Letrouble de la personnalité schizoïde est untrouble de la personnalité caractérisé par un manque d'intérêt pour les relations sociales et une gamme restreinte d'expression des émotions dans les relations avec autrui. L'individu éprouve des difficultés à nouer des liens sociaux ; ses loisirs, son activité professionnelle, sont solitaires et indépendants. Il n'est en apparence pas touché par les marques de sympathie ou d'affection et n'exprime pas ses émotions, d'où une image de froideur, d'apathie.
La prévalence de ce trouble varie selon les études, de 1 %[1] à 5 %. Cette variation est due en partie au manque de définition précise de la personnalité schizoïde, à la confusion de celle-ci avec laschizophrénie, et à la rareté des diagnostics donnés. En effet, peu de personnes schizoïdes consultent pour des soins (alors qu'elles seraient en fait relativement nombreuses par rapport aux autres personnes atteintes de troubles de la personnalité, jusqu'à 40 % d'entre elles selon Philip Manfield[2]). Cette personnalité semble être un peu plus fréquente chez les hommes que chez les femmes[3],[4].
Le terme de « schizoïde » fut inventé en 1908 parEugen Bleuler[5] pour désigner une tendance naturelle d’une personne à s’attacher à la vie intérieure à l'encontre du monde extérieur. C’est un concept apparenté à l'introspection qui n’était alors pas assimilé à une psychopathologie. Bleuler désigna les amplifications morbides mais non-psychotiques comme étant une « personnalité schizoïde ». Depuis lors, des études sur la personnalité schizoïde furent développées de deux façons distinctes : premièrement un descriptif psychiatrique qui se concentre sur les comportements observables et les symptômes énoncés par leDSM-IV révisé, et secondement un descriptif psychologique incluant l’exploration des motivations inconscientes et de la structure caractérielle.
La description psychiatrique traditionnelle démarra avec le portrait des comportements schizoïdes observables qu’Ernst Kretschmer élabora en plusieurs groupes :
insociabilité, calme, réserve, sérieux et excentricité ;
timidité (notamment dans les sentiments), sensibilité, nervosité, excitabilité et penchant pour les livres et la nature ;
docilité, bienveillance, apparence d'honnêteté, indifférence, silence et attitudes émotionnelles froides.
Dans ces caractéristiques et selon le DSM-IV, certains voient les précurseurs de trois troubles de la personnalité distincts, même siKretschmer lui-même ne concevait pas la séparation radicale de ces comportements[réf. souhaitée]. Il les considérait plutôt comme présents les uns comme les autres mais avec des amplitudes variables selon les individus schizoïdes.Pour Kretschmer[réf. souhaitée], la majorité des schizoïdes ne sont pas soit hypersensibles soit froids, ils sont hypersensibles et froids en même temps dans des proportions relatives, avec une tendance à varier d’un comportement à l’autre. La description psychologique commença avecles observations d’Eugen Bleuler en 1924[réf. souhaitée]. Il observa que les personnes schizoïdes et les pathologies schizoïdes ne pouvaient pas être séparées. En 1940, W. R. D. Fairbairnprésenta son travail[réf. souhaitée] sur la personnalité schizoïde. On peut y trouver la majeure partie des phénomènes schizoïdes connus actuellement.Fairbairn esquisse quatre thèmes centraux :
le besoin de régler une distance relationnelle ;
la capacité à mobiliser ses défenses personnelles et la confiance en soi-même ;
une tension entre le besoin d‘attachement et le besoin de distance défensive, qui s’observe de façon manifeste par un comportement indifférent ;
une surévaluation du monde intérieur et l’exclusion du monde extérieur.
Dans le sillage de Fairbairn, la description psychiatrique a produitde riches analyses[réf. souhaitée] sur le caractère schizoïde, notamment par les écrivains Nannarello (1953), Laing (1960), Winnicott (1965), Guntrip (1969), Khan (1974), Akhtar (1987), Seinfeld (1991), Manfield (1992), et Klein (1995).
Selon leManuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, il s'agit d'un mode général de détachement par rapport aux relations sociales et de restriction des expressions émotionnelles. Cette personnalité se caractérise par la présence d'au moins quatre des traits suivants[6] :
le sujet ne recherche ni n'apprécie les relations sociales y compris intrafamiliales proches ;
il choisit presque toujours des activités solitaires ;
il présente peu ou pas d'intérêt pour le sexe (avec autrui) ;
il n'éprouve du plaisir que dans de rares activités ;
il n'a pas de confidents en dehors des parents du1er degré ;
il semble indifférent aux critiques autant qu'aux éloges d'autrui ;
il présente une froideur, un émoussement de l'affectivité.
Selon Harry Guntrip[8], les dix caractéristiques de la personnalité schizoïde sont l'introversion, le retrait, l'autarcie, lenarcissisme, l'indépendance, le sentiment de supériorité, le manque d'émotions, lasolitude, ladépersonnalisation et larégression.
Les patients paraissent insensibles, d'humeur monotone, froids et distants, sans pour autant chercher la marginalité volontairement. La plupart considèrent qu'ils sont« des observateurs plutôt que des participants au monde »[9].
Les difficultés de communication avec autrui signent un manque d'empathie plus ou moins important selon la personne. La personnalité schizoïde perçoit mal les émotions d'autrui, ainsi que les siennes, d'où des difficultés d'adaptation dans les rapports sociaux. Dans un tel contexte, l'adaptation socio-professionnelle peut être perturbée.
Cette personnalité est à rapprocher également de l'alexithymie (difficultés dans l’expression verbale des émotions).
La prise en charge est difficile compte tenu de l'absence de motivation de la part des patients. Le professionnel doit tenter de développer l'empathie du patient et élargir sa palette émotionnelle, l'amener à exercer des activités en groupe afin de réduire son isolement social.
DansL'Exil intérieur : schizoïdie et civilisation (1975),Roland Jaccard utilise métaphoriquement le terme deschizoïdie pour qualifier la civilisation occidentale, suivant l'idée que« nous côtoyons l'autre mais ne le rencontrons jamais ».
Syndrome d'Asperger (a parfois été nommétrouble schizoïde de l'enfance) - La psychologie française, d'inspiration psychanalytique, a longtemps cru que le syndrome d'Asperger était une forme de trouble schizoïde. En réalité ces deux troubles - bien que tous deux de nature neuropsychiatriques - sont très différents, de par leur origine et leurs mécanismes. Le trouble de la personnalité schizoïde peut évoluer vers une schizophrénie[réf. souhaitée], tandis que le syndrome d'Asperger présente des origines communes avec l'autisme. De la même façon, les troubles autistiques ont longtemps été considérés par les psychanalystes comme des psychoses alors que leur origine neurobiologique est très différente de celle des troubles psychotiques.