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| Autres noms | Vsevolod Mikhaïlovitch Eikhenbaoum |
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| Partis politiques | Parti socialiste révolutionnaire(- Union of Russian Workers(en)(- Nabat(- |
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Vsevolod Mikhaïlovitch Eichenbaum (enrusse :Всеволод Михайлович Эйхенбаум) ditVoline (Волин), né le àVoronej (Empire russe) et mort le àParis, est unpoète etmilitantlibertaire[1]russe,théoricien de lasynthèse anarchiste.
Lors de larévolution russe de 1905, il est parmi les fondateurs du premiersoviet de Saint-Pétersbourg. En 1918, il est mandaté par laConfédération des organisations anarchistes d'Ukraine pour rédiger un programme visant à réunir lescommunistes libertaires et lesanarcho-syndicalistes. En 1919, il combat lesbolcheviks dans les rangs de l'Armée révolutionnaire insurrectionnelle ukrainienne deNestor Makhno, avant d'être condamné à mort parTrotski puis finalement banni par le nouveau pouvoir soviétique.
AvecSébastien Faure, il élabore le concept desynthèse anarchiste qui vise à réunir dans une même organisation les courants pluriels du mouvement :communiste libertaire,anarcho-syndicaliste etindividualiste. En 1934, il publieLe fascisme rouge où, prémisse de la critique destotalitarismes, il n'hésite pas à comparer le régimestalinien aux régimesfasciste ounazi. Il est enfin connu pour avoir rédigé enfrançais l'ouvrageLa Révolution inconnue, qui retrace l'histoirerévolutionnairerusse de 1825 à 1921.
Il est le fils d'un médecin dezemtsvo, Mikhaïl Eichenbaum (1853-1917), baptisé avant son mariage en 1880[2]. Son grand-père,Iakov (Yankel) Moïsseïevitch Eichenbaum (ru) (1796-1861), partisan du mouvementhaskala, est inspecteur d'écoles rabbiniques àKichiniov,Odessa etJitomir. Sa mère, Nadejda Dormidontovna Eichenbaum, née Glotova (1858-1914), élève dePeter Lesgaft, est l'une des premières femmes médecins russes. Elle est la fille d'un officier qui prend sa retraite avec le grade de général. Vsevolod a un frère cadet, le futur philologueBoris Eichenbaum. Tous les deux parlent couramment français et allemand dès leur jeune âge. Ils passent leur enfance àVoronej où ils sont élèves au lycée classique de la ville.
LetsarAlexandreIII règne sur laRussie quand le futur Voline naît dans une famille aisée (son père et sa mère sont médecins). Après le lycée classique, il poursuit des études de droit àSaint-Pétersbourg. Il parle couramment lefrançais et l'allemand[3].
Sympathisant avec les idées révolutionnaires, il rompt en 1904 avec sa famille et abandonne ses études pour rejoindre leParti socialiste révolutionnaire[4]. Il donne des cours et s'occupe de la formation des militants révolutionnaires[5]. SelonPaul Avrich : « Voline investit toute la force de sa nature idéaliste dans sa nouvelle cause. Il organise des groupes d'études pour les travailleurs, fonde une bibliothèque, et élabore un programme de formation, tout en donnant des leçons privées pour gagner sa vie. »[4]
Le, il est avec les 30 000 manifestants, en majorité ouvriers, qui marchent sur lepalais d'Hiver en réclamant la libération de tous les révolutionnaires emprisonnés, de meilleures conditions de travail, la cession des terres aux paysans et la suppression de la censure. L'armée, dépassée par l'ampleur de la manifestation, ouvre le feu : les chiffres officiels font état de 96 morts et 333 blessés, des chiffres non officiels avancent le nombre de 4 000 morts. Cette répression sanglante reste sous le nom deDimanche rouge, elle contribue au déclenchement de larévolution russe de 1905 préfigurant celle de1917.
Le, il est parmi les fondateurs du premiersoviet de Saint-Pétersbourg[6] constitué pour venir en aide aux victimes. Il en refuse la présidence, estimant que cela doit revenir à un travailleur et non à un intellectuel[7]. C'est à cette époque qu'il prend le pseudonyme deVoline[5].
En, il prend part à une insurrection dans l'île de Kronstadt[8]. Il est arrêté, emprisonné à laForteresse Pierre-et-Paul[5], puis condamné à la déportation perpétuelle enSibérie. En 1907, il s’évade pendant le transfert[9] et parvient à rejoindre laFrance[10].

