Pour les articles homonymes, voirTraité de Péronne.
| Signé | Péronne, une desvilles de la Somme |
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| Parties | ||
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| Signataires |
Traité d'Ancenis (1468)Traité du Crotoy (1471)
| Conflans (1465) |
| Saint-Maur (1465) |
| Caen (1465) |
| Ancenis (1468) |
| Péronne (1468) |
| Crotoy (1471) |
| Soleuvre (1475) |
| Senlis (1475) |
| Arras (1482) |
Letraité de Péronne[1] du 14 octobre 1468 est un traité conclu entre le roi de FranceLouis XI et leduc de BourgogneCharles le Téméraire.
Ce traité est conclu l'année suivant l'avènement de Charles, trois mois après son mariage avec la princesse anglaiseMarguerite d'York en juillet 1468. Louis XI cherche en effet à se garantir contre une reprise de la guerre de laligue du Bien public (1463-1465) et contre une éventuelle intervention anglaise en France.
Les pourparlers ont lieu à partir du 10 octobre au château dePéronne enVermandois, ville tenue par le duc de Bourgogne. Ils sont perturbés par l'annonce le 12 octobre d'une révolte des Liégeois contre Charles, qui, accusant Louis XI de soutenir cette révolte, le place en situation de captivité.
Louis XI n'est libéré qu'après avoir signé un traité dont les clauses sont très favorables à Charles le Téméraire et avoir assisté le duc dans la répression de Liège.
Louis XI succède àCharles VII en 1461.
Les ducs de Bourgogne,Philippe le Bon (1396-1467), puis son filsCharles le Téméraire (1433-1477), issus d'unebranche cadette de lamaison de Valois, donc cousins des rois de France, sont à cette époque à la tête d'un puissant ensemble politique, incluant, en plus duduché de Bourgogne (Dijon), lecomté de Bourgogne (Dole), lecomté de Charolais, lecomté de Nevers, lecomté de Flandre (Gand), lecomté d'Artois (Arras), lecomté de Hainaut (Mons), lecomté de Namur, leduché de Brabant (Bruxelles), leduché de Luxembourg, lecomté de Hollande, lecomté de Zélande et laseigneurie de Frise, territoires dont une partie se trouve dans leroyaume de France et l'autre dans l'Empire.
Ces territoires sont répartis entre deux ensembles : les « Pays de par deçà » (lesPays-Bas bourguignons) et les « Pays de par delà » (les fiefs de Bourgogne, le Charolais, le Nivernais).
En 1435 (traité d'Arras), Philippe le Bon a fait la paix avec Charles VII et cessé de soutenir les Anglais jusqu'à la fin de laguerre de Cent Ans (1453). Mais à la fin du règne de Philippe, un conflit a surgi entre Louis XI et le prince héritier de Bourgogne à propos de l'application d'une clause du traité d'Arras concernant lesvilles de la Somme, parmi lesquelles Péronne. Ce conflit a abouti à la guerre de laligue du Bien public (1463-1465), qui s'est terminé par la défaite de Louis obligé de signer letraité de Conflans.
Après l'avènement de Charles le Téméraire, Louis XI veut éviter toute reprise de ce conflit, d'autant plus qu'en juillet 1468, le duc de Bourgogne épouse en troisièmes noces la sœur du roi d'AngleterreÉdouard IV (1442-1483),Marguerite d'York (1446-1503).
Il est donc demandeur de négociations. Charles de son côté souhaite obtenir la confirmation de la possession des villes de la Somme, mais aussi une juridiction souveraine sur ses fiefs français.
LouisXI tient à négocier directement avec le duc de Bourgogne. Après avoir hésité, le duc accepte cette entrevue et rédige un sauf-conduit pour le roi, qui se met immédiatement en route pour Péronne où est installé Charles et où se trouve une garnison bourguignonne. Il arrive avec une escorte de moins de cent hommes le.
Le roi est accompagné du ducJean II de Bourbon et du frère de celui-ci,Charles,archevêque de Lyon, deLouis de Luxembourg connétable de Saint-Pol, deJean de la Balue et deTanguy du Chastel.
Ils s'installent dans le château de Péronne.

Louis demande la rupture de l'alliance anglo-bourguignonne, Charles la fin de sa vassalité envers le roi. Il souhaite aussi que Louis attribue lecomté de Champagne en apanage àCharles de France, frère du roi, mais allié avec le duc ; la Champagne (augmentée de laBrie) établirait en effet une voie de communication sûre entre les deux ensembles de territoires bourguignons.
Le, Louis et Charles sont proches d'un accord lorsque le duc apprend qu'une révolte vient d'éclater àLiège, encouragée par des agents du roi de France ; les révoltés auraient tué le gouverneur bourguignonHumbercourt[2] et leprince-évêque de Liège (il apparut, plus tard, que les deux hommes ont bien été capturés, mais que le prince-évêque est parvenu à s'évader lors de son transfert de Tongres à Liège et que le gouverneur a retrouvé la liberté quelques jours plus tard ; les Liégeois ont cependant assassiné le chancelier du gouverneur[3].
