Toute l'Angleterre, sauf à l'extrême sud-ouest et à l'extrême nord-ouest, ainsi que le sud et l'est de l'Écosse et les franges orientales dupays de Galles
Le vieil anglais n'est pas une langue uniforme. Son usage ayant couvert au minimum une période de 800 ans, il a évolué de manière considérable depuis les premières migrations desFrisons puis desSaxons, desJutes et desAngles vers le sud-est de l'Angleterre jusqu'à l'invasion normande de1066, à partir de laquelle la langue a subi des modifications très importantes. Tout au long de son existence, le vieil anglais a assimilé des éléments des langues avec lesquelles il a été en contact, lalangue celtique pour une faible part et les deux dialectesvieux norrois parlés par lesVikings qui occupaient et contrôlaient une large portion du nord et de l'est de l'Angleterre (leDanelaw).
Le vieil anglais est dans ses fondements unelangue germanique, ce qui est perceptible dans levocabulaire, lasyntaxe et lagrammaire. De manière plus précise, il appartient au groupe deslangues germaniques occidentales. Il présente une parenté plus proche avec le frison, raison pour laquelle la plupart des spécialistes le regroupent avec ce dernier dans un supra-groupe anglo-frison[1].
Comme les autres langues de cette famille, le vieil anglais possède cinqcas grammaticaux. En plus du singulier et du pluriel, il a des formes deduel, utilisées pour les groupes de deux objets. Il attribue ungenre à tous les noms, même à ceux qui désignent des objets inanimés : par exemple,sēo sunne (le Soleil) est féminin, alors quese mōna (la Lune) est masculin (comme en allemand modernedie Sonne etder Mond).
Une part importante de la population éduquée et cultivée (moines, clercs, etc.) connaissait lelatin, qui était à cette époque lalingua franca de l'Europe.
Il est parfois possible de dater approximativement l'entrée d'un mot latin dans le vieil anglais en se fondant sur les changements linguistiques qui ont suivi. Il y a eu au moins trois périodes notables durant lesquelles le latin a influencé la langue.
Cette influence s'est exercée dès le stade du proto-germanique avant que les Angles, Jutes et Saxons ne quittent le continent ou les îles orientales pour l'île de Bretagne. Cela explique pourquoi les langues germaniques occidentales ont un vocabulaire commun emprunté au latin, par exempletiġele / tiġule > anglais modernetile « tuile » (< latintegula cf. allemandZiegel) ;piper / pipor < anglaispepper « poivre » (< latinpiper cf. allemandPfeffer) ouwall / weall > anglais modernewall « mur, rempart » (< latinvallum cf. allemandWall)[2].
La seconde vague de latinisation a commencé lorsque les Anglo-Saxons se sont convertis auchristianisme et que les prêtres maîtrisant le latin sont devenus plus nombreux. Les nécessités de la liturgie, la symbolique chrétienne et l'absence fréquente de correspondant en langue germanique expliquent l'emprunt de termes commecandle « chandelle » (< latincandēla).
La troisième, et la plus importante de ces périodes, est une période de transition entre le vieil anglais et lemoyen anglais, où l'on note un rapide transfert de mots fondés sur le latin et de formes syntaxiquesromanes. Elle suit l'invasion normande de1066 et l'état de bilinguisme qui se développe dans les classes supérieures et moyennes de la société. Le vieil anglais est en concurrence avec l'anglo-normand, langue romane qui s'éteint après avoir laissé son empreinte sur le moyen anglais. Le vocabulaire de l'anglo-normand étant essentiellement d'origine latine, il est parfois difficile de déterminer si un mot d'origine latine est passé ou non par l'intermédiaire de cettelangue d'oïl.
La seule variation dialectale attestée du vieil anglais est d'ordre géographique. Son origine est inconnue : elle pourrait aussi bien être antérieure que postérieure à l'arrivée des Anglo-Saxons en Grande-Bretagne. Il est possible de distinguer quatre dialectes, qui correspondent aux quatre principaux royaumes anglo-saxons[3] :
Le mercien et le northumbrien sont couramment réunis sous l'appellation « anglien ».
