Ces sols ont pour la plupart été créés par l’être humain entre −800 et 500[5], les plus vieux remontant pour leur part à −2800[6]. Ils sont donc d'origineprécolombienne. Des milliers d'années après leur création, ils sont si réputés auBrésil qu'ils sont récoltés et vendus comme terreau à rempoter (voirpédologie). Leur profondeur peut aller jusqu'à deux mètres[6].
Laterra preta est très fertile, ce qui est une anomalie par rapport aux sols peu productifs de laforêt amazonienne[8]. Bien que les sols amazoniens exigent normalement des périodes dejachère entre huit et dix ans, six mois de repos peuvent suffire aux solsterra preta pour récupérer[8]. Dans au moins un cas, on sait qu’un sol de ce type a été en culture continue depuis plus de quarante ans sans apport externe d'engrais[b 2].
On trouve ce sol principalement enAmazonie, où Sombroeket al.[9] estiment que ces terres occupent une surface d'au moins 0,1 à 0,3 % de la basse Amazonie enforestée, soit 6 300 à 18 900 km2 (cité par Denevan et Woods[10]) mais d'autres estiment cette surface à 1,0 % ou plus (jusqu’à deux fois la surface de la Grande-Bretagne)[11]. Leur distribution s'étend principalement le long des voies d'eau, de l'Amazonie de l'Est au bassin central de l'Amazonie[12].
Laterra mulata est plus claire que laterra preta, contient beaucoup de charbon de bois mais moins de restes de poterie et d'os. Laterra mulata se situe généralement en auréole autour de laterra preta, et occupe des surfaces beaucoup plus importantes. L'hypothèse généralement retenue pour expliquer son origine, est que laterra mulata correspond aux zones défrichées et cultivées situées autour des villages (laterra preta correspondant à l'emplacement du village). Laterra mulata aurait été constituée par des techniques de brûlis contrôlés afin de favoriser la production debiochar et donc d'augmenter la fertilité du sol, dans le contexte de l'agriculture sur abattis-brûlis[14].
La redécouverte de laterra preta passe par celle des ouvrages en terre de la région et de la civilisation qui les a élaborés. En effet, le débat a, jusqu'à ces récentes années, tourné autour de la question de subsistance : les sols d'Amazonie, généralement pauvres etlessivés, ont-ils ou non pu subvenir aux besoins alimentaires de populations denses ?
1541 : départ de la première expédition européenne de découverte de l'Amazone ;Francisco de Orellana descend le fleuve. L'expédition parle à son retour d'une région à l'agriculture riche et sophistiquée, à haute densité démographique, où la population habite aussi bien des fermes isolées que de grands villages entourées de hauts murs[15]. Ses chroniques décrivent également ces villages reliés entre eux par des réseaux de commerce étendus, et des chefs dont le statut s'apparente à celui de lanobilité[16]. La légende naît d'un « pays de l'Eldorado ».
Les expéditions subséquentes ne trouvent que quelquestribus isolées dechasseurs-cueilleurs principalement nomades et une organisation sociale et politique presque aussi limitée que l'agriculture. C'est la disgrâce pour Orellana et l'opinion publique européenne est fixée pour les quatre siècles suivants sur l'idée d'une région à potentiel de développement culturel limité par l'environnement[15] – ce que l'anthropologue Michael Heckenberger appellera « le mythe des sauvages de l'âge de Pierre restés à l'aube des temps »[16].
Pourtant, tout au long de cette période de plus de 400 ans, des récits divers émergent occasionnellement pour retomber aussitôt dans l'oubli de l'histoire. Ce sont principalement des comptes rendus dejésuites (anonymes finXVe et XVIe siècles, et 1743 ; Equiluz 1884 ; Eder 1888 ; Altamirano 1891), qui dirigèrent la région de1668 à1767 et décrivent lespeuples indigènes, leurs coutumes, les paysages locaux et la vie des missions coloniales. La région était notée pour sa richesse agricole, notamment pour lecacao et lecoton. Contrairement à bien des régions de l'Amazonie, lesBaures ne souffrirent apparemment pas d'effondrement démographique jusqu'à la mort du missionnaireCipriano Barace(es) tué en 1703, à la suite de quoi les Espagnols dispersèrent les communautés indigènes en une écrasante répression par la guerre et l'esclavage. Après 1708, les missionnaires regroupèrent les survivants en plusieurs centres urbains, les principaux étant Concepción de Baures (la présente ville deBaures) et San Martin[15].