En 1908-1909, àParis, il fréquente les cercles socialistes-révolutionnaires russes[5].
En 1911, il rencontre lesmilieux libertaires et adhère au groupe créé parApollon Kareline (en), proche des idées deKropotkine[7]. C'est à ce moment qu'il découvre les œuvres dePierre-Joseph Proudhon,Bakounine,Kropotkine et devient anarchiste[4].
En 1913, il est membre duComité d'action internationale contre la guerre et fait de lapropagandeantimilitariste[4].
En 1916, pendant laPremière Guerre mondiale, il s'oppose[11] avec notammentErrico Malatesta[12],Alexandre Berkman,Rudolf Rocker ouFerdinand Domela Nieuwenhuis auManifeste des Seize, rédigé parPierre Kropotkine etJean Grave[13] qui prennent parti pour le camp desAlliés et contre l’agression de l'Allemagne.
Sous le coup d'un mandat d'arrêt[8] pour son opposition à la guerre, il fuit clandestinement vers lesÉtats-Unis[10], sans sa femme et ses quatre enfants[9].
Il adhère à l'Union des ouvriers russes et collabore à l'hebdomadaireanarcho-syndicalisteGolos Truda (La Voix du Travail)[8] dont il a été le correspondant parisien[3]. Orateur talentueux, il donne des conférences, notamment sur le syndicalisme à Detroit, Pittsburgh, Cleveland et Chicago[4].
En, àNew York, il croiseTrotski qu'il a déjà rencontré enRussie et enFrance, d'où il a étéexpulsé comme lui en 1916[14].
En et à la suite de l'annonce de larévolution de Février, il revient en Russie[5]. La rédaction deGolos Truda s'installe àPetrograd. Le journal devenu quotidien après larévolution d'Octobre[3], est l'organe de l’Union pour la propagandeanarcho-syndicaliste et Voline en est lerédacteur en chef.
Après larévolution d'Octobre, Voline est très critique envers le nouveau gouvernement bolchevik. Il écrit dansGolos Truda : « Les bolcheviks, une fois consolidé et légalisé leur pouvoir, en tant que socialistes étatistes qui croient en la direction centralisée et autoritaire, commenceront à diriger la vie du pays et du peuple du sommet. […] Les bolcheviks développeront une autorité politique et un appareil d'État qui écraseront toute opposition avec une poigne de fer. » Il fait valoir l'idée que le slogan « Tout le pouvoir aux soviets » signifie en fait « Tout le pouvoir aux dirigeants du parti. »[4]
Violemment opposé autraité de Brest-Litovsk, il part combattre l’Armée des volontaires deDenikine en Ukraine.
À son retour, il passe quelque temps à Moscou où il décline l'offre des bolcheviks de prendre la direction de l'éducation[7].
Il retourne enUkraine où il participe à la fondation de laConfédération Nabat[10] dont il prend en charge la rédaction du journal du même nom (Le Tocsin).
Du 12 au, àKoursk, il participe à la première conférence générale de laConfédération d'organisations anarchistes d'Ukraine. Il y retrouve entre autres,Piotr Archinov, Aron etFanny Baron,Sénia Fléchine,Mark Mratchnyi,Grigori Gorelik,Nikolaï Dolenko,Efim Yartchouk etOlga Taratuta. Le programme deNabat peut se résumer par le rejet des groupes privilégiés (non-travailleurs), la méfiance envers tous les partis, la négation de toute dictature (principalement celle d'une organisation sur le peuple), la négation du principe de l'État, le rejet d'une période « transitoire » et l'auto-direction des travailleurs par dessoviets libres. Il est chargé de rédiger unesynthèse anarchiste, déclaration commune qui pourrait réunir toutes les tendancessyndicaliste,collectiviste etindividualiste au sein d'une même organisation[15].
Du 2 au, à Elizavetgrad (actuelleKropyvnytskyï), il participe au premier congrès deNabat. Les délégués y dénoncent la mainmise des bolcheviks sur les soviets et l'organisation purement militariste de l'Armée rouge. Ils se prononcent pour une « armée de partisans révolutionnaires » organisée spontanément telle qu'elle agit en Ukraine sous le nom deMakhnovchtchina[16].

