Vidiadhar Surajprasad Naipaul nait àTrinidad dans une famille d'ascendancehindoue. Ses grands-parents venus d’Uttar Pradesh au nord de l’Inde avaient débarqué sur cette île antillaise en 1880 afin de remplacer, dans les plantations, les esclaves noirs affranchis à partir de 1834[2]. Son père est un reporter connu auGuardian de Trinidad, le journal local de l'île.
Brillant élève, Vidiadhar Surajprasad Naipaul bénéficie alors d'unebourse d'études pour étudier enAngleterre. Il part à l'âge de 18 ans pourOxford suivre des études littéraires. C’est son premier grand voyage : 7 000 kilomètres, celui qui lui donne goût durant toute sa vie de sillonner la planète, notamment l’Inde, l’Afrique et l’Asie. Naturalisé en Angleterre en 1952, Il obtient l'année suivante une licence de lettres auUniversity College d'Oxford puis devient journaliste, collaborant avec plusieurs magazines. Il assure également une chronique littéraire pour laBBC et dirige le programmeVoix de la Caraïbe. À Oxford, ville qu'il trouve ennuyeuse, il rencontre néanmoins celle qui sera sa première épouse et fidèle dactylographe, Patricia Hale. Tous deux rateront, à leur déception, la mention "très bien" à leur diplôme en 1953, ce qui n'empêchera pas son professeur d'anglais,J. R. R. Tolkien, de le considérer comme le meilleur en sa matière[3].
Il se consacre ensuite à l'écriture deromans et denouvelles, mais publie aussi des récits documentaires.
Ses premiers romans se déroulent auxAntilles.Le Masseur mystique (The Mystic Masseur,1957) etThe Suffrage of Elvira (1958) qui ont pour cadre laTrinidad, exposent les ravages causés par des politiciens locaux incultes et cyniques[2]. Le recueil de nouvellesMiguel Street (1959) révèle son talent d'humoriste et de peintre du quotidien dans une série de vignettes inspirées deRue de la sardine deJohn Steinbeck. Il met en scène plusieurs habitants d'un quartier populaire dePort-d'Espagne, illuminés, rusés, attachants ou hauts en couleur mais aliénés par la pensée coloniale[2]. Naipaul connaît ensuite un énorme succès avecUne maison pour Monsieur Biswas (A House for Mr. Biswas,1961), roman biographique inspiré par la figure de son père. DansLa Traversée du milieu (The Middle Passage,1962), il livre plusieurs brefs aperçus des sociétés postcoloniales britannique, française et néerlandaise auxCaraïbes et de leur dérive vers uneaméricanisation galopante.
DansGuérilleros (Guerillas,1975), décrit parJ.-M. Le Clézio comme « drame psychologique » et « politique » qui « envoûte et emplit d'horreur », Naipaul dresse un portrait sans concessions d'une société caribéenne (la Jamaïque ?) post-indépendance, prenant — dès l'exergue du livre — ses distances avec les velléités révolutionnaires. L'un des personnages du roman se réfère clairement àMichael X(en), militantBlack Power qui vécut au Royaume-Uni, participa à la fondation du désormais célèbrecarnaval de Notting Hill et fut soutenu, entre autres, parYoko Ono. Dans sa critique (très positive) du livre, le journalistePaul Theroux, duNew York Times, comparera aussi l'héroïne — en la moquant — à l'activiste américaine d'extrême-gauchePatricia Hearst[4]. SuitÀ la courbe du fleuve (A Bend in the River,1979), comparé à l'époque par certains critiques auCœur des ténèbres (Heart of Darkness) deJoseph Conrad[5].
L'auteur relate ensuite ses impressions de voyage enInde dansL'Inde : un million de révoltes (India: A Million Mutinies Now,1990) et livre une analyse critique et désabusée de l'intégrisme musulman dans les pays comme l'Indonésie, l'Iran, laMalaisie et lePakistan dansCrépuscule sur l'Islam (Among the Believers,1981) puisJusqu'au bout de la foi (Beyond Belief,1998).
Son romanL'Énigme de l'arrivée (The Enigma of Arrival,1987) et son recueil de nouvellesUn chemin dans le monde (A Way in the World,1994) sont largement autobiographiques. Dans le premier, Naipaul relate avec le souci d'unanthropologue le déclin puis l'anéantissement d'un domaine du sud de l'Angleterre et de son propriétaire : événement qui reflète l'effondrement de la culture colonialiste dominante dans les sociétés européennes. Le second évoque le mélange des traditions antillaise et indienne et de la culture occidentale que l'auteur découvrit lorsqu'il s'installa en Angleterre. Le recueilLetters Between a Father and Son (1999) replace dans un contexte intime la relation trouble avec son père Seepersad Naipaul, journaliste et auteur dePort-d'Espagne[2].
Les ouvrages de Naipaul soulignent les ravages de la corruption, morale et politique, et dufondamentalisme dans des pays anciennement sous tutelle coloniale[2]. De par leur tonalité pessimiste, ses livres ont pu être mal reçus par certainstiers-mondistes, qui accusaient leur auteur deconservatisme.Edward Saïd etDerek Walcott les ont même qualifiés de néo-colonialistes[6].Albert Memmi, au contraire, louait la lucidité de Naipaul face à l'emballement révolutionnaire[7]. Quant à l'auteur, il a affirmé s'en tenir à la seule rigueur de ses observations et à l'authenticité des témoignages recueillis, niant avoir des opinions politiques car« celles-ci sont préjudiciables. »[6]. Il a pourtant parlé de l'ancien premier ministreTony Blair comme d'un « pirate à la tête d'une révolution socialiste » qui a« détruit toute idée de civilisation enGrande-Bretagne », ayant laissé libre cours à une« insupportable culture de la plèbe. »[8].
