En1922, l'embryologisteHerbert McLean Evans et son assistanteKatharine Scott Bishop, de l'université de Californie à Berkeley, constatent que chez des rats soumis à un régime appauvri en lipides, les femelles peuvent tomber enceintes mais aucun fœtus ne se développe. Cependant, les grossesses arrivent à terme quand le régime est supplémenté avec des feuilles de laitue ou du germe de blé.Les deux scientifiques soupçonnent l'existence d'un composé lipophile, qu'ils nommentFacteur X, indispensable au développement du fœtus.
En1924, indépendamment des recherches de Herbert Evans et Katharine Bishop, Bennett Sure, de l'université de l'Arkansas, montre qu'un composé retiré d'un régime alimentaire induit la stérilité chez les rats mâles. Bennett Sure nomme ce composéVitamine E, les lettresA,B, etC étant déjà utilisées, et la lettreD étant pressentie pour un facteur antirachitique. La vitamine E reçoit aussi le nom de tocophérol, du grectokos : progéniture etpherein : porter.
Herbert Evans et Oliver Emerson réussissent à isoler la vitamine E à partir de l'huile de germe de blé en1936, et Erhard Fernholz en détermine la structure en1938. La même année, lePrix Nobel dechimiePaul Karrer réalise la synthèse de l'alpha-tocophérolracémique. Ce n'est qu'en1968 que la vitamine E est reconnue comme un élément nutritif essentiel pour l'homme par le National Research Council des États-Unis.
Les tocophérols sont constitués d'un noyau chromanol et d'unechaîne latérale saturée à seize atomes decarbone. Les tocotriénols diffèrent des tocophérols par la présence de troisdoubles liaisons sur cette chaîne latérale. La vitamine E fait référence à la fois aux tocophérols et aux tocotriénols, qui présentent une activité alpha-tocophérol. En raison de la teneur en hydrogène du 2H-1-benzopyran-6-Ole, ces composés présentent différents niveaux d'activité antioxydante en fonction de l'emplacement et du nombre de groupes méthyle et du type d'isoprénoïdes[1].
La différence entre les formes alpha, bêta, gamma et delta réside dans le nombre et la position des groupes méthyle sur le noyau chromanol :
Structure et dénomination des quatre tocophérols :
L'organisme produit continuellement desradicaux libres, composés très réactifs comportant desélectrons célibataires. Les radicaux libres endommagent des composants cellulaires aussi divers que lesprotéines, leslipides ou l'ADN. Les réactions radicalaires se propagent en chaîne : les molécules déstabilisées par un électron célibataire deviennent à leur tour des radicaux libres.Lesantioxydants ont pour rôle de stopper ce processus en neutralisant les radicaux libres, pour réduire leur nocivité. Ainsi, lavitamine E a la capacité de capter et de stabiliser (parrésonance) l'électron célibataire des radicaux libres, suivant la réaction :
Le tocophérol porteur d'un radical peut réagir avec un nouveau radical libre pour former une espèce neutre, ou être régénéré par lavitamine C, leglutathion ou lacoenzyme Q10.
La vitamine E joue principalement son rôle d'antioxydant dans les membranes biologiques. Lesmitochondries, qui sont génératrices de radicaux libres, contiennent de forts taux de vitamine E dans leur membrane lipidique, constituée d'acides-gras polyinsaturés et soumis austress oxydant.
En plus de son rôle antioxydant, la vitamine E évite l'agrégation excessive desplaquettes responsable des thromboses, a une action protectrice sur les globules rouges et pourrait prévenir, par ce biais lesmaladies cardio-vasculaires d'origine athéromateuse. En pratique, cependant, aucune action en ce sens n'a été démontrée[3]. De plus, elle augmenterait le taux d'accident vasculaire cérébral de type hémorragique[4].
La vitamine E a également un effet bénéfique sur le taux decholestérol. Bien que les observations de Evans aient montré l'importance de la vitamine E sur la fécondité de certains animaux, aucun effet n'a été mis en évidence chez l'Homme.
Une étude de 2011[5] sur lamaladie d'Alzheimer montre une plus faible concentration en vitamine E chez les personnes atteintes d'Alzheimer que les personnes en bonne santé. Les chercheurs pensent que les huit formes de lavitamine E pourraient protéger de la maladie ou ralentir son évolution, bien plus efficacement qu'en utilisant de l'alpha-tocophérol seul.
La vitamine E a un potentiel pour être utilisée comme adjuvant dans le traitement de la dépression aigüe, mais des études supplémentaires sont nécessaires pour établir l'efficacité de la vitamine E pour soulager les symptômes dépressifs[6].
Elle aurait également une certaine efficacité sur lesstéatoses non alcooliques, permettant de freiner leur progression vers lacirrhose[7].
La vitamine E est utilisée dans le traitement médical de lamaladie de La Peyronie avec effet positif sur la douleur.
La carence en vitamine E occasionne des problèmes neuromusculaires tels que des myopathies (dégénerescence du tissu musculaire), des troubles de la rétine ou du système immunitaire[8].
Une action favorable sur la prévention de certains cancers a été suspectée dans un premier temps[11] mais non confirmée par les études les plus récentes[12],[13].
L'étude SELECT[14] a été stoppée en 2008 car elle montrait un risque accru decancer de la prostate avec des suppléments devitamine E synthétique (400 UI/j) et/ou desélénium (200 µg/j)[15],[16]. En, ces mêmes chercheurs publient[17] une explication sur les résultats :
la complémentation en sélénium a augmenté le risque de cancer chez ceux qui avaient déjà des taux de sélénium élevés au départ, mais n’avait aucun effet chez les hommes qui avaient de bas niveaux de sélénium ;
la vitamine E seule a augmenté le risque de cancer chez ceux qui avaient peu de sélénium au départ, ce qui n'était pas le cas de ceux qui prenaient à la fois du sélénium et de lavitamine E. Le sélénium protégerait donc des effets nocifs de lavitamine E.
Uneméta-analyse publiée en 2005 montre qu'à trop fortes doses (apports supérieurs à 400 UI/j), lavitamine E sous forme d'alpha-tocophérol seul pourrait augmenter la mortalité globale[18].
Cette méta-analyse a été critiquée par la communauté scientifique[19] :
les essais cliniques avec moins de dix décès étaient exclus de l'analyse, la méta-analyse ne porte ainsi que sur seulement dix-neuf études entre 1966 et 2004 ;
la méthode d’analyse (régression logistique hiérarchique) choisie n'est pas utilisée habituellement dans ce type de travail. Si on utilise deux méthodes habituelles (variance inverse de Wolfe et Mantel Haenszel), les suppléments devitamine E ne sont plus associés à une mortalité accrue ;
les études utilisées portaient sur des personnes en très mauvaise santé. Les conclusions ne peuvent pas être extrapolées à la population en bonne santé.
Le tableau ci-dessous présente les aliments possédant la plus importante teneur en vitamine E. Les valeurs sont indiquées en mg devitamine E pour 100 g d'aliment (pour rappel, 1 mg = 1,49 UI).