En[17], lorsque laliberté de la presse est supprimée par lesbolcheviks, il rejoint le quartier général deNestor Makhno[10],[3]. Il organise la sectionculture et éducation de l'Armée révolutionnaire insurrectionnelle ukrainienne[18]. Voline donne 400 réunions pédagogiques durant cette période[7]. En août, il est nommé responsable du « Conseil militaire insurrectionnel »[8].
En, malade dutyphus il se rend àMoscou pour s'y faire soigner, mais il est arrêté en route par l'Armée rouge : « Me considérant comme un militant "de marque", les autorités avisèrent Trotski de mon arrestation […] La réponse, par télégramme […] arriva, rapide, laconique, nette :Fusiller immédiatement. Je ne fus pas fusillé, uniquement grâce à un concours de circonstances particulièrement heureuses et tout à fait fortuites »[14]. Il est finalement livré à laTchéka le. Malade, il doit la vie à un geôlier qui, le connaissant de longue date, le soigne et le sauve[9].
En, une trêve est conclue entre Nestor Makhno et Léon Trotski, lorsque le généralPiotr Nikolaïevitch Wrangel et sonArmée blanche lance une offensive majeure en Ukraine. Trotski propose de libérer tous les prisonniers anarchistes en échange d'une action militaire conjointe contre Wrangel. Voline est alors libéré[7],[4].
Le, il est arrêté une seconde fois àKharkiv, ainsi que tous les responsables deNabat (dont Aaron etFanny Baron,Olga Taratuta,Sénia Fléchine,Mark Mrachnyi,Dolenko-Chekeres etAnatolii Gorelik), à la veille du « Congrès panrusse des anarchistes »[8],[7].Trotski donne l'ordre de le fusiller[5],[19].
En, il est incarcéré à la prison deRiazan où les conditions de détention sont extrêmement dures. Il est parmi les treize détenus anarchistes qui entament une grève de la faim[7] au retentissement international grâce à la présence, à Moscou, de déléguéssyndicalistes venus participer, en observateurs, à la troisième conférence de l'Internationale syndicale rouge[20]. L'affaire est évoquée à la tribune, dès l’ouverture des débats, par la délégation française conduite parHenri Sirolle[9]. À la suite de ces pressions syndicales[18] et de celles deVictor Serge[1], le, il est parmi les dix militants bannis et expulsés d'URSS dont Vorobiov,Mratchny, Mikhaïlov,Grigori Maksimov, Ioudine,Iartchouk,Gorelik, Feldman et Fedorov. Lapeine de mort sanctionne tout retour éventuel[3].


En, il se réfugie à Berlin où il reprend la publication deLa Voix du travail. Polyglotte, il correspond en russe, français, allemand, anglais et, plus tard, en italien et en espagnol. Il milite au sein de l'Union libre des travailleurs d'Allemagne et publie l'hebdomadaire en langue russe,L'Ouvrier anarchiste[8] sous-titré revue « d'expression anarcho-synthétiste »[7]. Il défendMakhno contre les accusations d'antisémitisme[7].
En[17], dans un texte rédigé entre autres par Voline, A. Gorielik et A. Komoffdonne, leGroupe des anarchistes russes exilés en Allemagne, dresse la liste de près de 200 anarchistes arrêtés, fusillés, morts en prison ou déportés par le pouvoir soviétique[21]. Le texte est édité en brochure sous le titreLa persécution contre l'anarchisme en Russie Soviétique. Voline le traduit en français en 1923[17],Répression de l'anarchisme en Russie soviétique[10]. Il traduit et préface, le livre dePiotr Archinov :Histoire du mouvement makhnoviste[5]. Il publie de nombreux article sur la Russie soviétique dansLa Revue anarchiste deSébastien Faure et dansLe Libertaire[5].
Le récit de sa collaboration avecMakhno est fortement remis en cause par une amie parisienne de Makhno,Ida Mett, dans son texteSouvenirs sur Nestor Makhno[22]. Elle l'accuse notamment d'avoir fait disparaître le seul journal intime de toute la vie de Makhno après sa mort.
Au printemps 1925, l'arrêté d’expulsion ayant été levé à la suite de l’intervention d'Henri Sellier[9], il rentre en France à l'invitation deSébastien Faure. Il adhère auGroupe d'études sociales[5] et collabore auLibertaire[18] ainsi qu'aux principales revues du mouvement. Il fait partie de l'équipe de rédaction de l'Encyclopédie anarchiste deSébastien Faure[10] dont il écrit plusieurs articles[18]. Certains commeLa Véritable Révolution sociale, en 1930, sont publiés en brochures[5].
