Pour les articles homonymes, voirvilla (homonymie).

Le motlatinvilla désigne un domaine foncier comportant des bâtiments d'exploitation et d'habitation. À l'époque romaine, unevilla était un règlement rural formé par un bâtiment résidentiel principal et une série de bâtiments secondaires. Son origine est romaine et constituait alors le centre depuis lequel on administrait une exploitation agricole. Il a postérieurement perdu ses fonctions agricoles et a été réduit à son activité résidentielle. Avec la consolidation de la grande propriété pendant l'Empire romain, lavilla s'est transformée en centre des grandes exploitations agricoles.
Lavilla rustica, prise dans le sens du noyau d'unlatifundium, a eu une influence structurante sur l'aménagement du territoire.
À partir duIer siècle, la grande propriété territoriale a été divisée entre le secteur directement exploité par le maître (dominus) et celui cédé à des colons locataires. Lesvillae urbaines se sont transformées en centres du pouvoir administratif des maîtres. Ainsi apparaissent les formes de vassalité propres au féodalisme duIVe siècle.
Le terme françaisvilla désignant une maison cossue dans un lieu de villégiature ou éventuellement une habitation individuelle de qualité située en banlieue, est un emprunt tardif à l'italien auXVIIIe siècle[1].
Le latinvilla (rustica) a donné l'ancien françaisvile,ville d'où le françaisville (prononcé [vilə] enancien français) au sens tout d'abord de « domaine rural », attesté essentiellement dans les formationstoponymiques médiévales en-ville, puis dès leXe siècle au sens de « réunion de maisons habitées disposées par rue », et « village »[2]. En revanche, le dérivévillage n'est mentionné que tardivement[3].
Le motvilain « paysan libre du Moyen Âge » est attesté au début duXIIe siècle[4] et procède d'un latin tardifvillanus (gallo-romanVILLANU) « habitant d'un village astreint à certains services », mais qui a évolué sémantiquement. Laville proprement dite est traduite parbourg oucité, ce n'est qu'à la fin duMoyen Âge que le terme prend définitivement le sens qu'on lui connaît aujourd'hui.
Les toponymes en-ville sont sans rapport avec la période de l'Empire romain, sauf, peut-être, à de très rares exceptions, mais qui ne sont validées par aucune attestation de cette époque. Ils correspondent pour l'essentiel à des formations médiévales, dont les plus précoces remonte vers leVIIe siècle, essentiellement sur la base d'anthroponymesgermaniques (et scandinaves en Normandie) jusqu’au tout début duXIIe siècle[5].

On distingue, à l'époque romaine, lavilla rustica (villa rustique) de lavilla urbana (villa urbaine ou suburbaine). Les villas sont donc deshabitations romaines situées hors de la ville[6]. Pour Xavier Lafon, la villa est une construction privée qui abrite des activités agricoles, mais pas de façon systématique, et comprend un logement d'un certain confort pour le propriétaire[6] : ainsi la villa se différencie de la simplechaumière (en latin : « tugurium ») et descabanes dispersées dans l'espace rural[6].
Les habitations des villes sont désignées par d'autres mots comme « palais » (pour les souverains), « domus » (pour les plus riches[7]), « insulae » (pour les plus modestes).


On insiste désormais plus sur la diversité des exploitations, la définition même de la villa pouvant poser des problèmes tant au niveau supérieur — comment différencier une très grande villa d'une petite agglomération secondaire — qu'au niveau inférieur — à quel moment passe-t-on de la villa modeste à la ferme indigène aménagée ? D'après l'INRAP,« certaines villae, étendues sur plusieurs milliers de mètres carrés, s’apparentent à de véritables palais (villa urbana). D’autres, très modestes, ne comportent que quelques bâtiments[7]. »

