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Cet article analyse lestoponymesbasques, noms de lieux en général, d'habitation (village ou maison) en particulier. Les familles pyrénéennes étant désignées par leur nom de maison, ces toponymes expliquent la plupart despatronymes d'origine basque.
On peut distinguer les noms modernes qui ont suivi l'évolution de la langue et restent ainsi intelligibles par le basque, de toponymes plus anciens caractéristiques de l'aire pyrénéenne présumée bascophone, mais souvent délicats à interpréter.
Lebasque étant une langue agglutinante, il n'est pas rare de trouver des toponymes basques assez longs. Le plus souvent cependant, on a affaire à des toponymes constitués de deux termes :
un radical relatif à la végétation ou à la topographie ;
un collectif, locatif ou qualificatif.
Mais on trouve aussi simplementLarre "lande",Mendi "montagne",Bizkai / Biscay "contrefort",Aiher "versant" (qui ne vient pas du gasconcranhe "craindre" comme le prétend à tort J.A. Lakarra à cause du sens moderne "penchant").
La végétation — tout au moins les espèces les moins communes ou exigeant un terroir particulier — s'avère être un moyen pratique pour identifier un lieu et l'usage qui peut en être fait. De nombreux toponymes sont basés sur des noms de végétaux.
Les principaux thèmes végétaux sont :
ametz 'pyrenean oak or pedunculate oak/ marojo /chêne tauzin ouchêne pédonculé':Ameztoi (Amestoy) 'tauzinaie'…
Les animaux ne caractérisent pas aussi spécifiquement un lieu que la végétation. Certains noms semblent toutefois y référer :
Artzamendi (montagne àItxassou) est interprété localement parhartz mendi « montagne de l'ours ». Mais il ne s'agit que d'une étymologie populaire : le nom est en fait untoponyme pléonastique « mont mont » avec un premier terme basé sur la racine (k)harr} — « pierre, roc ».
Otxondo s'analyse comme parage aux « loups ». Faut-il là aussi soupçonner les toponymes enotso, oxo « loup » d'étymologie populaire ? Probablement, car auMoyen Âge leur correspond un radicalgotso — distinct du nom de personneotso « loup ».
Otxogorrigagna signifie la « montagne du loup rouge ».
Comme on le voit, les Basques savent attribuer des noms spécifiques à de multiples lieux qui pourtant se ressemblent. Il n'existe pas une telle variété pour les cours d'eau.
À côté des hydronymes fossiles, les noms vivants attribués aux ruisseaux sont :
soit des hydronymes simples :Haran 'vallée',Urhabia, Urrobi 'trou d'eau',Ibai rivière (anciennementbai >Baigorri,Baiona),Xurrut 'ruisseau',Lats 'petit ruisseau'…
soit un nom du lieu caractéristique du voisinage du cours du ruisseau :Arbelua / Arberoue 'ardoisière',[nom de domaine]-eko erreka 'ruisseau de …'
Certains toponymes sont très anciens et prennent leurs racines à l'époque des chasseurs nomades (paléolithique). Ces toponymes ancestraux sont surtout liés au relief ou à l'hydrologie.
C'est notamment le cas de la racine 'pierre, rocher' : basque (k)harr-,arménienkhar,irlandaiscarraig etc.On le trouve en France à l'origine de toponymes aussi divers que :
ibar *'rivière' > 'vallée' :Ibérie,Èbre, Ebron (Aragon, Provence),Ibar (Montenegro, Kosovo, Serbie),Ebrach, Ibra (Allemagne),Ybbs (Autriche)… et son dérivé
ibai 'rivière' > 'baie' :Baía /Bahia (Brésil),Wey, Wye (Angleterre, Pays de Galles)?,Bayonne < *Baiun(a),Baigorri, etc.
Val d'Aran : de aran, vallée.
Élisabeth Hamel et Theo Vennemann, dans leur article : « Le basque fut la langue primitive du continent », soutiennent qu'en Allemagne, les toponymes enibar 'vallée' sont réinterprétés eneber 'sanglier'. D'autres restent fidèles à l'explication par le celtiqueeburos 'if'.
Le conceptsumérienuru 'cité' se retrouve dansiri, irun, méridionalhuri 'domaine' > 'ville' si importants pour la toponymie basque (cf. toponymes antiques) :
Irun,Iruña / Pamplona (avec une mouillure due à la déclinaison basque),Oloron < Iluro (avec l latin = r basque).
