-tu encore là?) Certaines de ces formes verbales commewai (regarde),saiss outaiss sont même devenues une catégorie de mots à part entière sans équivalent en français utilisées pour ponctuer le discours et attirer l'attention de l'interlocuteur. Exemples :Si t' n' evas nén, in, dji t' find l' tiesse! Et roed, saiss![30] (Si tu ne t'en vas pas, hein, je te fends la tête! Et immédiatement, sois en averti!),C’ est k’ i ploût, saiss, valet! (Le truc, mon gamin, c'est que, vois-tu, il pleut!).
Le wallon emploie régulièrement des prépositions comme des adverbes. Exemples :Vénss avou ? (Viens-tu aussi?)Li grin k' on amoenéve amon. (Le grain qu'on amenait chez nous.)
Comme en ancien français, le relatif peut être disjoint de son antécédent, bien que cela soit devenu assez rare en wallon contemporain. Exemple:I n' fåt nén minti kî s' kifesse.[38] (Celui qui se confesse ne doit pas mentir.)
De rares exemples de traces du génitif peuvent encore être observés, surtout vers l'Ouest avec l'influence du picard. Exemples:Les bagues mi sour. (Les vêtements de ma sœur.)[38] On retrouve également des traces de ce type de construction dans certains substantifs comebetchfier (bec de fer, litt.bec-fer), pic ouairdiè (air de Dieu, litt.air Dieu), arc-en-ciel.
Certaines propositions employées seules en ancien français telsdessus, dessous ouaval ont conservé leur emploi initial en wallon. Exemples :dizeu l' tåve (sur la table),dizo li tcheyire (sous la chaise)avå les voyes (le long des routes).
Les fleuves et les grandes rivières se construisent sans articles. Exemple :Berlôzer e Mouze. (Tomber dans la Meuse.)
Sous l'influence du néerlandais, les verbes d'attente ou de désir sont généralement intransitifs. Exemples : wachten op iemand (attendre quelqu'un) se dit en wallonrawårder après ene sakî. Quant àverlangen naar iets (désirer quelque chose) peut se diredjéryî après ene sacwè. À l'inverse, certains verbes intransitifs en français se passent de préposition en wallon. C'est notamment le cas des verbes de ressemblance tels querishonner ouravizer. Exemples :Ele ravizèt leu mame. (Elles ressemblent à leur mère.) ou encoreLi rinne rishonne li crapåd. (La grenouille ressemble au crapaud.)
Les verbes de collectes peuvent être intransitifs avec la prépositiona. Exemples :La k' Critchon bracnéve ås trûtes[39]. Là ou Critchon braconnaitaux truites.
Comme en grec néotestamentaire, la proposition circonstancielle de but peut être construite avec la prépositionpor suivie d'un pronom et d'un verbe à l'infinitif. Exemples :I srè sgoslé divant avou tote si famile por lu n' nén s' sinti tot seu.[40] (Il sera égorgé en public avec toute sa famillepour lui ne pas se sentir seul.)
Contrairement au français, le pronom relatif wallonki est invariable. Pour compenser cette perte, le wallon a adopté plusieurs constructions propres. Dans le premier cas, le ki prend endosse la fonction de complément du nom à la manière du néerlandais.
Pour exprimer la fonction de complément du nom, deux tournures coexistent. La première consiste à juxtaposer les deux propositions parki.Dji v’ va tchanter ’ne pitite paskèye, qui v’ n’avez måy oyou l’ parèye[35] (Je vais vous raconter une petite histoirequi vous n'avez jamais entendu la pareille.) La seconde comme l'arabe, consiste à employer un déterminant possessif dans la subordonnée pour qualifier le nom complété. Exemple :So dès lèvêyes qui leû blanc r'glatihèdje Aveût broûlé ses gn'gnos[41]. (Sur des chaussées dont le reflet blanc avait brûlé ses genoux.)
Quand la relative a une fonction de complément indirect, un pronom au datif se rapportant au nom complété peut s'insérer dans la subordonnée. Exemple :Li boigne ki lyî manke èn ouy. (Le borgne quilui manque un œil).Dji trovéve des plaijhis ki dji n' î åreu mây sondjî.[40] (Je trouvais des plaisirsque je n'y aurais jamais songé.)
