LeWashington Post s'est taillé une réputation d'indépendance et de recherche intransigeante de la vérité depuis la publication des rapports secrets duPentagone sur laguerre du Viêt Nam en 1971 ou les révélations sur lescandale du Watergate (1972-1974).Il s'est ainsi fait le soutien de laprotection des sources d'information des journalistes.Pour autant, cela ne doit pas occulter d'autres aspects moins reluisants du quotidien : édulcoration d'une enquête deRobert Parry sur le financement de la guérilla d'extrême droite auNicaragua (1987)[1], soutien appuyé au déclenchement de laguerre d'Irak (2003) ou encore tentative avortée de monnayer des « dîners politiques » avec ses journalistes et des personnalités influentes (2009)[2].
LePost est sorti de l'anonymat dans les années 1930 grâce à la ligne éditoriale — toujours suivie — et la politique commerciale agressive mises en place par son directeurEugene Meyer, futur président de laBanque mondiale. Premier quotidien à paraître sept jours sur sept (en 1880) et à charger un médiateur de veiller à l'indépendance du journal (dès1970), lePost a toujours su évoluer pour devenir l'un des journaux mondiaux les plus influents. En 1999, la couleur y fait son apparition.
À partir de 2013, il est la propriété du milliardaireJeff Bezos, fondateur et président-directeur général d'Amazon. En février 2026, le journal annonce un plan de licenciement qui pourrait toucher un tiers de ses effectifs[3].
Premier siège duWashington Post,en 1948.« Eagle a atterri » : édition duWashington Post parue le, au lendemain des premiers pas sur la Lune des astronautes d’Apollo 11.
LeWashington Post est fondé en 1877 parStilson Hutchins,journaliste favorable auParti démocrate américain. Le premier numéro qui paraît le[4] et les suivants comprennent quatre pages et coûtent trois cents. En 1889, Hutchins vend le quotidien à Frank Hatton et Beriah Wilkins, lesquels créentThe Washington Post Company, aujourd’hui propriétaire deNewsweek, de chaînes de télévision, de réseaux câblés et, jusqu'en 2003, de la moitié du capital de l’International Herald Tribune, publié àParis. John R. McLean, patron duCincinnati Enquirer, rachète la publication en 1905 : il l’agrémente dedessins humoristiques en couleurs et lui donne une orientation « sensationnaliste », mettant l’accent sur les faits divers et les scandales. Son fils, Edward McLean, lui succède en 1916, mais la révélation duTeapot Dome, présenté comme un scandale alors qu’il n’en est rien, et portant sur la concession de champs de pétrole nationaux à des exploitants privés, le conduit devant les tribunaux et détruit la réputation de son journal, dont les ventes et les recettes publicitaires s’effondrent, causant ainsi sa faillite.
En 1933, un banquier d’affaires,Eugene Meyer, rachète lePost au cours d’une vente aux enchères. S’il n’a pas d’expérience de journaliste, il ne manque pas, en revanche, d’idées sur la façon de gérer un organe de presse. Sous sa direction en effet, le tirage triple en dix ans. En 1946, lorsque Meyer est nommé premier président de laBanque mondiale, il passe la main à Philip Graham, son gendre, avant de lui céder, ainsi qu’à sa fille,Katharine Meyer Graham, la propriété du journal, en 1948.
Philip Graham crée des bureaux à l’étranger. En 1954, il fait l’acquisition duWashington Times Herald et prend aussi une participation dans le capital duLos Angeles Times, afin de fonder une agence de presse destinée à vendre les mêmes articles à ces journaux. Par ailleurs, le groupe diversifie ses prises d’intérêts, notamment avec l’achat de stations de radio et de chaînes de télévision. En 1961, il acquiertNewsweek, et en 1967, lePost et leNew York Times lancent conjointement l’International Herald Tribune.
Dans les années 1970 et 1980, le groupe vend ses dernières stations de radio et acquiert de nouvelles chaînes de télévision. Il investit dans la télévision câblée en achetant Legi-Slate, un service en ligne qui fournit des informations générales et juridiques. Il devient également propriétaire de Kaplan Educational Centers, une école qui assure, entre autres, un soutien scolaire et donne des conseils en matière de recherche d’emploi.
Siège duWashington Postjusqu'en 2013.
En 1993, le groupe crée Digital Ink Company, destinée à gérer le développement des services d’information électronique duPost, accessibles essentiellement surInternet. Les160 millions de pages vues mensuellement en témoignent, ce site d'information est l'un des plus complets dans son secteur. Mise en ligne du journal du jour, suivi de l'actualité, dossiers thématiques… Le site, créé en 1996, attire de nombreux internautes de l'étranger. Seules les archives de plus d'une semaine sont payantes.