Le Pays basque a connu à l'âge des métaux une forte influencesorothaptique (premiers locuteurs indo-européens), comme en témoignent les nombreuxharrespils (petits cromlechs) qui se sont développés sur nos sommets il y a 3 000 ans). C'est probablement à ces mouvements qu'est due l'arrivée de certains mots commeerreka (slaverêka) qui supplante le mot pyrénéenlats(a) 'ruisseau'.
Peu après, le Pays basque a connu l'âge du fer. C'est de cette époque que daterait la dualitéArotz / Arrotz qui signifie à la fois 'forgeron' et 'étranger'.
Bien que les Celtes aient transité par les Pyrénées pour s'installer au sud de l'Èbre et dans l'ouest de lapéninsule Ibérique, ils n'ont laissé que peu de traces de leur passage hormis dans la vallée de laGaronne.
La langue basque présente quelques emprunts récents commelanda 'lande', et beaucoup de mots communs aubasque et auceltique comme :
bsq.hartz = gauloisartos 'ours' (à l'origine du nom du roi 'Arthur', galloisarth, bretonarzh, ours) mot indo-européen,
bsq.mutʰur 'bout' = v.irl.moth 'membre viril', etc.
Ces emprunts s'expliquent aussi bien par des influences communes antérieures (premiersIndo-Européens,civilisation des mégalithes, etc.) que par une proximité géographique de longue durée (500 ans).
L'expansion démographique a produit des noms de lieux commeIri berri 'domaine neuf'. Avec sa varianteIrun berri, il constitue l'un des noms de ville protohistorique considéré comme les plus répandus dans l'aire aquitano-ibérique :
À noter cependant que cette thèse est sujette à controverse comme on pourra le lire dans l'article surElne. En effet une origine celte est démontrée pour tous ces toponymes et d'autres semblables hors de l'aire aquitano-ibérique.
Au sud-ouest de l'aire bascophone, c'est la variante Huri barri (Ullibarri) qui prévaut. Ler doux basque correspond aul latin.
Le suffixe-iz(a), -itz(a) forme aujourd'hui de nombreux noms de domaine sur la base :
d'un végétal :Zalgiz(a) (Sauguis),Biarritz < *Be(r)arritz…
ou autre singularité :Ustaritz < *Uztarritz 'domaine du pieu'…
Il est attesté dès l'Antiquité dans le toponymeIturissa àAurizberri. Plus au sud, Tarazona est un ancienTuriazu également basé sur Iturri 'fontaine'.
Il est par contre plus difficile de reconnaître la ville d'Oiartzun (Gipuzkoa) dans l'antiqueOeasso tant la graphie est approximative.
Le suffixebasque -oz(a),gascon -os(se) \ -òç(a) etaragonais -ués a constitué de nombreux noms de village dans l'aire vasconne :
Uztarroz 'lieu du pieu',Mendoza 'lieu du mont',Garros,Garrotxa 'lieu du mont',Biscarrués =Biscarrosse 'lieu du tertre'…
Dans les régions celtisées, de nouveaux toponymes reprennent des racines basques. AinsiConimbriga (Coimbra Portugal) viendrait du basquegoin et du celtebriga qui signifient exactement la même chose (hauteur).
La place cédée par l'administration romaine a été occupée en partie par lesWisigoths. Ils ont laissé le mot germaniquesaal > françaissalle 'maison noble'. Les suffixes -eng(us) > -enx ne concernent pas le Pays basque :Libarrenx est une fantaisie graphique pourIribarren.
Côté français, la documentation médiévale n'apporte en général que peu d'information nouvelle sur les noms de village. Tout au plus notera-t-on :
la grande instabilité des graphies du nomLouhossoa (Lourhousane en1595,Lahaussoa en1683,Louhossiüa en1690)
queHasparren est un ancienAhaitz-barren(a) > Ahaizparren(a) (Ahezbarrene en1247), contrariant l'étymologie populaireharitz barne.
Dans la partie méridionale du Pays basque en revanche, les noms de village relevés en1025 dans lareja deSan Millán sont très instructifs.
On y note :
l'abondance des aspirations (jusqu'à trois dansHarhahia, moderneAraia) dans une région qui les a depuis abandonnées.
l'utilisation deg pour marquer la palatisation (ng > ñ, lg > ll, Gogate moderneOchate)
la présence de suffixes -zaha (mod. -tza), -ahin
des noms de domaine en (g)gana :Lopeggana, Licingana…
qu'Apellaniz était un ancienApinganiz, etc.
Ces vieux noms basques soulignent qu'une partie du patrimoine linguistique de l'époque est irréversiblement perdu.