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Travertin

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Ne doit pas être confondu avecTuf volcanique.

Travertin
Description de cette image, également commentée ci-après
Échantillon de travertin rubané (Brésil).
Données clés
CatégorieRoche sédimentaire
Sous-catégorieRoche carbonatée
Composition chimique
CaCO3
Structure
Poreuse
CouleurBlanchâtre, jaune à brun
Utilisation
Construction
AffleurementRégions karstiques entre autres
Densitétrès variable selon la porosité et la taille des pores du travertin
Duretéfriable à très dure
FormationPrécipitation de calcite liée à la diminution de la quantité de CO2 dans l'eau

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Letravertin est uneroche sédimentairecalcaire continentale à aspectconcrétionné, grossièrementlitée, de couleur blanche quand elle est pure, ou tirant vers le gris, le jaunâtre, le rougeâtre ou le brun, selon les impuretés qu'elle renferme. La roche est caractérisée par de petites cavités (vacuoles) inégalement réparties. Cetteroche carbonatée se dépose aux émergences de certaines sources, et dans des cours d'eau peu profonds àpetites cascades[1].

Les travertins actuels contiennent de l'aragonite qui recristallise rapidement encalcite. Selon Julien Curie, le mot travertin désigne la roche produite en condition thermale (eau naturellement réchauffée), alors que letuf calcaire désigne la roche produite dans une eau froide[2].

Étymologie

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Le terme vient de l'italientivertino, lui-même issu dulatin(lapis) tiburtinus qui signifie « (pierre de)Tivoli ». En effet cette roche est depuis longtemps extraite de carrières proches de cette ville, alors appelée Tibur en latin, située à une trentaine de kilomètres deRome[3].

Formation

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Étagement degours dans une tuffière active, aux sources de l'Huveaune.

Le travertin se forme aux émergences de certaines sources ou cours d'eau à petites cascades, par précipitation/cristallisation decarbonates à partir d'eaux sursaturées en ionsCa2+ etHCO3. Cette cristallisation n'est généralement pas spontanée. Elle résulte des effets conjugués[4]

  • d'une chute rapide de la pression partielle de CO2 de l'eau[4] ;
  • d'une hausse de la température ambiante[4] ;
  • d'une augmentation de l'oxygénation[4] ;
  • de laturbulence des eaux[4] ;
  • d'algues (ex. :Phormidium,Schizothrix), éventuellement au milieu d'une zone de bryophytes[5] ;
  • deshépatiques, qui comme les mousses peuvent s'encroûter ;
  • dechampignons, sous forme de filaments mycéliens (ils sont présents dans la plupart des travertins composés à partir d'algues[6]) et - rarement - ils abritent des lichens[7] ;
  • debactéries (cyanophycées généralement[8],[9]) ;
  • de bryophytes (les roches fabriquées par des bryophytes sont parfois dites bryolithes[10]).

La végétation repousse de manière continue sur la structure au fur et à mesure qu'elle se calcifie et meurt. Au sein de la roche qui se forme, la nécromasse se décompose progressivement (débris végétaux tels que feuilles et branches qui fermentent puis disparaissent) pour ne pratiquement laisser que la matrice minérale. Ce cycle est entretenu tant qu'un apport d'eau sursaturée en carbonate se poursuit et que les algues et bryophytes croissent plus rapidement que le travertin ne se forme[11].

Le travertin est très fin quand il s'est formé en présence de biocénoses d'algues fines et/ou de bactéries encroutantes[12].
Il est au contraire grossier, poreux et riche en microcavités s'il est plutôt produit sur des tapis épais de mousses (bryophytes de typeBrachythecium sp.,Bryum sp.,Cratoneuron sp., ouGymnostonum recurvirostrum (Hedw.). Les algues peuvent coloniser des mousses et il en résulte un faciès intermédiaire.Dans les travertins grossiers, se trouvent parfois aussi des feuilles ou branches ou racines fossilisées.

