Tunis est la capitale économique et commerciale de la Tunisie. La densité de son réseau routier, autoroutier et sa structure aéroportuaire en font un point de convergence pour les transports nationaux. Cette situation est issue d'une longue évolution, en particulier des conceptionscentralisatrices qui donnent un rôle considérable à la capitale et tendent à y concentrer à l'extrême les institutions.
En 2014, la population de lamunicipalité de Tunisintra-muros est de 638 845 habitants d'après le recensement de l'Institut national de la statistique[2]. Néanmoins, depuis leXXe siècle, l'agglomération s'est largement développée hors des limites de la municipalité, s'étendant sur quatre gouvernorats (Tunis, l'Ariana,Ben Arous etLa Manouba) formant le Grand Tunis et comptant 2 912 818 habitants en 2024, soit environ 25 % de la population du pays.
En 2017, Tunis est classée comme la cinquième ville arabe où il fait bon vivre[5].
SelonPaul Sebag, « Tunis » est latranscriptionfrançaise d'un nom qui se prononcetûnus,tûnas outûnis (û ayant la valeur du « ou » français) enarabe tunisien. Les trois vocables sont indiqués par le géographesyrienYaqout al-Rumi dans son ouvrageMu'jam al-Bûldan (Dictionnaire des pays) ; le dernier est celui qui prédomine dans le nom de la ville de même que dans legentilétûnisi outûnusi (tunisien). Ce vocable, issu du verbeens enberbère, se définit comme « être couché » ou « se coucher » et par extension « aller passer la nuit à », « arriver de manière à passer la nuit », « aller passer la nuit chez ». Parmi les très nombreux dérivés de ce terme, on trouvetinés (pluriel deténésé) indiquant « le fait d'être couché » et par extension le « fait de passer la nuit »[6].
Compte tenu des variations vocaliques dans le temps et l'espace, le nom de Tunis a donc très probablement le sens de « campement de nuit », « bivouac » ou « halte ». Dans latoponymie antique de l'Afrique romaine, on note également les noms proches des localités de Tuniza (actuelleEl Kala),Thunusuda (actuelleSidi Meskine), Thinissut (actuelleBir Bouregba), Thunisa (actuelleRas Jebel) ou Cartennæ (actuelleTénès enAlgérie)[6]. Toutes ces localités berbères se situaient sur desvoies romaines et ont sans doute servi de relais ou de halte. Du nom de Tunis est dérivé en français le terme « Tunisie » qui désigne le pays dont cette ville est la capitale. Ce nom est lancé par des géographes et historiens français paranalogie avec le mot « Algérie » forgé à partir d'Alger. Ce mot s'est depuis répandu dans toutes les langues européennes. Or, le termeTunes désignant à la fois la ville et le pays, il ne peut être clairement compris que lu dans son contexte : c'est donc le sens de la phrase qui permet de savoir si l'on parle de la Tunisie ou de Tunis.
D'autres explications existent sur l'origine du nom de Tunis : il dériverait du terme berbèreTinast qui pourrait signifier « clé de la fertilité », en référence à la fertilité du territoire[7].
D'autres le lient à la déessepuniqueTanit, étant donné que plusieurs anciennes cités étaient nommées d'après une divinité[8]. On mentionne par ailleurs que le nom proviendrait deTynes, ville mentionnée parDiodore de Sicile etPolybe dans leurs descriptions[9],[10].
La ville de Tunis est construite sur un ensemble de collines, culminant à quarante mètres d'altitude[11] et descendant en pente douce vers lelac de Tunis mais présentant un versant abrupt dans la direction opposée (au-dessus de lasebkha Séjoumi). Ces collines, qui font suite aux coteaux de l'Ariana et correspondant aux lieux-dits Notre-Dame de Tunis, Ras Tabia, La Rabta,La Kasbah,Montfleury et La Manoubia, ont des altitudes qui dépassent à peine 50 mètres[12].
Bab El Bhar située à 7 mètres au-dessus du niveau de la mer.
La ville naît, à une époque reculée, au carrefour de routes qui se constituent naturellement à travers l'étroite bande de terre resserrée entre les vastes cuvettes du lac de Tunis et du Séjoumi. L'isthme qui les sépare constitue ce que lesgéologues appellent le « dôme de Tunis », lequel comprend des collines de rochescalcaires et desédiments d'origine éolienne et lacustre. C'est une sorte de pont naturel par où passent, dès l'Antiquité, plusieurs routes importantes reliant laBerbérie à l'Égypte et dont le tronçon tunisien passe parUtique etHadrumète. La deuxième route est celle deBéja qui longe laMedjerda et rejoint à Tunis la route d'Utique. La troisième est la route deSicca qui met laNumidie en communication avec Hadrumète. Ces routes sont tributaires de Carthage quand celle-ci affirme sa primauté politique et économique enAfrique. Sur ces parcours routiers, les courants de trafic ont favorisé la naissance de relais et d'étapes parmi lesquelles Tunis.
Sur une superficie de300 000hectares, 30 000 sont urbanisés, le restant se partageant entre des plans d'eau (20 000 hectares delagunes ou desebkhas dont les plus importantes sont lelac de Tunis, lasebkha Ariana et la sebkha Sejoumi) et des espaces agricoles ou naturels (250 000 hectares). Toutefois, la croissance urbaine, qui est évaluée à500 hectares par an, se fait au détriment de cet espace. Elle est d'autant plus coûteuse qu'elle consomme les terres deplaines les plus intéressantes pour les cultures.
Leclimat tunisois appartient auclimat méditerranéen caractérisé par unesaison fraîche et pluvieuse et une saison chaude et sèche. Il doit ses traits essentiels à lalatitude de la ville, à l'influence modératrice de la Méditerranée et au relief du Tell septentrional[13].
L'hiver est la saison la plus humide de l'année : il tombe ainsi plus du tiers des précipitations annuelles au cours de cette période, ce qui représente un jour depluie tous les deux ou trois jours. L'ensoleillement entretient tout de même une certaine douceur : les températures évoluent en moyenne entre 7°C le matin et16 °C l'après-midi. Les gelées sont donc très rares. Auprintemps, il tombe moins de pluie : le cumul desprécipitations diminue ainsi de moitié. L'ensoleillement devient prépondérant au fil des mois pour atteindre près de dix heures en moyenne par jour au mois de mai. Les températures s'en ressentent, variant en mars entre 8 et18 °C, en mai entre 13 et24 °C. Enété, la pluie se fait totalement absente et l'ensoleillement maximum. Les valeurs moyennes des températures sont très élevées. Les brises marines atténuent la chaleur mais lesirocco renverse parfois la tendance. Enautomne, il se remet à pleuvoir, souvent à l'occasion d'orages brefs, ce qui peut parfois favoriser de rapides crues voire des inondations dans certains quartiers de la ville[15],[16] :celles de 2007, aggravées par uneurbanisation trop rapide, ont conduit à réviser la politique d'aménagement[17]. Le mois de novembre marque en général une coupure thermique avec des températures qui évoluent en moyenne entre 11 et20°C.