À partir de 1867 : Établissement local de familles d'ex-soldats de la Guerre Civile des Confédérés.
1870 : Legéologue etexplorateur américainJames Orton, professeur à Vasser, mentionne un sol « noir et très fertile » en Amazonie, dans son livreThe Andes and the Amazon dédié àCharles Darwin qui avait correspondu avec lui. Puis en 1874 vient le rapport sur ces sols écrit par le géologue canadienCharles Frederick Hartt(en), celui de son assistant Herbert Smith[17] en1879, et celui des géologues britanniques Brown et Lidstone (1878). Ces rapports concernent particulièrement la région deSantarém en basse Amazonie. Cet afflux soudain d'informations provient d'une part de ce que Hartt[18] fut membre de l'expédition Louis Agassiz en 1865-66, et d'autre part de l'établissement des ex-soldats dans cette région[10].
1916-1918 :Nordenskiöld relate des vestiges de villages entourés de fossés et de plusieurs larges avenues et canaux, dans la région des Baures (une région au nord-est de laBolivie et en bordure du bassin amazonien, aux sols naturels tout aussi pauvres que le reste des sols naturels d'Amazonie).
Années 1950 : La vision des « Smithsoniens » (principalement Betty J. Meggers, archéologue, et Evans, duSmithsonian Institute) prévaut d'une région incapable de subvenir aux besoins d'une population dense, et donc limitant le développement d'une société complexe[16].
Fin des années 1950 : Lee (1979, 1995) et Pinto Parada (1987) découvrent de larges vestiges de réseaux d'avenues, de canaux et de groupements d'habitations, dans lespampas entre le Rio San Joaquin et le Rio San Martin (le « Complexe Hydraulique des Baures »). Lee et Botega survolèrent la région de nombreuses fois avec des scientifiques et des journalistes pour faire connaitre ces constructions, mais les vestiges ne furent pas examinés au sol par les archéologues[15].
1961 : Pour sa thèse de géographie, William Denevan fait son premier voyage dans une région de l'Amazone bolivienne appelée le Beni. Situé entre les montagnes desAndes et leRío Guaporé (un affluent majeur de l'Amazone), isolé, presque inhabité et quasi sans routes, les saisons y sont marquées par un fort contraste sec/pluies. En 1966, Denevan décrit plusieurs avenues et canaux encore en usage par les habitants des Baures, et les villages entourés de fossés dans les Baures et à Magdalena[15].
Années1960 :Donald Lathrap, archéologue à l'université de l'Illinois, se base sur des indices linguistiques et les céramiques pour présenter l'hypothèse que la confluence des rivières Amazone, Rio Negro et Madeira, fut le centre d'une civilisation avancée qui s'étendit desCaraïbes jusqu'au sud du Brésil[16].
1966 : W. Sombroek publieAmazon soils. A reconnaissance of the soils of the Brazilian Amazon region, son premier ouvrage sur le potentiel de laterra preta comme régénérateur de sols et outil de séquestration ducarbone (W. G. Sombroek, Interciência 17, 269–272)[15].
1984-85 : Dougherty et Calandra conduisent une série d'excavations-tests pour des recherches archéologiques dans la ville deBaures et le long du Rio Negro et du Rio Blanco. Ils cherchent à construire une chronologie de la région à l'aide des tessons de poterie[15].
Début des années1990 : l'anthropologueMichael Heckenberger (université de Floride àGainesville) découvre que lesKuikuro, une tribu indigène dans la région du haut Xingu environ 600 miles au sud-est deManaus, ont une structure de classe dirigeante (aristocratie héréditaire) plus complexe que celle correspondant à un groupe de seulement 300 personnes. Ceci suggère que cette population était dans le passé plus nombreuse et plus sophistiquée qu'à présent. Au-delà des bordures du village il trouve des vestiges d'une civilisation antérieure : une très large place, des routes, des avenues, des canaux et des ponts. Vers le milieu des années1990, Heckenberger invite James B. Petersen, son ancien professeur et un expert en céramiques, sur son terrain de recherches. Lors d'une exploration au-delà du camp, Heckenberger rencontre sur une berge du Rio Negro une zone deterra preta s'étendant sur trois kilomètres le long du Rio Negro. Dans les mois qui suivent, Heckenberger et Petersen lancent le « Central Amazon Project » avec Eduardo G. Neves[16].