D'autre part, le mot « villa » est empreint d'ambiguïtés liées à certaines appellations abusives : par exemple, lavilla d'Hadrien (Tivoli) et lavilla Jovis (Capri), bien que situées à la campagne, s'apparentent davantage, par leur monumentalité, à despalais impériaux plus qu'à des villas. Ensuite, l'expression latine « villa urbana » traduite en français par « villa urbaine » suggère qu'elle se trouve dans l'espace urbain, ce qui n'est pas le cas. Si l'on en croitVarron[10], les Romains eux-mêmes n'étaient pas tous d'accord sur la définition du mot « villa » qui était employé pour décrire des bâtiments très divers[6].
Enfin, le mot « villa » change de sens selon les aires géographiques et surtout selon les époques[8] : les villas gallo-romaines ont leurs spécificités. Selon l'INRAP[7], enGaule romaine,« le mot latinvilla désigne un domaine foncier comportant à la fois des bâtiments d'exploitation et d'habitation. C’est en quelque sorte une grande ferme, située au cœur d’un domaine cultivé, qui appartient généralement à de riches propriétaires fonciers ». La villa mérovingienne puis carolingienne est undomaine rural médiéval ayant une unité juridico-économique, dont l'architecture et l'organisation sont différentes de celles de la villa romaine.
Xavier Lafon insiste sur le fait qu'« une surinterprétation des données textuelles et surtout une utilisation abusive des adjectifs commeurbana,rustica, etc., rendent les comparaisons difficiles d'une région à l'autre et aujourd'hui on préfère utiliser, avec un vocabulaire contemporain, des classements tenant compte principalement des surfaces occupées par les différents bâtiments[6]. » Il distingue ainsi deux types principaux de villa : la villa de type groupé (bâtiments regroupés autour d'une cour) et la villa de type dispersé (bâtiments éparpillés dans l'espace rural, parfois reliés par desportiques)[6].
Lesrecherches archéologiques[Lesquelles ?]récentes[Quand ?] ont révélé un large spectre de situations très diverses : il est possible de dresser une typologie complexe des villages et il faut prendre en compte à leurs côtés de nombreuses exploitations agricoles plus simples mais nombreuses et qui ne leur sont pas nécessairement subordonnées. Ainsi une étude desvillae autour d'Augustonemetum (actuelleClermont-Ferrand) en territoirearverne révèle à côté de 134villae (type A et B), 156 sites ne témoignant pas des aménagements esthétique ou luxueux qui permettent de parler de villa[11].
Le terme de « villa » apparaît relativement tôt en latin : on connaît une « villa publica » située près de Rome dès leVe siècle av. J.-C.[8] Si les grandesvillae apparaissent de manière relativement précoce, les deux premiers siècles du haut-empire voient le réseau des établissements ruraux se densifier, un maximum étant atteint auIIe siècle de notre ère, la période suivante témoignant le plus souvent d'une baisse dans le nombre d'établissements. La moyenne vallée de l'Hérault illustre bien cette dynamique. Les prospections révèlent une première densification des sites agricoles auIer siècle av. J.-C., s'ajoutant à une occupation assez lâche. Le nombre maximal de nouvelles implantations se trouve dans la première moitié duIer siècle, il est complété par une dernière vague de création de sites entre 50 et 100.
À partir de la seconde moitié duIIe siècle, le nombre d'exploitations révélées par les prospection diminue. « À la fin duIIIe siècle, seuls subsistent moins de 40 % des établissements qui étaient occupés aux alentours des années 100[12] ». Les causes de cette évolution assez générales sont discutées : conséquences de changements économiques ? d'une concentration de la propriété foncière ? ou conséquences d'un changement démographique (on se situe après lapeste antonine) ? Il faut prendre garde aussi à ne pas masquer des évolutions locales et régionales parfois très diverses derrière un constat très général.
La villa romaine ne peut donc pas résumer à elle seule l'évolution et la romanisation des campagnes des provinces de l'empire. Elles n'en restent pas moins un élément significatif qui ne doit pas nécessairement être vu comme le signe d'une rupture avec l'époque antérieure.
Ainsi « lesvillae gallo-romaines de la plaine de la Limagne ne résultent bien souvent que d’un habillage “à la romaine” de structures préexistantes appartenant à l’élite arverne[11]. » Elles témoignent aussi de l'intégration des territoires ruraux dans un cadre social et économique transformé.
Si lesvillae ne se répartissent pas de manière préférentielle sur certains terroirs et ne se trouvent pas qu'à proximité des centres urbains, l'analyse spatiale des réseaux de villa met souvent en évidence l'importance de la proximité avec un axe de communication routier ou fluvial. Les propriétaires devaient par ailleurs contribuer à l'entretien des routes. La grande villa de Tourmont dans le Jura peut constituer un exemple de cette proximité entre villa et route, située sur la voie Lyon-Strasbourg, elle se trouve entre l'emplacement de deuxbornes milliaires[13]. Cette constatation archéologique recoupe les indications des autres sources historiques.Varron précisait que la proximité avec une route praticable ou avec une voie navigable augmentait la valeur d'une terre[14].

