L'éruption de 1815 est la plus violenteéruption volcanique connue dans les temps historiques, et surtout la plus meurtrière avec au moins 90 000 morts. Elle entraîna des perturbations climatiques telles que l'année 1816 est connue dans l'hémisphère nord comme l'année sans été. Les récoltes furent catastrophiques, et unefamine frappa certaines régions d'Europe, d'Asie et d'Amérique du Nord. À l'échelle mondiale le nombre de victimes des conséquences de l'éruption est estimé à 200 000 personnes. Les fouillesarchéologiques montrent que l'éruption mit définitivement fin à la culture de Tambora, une culture autochtone florissante qui commerçait avec toute l'Asie du Sud-Est.
Aujourd'hui la péninsule de Sanggar reste peu peuplée et abrite une importantebiodiversité et desécosystèmes variés. En 2015 est créé leparc national du Mont Tambora pour protéger 716 km2 deforêt tropicale et deprairies d'altitude sur les flancs du volcan. L'activité du volcan est surveillée par des observatoiressismologiques afin de prévenir toute nouvelle catastrophe. En effet, le volcan montre quelques signes d'activité de temps à autre, marqués par de petites éruptions, notamment en 1967 et en 2011.
Les environs immédiats du volcan sont entourés par quelques villages : Sanggar à l'est, Doro Peti et Pesanggrahan au nord-ouest, Calabai à l'ouest. Plus loin vers l'est, à une cinquantaine de kilomètres du cratère, se trouvent les villes deDompu et deBima[5].
Les estimations de l'âge du début de l'activité volcanique du Tambora vont de 57 000[4] à 43 000 ans[9]. L'activité volcanique du Tambora alimente une grandechambre magmatique préexistante sous l'île de Sumbawa. L'île de Moyo s'est également formée dans le cadre de ce processus géologique au cours duquel la baie de Saleh est apparue pour la première fois il y a environ 25 000 ans[4].
Lemagma impliqué dans l'éruption de 1815 provient dumanteau avec des contaminations lors de sa remontée par dessédiments et autres roches issues de la fusion de lacroûte subductée. La composition du magma porte l'empreinte de processus decristallisation fractionnée dans les chambres magmatiques[9]. Les rapports87Sr/86Sr mesurés au Tambora sont similaires à ceux du mont Rinjani plus à l'ouest, mais montrent des valeurs inférieures à celles mesurées auSangeang Api plus à l'est[8]. Les niveaux de potassium des roches issues du Tambora dépassent 3 %, ce qui les place dans la gamme desshoshonites pour lesséries alcalines[11].
Depuis l'éruption de 1815, les dépôts les plus bas sont constitués de séquences superposées de lave et de matériauxpyroclastiques. Environ 40 % des couches sont représentées par des coulées de lave d'un à quatre mètres d'épaisseur et le reste par d'épaisses couches descories et par les produits d'altération des coulées de lave[12]. Dans les dépôts supérieurs, la lave est intercalée avec des scories, destufs, descoulées pyroclastiques et des retombées pyroclastiques[12]. Le Tambora compte au moins vingt cônes volcaniques secondaires[7] ainsi que desdômes de lave, dont le Doro Afi Toi, le Kadiendi Nae, le Molo et le Tahe[2]. Ces évents secondaires produisent principalement des coulées de lavebasaltique[7].
L'importance du relief structure également le climat. De la base au sommet du volcan, il évolue d'un climat tropical humide vers unclimat montagnard[13].
Paysage de prairies et de forêts sur les flancs du Tambora.
Après la dévastatriceéruption de 1815, la vie sur les flancs du volcan est repartie de zéro. Les scientifiques estiment qu'il a fallu environ un siècle pour que lesécosystèmes se rétablissent[15].
Une équipe dirigée par lebotaniste suisseHeinrich Zollinger arrive à Sumbawa en 1847. Zollinger et ses équipiers sont les premiers à revenir dans la zone de la caldeira depuis la catastrophe32 ans plus tôt. Le paysage est encore dévasté. Au cours de son ascension vers le sommet, dont s'échappe encore de la fumée, ses pieds s'enfoncent à plusieurs reprises à travers une fine croûte superficielle, refroidie et solidifiée, recouvrant une couche plus chaude desoufre pulvérulent. La végétation commence à repousser par endroits, y compris des arbres sur les pentes inférieures. Lors de l'ascension, une forêt deCasuarina est observée entre 2 200 et 2 550 mètres d'altitude, ainsi que plusieurs prairies d'Imperata cylindrica[14].