Les 12 et, il participe avecMakhno au congrès de l'Union anarchiste à laquelle ils adhèrent tous les deux[7].
En, à l'initiative dePiotr Archinov, deNestor Makhno et d'Ida Mett, le « Groupe des anarchistes russes à l’étranger » publie en russe la « Plate-forme organisationnelle de l’union générale des anarchistes (projet) ». En octobre, Voline en termine la traduction et le texte paraît en français aux éditions dela Librairie internationale[5].
LaPlate-forme est composée de trois parties : unepartie générale, sur le capitalisme et la stratégie pour le renverser ; unepartie constructive, sur le projet communiste libertaire et unepartie organisationnelle, sur le mouvement anarchiste lui-même[23].
Lapartie générale affirme que l’anarchisme n’est pas une « belle fantaisie ni une idée abstraite de philosophie », mais un mouvement révolutionnaire ouvrier. Elle propose une grille d’analyse reposant sur le matérialisme et la lutte des classes comme moteur de l’histoire. Dans une situation révolutionnaire, l’organisation anarchiste doit proposer une orientation « dans tous les domaines de la révolution sociale ». L’enjeu est de « relier la solution de ces problèmes à la conception générale du communisme libertaire ».
Lapartie constructive propose un projet société transitoire. La production industrielle suit le modèle des soviets fédérés. Pour ce qui est de la consommation et de la question agraire, laPlate-forme se démarque du « communisme de guerre » de Lénine, qui consista à spolier les campagnes pour nourrir les villes. Quant à la défense de la révolution, le modèle est celui de laMakhnovchtchina : « caractère de classe de l’armée », « volontariat », « libre discipline », « soumission complète de l’armée révolutionnaire aux masses ouvrières et paysannes ».
Pour finir, lapartie organisationnelle propose quatre « principes fondamentaux » pour une organisation anarchiste : l’unité théorique, l’unité tactique, la responsabilité collective et le fédéralisme.
En, Voline et sept de ses amis publient un pamphlet de 40 pages « Réponse à la Plate-forme ». Le ton en est polémique, les auteurs accusent lesplate-formistes d'avant-gardisme et de vouloir « bolcheviser » l’anarchisme. Chaque point de laPlate-forme y est décortiqué et réfuté. Le caractère de classe de l’anarchisme est nié, l’anarchisme étant également une conception « humanitaire et individuelle ». La partie constructive est comparée au « programme de transition » léniniste. Les principes organisationnels sont assimilés à de la discipline de caserne. Même la défense de la révolution, inspirée de la Makhnovchtchina, est réprouvée. Les auteurs de laRéponse y voient la « création d’un centre politique dirigeant, d’une armée et d’une police se trouvant à la disposition de ce centre, ce qui signifie, au fond, l’inauguration d’une autorité politique transitoire de caractère étatique »[24].
En,Piotr Archinov publie « La réponse aux confusionnistes de l'anarchisme »[25].
Le débat qui ne touche initialement que les militants russes, prend une envergure internationale[5].
En 1928,Sébastien Faure et Voline élaborent lasynthèse anarchiste qui vise à surmonter les divisions internes, tant théoriques qu’organisationnelles, du mouvement anarchiste[26]. Voline propose une synthèse des différents courants du mouvement :communiste libertaire,anarcho-syndicaliste etindividualiste. D'après Voline, ces courants sont apparentés et proches les uns des autres, ils n’existent qu'à cause d’un malentendu artificiel. Il faut donc faire une synthèse théorique et philosophique des doctrines sur lesquelles ils reposent, après quoi on pourra en faire la fusion et envisager la structure et les formes précises d’une organisation représentant ces trois tendances[27].
La controverse entresynthétistes etplateformistes se poursuit jusqu’en 1931 : à l’accusation de « bolchévisme » des uns, répond celle de « dilettantisme » des autres. Les termes du débat n'ont guère évolué depuis.

En, Voline rédige pour leComité international de défense anarchiste la brochureComme au temps des tsars. L'exil et la prison, parfois la mort contre les meilleurs révolutionnaires[5].
