Véria (grec moderne :Βέροια / Véria, orthographes alternatives :Bérée,Béroia ouVéroia) est une ville deGrèce, enMacédoine-Centrale (35 000 hab.), capitale dudistrict régional d'Imathie, existant depuis l'Antiquité. Berceau de la dynastieantigonide, siège dukoinon des Macédoniens, c'est une ville florissante aux époques romaine et médiévale.
Véria tire son nom de Βέροια (Béroia ouBérée), fille d'Océan et deTéthys. C'est l'un descultes antiques rendus dans la ville. Citémacédonienne, Véria devientromaine en148 av. J.-C. tout en restant culturellementhellénique ; sous la domination romaine, elle se développe et de nouveaux marchés, théâtres, stades et thermes apparaissent.
Entre l'an 50 et 52 de l'ère chrétienne, durant son second voyageapostolique,Paul de Tarse passe par Véria (généralement rendu parBérée dans lestraductions françaises de la Bible), après avoir dû quitterThessalonique dans la précipitation, car certainsjuifs, agacés par sonprosélytisme, l'y accusaient de présenter leprophèteJésus de Nazareth en « roi », autre que l'empereur romain, ce qui était considéré par les Romains commeséditieux. Passant de Thessalonique à Véria en compagnie deSilas etTimothée d'Éphèse (Ac. 17 : 10-15), il prêche dans lasynagogue où son enseignement est bien reçu :« Beaucoup d’entre eux devinrent croyants ainsi que des femmes grecques de haut rang et des hommes en nombre appréciable » (Ac. 17 : 12).
Mais des juifs de Thessalonique l'y poursuivent, relancent lapolémique, et Paul doit quitter Véria et aller prendre la mer. Il y laisse cependant Silas et Timothée pour qu'ils y continuent le travail d'évangélisation (Ac. 17 : 14). De là Paul continue versAthènes. Un de ses collaborateurs, Sopatros, est originaire de Véria (Ac. 20 : 4).
En395, lesWisigoths ravagent Véria, avant de se diriger vers lePéloponnèse, l'Épire, puis laDalmatie et l'Italie. La cité subit un pillage, la population se réfugie sur les piémonts. Les Romains la reconstruisent et établissent une "préfecture prétorienne" (ὑπαρχία τῶν πραιτωρίων) d'Illyrie (Ἐπαρχότης Ἰλλυρικοῦ), qui subsiste après ladivision de l'Empire romain en cette même année 395.
En610, après deux siècles de paix, ce sont les tribusSlaves qui s'installent autour de Véria. Les autorités impériales, qui à ce moment sont aux prises avec lesPerses sassanides à l'est et lesAvars au nord, préfèrent engager ces Slaves comme des vassaux et des troupes auxiliaires en Grèce, plutôt que de les voir s'allier aux Avars comme c'était le cas sur leDanube. Petit-à-petit, ces nombreux Slaves établis autour de Véria et dans la ville même, s'hellénisent. L'empire romain d'orient (que nous appelons "byzantin") institue alors des "thèmes", préfectures à la fois civiles et militaires : la ville fait partie decelui de Thessalonique.
Au nord-ouest, l'Empire fait désormais face à un nouvel état qui regroupe lesSlaves, lesValaques et lesGrecs de l'intérieur des terres de la péninsule desBalkans : laBulgarie. Les fréquentes escarmouches et les guerres entre cet état et l'Empire, entretiennent une insécurité qui nuit à l'activité de la ville, qui change plusieurs fois de mains et se dépeuple. En1018, au terme d'une guerre longue et sanglante, l'empereurBasile II parvient à reconquérir la péninsule des Balkans en anéantissant la Bulgarie. Cela provoque de grands déplacements de populations, et notamment desValaques de Bulgarie qui se dispersent : une partie d'entre eux migre vers laTransylvanie où ils grossissent les rangs de ceux qui s'y trouvaient déjà[2], mais un grand nombre s'installe enThessalie qui est alors appelée la "Grande Valachie" (Μεγάλη Βλαχία) par les auteurs byzantins[3] et enMacédoine occidentale, où on en trouve encore, entre autres dans les villages autour de Véria. À leur tour, comme les Slaves auparavant, ces Valaquesromanophones vont s'helléniser au fil des siècles, Véria représentant un centre d'hellénisation par ses marchés, ses églises et ses écoles.
Encore deux siècles de paix relative, et ce sont cette fois les "Francs" (Φράγγοι- mot grec désignant lesOccidentaux catholiques) qui, lors de laquatrième croisade, s'emparent de Thessalonique : Véria se trouve alors annexée par leroyaume latin de Salonique créé au profit du magnat italienBoniface de Montferrat, déçu d'avoir du laisser àBaudouin de Flandre le trône de l'Empire latin de Constantinople. Les "Francs", ou "Latins", asservissent et maltraitent la population grecque et valaque,orthodoxe, qui se révolte : après 20 ans d'existence, le royaume des Montferrat s'effondre et la ville est libérée (du point de vue grec) par l'état grec d'Épire. En1261, l'Empire byzantin se reforme, mais il est désormais très affaibli et endetté. En1332, Véria est envahie et annexée parÉtienne Douchan, l'empereur des Serbes, qui ne la garde que huit ans, après quoi elle revient à l'Empire byzantin. La puissance de celui-ci n'est pourtant plus qu'un souvenir, et Véria, disputée entre l'Empire et lesboyardsserbes etbulgares deMacédoine, tombe aux mains desTurcs ottomans en1390. Dès lors, l'Empire grec est réduit à sa capitaleConstantinople, àMistra et à quelquesîles Égéennes. Quant à Véria, elle est intégrée à laprovince ottomane deRoumélie (Rum-Eli- mot turc signifiant "pays des Romains" : en effet les anciens citoyens byzantins, bien que de langue grecque, s'identifiaient toujours comme "Romains", en grecῬωμαίοι).
Maison traditionnelle de Véria (celle du rabbinromaniote Barboutas).
Comme les "Francs" avant eux, les Turcs mettent en place un système agricole (Timars) contraignant pour la population, qu'ils soumettent de surcroît à ladîme, à lacapitation (haraç) et audevchirmé (παιδομάζωμα : razzia des enfants, pour en faire desjanissaires). Véria n'est plus qu'un gros bourg, peuplé non seulement deGrecs et deTurcs, mais aussi deBulgares, deJuifs romaniotes et deValaques. Pour échapper aux taxes et au devchirmé, une partie de chaque communauté non-turque passe à l'islam : ce sont respectivement lesPomaques etTorbèches, lesAvdétis ou Dönmés et lesMégléniotes. On trouvait aussi jadis, autour de Véria, desSaracatsanes, bergers nomades désormais sédentarisés.
Les révoltes des chrétiens, fréquentes, sont réprimées dans le sang, et de nombreuses bandes d'insurgés se forment, mi-voleurs (κλέφτες:klephtes), mi-héros. Elles joueront un rôle non négligeable dans laguerre d'indépendance grecque au début duXIXe siècle, mais alors que leroyaume de Grèce est reconnu en1832, Véria devra attendre encore 80 ans pour lui être enfin rattachée, en1912, au terme de lapremière guerre balkanique.
Les musulmans vériotes commencent alors à émigrer vers la Turquie, tandis que des populations grecques venues de ce pays (lesMicrasiates), s'y installent. La ville se ré-hellénise et s'étend. Elle devient un prospère marché agricole début duXXe siècle et se trouvereliée par le rail àThessalonique (ligne à voie étroite desservantFlórina etKozani).