La réinstallation des habitants commence en 1907, ce qui va modifier le paysage avec notamment desplantations de café près du village de Pekat sur le versant nord-ouest. Dans les années 1930 uneforêt tropicale dense deDuabanga moluccana s'est développée entre 1 000 et 2 800 mètres d'altitude et recouvre une superficie de80 000 hectares. Cette forêt tropicale est explorée par une équipe néerlandaise, dirigée par Koster et de Voogd en 1933. D'après leurs récits, ils entament leur voyage dans un « pays assez stérile, sec et chaud » avant d'entrer, sur les premières pentes, dans une « jungle imposante » avec d'« énormes et majestueux géants de la forêt ». À 1 100 mètres d'altitude, la végétation devient plus arbustive. Au-dessus de 1 800 mètres, ils trouvent des plantes à fleursDodonaea viscosa accompagnées par desCasuarina. Au sommet de la montagne poussent de façon clairsemée desLeontopodium(en) et desWahlenbergia[16].
Aujourd'hui, les pentes les plus basses du volcan sont occupées par uneforêt tropicale humide au nord-ouest (direction des vents de mousson) tandis que le flanc sud-est est occupé par unesavane arborée. Avec l'altitude la végétation évolue vers unebrousse plus ou moins dense. Lesprairies d'altitude se multiplient vers la zone sommitale[14].
Certaines espèces d'oiseaux comme les loriquets ou les cacatoès sont chassées illégalement par la population locale pour letrafic d'animaux exotiques. D'autres espèces sont chassées traditionnellement pour la consommation de viande comme lemégapode de Reinwardt (Megapodius reinwardt). Ces activités entraînent un déclin des populations d'oiseaux. Ainsi, le petit cacatoès à huppe jaune est proche de l'extinction sur l'île de Sumbawa[14].
L'éruption du Tambora en 1815 est considérée par certainsvolcanologues comme la plus violente des temps historiques, devant celle du volcan de l'ancienne île deSantorin, situé enGrèce, en1610av. J.-C., et celle du volcanTaupo, situé enNouvelle-Zélande, en 230[15]. Pour d'autres, d'après des études récentes,l'éruption en 1257 duSamalas, autre volcan indonésien, serait encore plus forte[19]. L'éruption du Tambora a une puissance surpassant de dix mille fois celles desbombes A d'Hiroshima et de Nagasaki réunies[20]. Les explosions du volcan sont entendues à plus de 1 400 km de distance. Destsunamis s'abattent sur les îles alentour jusqu'à plusieurs centaines de kilomètres de distance. L'éruption même du volcan tue environ 92 000 personnes sur les îles de Sumbawa, Lombok et Bali[3]. Sur ces îles, une obscurité presque complète est engendrée pendant plusieurs jours par les poussières en suspension dans l'atmosphère ; l'eau est contaminée par les cendres et devient impropre à la consommation[21].
L'éruption a d'importantes conséquences climatiques sur le plan mondial. Elle est à l'origine de l'« année sans été » de 1816, due à unhiver volcanique qui ruine les récoltes dans leszones tempérées de l'hémisphère nord. Celui-ci engendre desfamines dans de nombreux pays dont laChine, laFrance, l'Italie, l'Allemagne, leRoyaume-Uni, ou encore lesÉtats-Unis et leCanada, qui font plus de 200 000 victimes. Des chutes deneige se produisent en plein été àPékin, sur la côte nord-est des États-Unis (Maine,Massachusetts), en Italie et enHongrie. EnEurope de l'Ouest des pluies torrentielles provoquent des inondations[22],[21],[3]. À l'échelle mondiale, la poussière et les aérosols du volcan restent présents dans l'atmosphère pendant trois ans[23].
Timbre indonésien commémorant les200 ans de l'éruption de 1815.
Une étude scientifique de 2023 réévalue l'importance de l'éruption et confirme que les conséquences sur le climat sont en grande partie liées à l'émission de plus147 millions de tonnes dedioxyde de soufre dans lastratosphère. Cette nouvelle estimation fait de l'éruption de 1815 la plus importante depuis 2 000 ans quant à la quantité de dioxyde de soufre dégazée[24].
L'activité reprend en, marquée par une petite éruption avec des gaz brûlants et quelques répliques explosives, considérée comme faisant partie de l'éruption majeure de 1815[3]. Cette petite éruption tardive est estimée à 2 sur l'échelle VEI[2].