Le, il coordonne pourLe Libertaire un dossier,Sous la botte de Staline, consacré aux emprisonnements de militants en URSS[5]
En 1934, dans « Le fascisme rouge » édité sous l’égide duComité international de défense anarchiste dans la revueCe qu'il faut dire deHem Day à Bruxelles[28], il définit ce nouveau concept : « Pour moi, tout courant d’idée qui admet la dictature […] est au fond, objectivement et essentiellement, fasciste. […] Le fascisme, au point de vue psychologique et idéologique, est l’idée de la dictature. Tant que cette idée est émise, propagée, appliquée par les classes possédantes, on la comprend. Mais quand la même idée est saisie et mise en pratique par des idéologues de la classe laborieuse comme le moyen de son émancipation, on doit considérer ce fait comme une aberration funeste, comme une singerie aveugle et stupide, comme un égarement périlleux. Car étant essentiellement fasciste, cette idée, appliquée, mène fatalement à une organisation sociale foncièrement fasciste. Cette vérité a été justement démontrée — sans contestation possible — par « l’expérience russe ». L’idée de la dictature comme moyen d’émancipation de la classe ouvrière y a été pratiquement appliquée. […] bientôt, les plus ignorants, les plus aveugles, les plus obstinés, seront obligés de constater : la révolution triomphante, au lieu de mener à l’émancipation de la classe ouvrière, aboutit en fait, et en dépit de toutes les théories des émancipateurs-dictateurs, à l’esclavage et à l’exploitation les plus complets, les plus terribles, de cette classe ouvrière par une classe dirigeante privilégiée. […] Voilà pourquoi […] Aucune différence n’existe entreStaline etMussolini. Et voilà pourquoi le « fascisme rouge » n’est nullement une boutade, mais l’expression exacte d’une bien triste réalité »[29].
L'historienSylvain Boulouque, en avant-propos de la reproduction de l'article « Le fascisme rouge » écrit en 2012 : « Très tôt les libertaires publièrent des listes de militants arrêtés et emprisonnés en URSS […] Ils comptèrent parmi les premiers à assimiler "Fascisme et bolchévisme" (Le Libertaire,no 231,). »[18]
Et sur le même sujet,Daniel Guérin écrit en 1965, que pour Voline, toute tentative inspirée de l'exemple russe, ne pourrait aboutir qu'à un « capitalisme d'État basé sur une odieuse exploitation des masses », le « pire des capitalismes et qui n'a absolument aucun rapport avec la marche de l'humanité vers la société socialiste ». Elle ne pourrait que promouvoir « la dictature d'un parti qui aboutit fatalement à la répression de toute liberté de parole, de presse, d'organisation et d'action, même pour les courants révolutionnaires, sauf pour le parti au pouvoir », qu'à une « inquisition sociale » qui étouffe « le souffle même de la Révolution »[17].
Pour Voline : « Staline "n'est pas tombé de la lune". Staline et le "stalinisme" ne sont que les conséquences logiques d'une évolution préalable et préparatoire, elle-même résultat d'un terrible égarement, d'une déviation néfaste de la Révolution. Ce furent Lénine et Trotski — c'est-à-dire leur système — qui préparèrent le terrain et engendrèrent Staline. Avis à tous ceux qui, ayant soutenu Lénine, Trotski et consorts, fulminent aujourd'hui contre Staline : ils moissonnent ce qu'ils ont semé ! »[30]
En été 1934, le contentieux qui l'oppose à Trotski ne l'empêche pas de protester contre l'expulsion de France de ce dernier[7] tout en rappelant son rôle dans l'écrasement de larévolte de Kronstadt[5].

En, il prononce l'oraison funèbre à l'enterrement deNestor Makhno[7].
À partir de 1935, il se rapproche d’André Prudhommeaux.
Les 15 et à Toulouse, il participe aux travaux de constitution de laFédération anarchiste. Il y anime le groupeSynthèse anarchiste puis celui du troisième arrondissement parisien[5]. En 1937, il est mandaté, par le deuxième congrès de la FA, à la rédaction deTerre Libre[1] où il rédige des articles sur la Russie et sur l'Espagne. Il dénonce notamment la participation de laConfédération nationale du travail au gouvernement républicain en 1937, ce qui lui vaut la vindicte des représentants de la CNT-FAI[5].
Pendant larévolution de 1936, lorsqueAndré Prudhommeaux est à Barcelone, il s'occupe des articles en français deL'Espagne antifasciste (CNT-FAI-AIT) qui deviendraL'Espagne nouvelle.
