Le traité est dit« desPyrénées » en raison de sonarticle 42 qui, dans la versionfrançaise du traité, énonce que« lesmonts Pyrénées, qui ont anciennement divisé lesGaules desEspagnes, feront aussi dorénavant la division des deux mêmes royaumes »[2],[3],[N 1].
En1648, lestraités de Westphalie concluent laguerre de Trente Ans et laguerre de Quatre-Vingts Ans, laFrance se retrouve en position de force enEurope. La dynastie desHabsbourg, qui régnait sur l'Espagne, lesPays-Bas espagnols, et une partie de l'Europe centrale, en ressort affaiblie. En1658, à labataille des Dunes entreDunkerque etNieuport enFlandre, l’Espagne est vaincue par la France, alliée à l'Angleterre deCromwell et emmenée parTurenne. À la suite de cette victoire, la Flandre, alors sous contrôle espagnol, passe aux mains des Français.Mazarin pense alors qu'il est temps de négocier et interdit à Turenne de continuer son avancée en Flandre afin de ne pas inquiéter Anglais et Hollandais[5]. Cette défaite espagnole ainsi que la volonté de modération de la France voulue par Mazarin facilitent l'ouverture de négociations[6].
Les négociations de paix commencent en à Madrid, menées parHugues de Lionne pour le royaume de France etLuis de Haro pour celui d'Espagne. Elles traînent en longueur car, à l'époque, les traités de paix entre deux royaumes s'accompagnent souvent de contrats de mariage entre les deux familles régnantes, en l'occurrence celui de l'infante Marie-Thérèse, fille aînée du roiPhilippe IV d'Espagne, avec soncousin doublement germain (leur père respectif ayant épousé la sœur de l'autre), le roi de FranceLouis XIV, tous deux âgés de 21 ans[7].
Afin d'obliger Philippe IV à proposer soninfante à la cour royale de France,Mazarin feint de vouloir marier le roi à sa cousineMarguerite de Savoie[8].
Au mois de, Louis XIV est accueilli en grande pompe àLyon, pour rencontrer la cour de Savoie et montrer qu'il prépare son mariage. Le plan réussit, car le l'envoyé du roi d'Espagne vient offrir la main de l'infante[9].
Le, Mazarin et de Haro signent les articles patents du traité, ses articles secrets ainsi que le contrat de mariage. Le, le roi d'Espagne ratifie l'ensemble.
Le traité des Pyrénées proprement dit se compose de 124 articles publics[10] et de huit articles secrets[10]. Il est accompagné des huit articles ducontrat de mariage duroi et de l'infante[10].
Le célèbrearticle 42 prévoit que« les monts Pyrénées qui avaient anciennement divisé les Gaules des Espagnes seront aussi dorénavant la division des deux mêmes royaumes ». Il est souvent dit que ce texte délimite avec précision l'espace territorial des deux puissances. Mais la formulation réelle du traité est très vague et ambivalente. Le texte indique :« la crête des montagnes qui forment les versants des eaux ». Le tracé de la frontière n'est par la suite pas matérialisé sur le terrain, et le texte ne supprime aucunement les droits de « lies et passeries » qui permettent aux communautés paysannes de jouir de coutumes de pacage (pâturage pour le bétail) sur les terres du pays voisin, de l'autre côté de la frontière.
Une convention entre les commissaires de France et d'Espagne, en exécution du quarante-deuxième article du traité des Pyrénées, touchant les33 villages du comté de Cerdagne qui doivent demeurer au roi de France, est conclue àLlivia le. Deux siècles plus tard, sous leSecond Empire, le traité est clarifié (traités de Bayonne) et la frontière terrestre est marquée par602 bornes sur le terrain.
Carte de la partition de laCatalogne par le traité des Pyrénées.
L'article 61 concerne la renonciation par le roi d'Espagne, à qui l'empereur avait promis l'Alsace, à toute revendication des territoires alsaciens annexés par la France en vertu dutraité de Münster, en échange du paiement par le roi de France des indemnités qu'en vertu dudit traité il doit à l'archiduc d'Autriche, ancien souverain de ces territoires[14].
Lesarticles 62 à 78 traitent des duchésde Lorraine etde Bar :Le duc de Lorraine et de Bar,Charles IV, récupère une bonne partie de ses possessions, sauf leduché de Bar. Il retrouve ce territoire au moyen d'une nouvelle négociation avec la France qui se conclut par letraité de Vincennes en, peu avant la mort deMazarin.
Le traité des Pyrénées est le dernier acte diplomatique d'importance deMazarin. Suivant lestraités de Westphalie, il donne àLouis XIV une stabilité ainsi qu'un avantage diplomatique considérable :
l'affaiblissement de lacouronne d'Espagne et la prépondérance de la France en Europe ;
ladot de 500 000 écus est un facteur très important. Soit la dot sera versée et les finances de la France se porteront mieux, soit elle ne le sera pas - ce qui sera le cas - et ce sera un élément important en faveur de Louis XIV sur le plan diplomatique ;
la futurereine de France renonce par là même, pour elle et sa descendance, à ses droits sur la couronne d’Espagne (origine de laguerre de Dévolution entre mai1667 et1668) et qui permettra à Louis XIV, plus tard, de soutenir les droits à la succession à la couronne espagnole ;
la frontière entre les deux royaumes délimitée par plusieurs centaines de bornes. Elle ne sera pas strictement conservée. Sous leSecond Empire, elle sera définie par les délégués français de la Commission mixte pour la délimitation de la frontière, ou lors dutraité de Bayonne conclu le.
La France est désormais la grande puissance de l'Europe, et lesBourbons prennent définitivement le dessus sur lesHabsbourg d'Espagne.
En 1660, avec la fin de laPremière guerre du Nord, l'Europe est quasiment en état de paix, excepté entre l'Espagne et le Portugal, entraînés dans un conflit qui s'achèvera par labataille de Montes Claros, le. Les hostilités entre les royaumes de France et d'Espagne ne reprendront qu'avec laguerre de Dévolution, déclenchée en 1667.
↑L'article 42 de la versionespagnole du traité énonce que« los montes Pirineos, que comünmente han sido siempre tenidos por division de las Espanas y de las Galias, sean de aquí delante también la division de los mismos reynos »[3], c'est-à-dire que« les monts Pyrénées, qui communément ont toujours été tenus pour la division des Espagnes et des Gaules, seront aussi désormais la division des deux mêmes royaumes »[4].
↑La liste de ces villages a été fixée dans letraité de Llívia (1660). Lors des rudes tractations menées pour définir les limites méridionales précises du nouveau royaume de France,Mazarin s’étonne de ne point trouver le nom deLlívia dans la liste des33 villages du comté de Cerdagne concédés à la France. DonLuis de Haro lui rappelle l’antique statut demunicipe, donc de ville et non de village. La localité deLlívia fut donc reconnue comme une ville et ne fut pas annexée, elle est encore aujourd'hui une enclave espagnole en territoire français : sur le terrain, une « route neutre » (sans contrôle douanier) de 4 km relie Llívia au territoire espagnol et àPuigcerda.