L'existence de la localité est attestée dès le début duIVe siècle av. J.-C.[19],[20]. Perchée sur sacolline, Tunis est un excellent observatoire d'où les Libyens peuvent suivre aisément les manifestations extérieures de la vie de Carthage (allées et venues desnavires ou descaravanes vers l'intérieur du pays). Tunis est l'une des premières cités libyennes à passer sous la domination carthaginoise, étant donné son voisinage avec la grande cité et sa position stratégique. Plus d'une fois, dans les siècles qui suivent, il est fait mention de Tunes dans l'histoire militaire de Carthage. Ainsi, durant l'expédition d'Agathocle de Syracuse, qui débarque en310 av. J.-C. aucap Bon, Tunis change de main à plusieurs reprises. Par ailleurs, son rôle durant laguerre des Mercenaires laisse penser qu'elle est alors« un des principaux centres de la race aborigène »[19]. Selon toute vraisemblance, le gros de sa population est alors constitué de paysans, de pêcheurs et d'artisans. Toutefois, en regard de la Carthage punique, l'antique Tunes reste d'une taille très modeste.
Détruite selonStrabon[21] par les Romains pendant latroisième guerre punique, elle aurait été reconstruite avant Carthage. Elle ne fait toutefois l'objet que de rares témoignages, dont celui de latable de Peutinger, qui mentionne Thuni[21]. Dans le système devoies de laprovince d'Afrique, Tunes n'est que le nom d'unemutatio (relais de poste)[21]. La ville latinisée est progressivement christianisée et devient le siège d'unévêché. Toutefois, Tunes reste sans doute une modeste bourgade tant que Carthage existe[20].
Sous le règne desAghlabides, les Tunisois se révoltent à maintes reprises[20] mais Tunis profite de l'embellie économique et devient rapidement la deuxième cité du royaume. Devenue la capitale du pays à la fin du règne d'Ibrahim II (902), elle le demeure jusqu'en909[22], date à laquelle desBerbèreschiites prennent l'Ifriqiya et fondent ladynastie des Fatimides, puis redevient chef-lieu de district. Son rôle d'opposition au pouvoir en place s'intensifie, dès septembre945, lorsque desinsurgéskharidjistes occupent Tunis et la livrent aupillage[23],[20]. Avec l'avènement de la dynastie desZirides, Tunis gagne en importance mais la population sunnite supporte de plus en plus mal le règne chiite et perpétue des massacres contre cette communauté[23]. C'est pourquoi, en 1048, le ZirideAl-Muizz ben Badis rejette l'obédience fatimide et rétablit dans toute l'Ifriqiya leritesunnite. Cette décision provoque la colère ducalife chiiteAl-Mustansir Billah. Pour punir les Zirides, il lâche sur l'Ifriqiya des tribus arabes dont lesHilaliens. Une grande partie de l'Ifriqiya est mise à feu et à sang, la capitale zirideKairouan est détruite en 1057 et seules quelques villes côtières dont Tunis etMahdia échappent à la destruction.
Néanmoins, exposée aux exactions des tribus hostiles qui campent aux environs de la ville, la population de Tunis, qui ne reconnaît plus l'autorité des Zirides repliés à Mahdia, prête allégeance au princehammadide El Nacer ibn Alennas, basé àBougie, en 1059. Le gouverneur nommé par ce dernier, ayant rétabli l'ordre dans le pays, ne tarde pas à s'affranchir des Hammadides et fonde la dynastie desKhourassanides avec Tunis pour capitale. Le petit royaume indépendant renoue alors avec le commerce extérieur et retrouve la paix et la prospérité.
Représentation du siège de Tunis lors de la huitième croisade.
En 1159, l'AlmohadeAbd al-Mumin s'empare de Tunis, destitue le dernier souverain khourassanide et installe à sa place un gouvernement chargé de l'administration de toute l'Ifriqiya qui siège dans lakasbah construite pour l'occasion[20]. Laconquête almohade ouvre une nouvelle période dans l'histoire de Tunis. La ville, qui jouait jusque-là un rôle de second plan derrièreKairouan etMahdia, se trouve promue au rang decapitale de province.
En 1228, le gouverneurAbû Zakariyâ Yahyâ s'empare du pouvoir et, un an plus tard, s'affranchit du pouvoir almohade, prend le titre d'émir et fonde ladynastie des Hafsides. Avec l'avènement de cette dynastie, la cité devient la capitale d'un royaume s'étendant progressivement versTripoli etFès. À la ville primitive s'ajoutent au nord et au sud d'importantsfaubourgs enserrés par une deuxième enceinte entourant lamédina, la kasbah et ces nouveaux faubourgs[20]. En 1270, Tunis se retrouve prise dans lahuitième croisade :Louis IX, espérant convertir le souverain hafside auchristianisme et le dresser contre le sultan d'Égypte, s'empare facilement de Carthage mais son armée est rapidement victime d'uneépidémie dedysenterie. Louis IX lui-même en meurt le devant les remparts de la capitale[24]. Dans le même temps, chassés par lareconquêteespagnole, les premiersAndalous musulmans et juifs arrivent à Tunis et vont participer activement à la prospérité économique et à l'essor de la vie intellectuelle dans la capitale hafside[20].
Devenu une province ottomane gouvernée par unpacha nommé par lesultan ottoman basé àConstantinople, le pays accède rapidement à une certaine autonomie (1591). Sous le règne desdeys puis desbeysmouradites, la capitale prend un nouvel essor : sa population grandit grâce à de multiples apports ethniques, dont lesMaureschassés d'Espagne, et les activités économiques se diversifient. Aux industries traditionnelles et aux échanges avec les pays lointains s'ajoute lacourse qui connaît alors son âge d'or. Les profits assurés par le rachat desesclaves chrétiens permettent également aux souverains d'élever des constructions fastueuses qui renouvellent la parure monumentale héritée duMoyen Âge[20].