Années1990 : une équipe américano-bolivienne menée par Clark Erickson commence la première recherche archéologique long terme sur les vestiges de constructions en terre de la région desBaures. Il découvre une quantité énorme de tessons de poterie associée à laterra preta. Un troisième archéologue, William Woods, de l'université de l'Illinois (SIU), retrouve les mêmes débris de poterie le long de la rivière Tapajos.
Les archéologues sont dorénavant persuadés que l'Amazonie abrita jusqu'à l'arrivée des Espagnols une véritable civilisation,aussi développée que celles des Mayas ou des Incas[réf. nécessaire]. Selon Denevan, la région abritait« l'une des populations les plus denses et une culture parmi les plus élaborées en Amazonie » (cité dansEarthmovers of the Amazon par Charles C. Mann[15]), tout aussi sophistiquée que les culturesAztèque,Inca etMaya bien que radicalement différente de celles-ci.
Ils auraient appliqué une pratique d'entretien du sol destinée à transformer un sol jaune argileux de productivité biologique limitée, en l'un des sols les plus riches de la planète. Selon William Balée, anthropologue de l'université Tulane àLa Nouvelle-Orléans, les étendues de forêt tropicale entre les zones de savane sont principalement voire entièrement anthropogéniques – une notion ayant des implications considérables pour l'agriculture en général, et la conservation future de la région en particulier.Pour Robert Langstroth, géographe culturel ayant obtenu son doctorat en 1996 à la University of Wisconsin sous la direction de Denevan,« le Llanos de Mojos représente l'un des paysages préhistoriques les plus extraordinaires de la planète. La question est de savoir dans quelle mesure celui-ci est anthropogénique et à quel point la partie anthropogénique a affecté la nature »[15].
Laterra preta est définie comme un type delatosol, qui a un taux de carbone allant d'élevé à très élevé (plus de 13 - 14 % de matière organique) dans son horizon A, mais sans caractéristiqueshydromorphiques[20]. La composition de laterra preta présente des variantes importantes. Par exemple, les jardins attenants aux habitations recevaient plus de nutriments que les champs plus éloignés[21].
La capacité de laterra preta d'accroître son propre volume — donc de séquestrer plus de carbone — a été « découverte » par le pédologue William I. Woods de l'université de l'Illinois[11]. Ce mystère, le « Graal » de laterra preta, est activement étudié par les différents acteurs scientifiques concernés.
Les processus responsables de la formation des sols deterra preta sont[b 1] :
(1) l'incorporation de charbon de bois,
(2) l'incorporation de matières organiques et de nutriments,
(3) le rôle des micro-organismes et des animaux du sol.
La transformation de labiomasse encharbon produit une série de dérivés charbonneux désignés sous le nom de carbone noir ou pyrogénique, dont la composition varie, allant de matière organique légèrement charbonnée, jusqu'à des particules desuie trèsgraphitées formées par la recomposition deradicaux libres (Hedgeset al. 2000)[22]. Ici, tous les types de matériaux charbonneux sont appelés charbon. Par convention, est considérée comme charbon lamatière organique naturelle transformée thermiquement avec un pourcentage O/C (rapportoxygène/carbone) de moins de 0,6[22] (des valeurs plus petites ont cependant été suggérées[23]). À cause des interactions possibles avec lesminéraux du sol et la matière organique, il est quasiment impossible d'identifier le charbon avec sûreté en le déterminant uniquement par le simple pourcentage O/C. Le pourcentage H/C (rapporthydrogène/carbone)[24] ou des marqueurs moléculaires comme l'acide benzènepolycarboxylique[25] sont donc utilisés comme seconde dimension d'identification[b 1].
Du carbone a été ajouté aux sols pauvres, sous forme de charbon de bois fabriqué à basse température et en présence d'une quantité d'oxygène limitée (à l'aide de feu étouffés). William Woods (université du Kansas, à Lawrence), expert en sites d'habitations abandonnés, a mesuré dans laterra preta jusqu'à 9 % de carbone noir (contre 0,5 % pour les sols environnants)[26]. B. Glaseret al. ont trouvé jusqu'à 70 % de carbone de plus que dans lesferralsols avoisinants[b 1], avec des valeurs moyennes approx. de 50 mg/ha/m[27].
