Dans la11e division ducimetière du Montparnasse, tombe restaurée en 2001 de Le Verrier surmontée d’un globe sur lequel figurent les signes du zodiaque. Elle fut érigée d'après les plans et dessins de l'architecteCharles Genuys.
Urbain Jean Joseph Le Verrier est né dans une famille bourgeoise modeste, de Louis-Baptiste Le Verrier, « surnuméraire dans l'administration des domaines » et de Marie-Jeanne-Joséphine-Pauline de Baudre[1]. Après huit ans d'études au collège communal de sa ville natale Saint-Lô, il entre aucollège royal de Caen où il étudiera lesmathématiques de 1827 à 1830. Son père qui croit en son avenir dans les sciences l'inscrit à l'Institution Mayer dirigée par le mathématicien Choquet et vend sa maison pour subvenir aux frais de cette école préparatoire. Il poursuit ses études aucollège Louis-le-Grand à Paris et est admis en 1831 à l'École polytechnique dont il sort deux ans après en étant classé huitième[2] comme ingénieur dans l'administration des tabacs. Il en démissionne en 1835 pour se consacrer à une carrière scientifique[3]. Il travaille d'abord au laboratoire dechimie deGay-Lussac et devient répétiteur en mathématiques et enseignant aucollège Stanislas[1].
Il demande en 1837 la place de répétiteur de chimie à l'École polytechnique mais celle-ci est attribuée àVictor Regnault. On lui offre en revanche une place de répétiteur de « géodésie,astronomie et machines », qu'il accepte et où il se spécialise en astronomie de position et enmécanique céleste. La même année, il épouse Lucile Marie Clotilde Choquet (fille de son ancien professeur), avec qui il aura trois enfants[1],[note 1]. En 1839, il présente à l'Académie des sciences son premier mémoire sur les variations séculaires desorbites des planètes (notamment d’Uranus,Alexis Bouvard ne parvenant pas à résoudre le problème des anomalies de cette planète). C'est d'ailleurs dans ce mémoire qu'on trouve la première description de l'algorithme de Faddeev-Le Verrier[4].
Après 11 mois de calculs, Le Verrier présente l'un de ses mémoires à l'Académie des sciences en 1846. Ce dernier se nommeSur la planète qui produit les anomalies observées dans le mouvement d'Uranus ; détermination de sa masse, de son orbite et de sa position actuelle[5].
Urbain Le Verrier devient membre de la section d'astronomie de l'Académie des sciences le et le de la même année membre-adjoint duBureau des longitudes[6].
Urbain Le Verrier devient célèbre lorsque la planète dont il a calculé les caractéristiques comme cause hypothétique des anomalies des mouvements d'Uranus, est effectivement observée par l'astronome allemandJohann Galle à l'observatoire de Berlin, dans la nuit du 23 au 24 septembre 1846. On baptiseraNeptune cette nouvelleplanète, malgré la proposition parFrançois Arago, sous le chantage de Le Verrier (une rumeur prétend qu'Arago a une liaison avec Madame Le Verrier[1]), qui fut faite de la baptiserLe Verrier auprès de l'Académie des sciences, alors que les Anglais proposentJanus ouOceanus.
La planète Uranus, découverte parWilliam Herschel en 1781, présentait en effet des irrégularités par rapport à l'orbite qu'elle aurait dû avoir suivant la loi de lagravitation universelle d'Isaac Newton. Le Verrier postule que ces irrégularités peuvent être provoquées par une autre planète, encore jamais observée. Encouragé parFrançois Arago, Le Verrier se lance en 1844 dans le calcul des caractéristiques de cette nouvelle planète (masse, orbite, position actuelle), dont il communiquera les résultats à l'Académie des Sciences le 31 août 1846.
Ces calculs seront confirmés (à peu de chose près) par Johann Galle, qui observa le nouvel astre le jour même où il reçut sa position à 5 degrés près par un courrier de Le Verrier[7]. Devant l'Académie des sciences, Arago prononcera la célèbre phrase : « M. Le Verrier vit le nouvel astre au bout de sa plume[8] ». LaRoyal Society lui décerne lamédaille Copleyla même année avec pour éloge «…un des plus grands triomphes de l'analyse moderne appliquée à la théorie de la gravitation… ».