Pendant le demi-siècle qui va de laconquête de l'Algérie autraité du Bardo, des colonies européennes, de plus en plus nombreuses chaque année, viennent grossir la population tunisoise. En conséquence, l'organisation spatiale de la ville est remise en cause par les premières démolitions des remparts, à partir de 1860, et l'ouverture des portes dès 1870.
La cité s'étend dès lors hors de ses murs, entre lamédina et les rives du lac, pour accueillir les nouvelles populations et reçoit les premiers équipements modernes en matière d'adduction d'eau (1860), d'éclairage au gaz (1872), devoirie, de l'enlèvement desordures ménagères (1873) ainsi que de communications avec la proche banlieue et l'arrière-pays[31].
En marge de l'artisanat et du commerce traditionnels qui déclinent, les nouveaux venus développent les échanges avec l'Europe, introduisent les premièresindustries modernes et acclimatent ainsi sur les marges de la cité arabe de nouvelles formes de vie urbaine.
L'année 1881, qui est celle de l'instauration duprotectorat français, marque un tournant dans l'histoire de Tunis. La cité entre dans une ère de mutations rapides qui la transforment profondément en deux ou trois décennies. Restée pendant des siècles contenue derrière sesfortifications, la ville s'étend donc rapidement : elle se dédouble en une ville ancienne peuplée par la population arabe et une ville nouvelle peuplée par les nouveaux arrivants et différente du fait de sa structure avec laville arabe. Tunis fait également l'objet d'importants travaux qui la dotent d'adductions d'eau, degaz naturel et d'électricité, detransports publics et d'équipements sociaux. À l'économie traditionnelle s'ajoute une économiecapitaliste de type colonial.
Défilé des troupes alliées en mai 1943.
LaPremière Guerre mondiale marque un temps d'arrêt dans l'histoire de Tunis. Après la guerre, la cité connaît de nouvelles transformations : la ville moderne gagne en importance et étend son réseau de rues quadrillées dans toutes les directions possibles. De plus, un ensemble de cités satellites font leur apparition et repoussent encore les limites de l'aire urbaine tunisoise. Sur le plan économique, les activités se développent et se diversifient : les industries modernes voient leurs opérations commerciales prendre de l'ampleur alors que l'industrie traditionnelle poursuit son déclin[32]. Au cours de la période qui s'ouvre avec laSeconde Guerre mondiale[33], Tunis connaît un ensemble de mutations qui lui donnent un nouveau visage. C'est dans ce contexte qu'apparaît une ceinture de « faubourgs spontanés » (appelés « gourbivilles ») qui entourent rapidement la capitale.
Après la guerre, l'industrialisation de la capitale s'accélère mais ne permet pas de subvenir aux besoins d'une population en pleine croissance. Du même coup, les contrastes au sein de la ville s'accentuent.
Lors de l'indépendance du pays en 1956, Tunis est confirmée dans son rôle de capitale, laConstitution du disposant que l'Assemblée nationale[34] et la présidence de la République[35] doivent avoir leurs sièges à Tunis ou sa banlieue. Dans un laps de temps très court, les changements se succèdent et transforment la ville coloniale. Les Européens qui voient leurs conditions de vie bouleversées se résolvent progressivement au départ. Au fur et à mesure, les Tunisiens les remplacent et la population de l'agglomération continue de croître. L'opposition entre la ville arabe et la ville européenne s'atténue progressivement avec l'arabisation de la population.
Sous la pression démographique, la ville s'étend encore avec la création de nouveaux quartiers qui englobent peu à peu les banlieues les plus proches. Les équipements hérités du protectorat sont progressivement renouvelés et modernisés et de nouvelles constructions enrichissent le paysage urbain. Dans le même temps, une politique active d'industrialisation développe l'économie municipale.
Lamédina, bâtie sur une colline aux pentes douces descendant vers lelac de Tunis, est le cœur historique de la cité et abrite de nombreux monuments dont despalais, tels leDar Ben Abdallah et leDar Hussein, le mausolée beylical deTourbet El Bey ou encore de nombreusesmosquées dont la grandemosquée Zitouna. Autrefois enserrée dans ses fortifications aujourd'hui en grande partie disparues, elle est encadrée par les deuxfaubourgs populaires deBab Souika au nord et Bab El Jazira au sud. Situé à proximité immédiate de Bab Souika, le quartier populaire d'Halfaouine est connu pour avoir fait l'objet de l'attention internationale grâce à la diffusion en 1990 du filmHalfaouine, l'enfant des terrasses.
Cependant, c'est à l'est de ce noyau d'origine, d'abord avec la construction duconsulat de France, que la ville moderne se constitue progressivement, avec l'instauration du protectorat français à la fin duXIXe siècle, sur les terrains laissés libres entre la médina et le lac car servant de réceptacle auxeaux usées de la cité duMoyen Âge. L'axe structurant de cette partie de la ville est constitué par lesavenues de France etHabib-Bourguiba, conçues comme les équivalents tunisois de larue de Rivoli et desChamps-Élysées parisiens avec leurs cafés, grands hôtels, magasins et lieux culturels. De part et d'autre de cet axe arboré, au nord comme au sud, la métropole s'est étendue en constituant divers quartiers aux visages variés, le Nord accueillant plutôt des quartiers résidentiels et d'affaires alors que le Sud accueille des quartiers industriels et plus pauvres.
Perspective sur l'avenue Bourguiba.
Au nord de l'avenue Bourguiba, se trouve le quartier deLafayette qui abrite encore laGrande synagogue de Tunis et lejardin Habib-Thameur aménagé à l'emplacement de l'anciencimetière juif situé hors les murs. Au sud-est, le quartier deLa Petite Sicile est limitrophe de l'ancienne zone portuaire et doit son nom à son peuplement originel d'ouvriers originaires d'Italie. Il fait désormais l'objet d'un projet de réaménagement prévoyant notamment la construction de deux tours jumelles. Au nord de celui-ci, la longueavenue Mohammed-V qui débouche sur laplace du 14-Janvier 2011 traverse le quartier des grandes banques où l'on trouve les hôtels du Lac et des Congrès ainsi que l'ancien siège duparti au pouvoir. Elle aboutit au quartier résidentiel du Belvédère articulé autour de laplace Pasteur.
En poursuivant vers le nord apparaît le quartier huppé deMutuelleville qui abrite lelycée français Pierre-Mendès-France, l'hôtelSheraton et quelquesambassades. Encore plus au nord du parc du Belvédère, derrière l'avenueMohamed-Bouazizi transformée en voie rapide, débutent les quartiers d'El Menzah, El Manar etEnnasr qui atteignent désormais les crêtes des collines dominant le nord de l'agglomération. Ils abritent une série de quartiers résidentiels et commerciaux branchés et composés delotissements identifiés par des numéros. À l'ouest du parc, s'étend le quartier d'El Omrane qui accueille l'un des principaux cimetières musulmans de la capitale ainsi que les entrepôts des transports publics.
