Troy est unecité de l'État de New York, dans le nord-est desÉtats-Unis. Elle est lesiège ducomté de Rensselaer. Sa population s’élevait à 50 129 habitants lors durecensementde 2010, estimée à 49 565 habitantsen 2017. Troy est située à 11 km au nord de la capitale de l'État,Albany, sur la rive gauche du fleuveHudson, et fait partie de la même aire métropolitaine. Cette ancienne colonie néerlandaise abrite l'une des plus célèbres écoles d'ingénieurs des États-Unis, l'Institut polytechnique Rensselaer, fondé en 1824. Elle conserve une architecture coloniale intéressante dans le centre-ville.
Troy s'étend à quelques kilomètres au nord d'Albany, à la jonction par le fleuveHudson descanaux Érié et Champlain : elle forme l'antenne fluviale duNew York Barge Canal(en). C'est une importante plate-forme logistique pour l'agglomération[1].
Cette ville, construite toute en longueur du nord au sud, se trouve sur la frange occidentale ducomté de Rensselaer, et est bordée à l'ouest par l'Hudson, qui sert aussi la frontière avec lecomté d'Albany. À l'intérieur du comté de Rensselaer, Troy est limitrophe deSchaghticoke au nord, deBrunswick à l'est et de North Greenbush au sud ; dans le comté d'Albany, les villes voisines sont Colonie (New York),Menands etGreen Island, ainsi queWatervliet etCohoes. Au nord-ouest, Troy touche les faubourgs deWaterford, dans leComté de Saratoga.
Le plateau, sur lequel l'est de la ville s'est édifié, se prolonge par des coteaux accidentés et se termine à l'ouest par la plaine fluviale de l'Hudson. L'altitude moyenne est de 15 m, et le point culminant du plateau oriental est à 150 m d'altitude. Plusieurs ruisseaux, localement dénommés « kills » (mot rappelant la colonisationnéerlandaise) arrosent la ville de Troy et viennent se déverser dans l'Hudson : les deux plus importants, Poesten Kill et Wynants Kill, sont ponctués d'étangs et de cascades. La ville comporte d'ailleurs plusieurs étangs et lacs-réservoirs : Ida Lake, Bradley Lake et Wright Lake, les mares de Burden Pond et de Smarts Pond, le réservoir de Lansingburgh.
Compte tenu de son industrie textile autrefois très active, Troy est parfois baptisée la « ville de la chemise » (Collar City). AuXIXe siècle, c'était aussi l'un des plus grands centres métallurgiques d'Amérique, dépassée seulement parPittsburgh.
Troy, comme beaucoup d'anciens bastions industriels de Nouvelle-Angleterre, a été affectée par ledéclin industriel et la délocalisation des emplois. Néanmoins, la présence de l’Institut polytechnique Rensselaer (désormais premier employeur de la ville) lui a permis de développer un bassin d'emploi tourné vers les hautes technologies, notamment laprogrammation de jeux vidéo. Le centre-ville accueille une multitude de sociétés de publicité, de cabinets d'architecte et decréatifs attirés là par l'originalité de l'architecture.
Avant l'arrivée des Européens, lesMohicans possédaient un certain nombre de villages le long de l’Hudson, à l'aval de sa confluence avec larivière Mohawk. En particulier, les terres situées autour des torrents de Poesten Kill et de Wynants Kill appartenaient à deux tribus de Mohicans : celles desSkiwias (appeléePanhooseck), et celles desPeyhaunet (appeléePaanpack). Les terres comprises entre les deux ruisseaux, qui recouvrent le centre-ville historique, appartenaient à la tribu desAnnape. Au sud du ruisseau de Wynants Kill, sur le site de l'actuel faubourg de North Greenbush, les terres appartenaient à la tribu desPachquolapiet. Tous ces terrains furent achetés par lesNéerlandais entre 1630 et 1657 ausachem Skiwias[2]. Au total, il y eut plus de 75 actes de vente individuels signés avec des Mohicans au cours duXVIIe siècle[3].
Le nom de Troy (en hommage à la légendaire ville deTroie de l’Iliade d’Homère) a été adopté en 1789, et la région s'est constituée entown du domaine de Rensselaerswyck en 1791. Le bourg comprenait les terres deBrunswick et deGrafton. Troy reçut le statut de cité en 1816. En 1900, la ville de Lansingburgh fusionna avec Troy. Au cours des années post-Indépendance, au moment de la colonisation de l'arrière-pays de New York, les noms tirées de l'Antiquité classique étaient en grande faveur : outre Troy, il y eut les villes de Syracuse, Rome, Utica, Ithaca, ou encore Sempronius, Manlius, etc.
Le nord et l'ouest de l'État de New York fut l'un des principaux théâtres d'opération de laguerre anglo-américaine de 1812 : les milices et l'armée régulière américaines étaient alors commandées parStephen Van Rensselaer, de Troy. Troy était la plaque tournante des approvisionnements de l'armée. Les barils de vivre étaient frappés des initiales "U.S." : on dit que ces lettres étaient interprétées par les soldats commeOncle Sam (allusion au prénom d’un grossiste en viandes, Samuel Wilson) : c'est pourquoi Troy revendique depuis le statut de lieu de naissance de l'Oncle Sam.
Tout au long duXIXe siècle et jusqu'au début duXXe siècle, Troy était l'une des villes les plus prospères des États-Unis. Avant de s'imposer comme l'un des premiers bastions de la sidérurgie, c'est à Troy que l'on chargeait la viande et les légumes du Vermont sur les navires descendant l'Hudson vers New York. Le barrage de Federal Dam, à Troy , régulait le fleuve et le rendait navigable par lesvoiliers etvapeurs. Le trafic s'accrut énormément avec le creusement duCanal Érié, dont le terminus-est reliait Troy àCohoes en croisant l’Hudson à partir de 1825.