En 1938, il commence l'écriture de son œuvre majeure :La Révolution inconnue[17].
En 1939, il s'installe à Marseille où il fait la connaissance d'Émile Danoën qui réussit à convaincre Gaby Neumann, la directrice intérimaire deséditions du Sagittaire, de lui donner un travail mieux rémunéré que celui de guichetier du poulailler à la caisse duthéâtre du Gymnase.
Quand son ami,Victor Serge, lui rend visite, il le découvre vivant dans une véritable pauvreté alors qu'il tente désespérément de terminer son récit de la révolution russe[4].

Durant la Seconde Guerre mondiale, il vit dans les conditions très difficiles de la clandestinité, à la fois menacé comme anarchiste, comme moitié juif et comme franc-maçon.
Il participe à laRésistance[18], notamment à partir de, quand il rencontreAndré Arru avec qui il crée leGroupe anarchiste international[8] qui publie le journal clandestinLa Raison (premier numéro en), la seule publication anarchiste sous l'occupation allemande. Le groupe international réunit des militants français, italiens, espagnols, un Russe et le Tchèque Joseph Sperck. Le, il échappe de peu à l'arrestation lors de la rafle qui décime le groupe (arrestation deAndré Arru)[7].
L'historienPierre Guiral dans laLibération de Marseille parle duGroupe anarchiste international en ces termes : « Jean-René Saulière, alias André Arru, réussit à créer un petit groupe clandestin, strictement libertaire, hostile aux Allemands, au capitalisme, aux responsables de la guerre, à la dictature stalinienne. »[31].
Après la Libération, il participe aux tentatives pour recréer le mouvement anarchiste, notamment au pré-congrès d'Agen les 29 et[5]. En, il contribue au premier numéro desPetits Cahiers publié par laFédération libertaire, Région du sud[5].
Puis il tombe gravement malade et est hospitalisé en, il a perdu beaucoup de poids, mais reste extrêmement lucide. Le, à sa sortie de l'hôpital, il est hébergé par des réfugiés espagnols à La Treille, dans la banlieue de Marseille. En, il retourne à Paris avec son fils Léo où il est à nouveau hospitalisé.
Il meurt de tuberculose le à l'âge de 63 ans à l'hôpital Laennec de Paris.
Il est incinéré au crématorium duCimetière du Père-Lachaise et ses cendres reposent dans le columbarium (caseno 4024), non loin de la tombe de son ancien camaradeNestor Makhno.Le Libertaire évoque ses funérailles : « Malgré qu’aucune publicité n’eût été faite, plus de deux cent cinquante camarades assistaient à l’incinération, attestant par là le souvenir vivace qu’ils gardaient pour celui qui fut un de leurs guides. »[9]
En 1947, son manuscritLa Révolution inconnue est édité parJacques Doubinsky[32] et un groupe de ses amis[3].
En 1986,La Révolution inconnue est rééditée, augmentée des conclusions retrouvées par son fils Léo. Depuis les rééditions s'enchaînent. Aujourd'hui, le texte est disponible en lecture libre sur internet.

Le[5], Voline est initié enfranc-maçonnerie à lalogeClarté duGrand Orient de France à Paris. En 1939, il s'affilie àLa Parfaite Union à Marseille[3].
En 1931,La Revue anarchiste publie sur plusieurs numéros un débat sur compatibilité ou non d'être à la fois franc-maçon et anarchiste. Voline y intervient en ces termes : « Tant que je sache, la tâche fondamentale de la Franc-Maçonnerie est la recherche de la vérité, c'est-à-dire des solutions autant que possible justes, exactes et fécondes, des problèmes philosophiques, sociaux, économiques et autres. […] L'association de la Franc-Maçonnerie offre à ses membres les moyens de recherches collectives. Je crois que, dans son genre, elle est la seule. […] J'estime […] qu'il est très utile, pour un anarchiste, d'étendre quelque peu les cadres de son milieu et de son action habituels, de croiser ses opinions et ses vérités avec celles des autres. Cela lui est utile, car il trouve ainsi une bonne occasion de vérifier, d'éprouver et de consolider ses convictions. En même temps, c'est très utile pour les autres et pour la cause entière, car l'idée anarchiste y trouve une occasion de plus de se faire connaître sous son vrai jour, de se faire examiner, comprendre, estimer. La Franc-Maçonnerie […] est avant tout, un cercle philosophique de libres penseurs, de libres chercheurs. L'activité collective des Francs-Maçons les incite tous à réfléchir, scruter, à estimer l'opinion d'autrui, à aimer la vérité, à la proclamer, à l'appliquer. […] Pour conclure, j'affirme catégoriquement que, pour ma part, je ne trouve absolument rien, dans les principes ou dans l'activité de la Franc-Maçonnerie, qui serait incompatible avec ma qualité d'anarchiste. Et j'estime que tout anarchiste cherchant à s'éduquer lui-même d'une façon plus vaste, et aussi à collaborer à l'éducation des autres, devrait faire partie de cette association. Il y gagnerait et sa cause y gagnerait également »[3].