Au-delà, à plusieurs kilomètres au nord-est, sur la route deLa Marsa, est apparu le nouveau pôle desBerges du Lac à proximité immédiate des pistes de l'aéroport. Aménagé sur des terres gagnées sur la rive nord du lac, il abrite en majorité des bureaux d'entreprises tunisiennes ou étrangères, desambassades ainsi que des boutiques de luxe.
Au sud-ouest de la médina, sur la crête des collines traversant l'isthme de Tunis, se trouve le quartier deMontfleury puis, sur les contreforts descendant vers lasebkha Séjoumi, le quartier pauvre deMellassine.
Au nord-ouest de ce dernier, au nord de laRN3 menant vers les villes de l'ouest du pays, se trouve la cité Ezzouhour (anciennement El Kharrouba en référence à unarbre du même nom) qui s'étend sur plus de trois kilomètres et se divise en cinq sections. Elle reste encore parsemée de surfaces agricoles et maraîchères dont ne restent toutefois que de petites parcelles cultivées pour alimenter les souks de la région.
Le sud de Tunis est quant à lui constitué de quartiers plus défavorisés, notamment en raison de la forte implantation industrielle dans cette partie de la métropole. Parmi eux figurentDjebel Jelloud, situé à la limite sud-est de Tunis, qui concentre l'industrie lourde (cimenterie, usine de traitement desphosphates, etc.) et labanlieue populaire deLa Cagna. Ras Tabia est quant à lui connu pour abriter une importante caserne de l'armée tunisienne. Le principal cimetière de Tunis, lecimetière du Djellaz, domine cette partie de l'agglomération, accroché sur les pentes d'un escarpement rocheux.
Maisons rénovées à la rue du Tribunal.Terrasses de la médina.
Au début duXXIe siècle, la médina est ainsi l'un des ensembles urbains traditionnels les mieux préservés dumonde arabe[37]. Avec une superficie de270 hectares (plus29 hectares pour le quartier de la kasbah)[38] et plus de 100 000 habitants, la médina représente le dixième de la population tunisoise et le sixième de la surface urbanisée de l'agglomération. L'urbanisme de la médina de Tunis a la particularité de ne pas obéir à des tracés géométriques ni à des compositions formelles (quadrillage,alignements, etc.). L'organisation complexe du tissu urbain a alimenté toute unelittérature coloniale où la médina dangereuse, anarchique et chaotique semblait le territoire du guet-apens. Pourtant, des études entamées dans lesannées 1930 avec l'arrivée des premiersethnologues a permis de démontrer que l'articulation des espaces de la médina n'est pas aléatoire : les maisons s'articulent de manière socioculturelle, codifiée selon les types complexes des rapports humains.
Ainsi, le faubourg nord soutient le club defootball de l'Espérance sportive de Tunis alors que, à l'autre extrémité, c'est le quartier du grand club rival duClub africain. La médina connaît aussi une sectorisation sociale : le quartier duTourbet El Bey et le quartier de la kasbah sont les deux quartiers aristocratiques, avec une population de juges et de politiciens, tandis que la rue du Pacha est celui des militaires et des bourgeois (commerçants et notables).
Fondée en698[38] autour du noyau initial de lamosquée Zitouna, elle développe son tissu urbain tout au long duMoyen Âge[39], vers le nord et vers le sud, se divisant ainsi en une médina principale et en deux faubourgs au nord (Bab Souika) et au sud (Bab El Jazira). Devenue capitale d'un puissant royaume à l'époque hafside, foyer religieux et intellectuel et grand centre économique ouvert sur leProche-Orient, leMaghreb, l'Afrique et l'Europe, elle se dote de nombreuxmonuments où se mêlent les styles de l'Ifriqiya aux influences andalouses et orientales mais qui empruntent également certaines de leurscolonnes ou leurschapiteaux aux monuments romains ou byzantins, l'architecture arabe n'étant caractérisé que par l'emploi de l'arc brisé et légèrement outrepassé.
En effet, au contraire d'Alger,Palerme ouNaples, son cœur historique n'a jamais souffert de grandescatastrophes naturelles ou d'interventions urbanistiques radicales. Les principaux outrages qu'a subi la médina remontent à l'époque suivant l'indépendance du pays avec la destruction de l'enceinte et la précarisation de l'habitat. C'est la raison pour laquelle la médina est inscrite en 1979 aupatrimoine mondial de l'Unesco[42]. Par ailleurs, le long desboulevards créés sur l'emplacement des anciens remparts, l'apport architectural de la période 1850-1950 se fait sentir dans les bâtiments officiels, la médina accueillant neuf ministères et le siège de la municipalité de Tunis.
Les souks constituent un véritable réseau de ruelles couvertes et bordées de boutiques decommerçants et d'artisans groupées par spécialités[43]. Les métiers « propres » sont situés près de lamosquée Zitouna car ils ne suscitent aucune nuisance par l'odeur, le bruit ou l'usage de l'eau. Les marchands d'étoffes, lesparfumeurs, les marchands defruits secs, leslibraires et les marchands delaine sont concernés au contraire destanneurs,poissonniers,potiers etforgerons qui sont relégués à la périphérie[44]. Il existe ainsi une hiérarchie codifiée des métiers : le commerce des chéchias, celui des parfums, le tissage de lasoie, la sellerie, la confection desvêtements, la fabrication desbabouches, le tissage, la poterie et enfin les forgerons et les teinturiers.
Sur le souk El Attarine s'ouvrent deux autres souks : le premier, qui longe la façade occidentale de la mosquée Zitouna, est lesouk El Kmach (étoffes) et le second, lesouk El Berka, datant duXVIIe siècle, abrite lesbrodeurs mais surtout lesbijoutiers. C'est pourquoi, il s'agit du seul souk dont les portes sont encore fermées et gardées pendant la nuit.
Remparts et portes de la ville en 1888.Bab El Bhar ou Porte de France.