Lavilla urbana est un lieu de séjour d'agrément à la campagne doté d'un aménagement de qualité et même de luxe, comme en témoignent les correspondances deCicéron ou dePline le Jeune : mobilier de prix, mosaïques, marbres, piscine, gloriette et pièces dédiées à un point de vue esthétique sur le paysage, jardins et bassins, autant de manière d'aménager à la campagne un lieu qui combine le confort de la vie urbaine et le charme d'une nature domestiquée, idéal de la civilisation antique.
Au sens strict, lesuburbium débute dès que l’on a franchi la muraille urbaine et la bande dupomerium[8]. Les villas suburbaines sont construites en dehors de la ville, mais à proximité de celle-ci, pour pouvoir pratiquer les activités politiques et économiques liées à la cité : c'est le cas par exemple de lavilla des Mystères et de lavilla de Diomède sur le site archéologique dePompéi, mais situées à l'extérieur des remparts. Les habitations aristocratiques qui se trouvent à l'intérieur des remparts sont désignées comme des maisons (domus) : par exemple, à Pompéi, lamaison du Faune, lamaison de Julia Félix, etc.
La villa suburbaine combine des pièces pour le maître et sa famille ainsi que des logements des esclaves et des ateliers.
Les villes dusuburbium romain abritaient une forte concentration de villas aristocratiques sur le littoral (villas maritimes de labaie de Naples), sur les sommets desmonts Albains (Castel Gandolfo,Tusculum, etc.) ou sur les pentes desmonts Sabins (Tivoli à proximité de laVilla d'Hadrien etPalestrina)[8].

Située en ville au milieu d'insulae, ladomus, parfois improprement désignée par l'expression « villa suburbaine », était réservée, par sa superficie, à une famille riche. Cette habitation se composait d'un à deux niveaux ; elle occupait pratiquement toute laparcelle de l'insula.
La première partie, sur la rue, était composée d'échoppes (tabernae) (2) (généralement louées à des artisans et marchands avec la pièce supérieure) encadrant levestibule d'entrée (fauces) (1). Le visiteur atteignait ensuite l'atrium (3), pièce à demi protégée par un toit. L'ouverture du toit permet à l'eau de pluie de remplir le bassin (impluvium) (4), élément central de l'atrium. De chaque côté sont distribuées les pièces de réception (salle de réunion outablinium (5), salon ouœcus, salle à manger (6) outriclinium) ainsi que les cuisines (9), et des chambres à coucher (cubicula) (8). La chapelle domestique (lararium oularaire) occupe un angle de l'atrium (7).
Au fond de la villa se trouvaient éventuellement des bains (l'habitude étant de se rendre auxthermes publics) et/ou un petit jardin (hortus) entouré d'une colonnade (11) et parfois décoré d'un bassin (12) ou d'une fontaine. À l'étage, de petites pièces de réception et des chambres.

Les premières villas maritimes apparaissent dès leIVe siècle av. J.-C. et sont des lieux de pouvoir, de culture et de production[9]. Elles permettent d'exploiter les ressources de la mer et un terroir plus ou moins étendu[9]. Elles sont aussi des lieux de plaisance : les villas maritimes se caractérisent par leur plan en longueur et le portique de la façade tourné vers la mer. Ouverte vers l'extérieur, la façade permettait de contempler laMéditerranée.
Sous laRépublique romaine, les villas maritimes se concentrent sur les rivages de trois régions d'Italie :Latium,Etrurie etCampanie[9]. Sous l'Empire, de nouvelles villas maritimes sont construites dans toute l'Italie, en particulier sur les rives des lacs deCôme, deGarde etBracciano[9].

