Letravertin est uneroche sédimentairecalcaire continentale à aspectconcrétionné, grossièrementlitée, de couleur blanche quand elle est pure, ou tirant vers le gris, le jaunâtre, le rougeâtre ou le brun, selon les impuretés qu'elle renferme. La roche est caractérisée par de petites cavités (vacuoles) inégalement réparties. Cetteroche carbonatée se dépose aux émergences de certaines sources, et dans des cours d'eau peu profonds àpetites cascades[1].
Les travertins actuels contiennent de l'aragonite qui recristallise rapidement encalcite. Selon Julien Curie, le mot travertin désigne la roche produite en condition thermale (eau naturellement réchauffée), alors que letuf calcaire désigne la roche produite dans une eau froide[2].
Le terme vient de l'italientivertino, lui-même issu dulatin(lapis) tiburtinus qui signifie « (pierre de)Tivoli ». En effet cette roche est depuis longtemps extraite de carrières proches de cette ville, alors appelée Tibur en latin, située à une trentaine de kilomètres deRome[3].
Étagement degours dans une tuffière active, aux sources de l'Huveaune.
Le travertin se forme aux émergences de certaines sources ou cours d'eau à petites cascades, par précipitation/cristallisation decarbonates à partir d'eaux sursaturées en ionsCa2+ etHCO3−. Cette cristallisation n'est généralement pas spontanée. Elle résulte des effets conjugués[4]
d'une chute rapide de la pression partielle de CO2 de l'eau[4] ;
deshépatiques, qui comme les mousses peuvent s'encroûter ;
dechampignons, sous forme de filaments mycéliens (ils sont présents dans la plupart des travertins composés à partir d'algues[6]) et - rarement - ils abritent des lichens[7] ;
de bryophytes (les roches fabriquées par des bryophytes sont parfois dites bryolithes[10]).
La végétation repousse de manière continue sur la structure au fur et à mesure qu'elle se calcifie et meurt. Au sein de la roche qui se forme, la nécromasse se décompose progressivement (débris végétaux tels que feuilles et branches qui fermentent puis disparaissent) pour ne pratiquement laisser que la matrice minérale. Ce cycle est entretenu tant qu'un apport d'eau sursaturée en carbonate se poursuit et que les algues et bryophytes croissent plus rapidement que le travertin ne se forme[11].
Le travertin est très fin quand il s'est formé en présence de biocénoses d'algues fines et/ou de bactéries encroutantes[12]. Il est au contraire grossier, poreux et riche en microcavités s'il est plutôt produit sur des tapis épais de mousses (bryophytes de typeBrachythecium sp.,Bryum sp.,Cratoneuron sp., ouGymnostonum recurvirostrum (Hedw.). Les algues peuvent coloniser des mousses et il en résulte un faciès intermédiaire.Dans les travertins grossiers, se trouvent parfois aussi des feuilles ou branches ou racines fossilisées.
Le travertin peut prendre la forme de marches d'escalier, de barrages (appelésnassis enFranche-Comté), de vasques, etc.[4].
Unbarrage de castor peut y contribuer, comme dans le cas étudié par Geurtset al. dans le bassin de la rivièreCoal[4].
Si les eaux sont hydrothermales, en région froide, labiominéralisation continue à se produire activement en hiver.
Les bassins etbiohermes[13] qui existent sur certains sites actifs ne sont pas dus à ladissolution, mais à une bioconstruction et élévation continue de leurs parois par des communautés de mousses, bactéries et algues.
Le travertin en formation est un habitat qui abrite des communautés de bactéries et de végétaux (algues et bryophytes notamment).
Les travertins conservent des traces d'activités saisonnières qui leur confèrent des stratifications, ce qui permet de les considérer comme des structuresstromatolithiques[6].