Dès les premiers temps de sa fondation, Tunis est considérée comme une importante base militaire. Le géographeAl-Yaqubi affirme qu'au début duIXe siècle« Tunis était entourée d'un mur de briques et d'argile sauf du côté de la mer où il était de pierre »[45]. Souvent endommagée voire totalement détruite au cours duMoyen Âge, l'enceinte conserva toujours son tracé d'origine. Elle était parsemée de différentes portes.Bab El Jazira, sans doute la plus ancienne porte de la muraille méridionale[46], ouvrait sur les routes du Sud et deKairouan.Bab Cartagena donnait accès àCarthage d'où étaient ramenés les matériaux de construction nécessaires à la ville.Bab Souika (d'abord appelée Bab El Saqqayin) avait le rôle stratégique de garder les routes versBizerte,Béja etLe Kef.Bab Menara (d'abord appelée Bab El Artha) ouvrait la médina vers le faubourg d'El Haoua. Quant àBab El Bhar, elle permettait l'accès aux quelquesfondouks où vivaient les marchands chrétiens de Tunis.
À l'époque ottomane, quatre nouvelles portes sont ouvertes :Bab Laassal,Bab Sidi Abdessalem,Bab El Gorjani etBab Sidi Kacem. La ville de Tunis conserve certaines portes — Bab Saadoun, Bab El Khadra, Bab El Bhar, Bab Jedid et Bab Sidi Kacem — qui ouvraient l'ancien mur qui a disparu en grande partie.
Le plus grand d'entre eux, leparc du Belvédère, constitué dès 1892 sur un site choisi à l'époque pour sa position excentrée par rapport à la ville et sa vue sur Tunis et son lac, est le plus ancien parc public du pays[48]. Il est réalisé dans le style paysager qui se pratique alors en métropole, constituant un très vaste espace de plus d'une centaine d'hectares traversé de routes que l'on peut parcourir à pied ou envoiture. Il abrite par ailleurs lezoo de Tunis, qui présente lafauneafricaine, et le musée d'art moderne.
Lejardin Habib-Thameur,jardin à la française situé dans le quartier du Passage, se caractérise par un tracé régulier et comprend une pièce d'eau centrale ainsi que des parterres et des massifs floraux. Le jardin du Gorjani,jardin à l'anglaise situé au sud-ouest de la ville, présente un tracé irrégulier très probablement lié latopographie escarpée du terrain. Il comprend un bassin central et des allées courbes. Tous deux sont réalisés dans l'année qui suit l'indépendance en lieu et place d'ancienscimetières désaffectés[49], notamment lecimetière israélite de Tunis qui est déplacé auBorgel.
Le Grand Tunis est uneconurbation qui englobe les municipalités dugouvernorat de Tunis ainsi que celles des gouvernorats avoisinants deBen Arous, de l'Ariana et deLa Manouba. Cettemétropole à échelle nationale compte 2 912 818 habitants en 2024, ce qui représente environ 25 % de la population tunisienne[50].
Depuis laSeconde Guerre mondiale, une progression rapide mais inégale de la banlieue s'effectue selon les secteurs géographiques concernés. La banlieue prend ainsi une part de plus en plus importante dans la population de l'agglomération tunisoise. Représentant 27 % du total des habitants en 1956, elle passe à 37 % en 1975 puis à près de 50 % de ce total en 2006 :
Au nord-ouest, dans le prolongement duBardo, centre politique du pays après l'indépendance et quartier des ministères et de l'Assemblée nationale, le bâti progresse par des occupations puis des constructions illégales ou par la construction d'habitats collectifs bon marché (Ksar Saïd,Oued Ellil,Den Den,La Manouba, etc.)[51]. Au nord, le Belvédère,El Menzah et l'Ariana se structurent par des lotissements pavillonnaires de part et d'autre des nouvelles voies de communication reliant le centre-ville à l'aéroport. Ici vivent lesclasses moyennes et se sont implantées de nombreux équipements universitaires et organismes de recherche étatiques. Le Sud de l'agglomération souffre encore de ses activitésindustrielles,minières etportuaires. ÀBen Arous se multiplient toutefois les lotissements résidentiels ou les occupations illégales de terrains le long des axes routiers[51].
Cet espace urbain dilué génère toute une série de problèmes qui acquièrent dans le contexte tunisois une gravité particulière : exiguïté des terres agricoles, autosuffisance alimentaire non assurée,aridité et pénurie d'eau à terme,pauvreté etprécarité des couches urbaines populaires potentiellement sensibles aux discours protestataires, etc.[51].
Sources : Paul Sebag,Tunis : histoire d'une ville, Paris, L'Harmattan, 1998.
Portrait d'un vieux Tunisois.
Dans les années qui suivent l'indépendance, la population de l'agglomération continue de s'accroître : l'accroissement est de 21,1 % de 1956 à 1966 puis de 28,5 % de 1966 à 1975 (55,6 % entre 1956 et 1975)[52]. Cette croissance régulière des effectifs s'accompagne de mutations qui modifient d'une façon radicale le peuplement de la capitale. Ladécolonisation s'est traduite par l'exode de toutes lesminorités confessionnelles (Juifs etchrétiens) dont les effectifs s'amenuisent d'année en année. Mais les vides créés par leur départ sont surabondamment comblés par des Tunisiens qui affluent de l'arrière-pays.
Après l'indépendance, le gouvernement tunisien met en œuvre, pour faire face à la croissance de la population du pays, un système deplanning familial, ce qui permet de faire descendre le taux de croissance démographique. Entre 1994 et 2004, la population dugouvernorat de Tunis ne s'accroît plus que de 1,03 % par an. Elle représente, lors durecensement de 2004, 9,9 % de l'ensemble de la population tunisienne[54].
Logé dans un ancien palaisbeylical de la banlieue duBardo depuis la fin duXIXe siècle, lemusée national du Bardo est le plus important des musées archéologiques duMaghreb et l'un des plus riches du monde enmosaïquesromaines ; ses collections se sont rapidement développées grâce aux nombreuses découvertes archéologiques faites à travers le territoire.
Orchestre de la Rachidia lors d'un concert au Théâtre municipal de Tunis en février 2009.
Tunis abrite des institutions musicales parmi les plus prestigieuses du pays. La troupe deLa Rachidia y est fondée en 1934 pour sauvegarder lamusique arabe originale et valoriser particulièrement lamusique tunisienne à travers de nouvelles créations inspirées des règles de la musique ifriquienne. Elle se compose de 22 membres (joueurs d'instruments etchorale)[59].
La Troupe musicale de la ville de Tunis est créée en 1954 parSalah El Mahdi. Il charge en 1955 son discipleMohamed Saâda de diriger cette troupe qui rassemble à cette époque les meilleurs artistes de la place qui intègrent par la suite la troupe de laradio nationale[60]. Elle contribue à la promotion de plusieurs noms de la chanson tunisienne dontOulaya.