Il existe de nombreux sites de dépôts tuffiers « néogènes » où l'on peut observer le phénomène de production de la roche. On parlera d'unesource pétrifiante. En zone tempérée, les bryophytes croissent relativement lentement (1 à 4 mm/an pourCratoneuron commutatum var. commutatum ; 2 à 3 mm/an pourEucladium verticillatum, 1 à 3 mm/an pourGymnostomum recurvostrum ; mais jusqu'à environ 30 mm pourRhynchostegium riparioides selon A. Pentecost[10].

Nassi sur laLoue près deCléron.

Le travertin peut prendre la forme de marches d'escalier, de barrages (appelésnassis enFranche-Comté), de vasques, etc.[4].

Unbarrage de castor peut y contribuer, comme dans le cas étudié par Geurtset al. dans le bassin de la rivièreCoal[4].

Si les eaux sont hydrothermales, en région froide, labiominéralisation continue à se produire activement en hiver.

Les bassins etbiohermes[13] qui existent sur certains sites actifs ne sont pas dus à ladissolution, mais à une bioconstruction et élévation continue de leurs parois par des communautés de mousses, bactéries et algues.

Écologie

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Le travertin en formation est un habitat qui abrite des communautés de bactéries et de végétaux (algues et bryophytes notamment).

Les travertins conservent des traces d'activités saisonnières qui leur confèrent des stratifications, ce qui permet de les considérer comme des structuresstromatolithiques[6].

L'étude du contenu de travertins anciens peut être faite pardécalcification (en utilisant par exemple de l'acide acétique dilué).Ceci permet de libérer un grand nombre de restes d'organismes piégés dans la matrice calcaire ; bactéries,cyanobactéries,pollens,microchampignons, algueseucaryotes, et petits animaux. Sur 300 échantillons de travertins décalcifiés par Freytetet al., seuls 9 contenaient encore des cristaux d'oxalate de calcium sous forme de faisceaux d'aiguilles, desphérulites et de prismes bipyramidaux tétragonaux (formes cristallines proches de celles trouvées dans certainsphanérophytes et les sols. Les cristaux d'oxalate de calcium sont métastables et se transforment rapidement en calcite pardiagenèse[6].

Lephytosociologue évoquera par exemple les associations duCratoneurion pour les décrire (groupement àCratoneuron commutatum qui peut être suivi de l'Eucladietum verticillati (dominé parEucladium verticillatum), l'association àScytonema myochrous[14],[15],[16].

Équilibre calco-carbonique

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Terrasses en travertin à Pamukkale, en Turquie.

Cela donne un aspect insolite à ces petits torrents, qu'on appelle alorssources pétrifiantes outufières.

L'équation chimique suivante exprime l'équilibre calco-carbonique :

CaCO3+CO2+H2OCa2++2(HCO3){\displaystyle CaCO_{3}+CO_{2}+H_{2}O\leftrightarrow Ca^{2+}+2(HCO_{3}^{-})}

À gauche de l'équation, le carbonate est solide (tuf calcaire), alors qu'à droite, il est sous forme d'ions dissous dans l'eau (érosion karstique).

C'est un dépôt de source de nature calcaire, vacuolaire, mais dans l'ensemble très solide, généralement rubané, blanchâtre. Les végétaux se sont décomposés pour laisser la pierre.

Utilisations

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Le travertin est résistant aux chocs, au gel et à l'usure. Mais il est beaucoup plus léger et facile à découper que le marbre, ce qui en a longtemps fait la roche privilégiée des constructions antiques ou de celles de laRenaissance, plus particulièrement pour les monuments religieux en Italie. LeColisée de Rome, lethéâtre de Marcellus, labasilique Saint-Pierre ainsi que de nombreux aqueducs et arcs de triomphe, sont bâtis avec du travertin venu de la carrière de Tivoli, à quelques dizaines de kilomètres de Rome[17].

Colisée à Rome (70-72), construit en travertin.