Cette découverte sera le sujet de nombreuses polémiques à l'époque, puisque ces calculs ont été effectués en même temps parJohn Couch Adams, mais sans qu'aucun d'eux ne connaisse les travaux de l'autre. Les caractéristiques de la planète avaient été déterminées par Adams un an plus tôt mais n'avaient pas été publiées.
Plus tard, Le Verrier tenta de répéter le même exploit pour expliquer les perturbations deMercure. Après plusieurs observations par d'autres astronomes de taches rondes passant devant leSoleil (dont celle, célèbre, dudocteur Lescarbault en 1860), Le Verrier en déduit la présence d'une autre planète,Vulcain, dont il prédit le passage devant le Soleil en 1877. Ces prédictions se révéleront inexactes, et ces anomalies seront expliquées un demi-siècle plus tard parAlbert Einstein avec la théorie de larelativité générale.
Le 30 janvier 1854, Le Verrier est nommé directeur de l'Observatoire de Paris, succédant àFrançois Arago et prenant le contre-pied de la politique de son prédécesseur. Il fait notamment démolir, pour y aménager ses appartements[9], l’amphithéâtre construit par ce dernier, et entreprend une réorganisation totale qu'il n'arrivera pas à mener à terme par manque de crédits : division fortement hiérarchisée du travail (les observateurs sont payés 15 centimes à l'étoile observée, surveillance des travailleurs[1]), appliquant le modèle anglais de larévolution industrielle au domaine de l'astronomie[10]. Il y fera établir un catalogue de306 étoiles fondamentales.
Mais il s'y montre si colérique et odieux que, à la suite de plusieurs pétitions et de la démission d'une soixantaine d'astronomes de l'Observatoire de Paris, et malgré son appartenance politique, il est relevé de ses fonctions en 1870 par décret impérial[note 2]. Il démissionne en même temps du conseil général de la Manche, puis du Bureau des Longitudes. Il mène par la suite une carrière de journaliste scientifique, puis reprend en 1873 le poste de directeur de l'Observatoire après la mort accidentelle de son successeur,Charles-Eugène Delaunay, et ce jusqu'à sa mort.
Urbain Le Verrier meurt sur les lieux mêmes de l'Observatoire le.
En devenant directeur de l'Observatoire de Paris, il hérite également d'un petit service météorologique. La météorologie, encore peu développée, dépendait de l'Observatoire de Paris.
Le 14 novembre 1854, une terrible tempête, survenant sans la moindre alerte lors de laguerre de Crimée, traverse l'Europe d'ouest en est, causant la perte de 41 navires dans lamer Noire. Le Verrier etEmmanuel Liais, son directeur adjoint, entreprennent alors, à la demande deNapoléon III, de mettre en place un réseau d'observatoires météorologiques sur le territoire français, destiné avant tout aux marins afin de les prévenir de l'arrivée des tempêtes. Ce réseau regroupe 24 stations dont 13 reliées par télégraphe, puis s'étendra à 59 observatoires répartis sur l'ensemble de l'Europe en 1865. Le Verrier avait découvert qu'un événement météorologique en un endroit est le résultat d'un déplacement, à l'échelle de la Terre, de phénomènes physiques. Le 17 septembre 1863, la première prévision météorologique (prévision à 24 heures grâce à des cartes et bulletins météorologiques quotidiens) destinée au port de Hambourg est réalisée[11]. C'est la naissance de lamétéorologie moderne[12]. Cette initiative de Le Verrier est à l'origine de la création de la météorologie française moderne.
À la tête d'une commission qui porta son nom, il réforme l'enseignement de l'École polytechnique[13] en introduisant plus de science appliquée.