Depuis 1999, le journal n'est plus imprimé àWashington, au siège du journal, mais dans la banlieue de la capitale fédérale[5].
En,Jeff Bezos, fondateur d'Amazon achète leWashington Post (alors propriété du groupe Graham Holdings) pour un montant de250 millions de dollars américains[6]. En novembre de la même année, Graham Holdings vend le siège historique du journal, qui était resté sa propriété. Le bâtiment, situé sur la15e Rue, près de laMaison-Blanche, est acheté par le groupe immobilier Carr Properties pour159 millions de dollars ; celui-ci compte le détruire pour construire à la place unhôtel ou un immeuble mi-résidentiel, mi-commercial. Malgré son histoire, l'ancien siège du quotidien n'est en effet pas classé « site historique ». Les journalistes devraient commencer à quitter les lieux lorsqu'un nouveau site sera trouvé, à Washington. La diffusion est alors de 474 767 exemplaires en semaine et de 838 014 exemplaires le dimanche[7].
En, lors desJeux olympiques d’été à Rio de Janeiro, le journal s'illustre en utilisant notamment le robot Heliograf pour couvrir l'événement et partager automatiquement les résultats de la compétition sur les réseaux sociaux[8].
Pour l'élection présidentielle américaine de 2024, leWashington Post n'apporte son soutien ni àDonald Trump ni àKamala Harris[13]. C'est la première fois depuis 1988 que le journal n'apporte son soutien à aucun candidat (s'il donne une consigne de vote, leWashington Post a toujours appelé à voter pour le candidat démocrate)[14]. Un article écrit par deux journalistes du quotidien affirme que les membres de la rédaction avaient rédigé un projet de soutien à Kamala Harris plutôt qu'à Donald Trump et que la décision de ne pas publier cet article avait été prise par le propriétaire duWashington Post Jeff Bezos[15]. Néanmoins, l’éditeur du journal, Will Lewis, publie peu après une déclaration niant que Bezos ait joué un rôle dans l’annulation du projet de soutien[15]. Par la suite, Jeff Bezos défend la décision du journal dans une tribune estimant que les consignes de vote émanant des médias « créent une perception de parti pris, de non-indépendance »[16].
En, Jeff Bezos interdit la publication d'un dessin de la caricaturisteAnn Telnaes,prix Pulitzer du dessin de presse, qui démissionne[17]. Ce dessin représentait Jeff Bezos et d'autres milliardaires, agenouillés devant une statue de Donald Trump[18]. Quatre cent membres de la rédaction envoient alors un courrier à Jeff Bezos pour indiquer leur inquiétude sur l'intégrité du journal[19].
En, Jeff Bezos écrit une note aux équipes du journal, par laquelle il indique que la rubrique Opinions sera limitée à« la défense des libertés individuelles et du libre marché »[20] et que les opinions contraires ne seraient plus publiées[21]. Cette note provoque la démission de David Shipley, responsable des pages Opinions, et le responsable des pages économiques Jeff Stein dénonce un« empiètement massif de Jeff Bezos dans la rubrique Opinions »[22].
En, leWashington Post annonce un plan social portant sur plus de300 journalistes (sur un effectif total de 800), soit plus de 30 % de ses effectifs, dans le cadre d'un plan d'économies[23]. Sont notamment affectées la couverture locale, internationale et sportive du titre. Le directeur du journal est également remplacé[24].
En 1972, deux journalistes duPost,Bob Woodward etCarl Bernstein, révèlent lescandale du Watergate. Ce scandale conduit le présidentRichard Nixon à la démission et entraîne la condamnation de plusieurs de ses collaborateurs. L’article qui a déclenché ce scandale vaudra l’attribution duprix Pulitzer au journal et la célébrité à ses auteurs.
Les journalistesSerge Halimi etPierre Rimbert portent un regard critique sur l'attitude d'une partie de la presse américaine, qui se livrerait à une « surenchère » anti-iranienne, et relèvent la « dissymétrie du traitement médiatique occidental, selon que le pays qui enfreint le droit international est une (gentille) démocratie libérale ou un (méchant) pays autoritaire ».
Dans une analyse comparée de la couverture médiatique de la destruction par les Soviétiques duvol 007 Korean Air Lines et de la destruction par les Américains duvol 655 Iran Air, les journalistes relèvent que les qualificatifs les plus courants dans les articles duWashington Post sont, dans un cas, « brutal », « barbare », « délibéré », « criminel » et, dans l’autre, « par erreur », « tragique », « fatal », « compréhensible », « justifié »[25].
