La villa occupait probablement le centre d'un immensedomaine couvrant les environs. Elle semble avoir gardé cette fonction durant 150 ans, ou moins, pour ensuite devenir le centre du village de Platia, dont le nom dérive depalatium (palais). Elle a été endommagée sous la domination desVandales et desWisigoths, mais est restée habitée, au moins partiellement, durant les époques byzantine et arabe. Couverte par un glissement de terrain auXIIe siècle, elle est abandonnée et les habitants du village s'installent àPiazza Armerina[1]. Il semble qu'un habitat rural, souvent modifié, ait persisté à l'emplacement de la villa disparue, d'où le nom deCasale (« groupe de maisons rurales », « hameau ») que porte le site.
Longtemps attribuée àMaximien Hercule, collègue deDioclétien dans laTétrarchie, il est aujourd'hui admis que son commanditaire était probablement membre du Sénat et peut-être même de la famille impériale, mais son nom reste inconnu. Le propriétaire pourrait avoir été Lucius Aradius Valerius Proculus, gouverneur de la Sicile entre 327 et 331, puis consul en 340. Les jeux qu'il avait organisés à Rome en 320, alors qu'il étaitpréteur, avaient été spectaculaires et étaient restés fameux : il se peut que les scènes particulièrement réalistes de la Grande Chasse aient été inspirées par cet événement. Un autre propriétaire de la villa, vraisemblablementNicomaque Flavien[2], y fit réaliser une seconde campagne de travaux, entre 380 et 400 environ, caractérisée par le déploiement de nouvelles mosaïques, notamment celle qui représente une course de chars auCircus maximus et celles qui glorifient Orphée, Arion ou encore Hercule.
La villa ne comporte qu'un rez-de-chaussée mais adopte le relief du terrain sur trois niveaux différents. Les pièces sont organisées autour dupéristyle.
Lesthermes étaient alimentés en eau par unaqueduc et chauffés par le moyen de l'hypocauste, système de chauffage situé en dessous de la pièce, de façon à assurer une température d'environ 30 degrés. Le baigneur commençait par des bains de vapeur dans lecaldarium, salle chaude équipée d'un hypocauste en sous-sol et dont l'air était chauffé par un foyer. Il passait dans le bain à température moyenne, outepidarium, avant d'entrer dans la salle des onctions, l'unctuarium, où il pouvait se faire masser : une mosaïque dépeint cette pratique grecque qui utilisait lestrigile. Il parvenait ensuite aufrigidarium, oucella frigidaria, pièce non chauffée équipée d'un bassin pour le bain froid, de plan circulaire et décorée d'une mosaïque représentant une scène marine. Après quoi, il se rendait dans lapiscine pour lanatation.
Des mosaïques ornent le sol des différentes salles. Elles consistent soit en médaillons, comme dans la chambre des maîtres (sujets amoureux) ou dans le couloir entourant le péristyle (têtes d'animaux), soit en de grandes compositions narratives pouvant couvrir plusieurs dizaines de mètres carrés et représentant des épisodes mythologiques et des scènes de chasse. Elles peuvent aussi présenter des groupes de personnages participant à une même activité (jeunes femmes sportives) ou appartenant à une même famille.
Salle de la Petite Chasse : différents épisodes d'une partie de chasse, commençant par le départ des chasseurs avec leurs chiens, l'invocation àDiane, la capture de lièvres, un banquet au centre et un épisode sanglant avec un sanglier[5].
Salle desAmours pêcheurs : amours en train de pêcher avec divers instruments.
Chambre des jeunes filles enbikini : neuf jeunes filles (de l'une ne subsistent que les jambes nues) portant un bandeau autour des seins et une petite culotte (tenue féminine d'athlétisme et non de bain, pour lequel la nudité semble avoir été de rigueur) s'exercent à diverses activités sportives (saut avec haltères, lancer du disque, course, jeu de balle...) ; la gagnante est récompensée par l'arbitre, dixième jeune fille drapée de l'himation[6].
Henri-IrénéeMarrou, « Sur deux mosaïques de la villa romaine de Piazza Armerina »,Publications de l'école française de Rome,vol. 35,no 1,,p. 253–295(lire en ligne)
Brigitte Steger,Piazza Armerina. La villa romaine du Casale en Sicile, Paris, Picard,, 253 p.(ISBN978-2-7084-1026-8)