« C'est une rochecalcaire blanchâtre tirant sur le jaune et donnant des blocs de la plus grande dimension : son grain est très-fin, mais elle est persillée. Au sortir de la carrière elle est tendre, et devient ensuite fort dure ; sa ténacité la rend capable de supporter sans se rompre une charge considérable (...) Il est vrai qu'elle éclate au feu, mais elle résiste à toutes les intempéries de l'air. Enfin, elle acquiert avec le temps un ton chaud et coloré d'un aspect fort agréable[18]. »

« Le travertin est un dépôt calcaire d'eau douce, mais il n'est pas disposé en bancs d'une épaisseur uniforme : sa hauteur varie, au contraire, pour chaque bloc ; ce qui, afin de ménager la pierre, oblige à faire des raccordements. L'inconvénient d'avoir des assises non réglées diminue au reste pour le travertin, parce que les nuances des divers morceaux diffèrent infiniment peu entre elles. La plupart étant d'ailleurs posés sans mortier ou avec un mortier composé de sable très-fin, les joints sont peu sensibles et l'irrégularité s'aperçoit à peine[18]. »

Le travertin, importé en France, provient majoritairement de Turquie. Il est utilisé en dallage, carrelage, escaliers, pour des douches à l'italienne ou en extérieur pour les margelles de piscine, les terrasses ou les pierres tombales. Le travertin n'a pas besoin de beaucoup d'entretien et n'accumule pas la chaleur[19]. La pierre se décline en une palette de couleurs allant du blanc ou gris au marron foncé[17].

On le pose brut de sciage ou vieilli, sans rebouchage des cavités, contrairement à l’intérieur, où il est poli ou adouci et rebouché, pour la commodité de l’entretien.

Gisements

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Dans le Latium

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Des travertins sont extraits dans de nombreux lieux dans le monde. Les carrières les plus célèbres, historiques, et importantes se situent sur la zone deTivoli Terme etFavale-Campolimpido près deTivoli et Villalba près deGuidonia Montecelio dans leLatium enItalie. Les carrières près des villes d'Orte, deViterbe, et d'Ascoli en Italie sont aussi réputées. Ces travertins sont utilisés localement ou exportés vers d'autres régions d'Italie et à l'étranger.

Lapierre Palommno est un tuf calcaire dont on fait une excellente chaux, et qu'on trouve en abondance dans les montagnes dePalestrine et deTivoli. Cette pierre est blanche, poreuse, tantôt fragile et tantôt compacte. Les anciens s'en servaient quelquefois pour les ouvrages de maçonnerie de blocage, et même pour les ouvrages réticulés,opus reticulatum[18].

« Voici de quelle manière est dirigée l'exploitation du travertin au pied des collines de Tivoli, d'où l'on tire la majeure partie de celui qu'on emploie aux constructions de Rome. On découvre dans toute cette plaine, au-dessous d'une terre fertile et à la profondeur d'environ 70 cm à 90 cm, une première couche de travertin de qualité inférieure, et interrompue de distance en distance par des fentes ou quelques parties terreuses. En conduisant la fouille à une profondeur de 6 à 7 mètres, on trouve une couche de calcaire crayeux d'environ 12 cm d'épaisseur, d'où sortent des sources d'eau. Enfin, sous ce calcaire crayeux, on rencontre le travertin propre à l'exploitation. Cette division des carrières de travertin en deux couches bien distinctes rend plus facile l'extraction de la couche inférieure[18]

Dans le département de la Marne

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Certains travertins d'âgethanétien deSézanne dans laMarne comportent de magnifiques empreintes de feuilles.