L'étude du contenu de travertins anciens peut être faite pardécalcification (en utilisant par exemple de l'acide acétique dilué).Ceci permet de libérer un grand nombre de restes d'organismes piégés dans la matrice calcaire ; bactéries,cyanobactéries,pollens,microchampignons, algueseucaryotes, et petits animaux. Sur 300 échantillons de travertins décalcifiés par Freytetet al., seuls 9 contenaient encore des cristaux d'oxalate de calcium sous forme de faisceaux d'aiguilles, desphérulites et de prismes bipyramidaux tétragonaux (formes cristallines proches de celles trouvées dans certainsphanérophytes et les sols. Les cristaux d'oxalate de calcium sont métastables et se transforment rapidement en calcite pardiagenèse[6].
À gauche de l'équation, le carbonate est solide (tuf calcaire), alors qu'à droite, il est sous forme d'ions dissous dans l'eau (érosion karstique).
C'est un dépôt de source de nature calcaire, vacuolaire, mais dans l'ensemble très solide, généralement rubané, blanchâtre. Les végétaux se sont décomposés pour laisser la pierre.
Le travertin est résistant aux chocs, au gel et à l'usure. Mais il est beaucoup plus léger et facile à découper que le marbre, ce qui en a longtemps fait la roche privilégiée des constructions antiques ou de celles de laRenaissance, plus particulièrement pour les monuments religieux en Italie. LeColisée de Rome, lethéâtre de Marcellus, labasilique Saint-Pierre ainsi que de nombreux aqueducs et arcs de triomphe, sont bâtis avec du travertin venu de la carrière de Tivoli, à quelques dizaines de kilomètres de Rome[17].
« C'est une rochecalcaire blanchâtre tirant sur le jaune et donnant des blocs de la plus grande dimension : son grain est très-fin, mais elle est persillée. Au sortir de la carrière elle est tendre, et devient ensuite fort dure ; sa ténacité la rend capable de supporter sans se rompre une charge considérable (...) Il est vrai qu'elle éclate au feu, mais elle résiste à toutes les intempéries de l'air. Enfin, elle acquiert avec le temps un ton chaud et coloré d'un aspect fort agréable[18]. »
« Le travertin est un dépôt calcaire d'eau douce, mais il n'est pas disposé en bancs d'une épaisseur uniforme : sa hauteur varie, au contraire, pour chaque bloc ; ce qui, afin de ménager la pierre, oblige à faire des raccordements. L'inconvénient d'avoir des assises non réglées diminue au reste pour le travertin, parce que les nuances des divers morceaux diffèrent infiniment peu entre elles. La plupart étant d'ailleurs posés sans mortier ou avec un mortier composé de sable très-fin, les joints sont peu sensibles et l'irrégularité s'aperçoit à peine[18]. »
Le travertin, importé en France, provient majoritairement de Turquie. Il est utilisé en dallage, carrelage, escaliers, pour des douches à l'italienne ou en extérieur pour les margelles de piscine, les terrasses ou les pierres tombales. Le travertin n'a pas besoin de beaucoup d'entretien et n'accumule pas la chaleur[19]. La pierre se décline en une palette de couleurs allant du blanc ou gris au marron foncé[17].
On le pose brut de sciage ou vieilli, sans rebouchage des cavités, contrairement à l’intérieur, où il est poli ou adouci et rebouché, pour la commodité de l’entretien.
Des travertins sont extraits dans de nombreux lieux dans le monde. Les carrières les plus célèbres, historiques, et importantes se situent sur la zone deTivoli Terme etFavale-Campolimpido près deTivoli et Villalba près deGuidonia Montecelio dans leLatium enItalie. Les carrières près des villes d'Orte, deViterbe, et d'Ascoli en Italie sont aussi réputées. Ces travertins sont utilisés localement ou exportés vers d'autres régions d'Italie et à l'étranger.