En 2020, le journal est aussi critiqué par certains journaux de lapresse française pour avoir, à plusieurs reprises, moqué lapolitique française de manière jugée peu rigoureuse, notamment lorsqu’il s’étonnait que laFrance « rende les masques obligatoires mais interdise laburqa » (pendant lacrise du coronavirus)[26]. L'essayisteBarbara Lefebvre pose la question : « Comment peut-on sincèrement comparer un masque à vertu sanitaire dans le cadre de la régulation d’une épidémie et « un masque» à vertu religieuse visant à dissimuler de façon quasi complète le corps et le visage de la femme ? »[27].
En, le magazineReason accuse leWashington Post d'avoir effacé une mauvaise blague sur les détenus, embarrassante pourKamala Harris, dans un article biographique de 2019. SelonReason, à une époque où les publications anciennes sont de plus en plus perçues comme jouant pour une « équipe » politique ou pour l'autre, ce type de décision éditoriale ne fera rien pour corriger cette perception. Après la critique deReason, leWashington Post a mis à jour sonsite Web pour restaurer la version originale[28].
À partir de 2011, leWashington Post a commencé à inclure des suppléments publicitaires « China Watch » fournis par leChina Daily, un journal de langue anglaise appartenant au Département de la publicité duParti communiste chinois, dans les éditions imprimées et en ligne. Bien que l'en-tête de la section en ligne « China Watch » contienne le texte « Un supplément payé auWashington Post », James Fallows deThe Atlantic considère que l'avis n'était pas assez clair pour la plupart des lecteurs[29]. Distribués par leWashington Post et par plusieurs journaux à travers le monde, les suppléments publicitairesChina Watch vont de quatre à huit pages et paraissent au moins une fois par mois. Selon un rapport publié en 2018 par leGuardian, « China Watch » utilise « une approche didactique de la propagande à l'ancienne »[30].
En 2020, un rapport deFreedom House, intitulé « le mégaphone mondial de Pékin », critiquait également leWashington Post et d'autres journaux pour avoir distribué « China Watch »[31],[32]. La même année, trente-cinq membres républicains du Congrès américain avaient écrit une lettre audépartement de la Justice des États-Unis en février 2020 appelant à une enquête sur les violations potentielles du FARA par leChina Daily[33]. La lettre cite un article paru dans leWashington Post, « Education Flaws Linked to Hong Kong Unrest », comme exemple « d'articles [qui] servent de couverture aux atrocités de la Chine, y compris ... son soutien à larépression à Hong Kong »[34]. Selon leGuardian, leWashington Post a arrêté de publier les suppléments « China Watch » en 2019[35].
Le rachat du journal par le milliardaireJeff Bezos a suscité des inquiétudes jusqu'au sein de la rédaction du journal, d'autant que lejournalisme d'investigation est historiquement son point fort. Le nouveau propriétaire a jugé bon de publier une lettre ouverte dans laquelle il affirme qu'il« ne dirigera pas leWashington Post au jour le jour »[36].
Dans un article paru dans le mensuelExtra!, de l'associationFairness and Accuracy in Reporting, en,Keane Bhatt dénonce un possible conflit d'intérêts entre Jeff Bezos, propriétaire d'Amazon, et laCIA, cette dernière ayant payé environ 600 millions dollars à Amazon pour des contrats demeurés secrets[37].
Le 25 octobre 2024, William Lewis, le directeur général duWashington Post, annonce que :« Le Washington Post ne fera pas de recommandation pour un candidat présidentiel lors de cette élection. Ni lors d’aucune future élection présidentielle. Nous revenons à nos racines en cessant de soutenir des candidats à la présidence. » Cela permettra au journal de retrouver une ligne non partisane perdue depuis l'élection de 1976 où presque sans exception leWashington Post à appeler à voter pour le candidat duParti Démocrate[38].
Pentagon Papers deSteven Spielberg, sorti en janvier 2017, considéré comme« un grand film sur la liberté de la presse »[39], raconte comment en 1971 l'administration deRichard Nixon a tenté d'obtenir en vain l'interdiction de la publication dans leWashington Post, après leNew York Times[39], la publication une série d'enquêtes révélant les mensonges dont legouvernement américain, via le contenu desPentagon Papers, des documents classés «secret défense» utilisés par les gouvernements américains successifs pour tenter de donner une légitimé à laguerre du Vietnam[39]. Le rédacteur en chef duWashington Post,Ben Bradlee y est incarné parTom Hanks qui parvient à convaincre sa directrice de la publication,Katharine Graham, jouée parMeryl Streep[39], de résister aux intimidations des politiques et des financiers du journal[39].
↑« Le « Washington Post » lance un vaste plan de licenciements ; le réseau des correspondants à l’étranger particulièrement touché »,Le Monde,(lire en ligne, consulté le).
↑« Jeff Bezos, propriétaire du « Washington Post », va limiter les tribunes publiées dans le journal à la défense des « libertés personnelles » et de l’économie de « marchés libres » »,Le Monde,(lire en ligne, consulté le).