Pour les articles homonymes, voirTu quoque.
Tu quoque mi fili ou bienTu quoque fili ou encoreTu quoque fili mi (en français : « Toi aussi, mon fils ! ») est une célèbre locutionlatine, que la tradition attribue àJules César : ce dernier l'aurait adressée, en guise de dernier souffle, àBrutus.
La tradition a retenu la forme latine de cette phrase, mais il est plus vraisemblable qu'elle ait été prononcée engrec (« Καὶ σὺ τέκνον »).
Le fameuxTu quoque mi fili, transmis par la tradition sous sa forme latine, ne se trouve dans aucun texte ancien, mais est issu de la biographie de César contenue dans leDe viris illustribus urbis Romæ a Romulo ad Augustum (Des hommes illustres de Rome, de Romulus à Auguste) publié en1779 par l'abbé Lhomond : « Quum Marcum Brutum, quem loco filii habebat, in se irruentem vidisset, dixit : “Tu quoque fili mi !”» (« Quand il vit Marcus Brutus, qu'il traitait comme son fils, se précipiter sur lui, il dit : “Toi aussi, mon fils !”[1]»)[2].
En la matière, l'abbé Lhomond s'inspire de la mort de César rapportée, pour la première fois, parSuétone : « Atque ita tribus et uiginti plagis confossus est uno modo ad primum ictum gemitu sine uoce edito, etsi tradiderunt quidam Marco Bruto irruenti dixisse :καὶ σὺ τέκνον. » (« Il fut ainsi percé de vingt-trois coups : au premier seulement, il poussa un gémissement, sans dire une parole. Toutefois, quelques écrivains rapportent que, voyant s'avancer contre lui Marcus Brutus, il dit en grec : “Toi aussi, mon fils !” »[3]).
Après Suétone, la formule est rapportée, toujours en grec, parDion Cassius (155 - 229 ap. J.-C.) également à titre de variante dans la tradition[2] : « Ταῦτα μὲν τἁληθέστατα · ἢδη δέ τινες ϰαὶ ἐϰεῖνο εἶπον, ὃτι πρὸς τὸν Βροῦτον ἰσχυϱῶς πατάξαντα ἔφη · καὶ σὺ τέκνον; » (« Voilà la version la plus véridique. Certains, cependant, ajoutent à cet endroit le trait suivant. Alors que Brutus lui portait un coup violent, il lui aurait dit : “Toi aussi, mon fils !” »[4])
Les autres sources dont on dispose — en langue grecque avecNicolas de Damas[5],Plutarque[6], etAppien[7] — sont muettes sur ce point.
Pendant longtemps, les spécialistes de Suétone[8],[9],[10] n'ont guère accordé d'attention aux derniers mots de César, et les historiens qui évoquaient cet épisode, concluaient généralement par son inauthenticité[11],[12],[13]. La citation grecque, en effet, ne laissait pas d'être problématique : elle est la seule de laVie de César de Suétone, alors qu'en pareil cas Suétone traduit toujours[14].
La douloureuse surprise de Jules César, quand il se vit attaqué par celui qui lui devait tout et qu'il considérait comme son fils, se serait donc traduite dans ces mots, que rapportent certaines des sources de Dion Cassius :καὶ σὺ τέκνον ; « Toi aussi, mon fils ! ». Si, au moment où il agonise, César choisit d'employer le grec ancien pour s'exprimer, ce n'est pas qu'il se souvînt de ses études et qu'il étalât son érudition – il ne s'agit pas là, en effet, d'une citation littéraire, pour autant que nous puissions en juger –, mais il se livre bien à une exclamation spontanée émise sous l'emprise d'un sentiment violent, qui l'amène à retrouver la langue de son enfance, à savoir, comme pour tous les Romains de la classe supérieure, le grec ancien, et non le latin.
Jérôme Carcopino[15][16] a fait remarquer à juste titre que le mot τέκνον était couramment employé comme un terme d'affection envers plus jeune que soi : « Mon petit » ou « Mon garçon ». Ce sens, qui se trouve déjà chezHomère, est très bien attesté[17], ce qui n'est pas le cas pour le latinfilius[18]. Dès lors, l'apostrophe de César devient beaucoup plus compréhensible et beaucoup plus vraisemblable.