Des quatre dialectes, le mieux attesté est de loin le saxon occidental. Il est principalement connu, d'une part, grâce aux traductions réalisées à la cour d'Alfred le Grand à la fin duIXe siècle, et d'autre part, grâce aux travaux du grammairienÆlfric, qui datent d'un siècle plus tard. Les linguistes parlent de « saxon occidental ancien »(Early West Saxon) pour décrire la langue de l'époque d'Alfred et de « saxon occidental tardif »(Late West Saxon) pour décrire celle de l'époque d'Ælfric[4]. Le saxon occidental tardif présente toutes les caractéristiques d'une langue littéraire standardisée, en particulier dans son orthographe, ce qui a conduit les philologues à le considérer comme la forme standard du vieil anglais, celle que décrivent la plupart des grammaires, bien que l'anglais moderne soit plutôt le descendant du dialecte mercien.
Bien que l'on ne sache pas exactement comment le vieil anglais se prononçait, la comparaison avec les autres langues germaniques ainsi que l’analyse de laprononciation actuelle de l’anglais permettent une reconstitution raisonnable de laphonologie de la langue.
Le vieil anglais possède septvoyelles simples attestées, chacune pouvant êtrebrève ou longue. Il pourrait toutefois exister deux voyelles supplémentaires. Ces voyelles sont réparties comme suit :
[ø] n’est pas attestée ensaxon occidental, le dialecte le mieux représenté, mais elle existe probablement dans d'autres dialectes ;
[ɪ] correspond à une des prononciations possibles dudigramme ⟨ie⟩ de l’ancien saxon occidental.
Le vieil anglais possède également desdiphtongues, écrites ⟨ea⟩, ⟨eo⟩ et ⟨ie⟩. La prononciation exacte de ces digrammes est l'un des points les plus débattus de la phonologie du vieil anglais[5]. La vision traditionnelle postule l'existence de diphtongues brèves (monomoriques) et longues (bimoriques) :
⟨ea⟩ représente/æɑ/ ou/æːɑ/ ;
⟨eo⟩ représente/eo/ ou/eːo/ ;
⟨ie⟩ représente/ie/ ou/iːe/.
Les linguistes qui rejettent cette classification soulignent qu'il est extrêmement rare d'avoir un contraste entre diphtongues longues et brèves, et qu'un tel contraste n'existe ni enanglais moderne, ni dans les reconstitutions duproto-germanique, ce qui rend son existence au stade du vieil anglais peu plausible[6].
Les sons qui figurent entre parenthèses ne sont pas desphonèmes, mais desallophones, c'est-à-dire des réalisations spécifiques de phonèmes en fonction de leur contexte :
L'alphabet latin, plus adapté à l'écriture de longs textes sur parchemin, est introduit enNorthumbrie depuis l'Irlande en même temps que lechristianisme. Les scribes ont recours à des caractères supplémentaires pour transcrire les sons spécifiques au vieil anglais. Deux de ces caractères sont dérivés de runes du futhorc : il s'agit duwynn ⟨ƿ⟩ pour le son /w/ et duthorn ⟨þ⟩ pour le son /θ/. Deux autres, l'ash ⟨æ⟩ pour le son /æ/ et l'eth ⟨ð⟩ pour le son /θ/, sont dérivés de lettres latines. Les lettres ⟨þ⟩ et ⟨ð⟩ sont employées de manière indifférente pour transcrire le son /θ/ et son allophone /ð/. Certaines lettres insulaires possèdent des tracés qui diffèrent significativement de l'alphabet latin moderne :⟨ꝼ⟩ pour ⟨f⟩,⟨ᵹ⟩ pour ⟨g⟩,⟨ꞃ⟩ pour ⟨r⟩ et⟨ꞅ⟩ pour ⟨s⟩.
Dans les éditions modernes de textes rédigés en vieil anglais, ces lettres sont modernisées, à l'exception de ⟨æ⟩, ⟨þ⟩ et ⟨ð⟩. Des diacritiques sont également ajoutés en guise d'aide à la prononciation : unmacron est ajouté sur les voyelles longues et unpoint suscrit au-dessus du ⟨c⟩ lorsqu'il est prononcé /tʃ/ et du ⟨g⟩ lorsqu'il est prononcé /j/ ou /dʒ/.
Lapalatalisation du/k/ en/tʃ/ se produit dans certains contextes, principalement devant les voyelles ⟨e⟩ et ⟨i⟩. Le ⟨c⟩ palatalisé est écrit ⟨ċ⟩ dans les éditions modernes.
Ce phonème est réalisé[ð] entre deux voyelles ouconsonnes sonores. La lettre ⟨ð⟩, longtemps interchangeable avec ⟨þ⟩, est plutôt utilisée en milieu ou fin de mot à partir de l'époque d'Alfred le Grand.