L'Association de l'orchestre arabe de la ville de Tunis commence ses activités à la fin du mois d' en tant qu'atelier lié au centre culturel municipal. Il s'attache à la promotion de la musique arabe, à la formation musicale ainsi qu'à la coopération avec divers partenaires en Tunisie et à l'étranger. L'Orchestre symphonique tunisien, créé en 1969 par le ministère de la Culture, produit par ailleurs des concerts mensuels au Théâtre municipal ou dans l'un des espaces culturels de la capitale.
La ville de Tunis constitue un pôle majeur de la vie culturelle tunisienne. LeThéâtre municipal, dès son inauguration le, ouvre la voie à la diffusion de la création artistique dans la cité :opéra,ballet, concerts symphoniques, art dramatique, etc. Sur la scène de ce théâtre, de nombreuses représentations sont régulièrement données par de nombreux comédiens tunisiens, arabes et internationaux[61]. Dans ce contexte, lethéâtre joue un rôle d'importance. LeThéâtre national tunisien, entreprise publique à caractère culturel[62], est installée depuis 1988 aupalais Khaznadar (datant du milieu duXIXe siècle et situé àHalfaouine) rebaptisé « palais du théâtre ». En 1993, il prend également possession de l'anciennesalle de cinémaLe Paris, d'une capacité de 350 places, rebaptiséeQuatrième art. Elle abrite chaque saison culturelle (du au) plus de 80 représentations théâtrales[62].
Lethéâtre El Hamra est un espace culturel situé rue El Jazira. Deuxième salle de cinéma ouverte à Tunis, Al Hambra (comme elle est appelée alors) est l'une des salles les plus célèbres de la capitale pendant lesannées 1930 et1940[63].
Locaux de l'Étoile du Nord.
Après quinze ans de fermeture, elle est transformée en théâtre de poche en 1986 et abrite le premier centre arabo-africain de formation et de recherches théâtrales depuis[63]. On peut citer également l'existence des troupes d'El Teatro et de l'Étoile du Nord. D'autres arts sont également représentés dans la capitale. Le Centre national des arts de la marionnette est créé le : sa création vient couronner les efforts de la Troupe de théâtre de la marionnette de Tunis fondée en 1976[62]. L'École nationale des arts du cirque est fondée le au sein du Théâtre national à la suite d'une rencontre entre le directeur de ce dernier et le directeur général duCentre national des arts du cirque deChâlons-en-Champagne (France) en 1998. L'École nationale des arts du cirque deRosny-sous-Bois et l'Institut français de coopération concourt également à l'élaboration des programmes de l'école. Par ailleurs, des maisons de la culture sont disséminées à travers la ville et permettent diverses représentations artistiques.
La ville de Tunis offre par ses décors un paysage très tôt convoité par les producteurs decinéma. En effet, le premier tournage de vues animées dans ses rues est réalisé par les opérateurs desfrères Lumière en 1896. Les premières projections sont organisées l'année suivante et la premièresalle de cinéma, l'Omnia-Pathé, ouverte en[66]. Le premierciné-club de Tunis est ouvert en 1946 et la premièresalle d'art et essai, Le Globe, en 1965.
De nombreuses manifestations culturelles et foires sont également organisées au sein de l'agglomération tunisoise chaque année. Depuis 2012, lamédina de Tunis accueille ainsi l'événement artistique annuelTunis Dream City[67].
Abritée dans une ancienne demeure d'un savant de l'époque hafside, la bibliothèque de laKhaldounia est fondée en 1896 dans le cadre de la création de cette institution éducative. Après l'indépendance et à la suite de l'unification des programmes de l'éducation nationale, l'association cesse ses activités et la bibliothèque est rattachée à la Bibliothèque nationale qui assure depuis sa gestion[69].
Bâti auXVIIe siècle, leDar Ben Achour abrite la bibliothèque de la ville de Tunis. Acquise à la fin desannées 1970 par la municipalité de Tunis, la demeure est restaurée avant d'abriter dès 1983 la bibliothèque municipale[68].
Par ailleurs, le nombre des universités et autres instituts de formation privés augmentent à l'image des créations de laBouebdelli University, de l'université centrale, de l'École supérieure privée d'ingénierie et de technologie ou de l'Institut maghrébin des sciences économiques et de technologie.
Comme dans le reste de la Tunisie, une très large majorité de la population tunisoise (aux environs de 98 %) est de confessionmusulmanesunnite. La capitale abrite donc un très grand nombre de mosquées de différents styles architecturaux, signes de leurs époques de construction respectives. La principale et la plus ancienne d'entre elles, lamosquée Zitouna, bâtie en732 au cœur de lamédina puis entièrement rebâtie en864[72], est un prestigieux lieu de culte et, pendant longtemps, un important lieu de culture et de savoir en abritant les locaux de l'université Zitouna jusqu'à l'indépendance de la Tunisie. Il accueille encore les cérémonies marquant les principales dates ducalendrier musulman auxquelles assiste régulièrement leprésident de la République.
lamosquée Hammouda-Pacha, construite en 1655, est la deuxième mosquée de rite hanéfite construite à Tunis[73] ;
lamosquée Youssef Dey fonctionne d'abord commeoratoire avant de devenir une véritable mosquée en 1631[73]. Un décretbeylical de 1926 fait de cette mosquée une annexe de l'université Zitouna où l'enseignement est dispensé jusqu'à son transfert dans de nouveaux locaux à l'aube de l'indépendance ;
Place de la Kasbah regroupant la Présidence du gouvernement et le ministère des Finances.
Tunis est lacapitale de la Tunisie depuis 1159. En vertu desarticles 24 et 43 de laConstitution de 1959, « Tunis et sa banlieue » accueille des institutions nationales, de même pour laConstitution du dans les articles 51 et 73 qui mentionnent[76] :
Elle abrite également le siège des ministères et organismes publics, ainsi que celui de laCour constitutionnelle et des principales institutions judiciaires.
Le Conseil municipal se réunit quatre fois par an mais peut se réunir en session extraordinaire à la demande dumaire. Parmi ses compétences figurent l'étude et le vote du budget municipal, du programme d'équipement municipal et des actions à entreprendre dans le cadre du plan national de développement[77]. Il donne également son avis sur tous les projets devant être réalisés par l'État, le gouvernorat ou un organisme public.
Contrairement aux autres maires de Tunisie, celui de Tunis est alors désigné par décret duprésident de la République parmi les membres du Conseil municipal[79].Mohamed Béji Ben Mami est nommé par un décret promulgué le en remplacement d'Abbès Mohsen, nommé en 2000 et reconduit à son poste après les élections municipales de 2005[80].