En 2001, quelques mois après l'obtention de son prix Nobel de Littérature, Naipaul fut vivement critiqué parSalman Rushdie qui lui reprocha d'avoir manifesté son soutien auxnationalistes hindous lors d'actes de soulèvements populaires contre lesmusulmans indiens. Cette querelle se traduira par une profonde inimitié entre les deux écrivains.
DansThe World Is What It Is, une biographie due àPatrick French parue en 2008, il confie être« obsédé, misogyne, sadique, violent »[9]. Pendant 23 ans, il vit avec sa maitresse Margaret Gooding tout en restant marié à Patricia Hale, et fréquente, confie-t-il, assidument les prostituées. Après la mort de sa femme, en 1996, d'un cancer (à l'âge de 63 ans), il déclare:« On pourrait dire que je l’aituée. »[9]. Le lendemain des obsèques de Patricia, Naipaul rompt avec sa maîtresse Margaret, puis s'installe avec son nouvel amour, Nadira. Le couple se marie huit semaines plus tard, en présence de l’historienneAntonia Fraser et de l’écrivainHarold Pinter. En mai 2011, il tient, dans une interview, des propos jugésmisogynes :« Les femmes écrivains sont différentes [...] Je lis un extrait de texte et en un paragraphe ou deux, je sais si c'est de la main d'une femme ou non. Je pense que ce n'est pas à mon niveau », ajoutant qu'aucune femme, y comprisJane Austen, n'est réellement capable d'écrire, car toutes sont trop « sentimentales » et empêtrées dans leur condition[10],[11].
V. S. Naipaul est reconnaissable à son style singulier, alliant le réalisme documentaire à une vision satirique du monde contemporain. Il a aussi été rapproché de Joseph Conrad pour sa peinture de l'effondrement des empires coloniaux[12].
V. S. Naipaul a reçu plusieurs prix littéraires, dont lePrix Hawthornden en1964, leprix Booker en1971 et le T.S. Eliot Award for Creative Writing en1986.Docteurhonoris causa de plusieurs universités, il futanobli par la reineÉlisabeth en1990[13]. Il a obtenu en2001 leprix Nobel de littérature, « pour avoir mêlé narration perceptive et observation incorruptible dans des œuvres qui nous condamnent à voir la présence de l'histoire refoulée. »[12]. L’attribution de ce prix a suscité des controverses, certains l’ayant vue comme un double reniement: celui de l’auteur vis-à-vis de ses origines, et celui du comité Nobel par rapport à ses valeurs[14].
Publié en français sous le titreMr. Stone, traduit par Annie Saumont, Paris, Albin Michel, 1985 ; réédition, Paris, Seuil, Points. Romanno 588, 1993
The Mimic Men (1967)
Publié en français sous le titreLes Hommes de paille, traduit par Suzanne Mayoux, Christian Bourgois, 1981; réédition, Paris, Grasset, « Les Cahiers rouges », 2014
A Flag on the Island (1967)
Publié en français sous le titreUn drapeau sur l’île, traduit par Pauline Verdun, Paris, Gallimard, « Du monde entier », 1971 ; réédition, Paris, Gallimard, « L'Imaginaire »no 648, 2013
Publié en français sous le titreGuérilleros, traduit par Annie Saumont, Paris, Albin Michel, « Les Grandes Traductions », 1981 ; réédition dansŒuvres romanesques choisies, Paris, Robert Laffont, « Bouquins », 2009 ; réédition, Paris, Grasset, « Les Cahiers rouges », 2012
Publié en français sous le titreUn chemin dans le monde, traduit par Suzanne V. Mayoux, Paris, Plon, « Feux croisés » 1995 ; réédition, Paris, 10/18no 3348, 2001
The Middle Passage: Impressions of Five Societies – British, French and Dutch in the West Indies and South America (1962)
Publié en français sous le titreLa Traversée du milieu : aperçus de cinq sociétés, britanniques, françaises et hollandaises, aux Indes occidentales et en Amérique, traduit par Marc Cholodenko, Paris, Plon, « Feux croisés », 1994 ; réédition, Paris, 10/18.no 3068, 1999
The Overcrowded Barracoon and Other Articles (1972)
India: A Wounded Civilization (1977)
Publié en français sous le titreL’Inde brisée, traduit par Bernard Géniès, Paris, Christian Bourgois, 1989
A Congo Diary (1980)
The Return of Eva Perón and the Killings in Trinidad (1980)
Publié en français sous le titreLe Retour d'Eva Peron, traduit par Isabelle di Natale, Paris, 10/18no 2005, 1989
Among the Believers: An Islamic Journey (1981)
Publié en français sous le titreCrépuscule sur l’islam : voyage au pays des croyants, traduit par Natalie Zimmermann et Lorris Murail, Paris, Albin Michel, 1981 ; réédition, Paris, Grasset, « Les Cahiers rouges », 2011
Finding the Centre: Two Narratives (1984)
Publié en français sous le titreSacrifices, Paris, Albin Michel, 2001
A Turn in the South (1989)
Publié en français sous le titreUne virée dans le Sud, traduit par Béatrice Vierne, Paris, 10/18no 2301, 1992
India: A Million Mutinies Now (1990)
Publié en français sous le titreL’Inde : un million de révoltes, traduit par Béatrice Vierne, Paris, Plon, 1992 ; réédition, Paris, 10/18. Odysséesno 2521, 1994
Beyond Belief: Islamic Excursions among the Converted Peoples (1998)
(en)Biographie sur le site de lafondation Nobel (le bandeau sur la page comprend plusieurs liens relatifs à la remise du prix, dont un document rédigé par la personne lauréate — leNobel Lecture — qui détaille ses apports)