Parallèlement, il mène aussi une vie politique. En 1848, pendant lesjournées de Juin, alors qu'il sert dans laGarde nationale, il s'engage àdroite lorsqu'il réalise la menace de ce qu'il appelle le « péril rouge ». Le13 mai 1849, il est éludéputé de la Manche sous l’étiquette desAmis de l'Ordre. Il soutient la politique deLouis-Napoléon Bonaparte et soncoup d'État du 2 décembre 1851 : quelques semaines après, il est nommésénateur. Inspecteur général de l'enseignement supérieur pour les sciences le 9 mars 1852, il prépare notamment la réforme de la « bifurcation des études » avec le ministre de l'InstructionHippolyte Fortoul (section scientifique distincte de la section littéraire à partir de la classe de quatrième)[14]. À sa mort, il est remplacé dans ces fonctions parHervé Faye. En 1852, il est élu conseiller général ducanton de Saint-Malo-de-la-Lande. Il restera élu de ce canton jusqu'en 1870 et présidera le conseil général de la Manche de 1858 à 1870.
Bien que souffrant d'une maladie du foie[15] pénible et douloureuse, il consacre la fin de sa vie à l'achèvement de son travail sur le mouvement des planètes. Il proposa de revoir à la baisse la distanceTerre–Soleil et lavitesse de la lumière. LaRoyal Astronomical Society lui décerna lamédaille d'honneur en 1876 pour ses mémoires sur les planètes gazeuses Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune.
Le Verrier vient d'une famille modeste enNormandie. Son père était un fonctionnaire des domaines[16]. Le Verrier se marie en 1837 à Lucille Clotilde Choquet[17] dont il aura une fille Lucile Marie Geneviève, épouse de l'architecteLucien Magne, et deux fils : Louis Paul Urbain Le Verrier (X 1867, corps des mines, professeur de métallurgie à l'École des mines de Saint-Étienne, à la faculté des sciences de Marseille puis auConservatoire national des arts et métiers) et Jean Charles Léon Le Verrier (X 1856, corps des mines, professeur d'exploitation des mines et de physique à l'École des arts industriels et des mines de Lille, puis directeur d'une entreprise sucrière àDoullens)[18].
Une médaille portant son nom est attribuée aux personnes ayant grandement contribué à des activités ou des travaux de recherche météorologiques. Elle est produite par laMonnaie de Paris.
Recherches sur les mouvements de la planète Herschel, Bachelier (Paris), 1846, Texte en ligne disponible surLillOnum
Recherches sur l'orbite de Mercure et sur ses perturbations. Détermination de la masse de Vénus et du diamètre du Soleil, dansJournal de mathématiques pures et appliquées, 1843,1re série,t. 8,p. 273–359[lire en ligne]
L’Exposition Le Verrier et son Temps, observatoire de Paris, 18-27 octobre 1946, Paris, Gauthier-Villars, 1946.
David Aubin,The Fading Star of the Paris Observatory in the Nineteenth Century : Astronomers' Urban Culture of Circulation and Observation, Osiris, 18, 2003, 79-100.[lire en ligne][PDF]
Joseph Bertrand,Éloge historique de Urbain-Jean-Joseph Le Verrier, lu dans la séance publique du 10 mars 1879, dansMémoires de l'Académie des sciences de l'Institut de France, Gauthier-Villars, Paris, 1879, tome 41,p. LXXXI-CXIV[lire en ligne]
(comprend une analyse complète de l'action de Le Verrier en matière demétéorologie)
FabienLocher, « L'empire de l'astronome: Urbain Le Verrier, l'Ordre et le Pouvoir »,Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique,,p. 33–48(ISSN1271-6669,lire en ligne, consulté le)
↑Deux fils, Jean Charles Léon et Louis Paul Urbain, et une fille, Lucille Le Verrier (épouse deLucien Magne), musicienne et élève de composition deCésar Franck, dont le journal intime a été publié dansJournal d'une jeune fille Second Empire (1866–1878), Cadeilhan, Zulma, 1994.
↑Le Verrier proteste en vain auprès du ministreVictor Duruy dans une note du 4 février 1870 ; cf. notammentAnne-Marie Décaillot, « L’arithméticien Édouard Lucas (1842 1891) : Théorie et instrumentation »,Revue d’histoire des mathématiques,no 4,,p. 198, note 16(lire en ligne).
↑Voir les archives de l’École polytechnique, dossier VI 2a2.
↑Urbain Le Verrier, « Sur les variations séculaires des éléments des orbites pour les sept planètes principales »,J. de Math.,vol. 1,no 5,,p. 230(lire en ligne) lire en ligne surGallica