Pour l’article ayant un titre homophone, voirOuvéa.
| Uvea | |
Drapeau | |
L'île deWallis. | |
| Administration | |
|---|---|
| Pays | |
| Collectivité d'outre-mer | Wallis-et-Futuna |
| Districts | 3 |
| Chef-lieu | Mata Utu |
| Villages | 21 |
| Roi coutumier (Lavelua) Mandat | Patalione Kanimoa (reconnu) depuis 2016 |
| Premier ministre Mandat | Kalae Kivalu Mikael Halagahu depuis 2017 |
| Code postal | 98600 |
| Code INSEE | 98613 |
| Démographie | |
| Gentilé | ouvéen |
| Population | 8 333 hab.[1](2018) |
| Densité | 87 hab./km2 |
| Langues locales | Français,wallisien[Note 1] |
| Géographie | |
| Coordonnées | 13° 18′ sud, 176° 12′ ouest |
| Superficie | 96 km2 |
| Localisation | |
| modifier | |
Uvea (enwallisien :ʻUvea) est l'un des troisroyaumes coutumiers[Note 2] qui constituent lacollectivité d'outre-mer française deWallis-et-Futuna. Son territoire comprend la totalité de l'île de Wallis ainsi que les îlots qui l'entourent. Lepalais royal d'Uvea se situe auchef-lieu,Mata Utu. Son existence a été consacrée par le statut de Wallis-et-Futuna en 1961, lorsque leprotectorat de Wallis-et-Futuna est devenu un territoire d'outre-mer[2].
Uvea est localisé à 16 500 km deParis[3] et est situé enOcéanie éloignéepolynésienne (océan Pacifique occidental), entre laNouvelle-Calédonie etTahiti.
Le royaume coutumier comprend l'île principale (Wallis) et les différents îlots qui se situent à l'intérieur de sonlagon. Lazone économique exclusive de Wallis-et-Futuna, elle, est gérée par la France, bien que des interprétations conflictuelles existent entre l’État et les autorités coutumières depuis 2010 sur la souveraineté de cet espace maritime[4].
La population du royaume d'Uvea est de 8 333 habitants (en 2018)[5].
Lechef-lieu est le village deMata-Utu avec 1 029 habitants (en 2018). Il est le plus important de l'île, mais aussi de l'ensemble de la collectivité territoriale dont il est également le chef-lieu.
Le nom Uvea provient duwallisienʻUvea. Cette graphie inclut uncoup de glotte initial. Cette appellation se retrouve dans la plupart deslangues polynésiennes. En français, ce toponyme est transcrit par Uvea et parfois Uvéa (voire ʻUvéa[6]), mais jamais parOuvéa, parfait homophone, qui désigne une île deNouvelle-Calédonie ainsi nommée par des Wallisiens l'ayant peuplée auXVIIIe siècle[7]. Les descendants de ceux ci distinguent au besoin les deux îles homonymes par un qualificatif,'Uvea mamao, c'est-à-dire« Uvea au loin », pourWallis, et'Uvea lalo, c'est-à-dire« Uvea d'en bas », pourOuvéa[8]. Le même hommage a été rendu à la mère patrie par les colons deFutuna[9] explorantFutuna lalo[8].
Le capitaine britanniqueSamuel Wallis donne son nom à l'île lors de son passage en. Depuis, les habitants sont appelés Wallisiens. Certains auteurs préfèrent cependant le terme« Uvéen »[6]. En anglais, certains auteurs utilisentUvea pour parler de l'époque pré-européenne etWallis island pour désigner l'époque après le contact européen.
La date exacte du peuplement de 'Uvea (Wallis) fait débat. Daniel Frimigacci l'estime à 1300av. J.-C.[10], tandis que pour Christophe Sand, les premiers habitants n'ont pu arriver avant 850 et 800av. J.-C. à Wallis[11]. Ces premiers habitants appartiennent à la civilisationLapita; ils s'installent en bord de mer, avant d'aller explorer progressivement l'intérieur de l'île. Bernard Vienne et Daniel Frimigacci nomment cette période Utuleve, du nom du lieu initial où se fixent ces premiers habitants (cet endroit se trouve aujourd'hui sur le village de Vaimalau[10]). Plusieurs chefferies indépendantes apparaissent.
Le royaume de 'Uvea, avec une chefferie hiérarchisée, se met en place lors de la deuxième période, nomméeAtuvalu, qui va de l'an mil à 1400[12]. Les premiers « rois » (en wallisienhau) de 'Uvea apparaissent à cette époque. Il est difficile d'établir avec précision leur existence, mais ils sont très importants au niveau symbolique, car ils fondent la royauté wallisienne. Ces rois plus ou moins mythiques sont tous enterrés dans un même lieu, Atuvalu (ce qui signifie en wallisien « les huit [rois] alignés »)[13].