Lorsque le pronom relatif est employé avec une préposition, celle-ci est rejetée dans la proposition subordonnée. Exemple:Li cmére ki dj' a vnou avou. (La femme que je suis venu avec.)
Certaines subordonnées complétives en français peuvent être construites comme des subordonnées relatives en wallon. Exemples :Li plaece ki dj' î so. ouLi plaece ki dji so dvins. (Litt. Le lieu que j'y suis. ou Le lieu que je suis dedans) : Le lieu où je suis.
Contrairement au français où les rares phrases non verbales sont des locutions figées, le wallon en possède de plusieurs types.
Certaines onomatopées peuvent remplacer un verbe dans la phrase, en particulier les verbes de mouvement et de son. Exemples :Crak les fiziks! (Le tir des fusils retentit.).Tote li nût draf-draf les soris sol plantchî. (Toute la nuit, on a entendu les souris sur le plancher),Bardî bardaf! Vola tot l' monde tot paf.[42] (Patatras, voilà que tout le monde est assomé.A poenne el cåve, raf sol gurnî ![43] (A peine en la cave, raf sur le grenier !)
Dans les phrases impératives avec une notion de mouvement, on peut se contenter d'une préposition ainsi que d'un adverbe déictique. Exemples :Cial avou! (litt. Ici avec)[42] : Amène-le.Twè, djus did la! (Litt. Toi bas de là!) : Descends de là, toi.
On peut également omettre de rajouter une seconde forme verbale par souci de concision. Exemple :Lès djônes, ine fèye foû d' l' oû sont st-aveûles èt rin so leû cwér[44] (litt. Une fois hors de l'œuf, les jeunes sont aveugleset rien sur leur corps).
Concernant le tutoiement et le vouvoiement, les wallophones ont tendance à employer le pronomvos (« vous ») dans un plus grand nombre de situations, tant en contexte formel qu'informel, y compris pour s'adresser auxanimaux domestiques. Au contraireti (« tu ») est rare voire inexistant par endroits, considéré vulgaire, et généralement mal et agressivement perçu par la personne à qui il est adressé. Cependant, le tutoiement est régulièrement utilisé dans un contexte de colère, y compris envers dans des situations où le vouvoiement est requis[45] :Taijhe tu ! (« Tais-toi ! », « Arrête un peu! »). Cela étant dit, la règle est à nuancer en raison des différences entre régions[46] et des inférences du français.
Après une première vague d'emprunts auvieux-francique auHaut Moyen Âge, l'incorporation de la Wallonie dialectale au sein de laFrancie médiane puis duSaint-Empire après leTraité de Verdun en 843 jusqu'en 1792. Cet isolement des wallophones par rapport aux autres locuteurs de langues d'oïl eut pour double conséquence une meilleure conservation des substrats francique et roman, tout en favorisant de nombreux emprunts aux dialectes germaniques limitrophes.
Il existe quelques mots latins qui ont disparu des langues romanes voisines, comme le wallondispierter, l'espagnoldespertar (réveiller) et le roumaindeșteptare ; l'adverbe quantitatif walloncwant(es) provient du latinquantus; le wallonmode (mulgere, traire) et l'occitanmólzer, l'italienmungere, le roumainmulge ; le wallonouxh et le lorraineuche /uche /usse[47], le roumainuşă ; le walloncrås (crassu, gras) et le roumaingras ; le wallonvesprêye (vespera, soir) et l'occitanvespre ; ou d'autres issus directement du bas latin :arincrin (araneae crinis, toile d'araignée),tier outienne (termen, limite marquée par une colline),ay (ay, interjection d'approbation partielle), etc. (inDictionnaire liégeois par Jean Haust).
Parmi les emprunts germaniques, on peut citerflåwe (faible) et le néerlandaisflauw ou encore le wallongordene (rideau) et le néerlandaisgordijn. Parmi beaucoup d'autres emprunts appartenant à la langue courante, on peut citer :dringuele (pourboire ; néerlandais drinkgeld),crole (boucle de cheveu),spiter (éclabousser ; même racine que l'anglais to spit ou l'allemand dialectal spützen),stamper (se dresser, se mettre debout),li sprewe (l'étourneau; néerlandais : spreeuw),blinker (briller, néerlandais et allemand blinken, to blink en anglais),crompire (pomme de terre, Grundbirne en allemand dialectal, littéralementpoire de sol ; des variantes se retrouvent dans les langues de territoires anciennement soumis à l'empire austro-hongrois), etc. Nombre de ces emprunts se retrouvent également dans lefrançais de Belgique commebelgicismes.
