
Unterre-neuvier outerre-neuvas[1] est le nom donné, principalement enNormandie et enBretagne, aux bateaux équipés pour aller pêcher lamorue sur lesGrands Bancs de Terre-Neuve auCanada. Ces termes désignent également quelquefois le pêcheur lui-même, qui est cependant le plus souvent appeléterre-neuva.

Un bâtiment terre-neuvier est unmorutier. Le premier d'entre eux est laCatherine, qui quitte le port du Havre en janvier1544, pour partir à la pêche à la morue versTerre-Neuve. AuXVIIe siècle,Le Havre devient l'un des premiers ports français pour la pêche de la morue verte.
Chaque bâtiment porte de nombreuxdoris qui sont mis à l'eau les jours de pêche, à moins que celle-ci soit faite au moyen de lignes traînées de part et d'autre du navire.
Les marins terre-neuvas sont des professionnels de la grande pêche à Terre-Neuve et, d'une manière plus générale, aux divers lieux de pêche à la morue.
Au XVIe siècle, les navires morutiers étaient similaires aux bâtiments marchands, sansgréements spécifiquement adaptés à la pratique de la pêche. Ces navires servaient simplement au transport des pêcheurs et de leurs vivres, équipements et matériaux ; ils restaient au mouillage durant la pêche. L’épave duSan Juan, unbaleinier basque disparu en 1565 àRed Bay, dans le Labrador, illustre bien cette typologie : c’est un trois-mâts de 22 mètres de long pour 6,5 de large, d’une capacité de 250 tonneaux.
Au XVIIe siècle, si les méthodes de pêche n’évoluent pas, les bâtiments morutiers connaissent pour leur part une diversification des typologies, avec en particulier une distinction forte entre navires de pêche sédentaire et navires de pêche errante. Pour la pêche sédentaire, letonnage est alors plus élevé que pour les bâtiments de pêche errante, dont les modèles ne se distinguent pas des unités de commerce.

C’est au XVIIIe siècle que l’on trouve un premier texte fondateur dans l’histoire de l’architecture des terre-neuviers : leTraité général des pesches (1769-1772) deDuhamel du Monceau, qui présente les différents types de navires. La différence de tonnage entre bâtiments de pêche sédentaire et de pêche errante se maintient, mais il est doublé par rapport au XVIIe. Les plus gros navires de pêche sédentaire armés à Saint-Malo peuvent ainsi atteindre 400 tonneaux. Ils comportent deschaloupes de 4 à 5 tonneaux qualifiées de « biscayennes » qui permettent à un équipage de trois hommes d’aller pêcher à partir de la côte. L’armement est parfois renforcé degoélettes de 20 à 80 tonneaux, plus aisées à manœuvrer que lesbrigantins. Pour la pêche errante, le tonnage est compris entre 40 et 120 tonneaux, et les typologies sont surtout marquées par des caractéristiques régionales.
Le XIXe siècle est alors celui de la spécialisation des navires, qui procède en premier lieu du remplacement des lourdes chaloupes par desdoris. Chaque navire possède alors une vingtaine de ces embarcations prévues pour deux hommes (un patron et un avant). La capacité de tonnage augmente également, et trois nouvelles caractéristiques viennent définir les terre-neuviers : la tenue aumouillage sur les bancs, la puissance du guideau et la solidité de la structure avant de la coque. Les typologies d’embarcations sont alors multiples : brick, brick-goélette, trois-mâts carré, trois-mâts barque,trois-mâts goélette. C’est ce dernier modèle qui est privilégié par les armateurs bretons et malouins, et constitue au milieu du XIXe le premier type de bâtiment fonctionnellement spécialisé pour lagrande pêche à Terre-Neuve[2]. La simplicité de la manœuvre de gréement du trois-mâts goélette est en effet adaptée à cette fonction, de même que son port atteignant 400 à 500 tonneaux. Il atteint alors 45 mètres de long, pour une voilure de 800m².

La concurrence deschalutiers est à l’origine de la disparition des armements à voile dès 1904, date des premiers essais du chalutier à vapeur d’Arcachon laJeanne à Terre-Neuve[3]. L’Augustin Le Borgne est ensuite le premier chalutier à vapeur spécialement conçu pour la grande pêche morutière, en 1905. Ce choix du chalutage s’explique par l’augmentation du rendement économique des navires, mais aussi par l’amélioration des conditions de sécurité. Parmi les derniers chalutiers, on peut retenir le Victor-Pléven ou leShamrock III, symbole de la fin de l’histoire de la grande pêche à la morue.
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