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Lestours génoises sont des tours côtières disposées le long du littoral des anciens territoires de larépublique de Gênes.
Nombreuses enCorse où la plupart datent desXVIe et XVIIe siècles, on en trouve également sur les côtes de l'île d'Elbe, de l'île de Capraia, de l'îletunisienne deTabarka, àBeyoğlu sur lamer de Marmara ainsi qu'enmer Noire où elles datent desXIVe et XVe siècles, le long des rivages aujourd'huiturcs (Bithynie,Paphlagonie,Pontique),bulgares (Dobroudja du Sud),roumains (Dobroudja du Nord),ukrainiens etrusses (notamment enCrimée)[1],[2].
En France, certaines de ces tours sont classéesmonuments historiques.

Le littoralcorse est constellé de tours (encorsetorre au pluriel ou bientorra au singulier), devenues un des symboles de l'île. Bien que toutes ne soient pas d'origine génoise, on les appelle généralement « tours génoises » sans distinction.
La construction de ces tours génoises est la conséquence de la prise deConstantinople par lesTurcs en 1453 ; lesBarbaresques commencent àrazzier les côtes et le feront pendant trois siècles. Elle débuta auXVIe siècle à la demande des communautés villageoises pour se protéger despirates. En1530, larépublique de Gênes dépêche deux commissaires extraordinaires, Paolo Battista Calvo et FrancescoDoria, pour inspecter les tours et fortifications chargées de défendre l'île des invasions barbaresques. En 1530 la Corse a vingt-trois tours dont dix auCap Corse[3]. Dès1531, l'édification de quatre-vingt-dix tours est décidée sur le littoral corse, dont trente-deux au Cap. Les travaux commencent sous la supervision de deux nouveaux commissaires extraordinaires génois : Sebastiano Doria et Pietro Filippo Grimaldi Podio. Il s'agissait d'étendre à la Corse le système de vigilance déjà en vigueur sur le pourtourméditerranéen. Cesnids-de-pie placés en avant-poste prévenaient et défendaient des attaques desBarbaresques et de tous les dangers venant de la mer. En 1730 l'île a 120 tours dont 30 au Cap[3].
Aujourd'hui, sur les 85 tours dénombrées au début duXVIIIe siècle, 67 demeurent encore debout. Hormis les citadelles littorales de Bastia, Porto-Vecchio, Bonifacio, Ajaccio, Calvi, Algajola et Saint-Florent, et celles intérieures de Corte et Sartène, ce sont les seuls restes d'architecture militaire de l'époque d'occupation génoise qui subsistent dans l'île.
À savoir que dans l'île voisine deSardaigne, sous dominationaragonaise puis espagnole de 1297 au début de 1700, un système de défense comparable avait été mis en place dès leXVIe siècle avec la construction des tours de guet dites "espagnoles" ou “aragonaises”, plus ou moins massives, pour lutter contre les attaques desOttomans.


La garnison d'une tour se constituait de deux à six hommes (lestorregiani) recrutés parmi les habitants et payés sur les taxes locales. Ces gardiens devaient résider en permanence dans la tour. Ils ne pouvaient s'en éloigner que deux jours maximum, pour le ravitaillement et la paye, et un par un. Ils assuraient la vigie avec les feux et signaux réglementaires: ils montaient matin et soir sur la plate-forme, renseignaientnavigateurs,bergers etlaboureurs sur la sécurité, communiquaient par feux avec les tours les plus proches astucieusement positionnées à portée de vue, et surveillaient l'arrivée d'éventuelspirates. En cas d'alerte, le signal donné sur la terrasse au sommet de la tour, sous forme de fumée, de feu ou d'un son deculombu ou de cornu (grandeconque marine), prévenait les environs de l'approche d'un navire hostile. S'ensuivait le repli général des bêtes et des gens vers l'intérieur. Les deux tours les plus proches s'allumaient alors et ainsi de suite, ce qui permettait de mettre toute l'île en alerte en quelques heures.
Certaines garnisons ont dû se défendre contre les envahisseurs, et on retrouve à leur base les restes des combattants. C'est le cas de la fameusetour de l'Osse (dont certains ont pu dire que son nom se doit aux ossements ensevelis à ses pieds).
Les tours étaient toujours insuffisamment armées. Elles servaient principalement de postes douaniers et d'amers. Lestorregiani négligeaient souvent leur rôle militaire, pour se concentrer sur le contrôle du commerce maritime et la perception de diverses taxes. Ils pratiquaient aussi le négoce du bois et l'agriculture sur les terres environnantes.
Bien que les absences injustifiées soient interdites sous peine de galères ainsi que le remplacement par une personne autre que les gardiens titulaires, au fil du temps, certaines tours sont désertées par leurs gardiens. Elles se dégraderont, tomberont en ruines, ou seront détruites, faute de défense.
Dans une communication,Joseph de Freminville rapporte le règlement promulgué le par le Sénat de Gênes, en raison de négligences générales signalées, applicable « « in tutte le torri dell'isola tanto di quà quanto di là da'monti da osservarsi dai capi e torregiani », sous peine de deux ans de galères :