Les nombreux termes wallons pour désigner la monnaie témoignent des influences des différentes puissances qui influencèrent la région depuis le Moyen Âge. Ainsi, lesliårds (liards) etcwårs (quarts) étaient des monnaies de la France médiévale, lespatårs trouvent leur origine dans les Pays-Bas bourguignons et lesskelins (esquelins) sont d'origine allemande. Quant auxbetsales, nom germanisé despistoles, étaient la principale monnaie de l'époque espagnole, les florins datant, quant à eux de la courte période hollandaise (1815-1831).
Le préfixe verbalfor- (defors en ancien françaishors en français etfoû en wallon) de l'ancien dont il existe quelques reliquats comme fourvoyer ou forcené est courant en wallon pour exprimer la notion d'intensité ou d'excès. Par exemple :forboere (trop boire),fortcherdjî (surcharger),forboure (trop bouillir, déborder) ouforcrexhe (croire à toute allure).
Beaucoup d'onomatopées ont fini par donner donner des verbes. Ainsi,hou, zoup, bôm ettchûtch ont donné les verbeshoukî (appeler),zoupler (sauter),ribômer (rebondir) ettchûtcher (chuchoter).
Dans quelques cas, deux verbes différents avec un sens similaire peuvent fusionner pour donner un nouveau verbe à part. Ainsi,hertchî (traîner) etsaetchî (tirer), respectivementherchier etsachier enmoyen français, ont donnéhaetchî, tandis querôler (rouler, flâner) ettricbaler (trimbaler, flâner) ont donné naissance au motrôbaler (vagabonder, se promener).
À l'inverse du français qui s'appuie souvent sur l'ancêtre latin d'un mot français dérivé du latin populaire pour créer de nouveaux mots, le wallon puise directement dans son propre substrat. Par exemple, pour substantiveréteindre, agenouiller, détruire, lire oujoindre, le français se calque sur leur racine latineextinguere, genuflectere, destruere, legere etiungere pour former les motsextinction, génuflexion, destruction, lecture etjonction tandis que le wallon formedistindaedje à partir dedistinde,adjenixhaedje à partir d'adjeni,distrujhaedje à partir dedistrure,lijhaedje à partir delére etdjondaedje à partir dedjonde.
Le suffixe-ail, rare en français, est couramment employé sous sa forme wallonne-a. Fait notable pour une langue latine, ces substantifs avec une désinence en-a sont donc toujours masculins. Exemples :djama (fête religieuse),hena (verre d' alcool),tronna (tremblement) ou encorehaerna (piège d'oiseleur).
Depuis1100, on écrit le wallon au moins dans les noms géographiques et dans les actes de basse justice, et les actes notariés. L'écriture ne permet pas toujours de décider comment était la prononciation ("u" peut être une notation du son « u » ou « ou »). Certaines notations sont typiquement wallonnes xh (qui note un h aspiré), ea, eie.
AuXVIIIe siècle, on continue à utiliser certaines des conventions du Moyen Âge xh (Villers), oi (Theâtre liégeois).
AuXIXe siècle, l'écriture du wallon était largement individuelle. Mais différents essais de régulation sont proposés :
pour l'accent de la Wallonie prussienne (Toussaint, Nicolas Pietkin) ;
pour l'accent de Namur (Auguste Vierset, Léopold Godenne).
AuXXe siècle, on assiste à la généralisation du système de notation Feller. Les trouvailles les plus intéressantes du Feller : les notations DJ et TCH, les demi-consonnes W et Y, la notation î du i long, oû du ou long ; les notations å et ô.
Il faut attendre les dernières années duXXe siècle pour voir apparaître uneorthographe unifiée, dont le principe est d'écrire un même mot de la même façon, indépendamment des différences phonétiques locales. Cetteorthographe, appelée « rfondou walon », se base sur des diasystèmes pouvant être prononcés différemment selon le lecteur, à l'instar de l'orthographe dubreton dont l'exemple a inspiré le projet. Les graphies tentent de concilier les usages phonétiques actuels avec les traditions anciennes (notamment réintroduction dexh,oi) et la logique phonologique propre de la langue.
