Ne doit pas être confondu avecAsexualité.
Letrouble du désir sexuel hypoactif (Hypoactive Sexual Desire Disorder, HSDD) est unedysfonction sexuelle définie comme un manque dedésir sexuel qui cause unedétresse. Il peut concerner leshommes comme lesfemmes. Le diagnostic ne s'applique pas si le manque de désir s'explique par des difficultés relationnelles, desviolences conjugales, un traitement médical, ou une autre condition. Lorsque l'absence de désir n'est pas vécue comme un manque ou un problème à régler, on parle plutôt d'asexualité, qui n'est pas considérée comme un trouble.
Dans leDSM-5, deux troubles correspondent au désir sexuel hypoactif : la « diminution du désir sexuel chez l'homme » (MaleHypoactive Sexual Desire Disorder), et le « trouble de l'intérêt pour l'activité sexuelle ou de l'excitation sexuelle chez la femme » (Female Sexual Interest/Arousal Disorder)[1],[2]. Laclassification internationale des maladies utilise le terme de « trouble du désir sexuel hypoactif », sans distinction de genre[3]. Le termefrigidité, péjoratif, stigmatisant et imprécis[4],[5],[6], n'est plus utilisé par le milieu médical[4],[6]. Le termeanaphrodisie est un synonyme historique de « frigidité »[7].
Chez les femmes comme chez les hommes, le trouble du désir sexuel hypoactif peut être généralisé ou situationnel, c'est-à-dire limité à certains types de stimulations, de partenaires ou de situations[6],[1]. Il peut aussi être présent depuis que la personne est sexuellement active, ou acquis après une période d'activité sexuelle[6].
Lorsque l'absence de désir n'est pas vécue comme un manque ou un problème à régler, on parle plutôt d'asexualité[8], qui n'est pas considérée comme un trouble.
Entre leXIIIe et leXIXe siècles, ledroit canonique considère le manque de désir comme problématique en ce qu'il fait obstacle aumariage[9]. Pendant cette période, cette problématique concerne principalement les hommes[9]. AuXIIIe siècle, unedécrétale du papeGrégoire IX sur l'incapacité à exercer unrapport sexuel identifie deux causes de cette impuissance : la frigidité, et le maléfice[9]. La frigidité est la cause la plus courante : le mari ne dispose pas de la chaleur nécessaire pour produire une érection et une éjaculation[9]. L'autre cause possible est qu'un maléfice a été jeté à l'homme impuissant[9]. Il doit alors recourir à l'exorcisme[9]. Dans les textes canoniques, la question de savoir si la frigidité concerne aussi les femmes fait débat[9]. AuXVIIIe siècle, l'Encyclopédie deDiderot considère encore la frigidité comme un terme juridique qui ne s'applique qu'aux hommes[10].
Les premiers écrits médicaux sur le manque de désir apparaissent auXIXe siècle[9].
Pendant la première moitié duXIXe siècle, l'anaphrodisie, la frigidité et l'impuissance sont des termes interchangeables[7]. Ils désignent tous une absence dedésir, d'excitation ou de plaisir, sans distinction entre ces différents aspects[7]. Ces trois termes peuvent s'appliquer aux hommes comme aux femmes[7]. À cette époque, la médecine occidentale est dominée par lathéorie des humeurs[7]. La frigidité et l'impuissance sont alors associées auphlegme, à la mollesse et à laféminité[7]. Les traitements utilisés vont de la consommation d'aphrodisiaques à laflagellation et lafaradisation, en passant par lesbains de siège et la friction des organes[7].
Dans la seconde moitié duXIXe siècle, laméthode expérimentale pousse les médecins à fonder leurs théories sur l'anatomie et les observations cliniques[7]. Le chirurgienJean-Baptiste Fonssagrives distingue alors trois formes de frigidité ou d'anaphrodisie[11],[7]. L'une d'entre elles correspond à la baisse ou absence de désir, et est commune aux deux sexes[7]. La « frigidité locale » ou « impuissance proprement dite » est spécifique aux hommes, et désigne l'absence d'érection[7]. La troisième forme de d'anaphrodisie, « défaut de sensation voluptueuse pendant le rapprochement », concerne plutôt les femmes[7]. À la fin duXIXe siècle, la frigidité est considérée comme un trouble trouble plus spécifique aux femmes, très commun, et bénin[7]. Elle reste toutefois peu étudiée par rapport à l'impuissance masculine[7].
Dans la première moitié duXXe siècle, lapsychanalyse influence grandement le discours sur le manque de désir[7]. Dans sesTrois essais sur la théorie sexuelle (1905),Sigmund Freud associe le clitoris à la « sexualité infantile », et affirme que le siège de la sexualité féminine se déplace normalement vers le vagin à lapuberté[12]. À la suite de Freud, plusieurs psychanalystes utilisent le concept de frigidité ou d'« anesthésie sexuelle » pour désigner chez une femme l'absence d'orgasme parpénétration vaginale, sans stimulation directe du clitoris[13]. La psychanalysteMarie Bonaparte se considère elle-même frigide[12], et consacre une part importante de son œuvre à ce concept[12]. Selon elle, les femmes frigides sont celles qui ne tirent pas de plaisir de la pénétration[12], une pratique qu'elle considère normale et socialement nécessaire[12].
Le trouble du désir sexuel hypoactif est défini dans laClassification internationale des maladies et dans leManuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM), selon des critères légèrement différents.
Dans la Classification internationale des maladies, la trouble du désir sexuel hypoactif est défini comme l'absence ou la forte diminution du désir sexuel, sur période de plusieurs mois, qui entraîne « une souffrance cliniquement significative »[3]. Le manque de désir peut concerner le « désir spontané », le « désir en réponse aux signaux et aux stimulations érotiques », ou la capacité à maintenir le désir pendant une activité sexuelle[3]. Dans la 11e version de la classification, le diagnostic porte le code F52.0[3].
Dans leDSM-5, le trouble du désir sexuel hypoactif est séparé en deux diagnostics différents pour les hommes et les femmes. Dans les deux cas, les symptômes doivent être présents pendant au moins six mois, et s'accompagner d'une « détresse cliniquement significative »[1],[6]. Le diagnostic doit prendre en compte des facteurs individuels comme l'âge et le contexte socio-culturel[6],[1]. Le diagnostic ne s'applique pas si la personne considère qu'elle estasexuelle[2].
La « diminution du désir sexuel chez l'homme » est caractérisée par une absence ou un manque persistant ou répété defantasmes et dedésir sexuel, accompagné d'une détresse, et qui n'est pas mieux expliqué par un autre trouble ou affection médicale, par une souffrance liée à la relation, ou par l'utilisation d'un médicament ou d'une drogue[1],[6],[14].
Pour les femmes, le « trouble de l’intérêt/de l’excitation sexuels » est défini par une absence ou une réduction significative de l'intérêt ou de l'excitation sexuelle, accompagnée d'au moins trois des six critères suivants[6] :
Le diagnostic ne s'applique pas si le manque de désir est mieux expliqué par des difficultés relationnelles, des violences conjugales, un traitement médical, ou une autre condition[1].
Dans de nombreux cas, les causes de la diminution du désir sexuel ne sont pas connues[15].
Le trouble du désir sexuel hypoactif est un diagnostic critiqué[16],[17],[18].
« A key differentiating factor is the presence of significant distress in women with a diagnosis of SIAD. Though asexual individuals may experience distress related to a lack of widespread social acceptance of their asexual identification, they are unlikely to seek treatment to try and “fix” their lack of desire. Conversely, women with SIAD may seek psychological and/or pharmacological treatment to improve their desire levels. »
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