En Belgique

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Hesbaye

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Pays de Herve

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Condroz

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Lorraine belge

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Galerie d'images

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Références

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  1. Alain Foucault, Jean-François Raoult,Dictionnaire de géologie, Masson,,p. 292
  2. Curie J (2013).Les travertins anthropiques, entre histoire, archéologie et environnement: étude geoarchéologique du site antique de Jebel Oust (Tunisie) ; Thèse de Doctorat, Dijon.
  3. « Travertin », surcnrtl.fr.
  4. abcdef etg[Geurts, Frappier & Tsien 1992] Marie-Anne Geurts, Monique Frappier et Hsien Ho Tsien, « Morphogenèse des barrages de travertin de Coal River Springs, sud-est du Territoire du Yukon »,Géographie physique et Quaternaire,vol. 46,no 2,‎,p. 221-232(lire en ligne[PDF] surerudit.org, consulté le).
  5. Pentecost A (1998)The significance of calcite (travertine) formation by algae in a moss-dominated travertine from Matlock Bath, England. Archiv für Hydrobiologie, 143(4), 487-509 (résumé).
  6. ab etcFreytet, P., & Verrecchia, E. (1995).Discovery of Ca oxalate crystals associated with fungi in moss travertines (bryoherms, freshwater heterogeneous stromatolites). Geomicrobiology Journal, 13(2), 117-127 (résumé).
  7. Pentecost A. & Fletcher A (1974)Tufa, an unusual lichen substrate. Lichenologist 6, 100-02
  8. (en) Pentecost A., « Cyanobacteria associated with hot spring travertines »,Canadian Journal of Earth Sciences,vol. 40(11),‎,p. 1447-1457.
  9. Golubic S (1973)The relationship between blue-green algae and carbonate deposits,p. 434-472. In N.E. Carr et B. Whitton, edit., The biology of blue-green algae. Basil Blackwell, Oxford
  10. a etbPentecost A (1987)Some observations on the growth rates of mosses asso-ciated with tufa and the interpretation of some postglacial bryoliths. Cave Science, 14: 543-550 ; DOI:10.1179/jbr.1987.14.3.543 (résumé)
  11. Guillaume Billet, Benjamin Bonnefoy, Patrick de Wever, Alexandra Houssaye, Didier Merle,Promenade géologique à Étampes, éditions Biotope,,p. 13.
  12. Adolphe JP et Billy C (1974)Biosynthèse de la calcite par une association bactérienne aérobie. Comptes rendus de l'Académie des sciences de Paris, 278: 2873-2875
  13. Lang J & Lucas G (1970).Contribution à l'étude des biohermes continentaux, barrages des lacs de Band-e-Amir (Afghanistan central). Bulletin de la Société géologique de France 7 (5) : 834-842
  14. De Sloover J & Goosens M (1984)Les associations du Cratoneurion d'un travertin de Lorraine belge . Bulletin de la Société royale de botanique de Belgique/Bulletin van de Koninklijke Belgische Botanische Vereniging, 37-50 (résumé)
  15. Ector L (1987)Étude phytosociologique du Cratoneuretum falcati dans le Val de Bagnes (Valais, Suisse). Bulletin de la Murithienne, (105), 79-86.
  16. Couderc JM (1977).Les groupements végétaux des tufs de Touraine. Documents phytosociologique, 37-50.
  17. a etbCélineDeluzarche, « Définition | Travertin - Tuf calcaire | Futura Planète », surFutura(consulté le)
  18. abc etdPaul-Marie Letarouilly. Édifices de Rome moderne ou recueil des palais, maisons, églises, couvents et autres monuments publics et particuliers les plus remarquables de la ville de Rome. D. Avanzo, 1849 (Livre numérique Google)
  19. L'été, on peut marcher pieds nus sur les sols en travertin.
  20. abc etdRenseignement fourni par M Roland Dreesen, Institut Royal belge des Sciences Naturelles
  21. La biodiversité en Wallonie - 3215 - Etang de Vivegnis et Thier de l'Abbaye
  22. [1]
  23. Lohest, M., 1908. Les fouilles de la place St-Lambert au point de vue géologique. Annales Soc. Géol. Belg., 35: 61-64.
  24. "Au S et près de Hollogne-aux-Pierres, on voit une masse de tuf de 6 mètres environ de hauteur, en tout semblable à celui du Hoyoux."Dumont, A.H., 1832. Mémoire. La constitution géologique de la province de Liège; p. 332
  25. La biodiversité en Wallonie - 376 - Vallée du ruisseau de Bolland
  26. Dossier de protection : Altenbroek, vallée de la Voer et environs aux Fourons (Fouron-le-Comte et Fouron-Saint-Martin) – site historico-culturel

Voir aussi

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Articles connexes

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Liens externes

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Bibliographie

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