La chercheuse finlandaise Janna Pitkien a mené des tests sur des matériaux à haute porosité tels que lazéolithe, lecharbon actif et le charbon. Ces tests montrent, contrairement à ses attentes, que la croissance microbienne est substantiellement améliorée avec le charbon actif. Il est possible que ces petits morceaux de charbon tendent à migrer à l'intérieur du sol, fournissant un habitat pour lesmicro-organismes qui assimilent labiomasse de la couverture de surface[28].
La structure chimique du charbon dans les sols deterra preta est caractérisée par des groupes aromatiques poly-condensés, à qui sont dus d'une part la stabilité biologique et chimique prolongée combattant la dégradation microbienne ; et d'autre part, après oxydation partielle, la plus grande rétention denutriments[b 1],[27]. Le charbon de bois (mais non celui d'herbacées ou de charbon de matériaux à hautes teneurs en cellulose) fabriqué à basse température, a donc une couche interne de condensats d'huiles biologiques que les microbes consomment et qui est similaire à la cellulose de par ses effets sur la croissance microbienne (Christoph Steiner, EACU 2004). Lecharbonnage à haute température fait perdre cette couche et accroît peu la fertilité du sol[11]. Glaseret al. (1998[25] et 2003[29]) et Brodowskiet al. (2005[30]) ont démontré que la formation de structures aromatiques condensées dépend du processus de manufacture du charbon. C'est l'oxydation lente du charbon qui crée desgroupes carboxyliques ; ceux-ci augmentent la capacité d'échange descations dans le sol[31],[32]. Lehmannet al ont étudié le noyau des particules de carbone noir produit par la biomasse. Ils l'ont trouvé hautement aromatique même après des milliers d'années d'exposition dans le sol et présentant les caractéristiques spectrales du charbon frais. Autour de ce noyau et sur la surface des particules de carbone noir ont cependant été identifiées de bien plus larges proportions de formes deC carboxyliques et phénoliques spatialement et structuralement distinctes du noyau de la particule. L'analyse des groupes de molécules fournit des évidences à la fois pour l'oxydation de la particule de carbone noir même, aussi bien que pour l'adsorption de carbone non-noir[33].
Ce charbon est ainsi décisif pour le caractèredurable de la culture sur sols deterra preta[b 2],[31]. Desamendements de Ferrasol avec du charbon de bois augmentent considérablement la productivité végétale[12]. Les sols agricoles ont perdu en moyenne à 50 % de leur carbone à cause de l'agriculture intensive et d'autres dégradations d'origine humaine[11].
Incorporation de matières organiques et de nutriments
Laporosité du charbon de bois amène une plus grande rétention de matière organique, d'eau et de nutriments organiques dissous[36], ainsi que despolluants comme despesticides et deshydrocarbures aromatiques polycycliques[37].
Les sols deterra preta montrent aussi des quantités de nutriments plus élevées et une meilleure rétention de ces nutriments, que les sols environnants infertiles[27]. La proportion deP présent atteint 200 - 400 mg/kg[b 2]. La quantité deN s'est également montrée plus grande dans l'anthroposol, mais ce nutriment a été immobilisé dû à la proportion élevée deC par rapport à l'N dans le sol[12].
L'anthroposol montre une disponibilité deP,Ca,Mn etZn clairement plus élevée que le Ferrasol voisin. L'absorption deP,K,Ca,Zn etCu par les plantes augmente lorsqu'on augmente la quantité de charbon disponible ; la production de biomasse pour deux récoltes étudiées (riz etVigna unguiculata (L.)Walp.) a augmenté de 38 - 45 % sans fertilisation (P < 0,05), par rapport à des récoltes faites dans du Ferrasol fertilisé[12].
Ledrainage de nutriments est minimal dans l'anthroposol malgré leur abondante disponibilité. Ceci explique leur fertilité élevée. Cependant, lorsque des nutriments inorganiques sont appliqués au sol, le drainage de nutriments dans l'anthroposol excède celui dans le ferralsol fertilisé[12].