Ces tours ne cesseront de poser de multiples problèmes aux autoritésgénoises, d'une part à cause de leur éparpillement, ce qui en fait des cibles privilégiées, d'autre part à cause des défauts de construction, provoquant des effondrements. Plusieurs recensements des tours furent effectués mais aucun nombre précis ne put être avancé. La république de Gênes dut également intervenir dans de très nombreux conflits financiers et querelles de communautés, refus de gardiennage, non-paiement de dettes, demandes de fournitures ou d'armes.
En conséquence, à partir de la fin duXVIIe siècle et jusqu'en1768, date de la conquête de l'île par laFrance, le nombre de tours entretenues diminue considérablement. À l'élection dePascal Paoli au poste de général de la Patrie, en1755, il n'en reste que vingt-deux, dont certaines occupées par les troupes françaises. Pascal Paoli ordonna même en1760, la construction à des fins militaires, d'une tour de guet au sommet duMonte àNonza, afin de surveiller leGolfe de Saint-Florent. Cette fortification est appelée la « tour paoline ».
La guérilla continuelle pendant la période paolienne entraîne la destruction de plusieurs édifices, dont les tours de Tizzano,Caldanu, Solenzara, etc. Les combats du débarquement des troupes britanniques duRoyaume anglo-corse, en1794, ruinent les tours deSanta Maria Chjapella etMortella... À la fin duXVIIIe siècle seules quelques tours sont encore intactes.
| Tour Santa Maria (Cap corse) | |
|---|---|
| 1 :guardiola 2 : terrasse 3 : salle de garde | 4 : salle de repos 5 : réserves |
Les tours génoises sont des édifices en pierre de 12 à 17 m de haut sur 8 à 10 m de diamètre.Parfois carrées, le plus souvent circulaires, elles sont toujours construites sur quatre niveaux :
On passait d'un niveau à l'autre par des trappes et des échelles. L'accès à la porte d'entrée se faisait par une longue échelle mobile, directement au premier étage. Les gardes habitaient à tour de rôle la pièce unique pourvue de niches et d'une cheminée, et située sous la salle de guet.
Plus anciennes, les « tours pisanes » sont en général carrées, bâties sur des arêtes montagneuses pour être mieux défendues contre l'envahisseur. Elles ont été édifiées dès leXIIe siècle.
On doit les distinguer des maisons-tours carrées construites à l'intérieur de l'île, sur autorisation de l'occupant génois (exemple : latour Paganosa àCastifao) et la tourLomellini àLumio.
Plusieurs de ces maisons-tour sont aujourd'hui restaurées et servent d'habitation comme àFarinole (maison-tour de Poggio) etOlmeto (tour de Micalona).
Les tours carrées, maisons-tour ou fortins littoraux sont moins nombreux que les tours génoises circulaires. Parmi les plus remarquables :
Aujourd'hui les tours génoises représentent un patrimoine considérable. Sur la centaine de tours construites, il n'en demeure qu'une soixantaine. Si certaines sont en ruine, d'autres sont en très bon état. Beaucoup d'entre elles sont classées Monuments historiques (Cf.Liste des tours génoises en Corse). Certaines ont fait l'objet de travaux de restauration importants, financés pour l'essentiel par lacollectivité territoriale, bien qu'elle n'en soit pas propriétaire. Malheureusement, faute de moyens et de programme de restauration, beaucoup se détériorent de plus en plus.

Impressionné par le système défensif constitué par les tours génoises et notamment celle de la Mortella dans legolfe de Saint-Florent, l'amiral Nelson en fait relever les plans. Dans la crainte d'un débarquement des troupes napoléoniennes, l'Empire britannique construit des copies améliorées. Ces tours sont connues en Angleterre sous le nom detours Martello, Martello étant une déformation du toponyme corseMortella[4].
DeLouis Villat :« sans cesse les plages de Corse sont visitées par les corsaires barbaresques, qui pillent les campagnes et enlèvent des captifs. Les 85 tours, bâties sur le littoral par ordre du gouvernement de Gênes pour signaler aux populations l'approche des corsaires, ne suffisaient pas toujours à les préserver de leurs atteintes.Ces tours sont nombreuses. De la mer, en longeant les côtes, on les voit dans leur fauve isolement, sur les pointes les plus périlleuses. Elles accentuent encore la désolation des rocs, des arbustes qui semblent incrustés, des escarpements inaccessibles qu'elles commandent. Parfois, au contraire, elles se parent des charmes d'un promontoire harmonieux et d'une baie caressante. »[5].

L'île d'Elbe recèle trois tours remarquables :

Capraia possède quatre tours génoises :
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