Le français de Belgique possède quelques wallonismes, c'est-à-dire qu'elle a emprunté quelques termes au wallon. Ces emprunts lexicaux ont eu lieu notamment dans le vocabulaire de la mine et de la sidérurgie, du fait du caractère précurseur des régions wallonophones dans ces domaines. On peut citer les motshouille,terril,faille,fagne,grisou,faro[48],estaminet, … Le terme « houille » est la francisation du wallonhoye ouhougne. Dans laprovince de Liège, le mot remonterait auXIe siècle, où on le retrouve dans des actes duChapitre de Saint-Lambert en1278 et1299, ainsi que dans ceux de l'abbaye du Val Benoît en1281. D'aprèsJean Haust, le mothoye existait avant la découverte de la houille et signifie « fragment, éclat, motte » en wallon liégeois. Avec la découverte du charbon,hoye fut utilisé pour désigner la houille en morceaux et le mot se répandit à partir de1200 à l'ouest et ausud de laWallonie dialectale[49]. En raison de l'évolution importante de l'industrie minière et métallurgique en Wallonie, la plupart des mots liés au charbonnage sont d'origine wallophone.
Un wallonisme désigne également un trait caractéristique du wallon, que ce soit au niveau du lexique, de la prononciation desidiotismes ou de la grammaire, que l'on retrouve dans le français parlé au sein de la Wallonie dialectale.
Le wallon a été la langue prédominante du peuple wallon jusqu'au début duXXe siècle, quoique la connaissance passive du français était courante. Depuis, le français régional s'est répandu partout,au point que 30 à 40 % seulement de la population wallonne pratiquent encore leur langue propre, les proportions variant de 70 à 80 % chez les plus de 60 ans à environ 10 % chez les moins de 30 ans. La connaissance passive est beaucoup plus courante : elle irait de 36 à 58 % dans le groupe d'âge où la connaissance active est la plus faible, c'est-à-dire chez les jeunes.[réf. nécessaire].
Dans la pratique, à cause de l'utilisation de la langue française dans les églises, les écoles et à la télévision, la pratique du wallon a largement disparu en Wallonie. Le wallon avait un statut inférieur au français. On éduquait les garçons en wallon et les filles en français. Les administrations, francophiles, ont largement favorisé ce passage au français, comme cela a été le cas pour d'autres langues régionales telles lebreton ou l'alsacien. En 2017, lorsqueFrédéric Gillot, député ouvrier auParlement Wallon, fait une intervention en wallon, l'administration refuse d'écrire les notules dans cette langue[50].
LaCommunauté française de Belgique — l'autorité compétente en matière culturelle pour les francophones dans l'État fédéral belge — adopte un premier décret relatif au wallon et aux autres langues régionales de la communauté le. Ce décret relatif au recours à un dialecte de Wallonie dans l’enseignement primaire et secondaire s'inspire de laloi Deixonne française et autorise une présence de la langue régionale en classe à raison d’une heure par semaine, avec l’autorisation du pouvoir organisateur[51].
Le mouvement culturel wallon repose entre autres sur l'Union culturelle wallonne (UCW), qui regroupe plus de deux cents cercles de théâtre amateur, des groupes d'écrivains, des comités de promotion du wallon à l'école. L'Union culturelle wallonne a comme objectif la défense du wallon, mais aussi dupicard, dulorrain, duchampenois et dufrancique (ouluxembourgeois). Elle fait partie de l'AIDLCM (l'Association internationale des langues et cultures menacées).
LaRadio-télévision belge de la Communauté française (RTBF) consacre encore quelques émissions radiophoniques dialectales en décrochage, mais il est loin le temps où l'on enregistrait pour la télévision des spectacles en salle et en extérieur en wallon, parfois sous-titrés en français.
Plusieurs offices religieux sont célébrés en wallon, notamment la traditionnelleMesse en wallon le lundi desFêtes de Wallonie, le premier dimanche de mai dans le hameau desBoscailles àÉghezée, àCiney ou le15 août enOutremeuse à Liège…
Le premier texte daté et conservé en original de la littérature en langue wallonne est leSonèt lîdjwès â minisse du frère Hubert Ora, ou d’Heure, Mineur de Liège. Publié en 1622, il constitue la conclusion d’un débat théologique écrit, ayant opposé le théologien catholique, Louis du Château, au pasteur protestant, Daniel Hochedé de la Vigne, entre et[54].