Drapeau de la ville de Tunis.Siège de la municipalité de Tunis.
Le, une délégation spéciale dirigée par Seifallah Lasram est mise en place pour remplacer les institutions élues sous le régime deZine el-Abidine Ben Ali[81].
En complément des institutions municipales, chacun des quinze arrondissements municipaux dispose d'un conseil se réunissant chaque mois en présence des élus et des représentants des administrations concernées par les questions à l'ordre du jour.
Lebudget 2014 adopté par le Conseil municipal s'articule de la façon suivante : 41,850 millions dedinars seront collectés par les taxes foncières et sur les activités, 9,510 millions par les redevances pour formalités administratives et droits perçus en atténuation de services rendus, 7,040 millions par les revenus d'occupation et de concession de services publics dans le domaine municipal ; 53,878 millions seront investis dans la rémunération publique, 23,344 millions dans des dépenses de développement, 4,102 millions dans les intérêts de la dette et 3,635 millions dans diverses interventions publiques[83].
Lesrecettes sont le produit destaxes sur les immeubles bâtis et les terrains non bâtis, desredevances delocation des propriétés municipales, des revenus de l'exploitation de la voie publique, de lapublicité, de la vente du domaine municipal et des actions que la municipalité détient dans le capital de certaines entreprises. Côté dépenses, descrédits sont prévus pour la consolidation de l'hygiène et de la propreté, de l'état de l'environnement et de l'esthétique urbaine, l'entretien de l'infrastructure, la réhabilitation et la rénovation des équipements collectifs, le renforcement de la logistique et des moyens de travail et de transport.
De par la concentration des activités de commandement politique (siège des institutions du pouvoir central,présidence,assemblée, ministères et administrations centrales) et culturel (importants festivals et grands médias), Tunis est la seule métropole de rang national.
Son poids économique est donc très important : la ville constitue le premier pôle économique et industriel du pays, abrite le tiers des entreprises tunisiennes — dont la quasi-totalité des sièges sociaux des entreprises de plus de cinquante salariés à l'exception de laCompagnie des phosphates de Gafsa qui a fait l'objet d'une mesure de décentralisation de son siège social àGafsa — et produit le tiers duproduit intérieur brut national[84].
Les grandes faiblesses de l'économie tunisoise sont son attractivité insuffisante pour lesinvestissements étrangers (33 % des entreprises, 26 % des investissements et 27 % des emplois), l'exclusion de plusieurs zones de la dynamique économique en raison des déséquilibres urbains, letaux de chômage des diplômés du supérieur qui est en progression de même que le taux d'analphabétisme qui demeure élevé au sein de la population la plus âgée (27 % des femmes et 12 % des hommes)[84]. Le nombre de personnes vivant sous leseuil de pauvreté, en régression à l'échelle nationale, reste plus élevé en milieu urbain. Par ailleurs, le chômage persiste : un jeune de 18 à 24 ans sur trois est au chômage contre un actif sur six à l'échelle nationale. Dans le Grand Tunis, la proportion de jeunes auchômage est ainsi de 35 %[84].
La structure économique de Tunis, tout comme celle du pays, setertiarise — la ville est la plus grande place financière du pays en abritant le siège de 65 % des entreprises financières — alors que les secteurs industriels perdent de leur importance (saturation des zones industrielles mais spécialisation des activités industrielles à haute valeur ajoutée)[84].
Usine des Ciments artificiels tunisiens à Djebel Jelloud.
L'industrie y reste tout de même très représentée : Tunis accueille 85 % des établissements industriels répartis dans les quatregouvernorats constituant sonagglomération avec une évolution vers l'étalement des zones industrielles en périphérie, le long des axes de communication.
L'agriculture, quant à elle, est active dans les espaces les plus éloignés du centre sous forme deceintures maraîchères ou d'espaces agricoles spécialisés (notamment dans laviticulture très présente autour de la ville). En effet, grâce à un relief en général plat et à l'encadrement de l'agglomération par les deux principaux fleuves de Tunisie, laMedjerda au nord et l'oued Miliane au sud, fertilisant grâce à leur fortecharge alluviale[85], Tunis bénéficie de plusieurs grandesplaines fertiles encore très productives : les plaines de l'Ariana et deLa Soukra (nord), la plaine deLa Manouba (ouest) et la plaine deMornag (sud). De plus, une vastenappe phréatique facilement accessible par le forage de puits peu profonds apporte l'eau nécessaire aux différentes cultures. Lessols sont lourds etcalcaires au nord mais légers et argilo-sablonneux au sud[86]. Les productions agricoles sont diversifiées, notamment en raison d'un régime depluies réparties au cours de l'année :blé dur (La Manouba),olivier (Ariana et Mornag),vigne (Mornag),arboriculturefruitière, maraîchage etcultures légumineuses (toutes régions)[87].
La ville dispose au début duXXIe siècle d'un réseau detransport en commun relativement développé et placé sous la gestion de laSociété des transports de Tunis (STT). En plus des quelque 200 lignes de bus, la première ligne du métro léger ouvre en 1985. Le réseau s'étend progressivement depuis pour atteindre les quartiers périphériques. La capitale est aussi reliée à sa banlieue nord par la ligne ferroviaire duTGM qui part de lagare de Tunis Marine puis traverse la digue divisant le lac en deux.
Par ailleurs, un nouveau projet de transport de masse, d'un montant estimé à trois milliards dedinars, doit être aménagé dans la région du Grand Tunis à partir de 2013[88]. Il s'agit duRéseau ferroviaire rapide qui doit transporter des dizaines de milliers de voyageurs depuis les lointaines banlieues de Tunis vers le centre en utilisant des voies ferrées existantes ou à construire[89]. Il sera décomposé en cinq lignes, dont la longueur totale est de 86 kilomètres, dont la priorité est fonction de certains critères, comme la densité de la population ou le déficit de la desserte d'une zone donnée :
Ligne A (Tunis-Borj Cédria) de 23 kilomètres dont la modernisation et l'électrification est terminée en 2012 ;
Ligne E (Tunis-Ezzouhour-Sidi Hassine-Essijoumi) de 13,9 kilomètres (dont 6,3 de nouvelles voies en construction[88]).
