La Thrace égéenne constitue la partie sud-ouest de laThrace. Elle comprend les territoires situées au sud des versants méridionaux desRhodopes et au nord de lamer Égée (plus l'île deSamothrace), à l'est du fleuveMesta et à l'ouest du fleuveMaritsa.
À la suite de la conquête du sud desBalkans par l'Empire ottoman auXIVe siècle, la région fut incluse dans la province turque deRoumélie. Des populations turcophones provenant d'Asie mineure s'y installèrent. La proximité de la région d'Istanbul et sa facilité d'accès, la forte présence turque, l'islamisation forcée et les règles particulières du dhîmat contribuèrent à une progressive islamisation des populations bulgares de la région qui furent désignés par le nom dePomaks.
Carte ethnographique de la Thrace méridionale (Vilayet d'Andrinople) réalisée par l'ethnographe bulgare Lyubomir Miletich en1912. En gris, Bulgares, en brun Grecs et en orange Turcs.Drapeau duGouvernement provisoire de Thrace occidentale
À la veille desGuerres balkaniques (1912-1913), la population de la Thrace égéenne était d’environ 234 700 habitants. Elle était constituée essentiellement deBulgares orthodoxes ou islamisés (Pomaks) et deTurcs, les populationsgrecques étant majoritaires dans quelques bourgs le long de laMaritsa et du littoral égéen. La région comprenait, également, des minoritésarméniennes,juives (Séfarades) ettziganes.
La composition ethnico-religieuse était la suivante[1]:
La population de Thrace occidentale en 1913
Nombre
%
Musulmans (Turcs, Bulgares, Roms, etc.)
185 000
78,82
Bulgares orthodoxes
25 500
10,86
Grecs orthodoxes
22 000
9,37
Juifs, Arméniens etc.
2 200
0,94
Total
234 700
100
Il est à noter qu'il est difficile d'interpréter ces chiffres, de manière rigoureuse, car le termeturcs a souvent été utilisé à la place de celui demusulmans, pour désigner toutes les populations islamisées, quelle que soit leur origine ethnique. C'est ainsi que les Bulgares restés chrétiens-orthodoxes appelaient "turcs" tant les populations d'origine turque que les populations bulgares islamisées (Pomaks) qui avaient adopté la religion et le mode de vie de l'occupant turc auquel elles étaient fidèles.
Ordonnance et règlement de l'Organisation révolutionnaire intérieure thrace (1923).
À la suite de la défaite des puissances centrales - dont la Bulgarie et la Turquie faisaient partie - lors de laPremière Guerre mondiale, letraité de Neuilly (1919) rattacha la Thrace occidentale à laGrèce ce qui entraîna des "échanges de populations" entre la Grèce et la Bulgarie et l'octroi de la citoyenneté grecque aux Bulgares restés sur place. Letraité de Sèvres (1920) fit des musulmans de Thrace occidentale des citoyens grecs. À la suite dutraité de Lausanne (1923) d'importants "échanges de populations" eurent lieu entre la Grèce et la Turquie (1,6 million de grecs d'Asie mineure contre 385 000 musulmans de Grèce). La population turque de la région était la seule à ne pas être concernée par ces échanges mais de nombreux Bulgares islamisés, se sentant rejetés par les Bulgares orthodoxes, préférèrent partir en Turquie, dont la population était plus proche sur le plan de la religion et du mode de vie. Ces Pomaks constituèrent l'essentiel des "Turcs" transférés de Grèce en Turquie. Depuis 1923, les musulmans de Thrace occidentale, bénéficient, en Grèce, du statut de minorité religieuse.
Pendant laSeconde Guerre mondiale, la Bulgarie récupéra la région mais, après sa capitulation, elle dut la rendre à la Grèce.
La Thrace occidentale en 431 av. J.-C.
La Thrace occidentale en 200 av. J.-C.
La Thrace dans l'empire ottoman.
La Thrace lors des traités de San Stefano et de Berlin.
En 1923, la frontière entre la Turquie moderne et la Grèce se fige quasi définitivement lors du traité de Lausanne, signé le 24 juillet, après un transfert de population entre les deux pays, une partie des Grecs de Turquie étant chassé du pays pour la Grèce tandis que la plupart des Grecs musulmans sont expulsés vers la Turquie.
A l’issue de cet accord, la communauté grecque d’Istanbul peut se maintenir tout comme la minorité musulmane de Thrace occidentale. Cette dernière forme une communauté d'environ 120 000 à 150 000 personnes[2].
Particularité unique en Europe, elle est la seule région européenne qui possède lacharia dans ses textes officiels. La loi religieuse musulmane s’applique depuis 1923 et perdure depuis alors même que dans la Turquie voisine, la laïcisation du droit imposée parAtaturk, ne reconnaissait plus de statut particulier à la religion musulmane[2]. Dans cette région, le traité de Lausanne de 1923 laisse aux troismuftis de Thrace les pleins pouvoirs pour tout ce qui concerne les affaires familiales (mariages, héritages, tutelles), domaines où les règles de droit musulman sont toujours appliquées[2]. Ainsi, en matière sociale ou familiale, la loi religieuse musulmane est appliquée de plein droit, même si l'une des parties du litige demande que ce soit le droit civil grec qui s'applique[2].
Néanmoins, selonStéphane Papi, chercheur et professeur en droit public, « les décisions de justice rendues par les muftis sont de plus en plus conformes au droit commun. Si, en théorie, larépudiation ou lapolygamie sont possibles, les divorces se font le plus souvent par consentement mutuel et la polygamie n'existe plus. »[2]