Mais la richesse de Troy vint surtout du développement de la sidérurgie, avec l'installation du premierconvertisseur Bessemer américain à côté d'une cascade du Wyantskill, le ruisseau qui se déversait dans l'Hudson au sud de la ville[4]. La sidérurgie locale exploita d'abord la houille et le minerai de fer des Adirondacks ; puis le minerai et le charbon furent acheminés à Troy depuis leMidwest par le Canal Érié, où ils étaient transformés en lingots d'acier avant de repartir, soit pour New York, soit vers les armureries de l'arsenal fédéral deWatervliet (appelée alors West Troy), de l'autre côté de l'Hudson. Au terme de laguerre de Sécession, la sidérurgie se déplaça plus à l'ouest pour se rapprocher des sites d'extraction. L'abondance de fonte et d'acier firent de Troy le berceau de l'architecture en fer : on trouve encore en ville de nombreux édifices historiques de ce courant architectural.
L'expansion de l'industrie lourde favorisa l'émergence d'ateliers spécialisés dans la construction mécanique, comme les instruments de mesureGurley Precision Instruments Co., ou les chaudronneries de laMeneely Bell Company. Lesthéodolites Gurley étaient les plus utilisés par les géomètres au cours de laconquête de l'Ouest et leur production ne s'interrompit qu'avec l'apparition sur le marché des niveaux lasers et digitaux qui, dans lesannées 1970, supplantèrent définitivement les technologies optiques. Troy est aussi le berceau de la première entreprise qui fabriqua descoques encarton imprégné selon un procédé qui annonce celui de la fibre de verre, du kevlar et des composites en fibre de carbone.
Les PME innovantes bénéficiaient de la présence de l'Institut polytechnique Rensselaer, l'une des meilleures écoles d'ingénieur du pays[5],[6]. Cet institut, subventionné à l'origine parStephen Van Rensselaer, l'un des plus illustres rejetons des fondateurs de la colonie, avait été fondé en 1824, et il finit par absorber l’éphémèreTroy University, qui ferma ses portes au cours de la guerre de Sécession, en 1862. L'institut Rensselaer bénéficie d'une longue tradition dans les transferts de technologie[7].
Réclame pour les chemisesArrow Collar (1907. J.C. Leyendecker).La gare de Troy vers 1900.
Parallèlement à la sidérurgie, Troy a développé dès le début duXIXe siècle une industrie textile florissante. En 1825,Hannah Lord Montague, lasse de laver les chemises de son mari, inventa lefaux-col : elle découpa le col des chemises, qui se salissaient plus souvent que le reste de la chemise, recousit les bords et pratiqua des œillets pour fixer le col : ainsi, elle pourrait laver et repasser le faux-col séparément. Montague lança ainsi une mode qui allait durer plus d'un siècle. Ses brevets du faux-cols et de la manche de chemise amovible furent d’abord exploités par la Sté Maullin & Blanchard, qui fut rachetée ensuite parCluett, Peabody & Co. Le tissage exigeant une main d'œuvre importante, on y employa très tôt les femmes et dès 1864, Troy vit la création du premiersyndicat ouvrier féminin du pays, laCollar Laundry Union, fondé parKate Mullany. Le, 300 ouvrières syndiquées se mettaient en grève et au bout de six jours, elles obtenaient des patrons une augmentation de salaire de 25%. L'industrie textile connut plusieurs innovations, comme la « sanforization », procédé inventé par Sanford Cluett en 1933, et permettant de rétrécir les fibres decoton de manière permanente et définitive. Cluett, la dernière usine Peabody de Troy, n'a fermé dans lesannées 1980, mais la production avait été à vrai dire délocalisée depuis des années dans leSud.
Lorsqu'au début des années 1920 l'industrie sidérurgique se plaça vers l'ouest, en Pennsylvanie et au-delà, suivie par l'industrie textile, Troy entra en déclin. Le vote de laProhibition et la surveillance particulière de l'administration O'Connell surAlbany firent bientôt de Troy la plaque tournante dutrafic d'alcool en provenance du Canada. D'autre part, le puritanisme des états voisins deNouvelle-Angleterre encourageait la multiplication desspeakeasies et des bordels en ville. C'est depuis Troy que des gangsters de la trempe d'unLegs Diamond dirigeaient leurs affaires, conférant à la ville la réputation sulfureuse qu'elle conserva jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.
Comme beaucoup d'anciens bastions industriels, Troy perdit non seulement son assise ouvrière, mais aussi une bonne partie de sa population et de sa richesse, au profit desbanlieues et du reste de l'arrière-pays de New-York. La municipalité dut vendre de plus en plus de terrains, et ce n'est que récemment que le patrimoine architectural et culturel a bénéficié d'investissements.
Selon l'American Community Survey pour la période 2010-2014, 87,49 % de la population âgée de plus de 5 ans déclare parler l'anglais à la maison, 5,44 % déclare parler l'espagnol, 1,74 % unelangue chinoise, 0,65 l'arabe, 0,65 % lefrançais et 4,04 % une autre langue[10].
La première afro-américaine chirurgien des états du Sud des États-Unis et première Afro-Américaine élue à l'Assemblée générale du Tennessee,Dorothy Lavinia Brown, a été accueillie dans un orphelinat de Troy durant toute son enfance. Elle y fréquenta également le lycée[13],[14].
↑D'aprèsRensselaer County Historical Society,A Resourceful People A Pictorical History of Rensselaer County, New York, Donning Co.,, 208 p.(ISBN978-0-89865-610-7).
↑D'après« America's Best Colleges 2007 »,U.S. News,(lire en ligne, consulté le)