Pris de colère devant ce qu'il interprète comme de la duplicité, le duc de Bourgogne fait fermer les portes du château et de la ville, puis doubler la garde. Louis XI se retrouve de fait en situation de captivité, malgré la courtoisie qui reste de mise.
Deux jours se passent ainsi. Le roi pense que sa vie est en danger et, pour apaiser le duc, lui fait dire qu'il est prêt à l'accompagner dans une expédition punitive contre Liège. Cela ne suffit pas à calmer la colère du duc de Bourgogne.
En secret,Philippe de Commynes, alors proche du Téméraire, conseille instamment à Louis XI d'acquiescer au projet de traitéléonin proposé par le duc ; sinon, dit-il, il se mettrait « dans le plus grand danger possible »[4].
Le matin du, après un entretien orageux entre les deux monarques, Louis et Charles jurent le traité de paix sur la « croix de la victoire » de Charlemagne[5].
Le lendemain, ils partent ensemble pour Liège mater la rébellion. La participation du roi de France à cette expédition est pour lui une humiliation puisque, ce faisant, il cautionne le duc de Bourgogne dans son action.
Le traité de Péronne fait l'objet de 42 lettres patentes du roi[6], dont la rédaction est supervisée par Charles au cours du mois de à Bruxelles.

Le traité de Péronne et ses actes annexes confirment letraité d'Arras de1435 et letraité de Conflans de1465 avec par quelques avantages territoriaux pour le duc de Bourgogne[7]. Il confirme notamment la « ligne de la Somme » comme frontière entre la France et lesPays-Bas bourguignons.
Le duc obtient de plus :
Ces clauses correspondent à la volonté de Charles de faire de ses possessions un État souverain, dans lequel il serait seul maître de la justice[10].
LaChampagne et laBrie sont données en apanage àCharles de France, frère du roi.
Le traité comporte enfin une clause de non-respect d'importance capitale pour Charles : « Si le roi à l'avenir viole les traités d'Arras, de Conflans ou Péronne, empêche leur application ou renie ses promesses, alors il reconnaît le duc de Bourgogne, ses successeurs et tous ses sujets dans tous ses territoires ou royaume, affranchis et indépendants de la couronne[11]. »
De son côté,LouisXI obtient certes la paix qu'il était venu chercher, maistout en promettant de respecter l'alliance anglo-bourguignonne tant que celle-ci ne se montrait pas agressive[pas clair].
Après l'intervention à Liège, qui se termine le,LouisXI rentre dans son royaume,« comme un renard crotté parvenu à s'échapper du repaire du loup »[12].
Charles le Téméraire atteint alors l'apogée de sa puissance. Mais il a humilié le roi de France et l'a même tenu prisonnier, alors qu'il en est le vassal pour une partie de ses fiefs, ce qui en droit féodal est très grave. Les deux cousins sont devenus d'irréductibles ennemis et Louis XI est décidé à ne pas respecter le traité.
Dans un premier temps, le traité est pourtant enregistré par leparlement de Paris.
Mais le, après trois réunions de son conseil composé des plus puissants seigneurs du royaume, de prélats, de chefs militaires..., Louis XI, par la Déclaration d'Amboise, expose les fautes du duc de Bourgogne envers le royaume : l’agression contre la France par l’attaque du littoral normand, puis l’alliance de Charles, interdite par traité, avec l’Angleterre etc. La déclaration prononce en conséquence, après l'avis unanime du conseil, la caducité des traités liant le roi de France, le roi de Sicile, le duc de Guyenne, frère du roi, et le duc de Bretagne au Téméraire[13]. Le traité de Péronne est donc annulé[14].
Cette décision provoque l'ire du duc de Bourgogne qui lance une offensive-éclair en Picardie et dans le Mâconnais dès janvier 1471. En réaction, les troupes royales envahissent la Picardie etoccupent Amiens en.
En,Charles le Téméraire se déclare affranchi de la suzeraineté du roi de France, conformément à la clause de non-respect présente dans le traité de Péronne.
En juin 1472, pour répondre à une demande d'aide du duc de Bretagne, à la frontière de laquelle Louis XI vient d'envoyer des troupes, Charles le Téméraire rompt la trêve, envahit la Picardie. Les troupes bourguignonnesmassacrent la population de Nesle et ravagent leSanterre, puis font lesiège de Beauvais, vaillamment défendu par ses habitants, dontJeanne Hachette. Les Bourguignons ravagent ensuite leVimeu et lepays de Caux, mais sans appui, Charles le Téméraire se retire dans ses terres et se résout à signer une nouvelle trêve avec Louis XI, le 3 novembre 1472.
Puis il s'engage dans un tout autre projet : la conquête de la Lorraine, trouvant face à lui le duc de Lorraine, mais aussi les cantons suisses. Cette opération l'amène à l'échec et à la mort près de Nancy en février 1477. Louis XI lance alors une offensive qui lui permet de récupérer leduché de Bourgogne et la Picardie (dont lecomté de Boulogne et lesvilles de la Somme.
Mais le conflit franco-bourguignon se prolonge ensuite, désormais avec lamaison de Habsbourg, qui, après le mariage deMaximilien d'Autriche avec la fille du Téméraire,Marie de Bourgogne (avril 1477), a pris en charge les possessions de la maison de Bourgogne.