Pour les sources potentielles de nutriments, seuls leC (via laphotosynthèse) et l'N (par fixation biologique) peuvent être produitsin situ. Tous les autres éléments (P, K, Ca, Mg…) doivent être présents dans le sol. En Amazonie, l'approvisionnement de nutriments par compostagein situ est exclu pour les sols naturels lourdement lessivés (ferralsols,acrisols,lixisols,arénosols,uxisols…) qui ne contiennent pas de concentrations élevées de ces éléments. Dans le cas de laterra preta, seules sont possibles les sources de nutriments primaires et secondaires. On a trouvé les éléments suivants[27] :
(1) excréments humains et animaux (riches enP etN),
Lesmicro-organismes et champignons vivent et meurent à l'intérieur du média poreux, augmentant ainsi sa quantité de carbone. Johannes Lehman et W. Zech, Bruno Glaser à l'université de Bayreuth (Allemagne) et Embrapa (Manaus, Brésil) étudient ces phénomènes.
Les pores du charbon frais doivent d'abord « être chargés » avant de commencer à fonctionner en tant quebiotope[40].
En date de 2008, il n'y a aucune preuve scientifique qu'unmicro-organisme particulier soit responsable de la formation deterra preta mais une production significative de carbone noir d'origine biologique a été identifiée, spécialement sous conditions tropicales humides[41]. Dans ces travaux, il est supposé queAspergillus niger en est le principal responsable. Les travaux de Topoliantz et Ponge, résumés dans un article synthétique[42], montrent que lever de terrePontoscolex corethrurus, largement présent dans toute l'Amazonie, notamment dans les clairières aprèsbrûlis, était capable d'incorporer des particules de charbon de bois au sol minéral et de les broyer finement pour produire un humus particulier[43]. Ces auteurs, qui ont pu vérifier expérimentalement ce processus, pensent qu'il est à l'origine de la formation biologique desterra preta, associée à un savoir agronomique mettant en œuvre le dépôt de charbon de bois en une mince couche régulière favorable à son enfouissement parPontoscolex corethrurus.
Les sols deterra preta sont très populaires auprès des locaux qui les utilisent pour des cultures à haut rendement économique, telles que la papaye et la mangue[3], ou le collectent pour le vendre comme terreau à rempoter[b 1],[44]. B. Glaser estime que la productivité des récoltes dans laterra preta est de deux[45] à trois[3] fois celle des sols voisins infertiles. Les jachères y sont réduites parfois à seulement six mois alors que celles pour l'oxisol sont généralement de 8 à 10 ans[b 2]. De nombreuses études au Brésil, Thaïlande, Japon et bien d'autres pays, ont montré des accroissements de productivité des récoltes de l'ordre de 20 à 50 %, associés à des accroissements de biomasse totale allant jusqu'à 280 %[11]. D'après Beata Madari (Association Brésilienne de Recherches Agricoles) et d'autres scientifiques, la fertilité associée à laterra preta pourrait justifier la promotion de ce mode d'agriculture (citée dans le magazine Science News[21]).
Notons tout d'abord que planter des arbres n'est en soi qu'une solution à court terme pour la séquestration effective de carbone, puisque lors de la destruction de ceux-ci le carbone qu'ils ont séquestré est relâché dans l'atmosphère. Le bilan de cette opération est donc neutre sur le plan de séquestration de carbone. Par contre, transformer les arbres en charbon (qui est en théorie composé quasi uniquement de carbone) et enterrer ce charbon, amène de fait un bilan négatif (plus de carbone séquestré que relâché)[11]. Le défrichage par brûlis (leslash-and-burn) relâche dans l'atmosphère environ 97 % du carbone accumulé par la végétation. Par contre, le défrichage avec feux couverts pour la production de charbon (leslash-and-char) ne relâche qu'environ 50 % de ce carbone (Lehmann, cité dans le magazine Science News[21]). Du charbon de bois correctement préparé peut augmenter les récoltes et séquestrer du carbone pour des milliers d'années (5 000 ans selon l'estimation de Dan Gavin, chercheur en datation au carbone à l'université de l'Illinois)[11].
De plus, les propriétés de renouvellement de laterra preta permettent de séquestrer encore plus de carbone grâce à l'augmentation de labiomasse végétale et de la population fongique et microbienne[11],[b 2].
Le docteur Ogawa, de Kansai Environmental au Japon (une division deKansai Electric Power Company, le deuxième plus grand producteur électrique de ce pays), a présenté les recherches de son équipe sur l'addition de charbon au sol. Leurs travaux, sur quinze ans d'études, ont étudié les causes des effets du charbon sur le sol, et ont amené le gouvernement japonais à approuver le charbon comme pratique officielle de gestion des sols. Kansai Electric fonde une plantation de recherche en reforestation enAustralie-Occidentale (aride) avec Syd Shea, produisant du charbon et le retournant au sol pour augmenter les récoltes en milieu défavorisé[11].