L'île d'Uvea est abordée en par le capitaine britanniqueSamuel Wallis, qui lui donne son nom. Le second européen à aborder l'île fut le capitaine Maurelle, à bord de laPrincesse, qui nomme l'île « Consolation »[14]. Par la suite, plusieurs marins (beachcombers) s'installent sur l'île à la suite du passage de navires baleiniers[15]. En, desméthodistes venus deNiuatoputapu tentent de convertir l'île au protestantisme, mais échouent et finissent massacrés par les hommes du laveluaSoane Patita Vaimua[16].
Ce n'est qu'en 1837 que la présence européenne se consolide avec l'arrivée de deuxpères maristes, dont lepère Bataillon qui convertit la population au catholicisme[réf. souhaitée].
Le père Bataillon comprend rapidement l'importance du pouvoir royal et rédige un Code de Wallis, promulgué en 1871 par la reine Amelia Tokagahahau, qui affirme le pouvoir suprême du lavelua. Ce code fixe également par écrit la composition de la chefferie (six ministres, ainsi que trois chefs de districts et 21 chefs de village, tous nommés par le roi) et entérine la religion catholique comme religion officielle. Pierre Bataillon installe donc une véritablethéocratie missionnaire[17]. Ce code est néanmoins assez vite oublié : la configuration de la royauté wallisienne est perçue par la population comme ancestrale, alors même qu'elle avait auparavant évolué dans le temps au gré des guerres entre les différents clans et familles royales (correspondant également à des conflits entre le nord, le centre et le sud de l'île)[16].
Le royaume d'Uvea à Wallis signe un traité de protectorat avec laFrance (demandé par la reineAmelia Tokagahahau Aliki dès, sous l’impulsion des missionnaires maristes, et ratifié en). Le, leprotectorat de Wallis-et-Futuna est créé : pour la première fois, Wallis et Futuna sont rassemblées dans une même entité politique. Un résident de France dirige le protectorat, mais doit composer avec la puissante mission catholique et avec la chefferie qui conserve son pouvoir coutumier sur la population wallisienne[18].
Leprotectorat de Wallis-et-Futuna devient un territoire d'outre-mer (TOM) en1961 après un référendum en avec les royaumes d'Alo etSigave[14].
« La République garantit aux populations du territoire des îles Wallis-et-Futuna le libre exercice de leur religion, ainsi que le respect de leurs croyances et de leurs coutumes en tant qu’elles ne sont pas contraires aux principes généraux du droit et aux dispositions de la présente loi »
Pour Sophie Chave-Dartoen, la formulation« respect de [...] leurs coutumes » fait référence à l'ensemble de la chefferie et des rois, sans plus de précision. Cela devait laisser place à un transfert progressif des pouvoirs coutumiers vers l'assemblée territoriale et un appareil administratif conséquent. Cependant, la loi de 1961 n'a pas changé et ce transfert de compétences ne s'est pas réalisé[19].
Après la révision constitutionnelle du, l'archipel est censé entrer dans la nouvelle catégorie descollectivités d'outre-mer à statut particulier, mais le régime de1961 ne change pas en raison de l'opposition de l'Assemblée territoriale des îles Wallis et Futuna.
En, une crise politique éclate quand le petit-fils du roiTomasi Kulimoetoke II (en place depuis 46 ans) est condamné pourhomicide involontaire après avoir tué un motocycliste en conduisant en état d'ivresse. Le petit-fils se réfugie aupalais royal pour se protéger des gendarmes. Ce choix divise les familles aristocratiques, partagées entre soutien coutumier et loyauté envers la puissance tutélaire française. Deux camps apparaissent : les partisans du roi d'un côté, et de l'autre les « rénovateurs » qui souhaitent une évolution de la coutume. Pour Frédéric Angleviel, la famille Kulimoetoke, dont sont issus de nombreux membres de la grande chefferie, refuse d'abandonner le pouvoir après tant d'années[20].
Les rénovateurs, initialement soutenus par le préfet Christian Job, décident d'introniser un nouveau roi[21]. Le préfet reconnaît la nouvelle chefferie et décide de ne plus verser l'indemnité de 5 500 euros due par l'État français à Tomasi Kulimoetoke et à ses ministres[22]. En réponse, les partisans du roi occupent l'aéroport de Hihifo et édifient des barrages pour éviter l'arrivée de gendarmes depuis la Nouvelle-Calédonie. La situation s'arrange finalement grâce à l'intervention d'unmédiateur français qui reconnaît l'autorité du roi Tomasi Kulimoetoke et la cérémonie d'intronisation du roi rénovateur est alors annulée. Cette affaire laisse des traces et les tensions restent vives les années suivantes. Des palabres de réconciliation sont toujours en cours entre les deux chefferies rivales.