Les éditionsCasterman publient l'albumLes Bijoux de la Castafiore desAventures de Tintin en différentes variantes du wallon. La lecture de ces albums permet de se rendre compte des spécificités régionales du wallon. On compte aujourd'hui trois versions différentes :L'èmerôde d'al Castafiore enliégeois ;Lès pindants dèl Castafiore enottintois ;Les berlokes del Castafiore enaclot. Une quatrième version wallonne de l'album, cette fois encarolorégien, est parue en 2008 sous le titreLès-ôr’rîyes dèl Castafiore.
En 2020, la bande-dessinéeLes Schtroumpfs et la Machine à rêver fut traduite en wallon liégeois et namurois sous les titresLès Schtroumpfs èt lès bèrikes èmacralêyes etLès Chtroumf èt l' murwè èssôrçulé[55].
Il existe également des bandes dessinées directement éditées en wallon, c'est le cas duLi vî bleû (Le vieux bleu) deFrançois Walthéry dont a été tiré une pièce de théâtre.
La presse écrite en wallon se résume à quelques revues, dont certaines ont une plus ou moins grande partie écrite en français. Les moyens de ces revues en wallon sont extrêmement limités et leur présentation est parfois réduite à la simple feuille, photocopiée et agrafée comme les revuesLi Rantoele,Coutcouloudjoû ou l'Académîye des Foyants mais c'était également le cas des anciennes revues commeLi pompe ås Ramons. Toutefois, certaines sociétés littéraires en langue wallonne arrivent à éditer des revues de très bonne tenue grâce au soutien financier duConseil des langues régionales endogènes de laCommunauté française de Belgique. C'est le cas duEl Bourdon depuis 1983 ou encore deSinguliers et desCahiers wallons (la revue du cercle littéraire dialectalLès Rèlîs Namurwès).
AuXVIIIe siècle, le liégeois,Jean-Noël Hamal (1709-1778), compose quatre opéras en wallon :Li Voyèdje di Tchôfontinne (Le Voyage de Chaudfontaine),Li Lîdjwès ègadjî (Le Liégeois engagé),Li Fiesse di Hoûte-s’i-Ploût (La Fête de Houte-Si-Plout) etLes Ipocondes. Le compositeur,Eugène Ysaÿe, réalise, en 1931, l'opéra,Pire li Houyeu (Pierre le mineur), œuvre qui rend hommage aux conditions de vie des mineurs de la fin duXIXe siècle.
↑Louis Remacle,Le Problème de l'ancien wallon (Bibliothèque de la Faculté de Philosophie et Lettres de l'Université de Liège. Fasc. 109), Liège, Faculté de Philosophie et Lettres,, Gr. in-8° (250 x 165), 230 p.(BNF32563516),p. 93
↑E. Colet,Le parler wallon du Wisconsin : aspect phonétiques, lexicaux, morphologiques et syntaxiques, Doctorat, Université catholique de Louvain, 1970. Faculté de philosophie et lettres.
↑a etbLorent Hendschel,Croejhete walone : contribution à une grammaire de base,, 357 p.
↑Philippe Legrand,Camille Gaspard, auteur Wallon. Vie et oeuvre d'un chansonnier ardennais au XXe siècle., Mémoires Ardennaises,(ISBN978-2-9601989-0-4)
Jean-Marie Pierret, Jean-Jacques Gaziaux etJean Germain,Le wallon inLîmês I. Les langues régionales romanes en Wallonie, Éd. Traditions et parlers populaires, Bruxelles, 1992(ISBN9782930047027).
Lapertinence de cette section est remise en cause. Considérez son contenu avec précaution.Améliorez-le oudiscutez-en, sachant quela pertinence encyclopédique d'une information se démontre essentiellement par des sources secondaires indépendantes et de qualité qui ont analysé la question.(décembre 2025) Motif avancé : Il existe des dizaines et des dizaines de lexiques du wallon. Sur quelle base ceux-ci ont-ils été choisis ? Il vaudrait mieux dédier une section de l'article aux dictionnaires de référence, on s'appuyant sur des sources secondaires.
Romain Berger, « Pratiques et outils pour la transmission du wallon : Le cas de la Haute École de la ville de Liège »,Bien Dire et Bien Aprandre,no 40,,p. 29-42.