La nature exacte de cette diphtongue est discutée, notamment dans sa forme courte/æɑ/. Ce digramme transcrit parfois les sons/æ/,/æː/ ou/ɑ/ après ⟨ċ⟩ ou ⟨ġ⟩.
Lapalatalisation du/g/ en/j/ se produit dans certains contextes, principalement devant les voyelles ⟨e⟩ et ⟨i⟩. Le ⟨g⟩ palatalisé est écrit ⟨ġ⟩ dans les éditions modernes. Les deux phonèmes possèdent desallophones :
La nature exacte de cette diphtongue est discutée, notamment dans sa forme courte/iy/. Ce digramme représente parfois les sons/e/ ou/eː/ après ⟨ċ⟩ ou ⟨ġ⟩.
Systématiquement prononcé/sk/ à l'origine[8], cette prononciation n’est restée que dans le cas où ⟨sc⟩ précède unevoyelle postérieure ou bien suit une voyelle postérieure, en position finale.
Ce phonème est réalisé[ð] entre deux voyelles ouconsonnes sonores. La lettre ⟨þ⟩, longtemps interchangeable avec ⟨ð⟩, est plutôt utilisée en début de mot à partir de l'époque d'Alfred le Grand.
Le genre grammatical correspond parfois au genre naturel, mais ce n'est pas systématique : les nomswīfmann etwīf, qui signifient tous deux « femme », sont respectivement masculin et neutre. Le genre grammatical d'un nom peut parfois être déduit de sa forme (ainsi, les noms en-dōm sont masculins), mais la plupart du temps, il faut s'appuyer sur le déterminant qui accompagne le nom pour en déterminer le genre.
La majeure partie des noms se répartissent en deuxclasses, les noms forts et les noms faibles. Il existe quelques autres déclinaisons, souvent qualifiées de mineures, qui comprennent chacune un faible nombre de noms courants.
La déclinaison en-an des noms faibles est à l'origine du pluriel en-en d'un petit nombre de mots anglais modernes :oxen « bœufs »,children « enfants »,brethren « frères ».
L'adjectif s'accorde en genre, nombre et cas avec le nom qu'il qualifie. Il peut être décliné de manière forte ou faible selon son utilisation : en position d'épithète, il suit la déclinaison faible, tandis qu'en position d'attribut, il suit la déclinaison forte.
Lecomparatif est construit avec le suffixe-ra et suit la déclinaison faible, tandis que lesuperlatif est construit avec le suffixe-ost et suit la déclinaison faible ou forte.
Comme les noms, lespronoms s'accordent en genre, en nombre et en cas. Les pronoms personnels présentent un troisième nombre, leduel, utilisé avec des verbes conjugués au pluriel.
Les deuxpronoms démonstratifs sontse, qui sert également d'article défini, etþes « ceci ». Ils sont à l'origine de l'anglais modernethe etthis respectivement.
Les verbes se répartissent en deux grandes classes, les verbes faibles et les verbes forts, qui se distinguent dans la manière de former le prétérit et le participe passé. Les verbes forts modifient la voyelle de leur radical, tandis que les verbes faibles emploient un suffixe comprenant uneconsonne dentale. Cette distinction persiste en anglais moderne, où les verbes irréguliers correspondent à des verbes forts vieil-anglais. Ces grandes classes sont subdivisées en plusieurs sous-classes (sept pour les verbes forts, trois pour les faibles).
Il existe une classe supplémentaire qui se distingue des verbes forts et faibles, les verbes « présent-prétérit », qui sont à l'origine desauxiliaires modaux de l'anglais moderne.
Certains verbes sont complètement irréguliers, commebēon / wesan « être »,dōn « faire »,gān « aller » etwillan « vouloir ».
L'ordre des éléments de la phrase en vieil anglais est plus varié qu'en anglais moderne, sans être totalement libre. En règle générale, lespropositions indépendantes suivent l'ordre sujet-verbe, tandis que les propositions subordonnées repoussent le verbe à la fin. Néanmoins, il est possible de trouver des contre-exemples à ces deux cas.
Les propositions indépendantes qui commencent par certains adverbes commeþa « alors »,þonne « alors »,nu « à présent » etswa « ainsi », tendent à suivre un ordreV2, où le verbe suit immédiatement l'adverbe et précède le sujet. La même chose peut se produire avec un élémentthématisé en début de phrase.