Marcus Junius Brutus était le fils de la maîtresse de César. Cependant, il est peu vraisemblable que Brutus fût le fils biologique de César ou que Brutus ou César l'eussent cru : la liaison deServilia Caepionis est connue, aussi bien par la population que par les historiens, comme ayant commencé en64 av. J.-C., quand Brutus avait au moins 20 ans. Cette opinion est néanmoins contestée par les historiens modernes, qui s'appuient sur les passages explicites de Plutarque et Suétone indiquant une liaison avec Servilia dès la naissance de Brutus, en 85 ou en 78.
L'hypothèse de Brutus comme fils naturel de César a circulé[19], mais les historiens actuels l'attribuent à la propagande de l'époque impériale[20]. En effet, l'Empire se veut l'héritier de César, et accuse donc Brutus d'être un parricide.
César avait une grande affection pour Brutus, lui ayant complètement pardonné son ralliement àPompée. Il l'avait ensuite couvert d'honneurs. Brutus était, en quelque sorte, le beau-fils de la main gauche de César[21],[15]. Par ailleurs, Brutus, sous le nom de Servilius Caepio, fut un temps fiancé à la fille de César, Julie[22], et après labataille de Pharsale, César éprouva une joie extrême à le savoir vivant[23]. Pour autant, il n'est pas exact de considérer Brutus comme le fils adoptif de César, ou son héritier désigné. C'estAuguste qui jouissait de ce rang.
La tradition, longtemps unanime, voyait dans ces mots un douloureux reproche adressé à unfils indigne. On considérait, en effet, qu'il s'agissait là d'un cri de douleur de César voyantBrutus au rang des conjurés : alors que César considère Brutus comme l'un de ses alliés, ce dernier se met du côté des assassins de César.
Une autre interprétation a vu alors le jour, fondée sur l'état de santé de César : peut-être épileptique et, partant, sujet à des diarrhées ou de violents vomissements, César n'écoute pas les mises en garde de ses proches et se rend volontairement à son propre assassinat afin de mettre un terme à son état dégradant. La phrase est alors à comprendre dans le sens : « Toi aussi, mon fils, tu seras vieux et faible et subiras le même sort ».
Enfin deux explications, qui d'ailleurs se rejoignent largement, sont maintenant avancées par les spécialistes. L'une part des sources figurées, l'autre des sources littéraires.
Dans la tragédieJules César, à l'acte III, scène 1, vers 77,William Shakespeare attribue comme derniers mots à César : « Et tu, Brute ? » (« Toi aussi, Brutus ? », « Brute » étant la forme devocatif de Brutus, « et » l'adverbe signifiant « même, aussi »). Ainsi, Shakespeare ne reprend-il pas l'idée de « fils » et ne fait-il pas s'exprimer César en grec. Il ne garde que la surprise de César de voir que même Brutus se joint aux conjurés. La pièce du dramaturge anglais ne se veut pas historiquement rigoureuse, puisqu'elle fait même intervenir des fantômes.
Dans le monde anglophone, c'est cette expression qui est employée pour invectiver celui qu'on accuse de trahison.
Les bandes dessinéesAstérix font un usage au second degré de cette phrase. Dans cette bande dessinée, Brutus est présenté comme le fils adoptif et unique héritier de César. César lui lance très souvent « Tu quoque mi fili » ou « Toi aussi, mon fils » dans des circonstances dont la légèreté contraste avec les circonstances historiques de cette phrase, comme c'est le cas dansLa Zizanie[26], lorsque les personnages vont déjeuner.
Par ailleurs, tout à la fin du filmAstérix aux Jeux olympiques, Jules César, joué parAlain Delon, lance un « Toi aussi, mon fils » à son fils Brutus joué parBenoît Poelvoorde. Dans ce film, Brutus semble être le fils biologique de César[27].
Sur les autres projets Wikimedia :
Autres citations célèbres deJules César :
Entourage |
| ||||||
---|---|---|---|---|---|---|---|
Politique |
| ||||||
Guerre des Gaules |
| ||||||
Guerre civile |
| ||||||
Assassinat |
| ||||||
Héritage |
| ||||||
Voir aussi |