Lapierre Palommno est un tuf calcaire dont on fait une excellente chaux, et qu'on trouve en abondance dans les montagnes dePalestrine et deTivoli. Cette pierre est blanche, poreuse, tantôt fragile et tantôt compacte. Les anciens s'en servaient quelquefois pour les ouvrages de maçonnerie de blocage, et même pour les ouvrages réticulés,opus reticulatum[18].
↑Pentecost A (1998)The significance of calcite (travertine) formation by algae in a moss-dominated travertine from Matlock Bath, England. Archiv für Hydrobiologie, 143(4), 487-509 (résumé).
↑ab etcFreytet, P., & Verrecchia, E. (1995).Discovery of Ca oxalate crystals associated with fungi in moss travertines (bryoherms, freshwater heterogeneous stromatolites). Geomicrobiology Journal, 13(2), 117-127 (résumé).
↑Pentecost A. & Fletcher A (1974)Tufa, an unusual lichen substrate. Lichenologist 6, 100-02
↑a etbPentecost A (1987)Some observations on the growth rates of mosses asso-ciated with tufa and the interpretation of some postglacial bryoliths. Cave Science, 14: 543-550 ; DOI:10.1179/jbr.1987.14.3.543 (résumé)
↑Guillaume Billet, Benjamin Bonnefoy, Patrick de Wever, Alexandra Houssaye, Didier Merle,Promenade géologique à Étampes, éditions Biotope,,p. 13.
↑Adolphe JP et Billy C (1974)Biosynthèse de la calcite par une association bactérienne aérobie. Comptes rendus de l'Académie des sciences de Paris, 278: 2873-2875
↑Lang J & Lucas G (1970).Contribution à l'étude des biohermes continentaux, barrages des lacs de Band-e-Amir (Afghanistan central). Bulletin de la Société géologique de France 7 (5) : 834-842
↑De Sloover J & Goosens M (1984)Les associations du Cratoneurion d'un travertin de Lorraine belge . Bulletin de la Société royale de botanique de Belgique/Bulletin van de Koninklijke Belgische Botanische Vereniging, 37-50 (résumé)
↑Ector L (1987)Étude phytosociologique du Cratoneuretum falcati dans le Val de Bagnes (Valais, Suisse). Bulletin de la Murithienne, (105), 79-86.
↑Couderc JM (1977).Les groupements végétaux des tufs de Touraine. Documents phytosociologique, 37-50.
↑abc etdPaul-Marie Letarouilly. Édifices de Rome moderne ou recueil des palais, maisons, églises, couvents et autres monuments publics et particuliers les plus remarquables de la ville de Rome. D. Avanzo, 1849 (Livre numérique Google)
↑L'été, on peut marcher pieds nus sur les sols en travertin.
↑abc etdRenseignement fourni par M Roland Dreesen, Institut Royal belge des Sciences Naturelles
Chafetz HS & Folk R (1984)« Travertines : depositional morphology and the bacterial constructed constituents. »Journal of Sedimentary Petrology, 54:289-316
Emeis KC, Richnow HH & Kempe S (1987)« Travertine formation in Plitvice National Park, Yugoslavia: chemical versus biological control » ;Sedimentology, 34: 595-609
Ford TD & Pedley HM (1996)« A review of tufa and travertine deposits of the world ».Earth-Science Reviews, 41(3), 117-175.
Geurts MA (1976)« Genèse et stratigraphie des travertins de fond de vallée en Belgique ».Acta geographica Lovaniensia 16, 66 p
Hoffmann F (2005)Les Tufs et travertins en Périgord-Quercy (No. 13). Presses univ de Bordeaux.
Lorah MM & Herman JS (1988)« The chemical evolution of travertine-depositing stream : geochemical processes and transfer reactions ».Water Ressources Research, 24 (9): 1541-1552
Symoens JJ, Duvigneaud P & Vanden Berghen C (1951)Aperçu sur la végétation des tufs calcaires de la Belgique. Bulletin de la Société royale de botanique de Belgique, 83: 329-352