(en)Time and Complexity in Historical Ecology - Studies in the Neotropical Lowlands, par William L. Balée et Clark L. Erickson,. Cette collection d'études par des anthropologues, botanistes, écologistes et biologistes, met l’emphase sur la relation étroite entre les humains et leur environnement naturel par le biais de l'écologie historique ; notamment comment les paysages ont été aménagés et la diversité des espèces modifiée tout en conservant son hétérogénéité et en contrôlant les perturbations écologiques, sur les régions des Andes de l’Équateur, d’Amazonie, la côte désertique du Pérou, et d'autres régions tropicales.
La section « Pédologie » (voir supra) est principalement tirée des travaux de Bruno Glaseret al.[9], notammentPrehistorically modified soils of central Amazonia: a model for sustainable agriculture in the twenty-first century[b 1]; et ceux de Johannes Lehmannet al.[b 2].
Ces deux scientifiques travaillent à Bayreuth (Allemagne) et Cornell (Ithaca, NY, États-Unis) respectivement, et ont collaboré ensemble sur un certain nombre d'articles clés, notammentOrganic chemistry studies on Amazonian Dark Earths, dansAmazonian Dark Earths: origin, properties, and management (2003)[b 1],Slash-and-char: a feasible alternative for soil fertility management in the Central Amazon? (2002)[b 3],Nutrient availability and leaching in an archaeological Anthrosol and a Ferralsol of the Central Amazon basin: fertilizer, manure and charcoal amendments, (2003)[12]. Leur principal ouvrage reste toutefois le livreAmazonian Dark Earths: Origins, Properties, Management[b 4], écrit en collaboration avec D.C. Kern et W.I. Woods, et avec les contributions de scientifiques de spécialités diverses (archéologues, pédologues, etc) incluant de nombreux rapports jusque-là non publiés, ou publiés seulement en portugais donc non accessibles à un public international.
↑C. L. Erickson, « Amazonia: The Historical Ecology of a Domesticated Landscape »,Handbook of South American Archaeology, edited by Helaine Silverman and William H. Isbell., 2008
↑abcdefgh eti(en)[2]Carbon negative energy to reverse global warming (a posting to Energy Resources Group on Yahoo). Compte-rendu sur le symposium (EACU) en 2004 à l'Université de Georgia à Athens (Georgia, États-Unis). S'y est réuni un groupe de scientifiques aux intérêts très divers: chimie, archéologie, physique, anthropologie, microbiologie, pédologistes, agronomes, chercheurs sur les énergies renouvelables, et des représentants du DOE (Department of Environment), de l'USDA (....) et de l'industrie. Ordre du jour : observer les évidences d'utilisations massives de carbone dans l'histoire, faire le point sur la recherche présente, et étudier comment l'énergie négative du carbone peut être économiquement déployée aujourd'hui (Voir aussi[3]).
↑abcdefghi etj(en)[4]Earthmovers of the Amazon par Charles C. Mann. Article de la sérieNews Focus dans Science, 4 février 2000, vol. 287: 786-789. Cet article présente les recherches archéologiques dans la région duBeni directement liées au renouveau d'attention récent sur la terra preta, ainsi que des photos des reconstructions de ce mode d'agriculture.
↑a etb(en)[6]Stability of soil organic matter in Terra Preta soils par Bruno Glaser, Ludwig Haumaier,Georg Guggenberger et Wolfgang Zech, Institut de Sciences des Sols, University of Bayreuth, D-95440 Bayreuth, Germany.
↑(en)Value Added Products from Gasification – Activated Carbon, par Shoba Jhadhav. Laboratoire de Combustion, Gaséification et Propulsion (The Combustion, Gasification and Propulsion Laboratory - CGPL) à l'Institut Indien des Sciences (Indian Institute of Science - IISc).
↑Barois I, Villemin G Lavelle P, Toutain F (1993)Transformation of the soil structure through Pontoscolex corethrurus (Oligoch aeta) intestinal tract. Geoderma 56, 57 - 66.
(en)Putting the carbon back: Black is the new green. Article dans le journal Nature 442, 624-626, 10 aout 2006,Noir est le nouveau vert. Lien vers copie gratuite de l'article dans le site de Biopact à la suite et dans le cadre d'une entrée intituléeTerra Preta: how fuels can become carbon-negative and save the planet.