Avec Tatiana Solopova (décédée en 1915) puis avec Anna Grigorieva (décédée le)[7], Voline a eu six enfants dont Natacha Voline (née en 1915),Léo Voline (né le), Alexandre (Alex) Eichenbaum-Voline (né le). En, ils rejoignent, en Espagne, unecolonne de laConfédération nationale du travail. En, l'unité de Léo est encerclée et décimée par lesfranquistes. En 1940, il rejoint son père à Marseille. En 1986, la réédition deLa Révolution inconnue est augmentée des conclusions qu'il retrouve[33]. En 1946, Natacha réside à Paris. Alex réside àOran, où est née sa fille, elle aussi appelée Natacha. Natacha et Alex avec sa famille bénéficient tous les deux de l'aide matérielle sous forme des colisCARE livrés par l'Alexander Berkman Aid Fund, association de secoursanarchiste à Chicago, présidée par Boris Yelensky[34].

Voline est unintellectuel et un écrivain prolifique. En Ukraine en 1917, il joue un rôle fondamental lors de la création de la confédérationNabat ainsi que dans le débat sur l'organisation anarchiste qui l'oppose, en France dans les années 1920, àPiotr Archinov.
Il est le théoricien de lasynthèse anarchiste qui a pour ambition de réunir toutes les tendancesanarcho-syndicaliste,communiste libertaire etindividualiste dans une seule organisation : « Ces trois éléments (le syndicalisme, le communisme, et l’individualisme) sont trois aspects d’un seul et même processus, la construction, par la méthode de l’organisation de classe des travailleurs (le syndicalisme), de la société anarcho-communiste qui n’est que la base matérielle nécessaire à l’épanouissement complet de l’individu libre. Ces trois éléments coïncident chronologiquement, et se manifestent fortement dès le départ de larévolution sociale. »[36]
Le texte de Voline sur la synthèse publié dans l'Encyclopédie anarchiste deSébastien Faure, et celui d'Archinov sur la plate-forme structure toujours aujourd'hui le mouvementlibertaire entresynthétistes, laFédération anarchiste par exemple, etplateformistes,Alternative libertaire par exemple.
DansLa Révolution inconnue Voline expose sa conception de l'idéologie qui gouverne l'URSS et dénonce notamment l'interchangeabilité des idéologies trotskiste, staliniste et léniniste :« Staline « n'est pas tombé de la lune ». Staline et le « stalinisme » ne sont que les conséquences logiques d'une évolution préalable et préparatoire, elle-même résultat d'un terrible résultat, d'une déviation néfaste de la Révolution.Ce furent Lénine et Trotski - c'est-à-dire leur système — qui préparèrent le terrain et engendrèrent Staline. Avis à tous ceux qui, ayant soutenu Lénine, Trotski et consorts, fulminent aujourd'hui contre Staline : ils moissonnent ce qu'ils ont semé[37] ! ».
Dans son livreSouvenirs sur Nestor Makhno,Ida Mett écrit : « Galina Kouzmienko […] Après la mort de Makhno, elle est devenue la femme de Voline et ensemble avec ce dernier, elle avait commis la plus grande saleté morale : tous deux, ils ont dérobé d'en dessous l'oreiller mortuaire de Makhno son journal intime et l'ont fait disparaître. Or ce journal Makhno l'avait écrit durant toute sa vie en émigration et y donnait son avis sur ses camarades d'idée et sur leur activité »[38].
Michel Ragon, dans son romanLa Mémoire des vaincus met en scène cette situation : « Ils ont trouvé le manuscrit sous l'oreiller du mort et l'ont brûlé. »[39]
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