LaVilla rustica (au pluriel :villae rusticae) est une villa romaine qui était consacrée aux travaux agricoles, située dans l'espace rural. Ce type d'exploitation agricole est apparu enItalie dans les derniers siècles de laRépublique romaine, puis s'est diffusé dans tout l’Empire romain. Les fouilles archéologiques en ont repéré des dizaines de milliers dans tout le monde romain antique[8].
On appellepars urbana oupraetorium, la partie d'unevilla rustica qui était réservée à la résidence du maître. Lapars urbana était donc au centre d'une entreprise agricole (mais pas nécessairement unlatifundium) et se composait généralement d'un bâtiment principal et d’unecour au centre. La maison principale était construite généralement dans un style classique. Elle pouvait être somptueusement aménagée.L'avant s'est subdivisé en tours d'affilage plus ou moins hautes et enportique.[pas clair] On y accédait par un portique conduisant à une cour intérieure. Lapars urbana pouvait disposer de bains chauffés ; il existait également un chauffage de plancher (hypocauste).
L'architecture despars rusticae est bien moins connue que celle des parties résidentielles,pars urbanae : d'une part, longtemps la partie agricole fut négligée par les fouilles plus soucieuses de retrouver de beaux objets que la trace d'un quotidien trivial et, d'autre part, les bâtiments qui la composent sont parfois moins bien conservés ou moins facilement identifiables.
La composition de lapars rustica est donc variable. Elle dépend en partie du type de cultures pratiquées : pressoirs (pour l'huile et le vin), celliers, greniers, étables, écuries, volières, ateliers de réparation, ateliers de céramique (amphores ettuiles), logement des esclaves sont quelques-uns des bâtiments que l'on peut s'attendre à retrouver. Lespressoirs sont assez souvent conservés en partie et facilement identifiables en raison des deux grandes pierres qui soutenaient l'axe du pressoir, appelées les jumelles, et qui sont souvent restées en place en raison de leur taille. Elles permettent ainsi d'identifier nombre d'huileries enAfrique romaine. La fouille minutieuse d'unepars rustica peut donc apporter des données considérables sur l'économie agricole romaine : ainsi la fouille de lavilla esclavagiste de Settefinestre, versCosa enÉtrurie, reste comme un modèle et une référence.
Les maîtres de maison (domini) de cesvillae rusticae sont souvent de riches propriétaires qui en confient l'administration et le bon fonctionnement à un intendant (vilicus) qui est un de leursaffranchis ou unesclave. Dans lesprovinces, lesvillae qui se trouvent autour des colonies appartiennent aux notables de la cité, parfois des vétérans, parfois des notables locaux romanisés. Les plus riches, tels lessénateurs et d'autres hauts personnages politiques, comme les membres de l'ordre équestre possédaient de nombreusesvillae rusticae, puisque leur position sociale dépendait en dernier lieu de leurcens, c'est-à-dire de leur patrimoine foncier. Soucieux de la mise en valeur de leur terre, ils n'en étaient pas moins attachés à un mode de vie fastueux et utilisaient leur villa comme de grandes maisons de campagne, souvent équipées luxueusement et servant au séjour d'été : il s'agit de lapars urbana. Compte tenu du mode de vie de ces grands personnages et du nombre de villas qu'ils possédaient, lapars urbana n'était pas très souvent occupée dans de nombreusesvillae, elle témoignait cependant, face à lapars rustica de la puissance du maître et de son arrivée toujours possible.
Ajoutés aux découvertes archéologiques, les textes des agronomes latins, commeCaton l'Ancien,Varron,Columelle ouPalladius nous permettent d'imaginer le fonctionnement de lapars rustica ; ils peuvent parfois être complétés par d'autres documents, comme des mosaïques détaillant les travaux des champs.
À la fin de l'époque républicaine, lesvillae rusticae basées sur une exploitation intensive et réfléchie du travail servile étaient capables d'une productivité forte et furent consacrées à des cultures spéculatives (vignes, oliviers) sur des superficies moyennes. Il faut les distinguer à cet égard dulatifundium, très grande exploitation et comprendre qu'aucune de ces formes d'exploitation agricole ne représenta l'ensemble des exploitations, ne serait-ce qu'en raison de la diversité géographique de l'Italie romaine. Lesvillae rusticae avaient aussi besoin de main-d'œuvre saisonnière que pouvaient fournir des exploitations individuelles voisines (petits propriétaires). Si l'évolution de l'économie romaine et du système esclavagiste romain reste un objet de débat chez les historiens, il semble que le système purement esclavagiste fut sérieusement concurrencé par la mise à ferme (lotissement de colons), système pratiqué parPline le Jeune. Les provinces ne connurent sans doute jamais une présence aussi forte de la villa rurale esclavagiste.
Lavilla d'Hadrien àTivoli n'est pas, à proprement parler, une villa, mais un palais impérial aux dimensions grandioses.
Lesvillae gallo-romaines de l'intérieur de la Gaule (hors de la périphérie méditerranéenne, soit, en gros, la province de Narbonnaise) ne sont pas des imitations strictes du modèle prévalant en Italie. Elles présentent une organisation spatiale héritée des fermes gauloises antérieures à la conquête, caractérisée par la dispersion des bâtiments autour d'une très vaste cour centrale (qui contraste avec le plan « ramassé » des fermes italiennes). Les différences de plan observées à l'intérieur de la Gaule suggèrent le développement d'écoles régionales.
En Gaule franque, le terme perdure dans la toponymie (cf. cartulaire de Saint-Cyprien) jusqu'à la fin de l'époque carolingienne.
Lesvillae oucurtis, mérovingiennes et carolingiennes, rappellent le modèle desvillae gallo-romaines de typelatifundiaire[16]. Elles serviront de matrice aux premières seigneuries ou fiefs locaux vivant en autarcie agricole et artisanale.
Lesvillae de Grande-Bretagne ressemblent à celles de la Gaule, avec toutefois des particularités propres à cette province.
Sur les autres projets Wikimedia :
| Traités d'architecture |
| |
|---|---|---|
| Appareils | ||
| Habitat | ||
| Lieux de divertissement | ||
| Religion | ||
| Activités commerciales | ||
| Transport | ||
| Architecture militaire | ||
| Monuments commémoratifs | ||
| Architecture funéraire | ||
Entitésterritoriales eturbanistiques | |
|---|---|
| Territoriales | |
| Urbanistiques | |
| Articles liés | |