Le, le tribunal administratif de Mata'utu a annulé les décisions prises par le préfetXavier de Fürst (successeur de Christian Job) et condamné l'État français à verser des indemnités à la Circonscription territoriale d'Uvea et aux membres de la chefferie duLavelua. Le tribunal se base sur l'article 3 du statut de 1961 qui interdit l'ingérence de l'État français dans les affaires coutumières[23].
Le, Tomasi Kulimoetoke décède après 46 ans de règne. Les négociations débutent après le deuil coutumier de six mois ; finalement, c'est l'ancien premier ministre (Kivalu)Kapeliele Faupala qui est choisi pour devenir lavelua, malgré l'opposition de certains chefs coutumiers rénovateurs[24]. Décrit comme« un roi de transition »[25] et« très attaché à la tradition »[26], il est finalement destitué le après avoir renvoyé son premier ministre sans l'aval des familles royales ni de la chefferie[25].
S'ouvre alors une période d'interrègne : pendant un an et demi, le royaume d'Uvea, profondément divisé, n'a plus de roi.« Les blessures réciproques après le conflit de 2005 restent à vif »[27].
Une nouvelle crise provoque en l'intronisation de deux rois rivaux, Tominiko Halagahu (chef dudistrict nord) le par la Grande chefferie etPatalione Kanimoa (ancien président de l'Assemblée territoriale de Wallis-et-Futuna) le par la Nouvelle chefferie[28]. Le, l'État français reconnaît ce dernier[29]. Tominiko Halagahu dénonce une ingérence de la République française dans les affaires coutumières du royaume[30]. Le conflit entre les deux rois s'éternise et provoque des tensions. Deux administrations coutumières coexistent, chaque Lavelua investissant ses propres ministres et ses propres représentants dans les villages[31]. Les cérémonies religieuses se font également en double.
Les deux Lavelua sont toujours en fonction en, malgré des efforts de réconciliation[32].
Le roi d'Uvea (portant le titre deLavelua) est le chef de la hiérarchie coutumière. Il est assisté d'un premier ministre (Kalae kivalu) et de cinq ministres. Il nomme encore, sur proposition de la population, trois chefs de district (faipule) qui ont autorité sur les vingt et un chefs de village reconnus par la population. Les chefs de village, qui peuvent lever les corvées d'intérêt général, sont plébiscités ou destitués au cours d'assemblées générales de village (fono fakakolo) qui ont lieu le dimanche dans une case commune (fale fono).
Le roi dispose pour couvrir ses frais d'une dotation annuelle de la République qui indemnise aussi les ministres royaux et les chefs coutumiers de districts et de villages. En, cette dotation était de 5 500 euros[22].
Le roi a des pouvoirs importants mais toutefois assez décentralisés, le roi devant négocier avec les chefs de village et répondre aux demandes des'aliki qui l'élisent et dont l'autorité morale s'appuie aussi sur la population, tout en négociant avec le représentant de l'État pour obtenir les budgets de développement du territoire.

La chefferie wallisienne a été progressivement institutionnalisée par les missionnaires maristes arrivés à Wallis en. En, la reine Amelia Tokagahahau proclame leCode de Wallis, rédigé par l'évêquePierre Bataillon[2]. Ce code consacre dans la loi écrite le roi comme chef suprême sous l'autorité de Dieu. Le Lavelua nomme les chefs de district ainsi que les chefs de village[2]. Ce code fixe également la composition de la chefferie. Les ministres, au nombre de six, sont les suivants (le nombre et les différents titres ont très peu changé depuis la proclamation de ce code, mais les responsabilités de chacun ont évolué avec le temps)[2] :
La« grande chefferie » (en wallisienkau 'aliki lalahi) est ainsi constituée de ces six ministres ou conseillers, tandis que la« petite chefferie » (kau 'aliki likiliki) est constituée des vingt et un chefs de village. Tous ces responsables coutumiers portent des titres transmis de génération en génération, chaque position ayant été fondée par un ancêtre prestigieux. Cela n'est pas le cas des trois chefs de district[2].

Le royaume est divisé en 21 villages dirigés chacun par un chef (pule kolo), lesquels sont regroupés sur l'un des 3 districts gouvernés chacun par unfaipule nommé par le roi :
Ces villages n'ont pas le statut de commune et n'ont par conséquent pas de maires.
En, la population est de 8 333 habitants à Uvea[1].
La plupart des habitants sont d'origine polynésienne (97,3 %). On compte aussi quelques habitants d'origine européenne. La très grande majorité est de confessioncatholique[réf. souhaitée].
L'économie est essentiellement rurale, axée sur la pêche lagonaire artisanale et l'agriculture océanienne vivrière pour les besoins locaux. Le secteur public représente la majeure partie des emplois salariés[réf. nécessaire].
La circonscription d'Uvea porte les armes suivantes[33] :
| Blason | ||
|---|---|---|
| Détails | Utilisé sur le site des services de l'État et du Territoire de Wallis-et-Futuna. |
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