Par ailleurs, le TGM sera intégré dans le réseau du métro léger et une nouvelle ligne construite vers Aïn Zaghouan et Bhar Lazrag (8,4 kilomètres). Une telle opération nécessitera la mise à niveau desquais de gares du TGM afin qu'ils soient adaptés aux rames du métro léger[89]. Parmi les autres projets prévus se trouvent une ligne vers la cité Ennasr (8,4 kilomètres) ainsi que l'extension de la ligne Tunis-Ettadhamen pour atteindre Mnihla (1,7 kilomètre).
De son côté, la ligne sud du métro léger est étendue ennovembre 2008 jusqu'àEl Mourouj 6 sur une longueur de 6,8 kilomètres. La longueur totale du réseau sera à terme de l'ordre de 84 kilomètres[89].
La ville est reliée par le transport aérien avec l'aéroport international de Tunis-Carthage, situé à huit kilomètres au nord-est du centre-ville, qui est mis en exploitation en 1940 sous le nom de Tunis-El Aouina[90]. L'aérogare actuelle est dotée d'une capacité d'accueil de cinq millions de voyageurs par an[90]. Disposant de deux pistes d'environ trois kilomètres de long chacune, il accueille 4 188 914 passagers en 2008 contre 304 918 en 2003[90].
Après l'indépendance, l'Office national des ports maritimes, qui prend en charge l'ensemble des ports du pays, modernise les infrastructures du port de Tunis durant lesannées 1960[91].
Tunis connaît également une densité de circulation importante en raison de la croissance du parc automobile qui évolue au rythme de 7,5 % par an[92]. D'ailleurs, la capitale concentre à elle seule au moins 40 % du parc national avec la circulation de quelque 700 000 voitures par jour[92].
C'est dans ce contexte que d'importants travaux d'infrastructure routière (viaducs, échangeurs,voies express, etc.) sont mis en route dès la fin desannées 1990 afin de désengorger les principaux axes de la capitale[93]. Tunis est par ailleurs le noyau d'où rayonnent les principales routes ainsi que toutes les autoroutes qui desservent les diverses régions du pays :
L'Espérance sportive de Tunis (EST), le Club africain (CA) et le Stade tunisien sont les grandsclubs omnisports de la ville. Les matchs entre les deux clubs desfaubourgs tunisois, l'EST et le CA, charrieraient symboliquement une opposition declasse sociale entre un club riche et bourgeois (EST) et un club pauvre et soutenu par les masses populaires (CA). Toutefois, en se penchant sur la composition des premiers bureaux directeurs ou sur la constitution des équipes, il est étonnant de constater combien labourgeoisie et les notables sont présents dans les deux clubs[97].
Les premières véritablesinstallations sportives sont aménagées sous le protectorat français, comme l'illustre l'aménagement de l'hippodrome de Ksar Saïd ou la construction du stade Géo-André devenu lestade Chedly-Zouiten, dans le quartier du Belvédère, qui a longtemps été lestade principal de la capitale avant d'être supplanté par lestade olympique d'El Menzah qui voit le jour au sein du complexe de la Cité olympique d'El Menzah bâtie à l'occasion desJeux méditerranéens de 1967. Celui-ci est lui-même supplanté par la Cité olympique du 7-Novembre et sonstade de 60 000 places[98] bâti àRadès pour les Jeux méditerranéens 2001 pour un coût estimé à 170 millions dedinars dont près de la moitié financée par des prêts sud-coréens et espagnols alors que le stade d'athlétisme représente un investissement de 12 millions de dinars et le village des sportifs un investissement estimé à 50 millions de dinars[99].
En 2008, le gouvernement annonce le lancement de la construction par le groupeémirati Boukhater d'un important complexe sportif comprenant plusieurs académies sportives, un stade de 20 000 places et un centre de natation. BaptiséTunis Sports City, il s'étendra au bord dulac de Tunis, sur la route deLa Marsa[100].
↑Les monuments antiques sont rares au sein de la médina. On trouve malgré tous les vestiges d'un théâtre romain englobé dans les bâtiments du Dar El Bey.
« Le sultan Mostancer[Abû `Abd Allah Muhammad al-Mustansir] voulant procurer aux dames de son harem la facilité de se rendre du palais au jardin de Ras Tabia qui touchait à l'enceinte de la ville, sans être exposées aux regards du public, fit élever une double muraille depuis le palais jusqu'au jardin […] Ensuite, il fit élever dans la cour de son palais le pavillon appelé Coubba-Asarak. Cet édifice forme un portail large et élevé dont la façade tournée vers le couchant et percée d'une porte à deux vantaux en bois artistiquement travaillé et dont la grandeur est telle que la force de plusieurs hommes réunis est nécessaire pour les ouvrir et les fermer. Dans chacun des deux côtés qui touchent à celui de la façade s'ouvre une porte semblable à celle que nous venons de décrire. La porte principale est ainsi du côté de l'occident et donne sur un énorme escalier d'environ cinquante marches. Les deux portes s'ouvrent sur des allées qui se prolongent jusqu'aux murs d'enceinte et reviennent ensuite aboutir dans la cour même […] Ce bâtiment aussi remarquable par la beauté de son architecture que par ses vastes dimensions offre un témoignage frappant de la grandeur du prince et de la puissance de l'empire. »
↑Sami YassineTurki et Imène ZaâfraneZhioua, « Analyse de la répartition spatiale et de l'aménagement des espaces verts programmés par les documents d'urbanisme dans le Grand Tunis »,Actes du séminaire « Étapes de recherches en paysage »,no 8,,p. 24(lire en ligne, consulté le).
↑Cette dernière est construite sur ordre du souverain Romdhane Bey en 1696 pour y inhumer la dépouille de sa mère d'origine italienne et de culte protestant. Elle est gérée par l'ambassade du Royaume-Uni à Tunis.
↑Frédéric Lasserre et Aline Lechaume,Le territoire pensé : géographie des représentations territoriales, Québec, Presses de l'université du Québec,, 346 p.(ISBN978-2760517431),p. 127.
↑Franck Moroy,Football et politique. Le derby tunisois Espérance sportive de Tunis - Club Africain, Aix-en-Provence, Institut d'études politiques, 1997.
Nora Lafi,« Les pouvoirs urbains à Tunis à la fin de l'époque ottomane : la persistance de l'Ancien régime », dansMunicipalités méditerranéennes. Les réformes urbaines ottomanes au miroir d'une histoire comparée (Moyen-Orient, Maghreb, Europe méridionale), Berlin, Klaus Schwarz Verlag,(lire en ligne),p. 229-254.
La version du 27 juillet 2007 de cet article a été reconnue comme « article de qualité », c'est-à-dire qu'elle répond à des critères de qualité concernant le style, la clarté, la pertinence, la citation des sources et l'illustration.