Vers 1880, des éruptions sont observées à l'intérieur de la caldeira du Tambora[2], qui créent de petites coulées de lave et des extrusions de dômes de lave. Elles sont estimées à 2 sur l'échelle VEI. Cette série d'éruptions crée un nouveau cône nommé Doro Api Toi à l'intérieur de la caldeira[12].
Au cours desXIXe et XXe siècles, le Tambora reste actif, des coulées de lave de faible ampleur et des dômes étant observés dans le fond de la caldeira[2]. La dernière éruption officiellement enregistrée date de 1967. Cependant, il s'agit d'une éruption très modeste avec un indice de 0 sur l'échelle VEI, ce qui signifie qu'elle n'est pas explosive[25]. En avril 2011, sont signalées une activité sismique faible bien qu'en augmentation, consistant en de petites secousses, ainsi que quelques émissions de fumées dans la caldeira[22]. En août, le niveau d'alerte dans la zone autour du volcan est relevé deI àII[26]. Ceci entraîne un début d'exode de la population locale, qui revient sur place une fois le volcan calmé et l'alerte levée[27].
Les ruines d'une maison contenant lesossements de deux adultes, des bols enbronze, des pots encéramique, des outils enfer et d'autres artefacts sont localisées à l'aide d'ungéoradar avant d'être excavés[28]. Des tests en laboratoire révèlent que les objets ont été carbonisés par la chaleur intense, ce qui confirme la destruction du site par l'éruption. Sigurðsson qualifie cette découverte de « Pompéi de l'Orient »[29], les médias parlent du « royaume perdu de Tambora »[30].
La langue parlée par le peuple de Tambora a également disparu avec l'éruption. Leslinguistes ayant examiné les données lexicales disponibles, répertoriées dans certains écrits ayant survécu à la catastrophe, établissent que letambora n'est pas unelangue austronésienne, comme on aurait pu s'y attendre dans cette région, mais soit unisolat linguistique, soit plus probablement unelangue papoue dont la famille linguistique d'origine se situe500 kilomètres plus à l'est. Ceci conforte la thèse d'une population de Tambora différente du reste de l'île de Sumbawa et constituée de marchands et navigateurs[32].
La région du Tambora étant peu peuplée et rurale, l'agriculture reste la première activité avec principalement lariziculture ainsi qu'occasionnellement l'élevage debétail dans les savanes. Il y a également des plantations d'anacardiers et decaféiers sur les basses pentes du volcan, principalement au nord-ouest[5].
La région est peu touristique mais le gouvernement cherche à développer ce secteur en se concentrant sur larandonnée et lessports de pleine nature[16].
Une concession d'exploitation forestière située sur les pentes du Tambora est accordée par le gouvernement en 1972, ce qui constitue une menace pour la forêt tropicale à long terme. Cette concession pour la coupe de bois représente une superficie de20 000 hectares, soit 25 % de la superficie totale de la forêt du Tambora. Par ailleurs, une autre partie de la forêt tropicale est utilisée comme terrain de chasse. Entre les deux se trouve alors uneréserve naturelle abritant de nombreux animaux sauvages[16].
La région du Tambora attire des scientifiques du monde entier, spécialistes ensismologie,volcanologie,archéologie etbiologie[16]. Deux chemins d'accès à la caldeira sont possibles. Le premier depuis Doro Mboha au sud-est, d'abord en voiture puis par environ une heure de marche. C'est souvent le camp de base pour les activités scientifiques. Le second accès se fait depuis Pancasila au nord-ouest, entièrement à pied et nécessite14 heures de marche[5].
Vue du fond de la caldeira du Tambora avec desfumerolles.
Depuis 1815, la population indonésienne a augmenté significativement ; sans mesure de prévention une éruption similaire aujourd'hui ferait potentiellement beaucoup plus de victimes[35]. En 2020, le pays compte270 millions d'habitants, dont 56 % concentrés sur l'île deJava qui se trouve relativement proche[36]. Un événement aussi important que l'éruption de 1815 aurait un impact dévastateur sur environ8 millions de personnes[35].
L'activité sismique du Tambora est surveillée par la Direction de la volcanologie et de la prévention des risques géologiques qui maintient un réseau national en Indonésie. La station de surveillance du Tambora est située dans le village de Doro Peti au nord-ouest du volcan et se concentre sur l'activité sismique et tectonique du volcan à l'aide desismomètres[5]. Il n'y a pas eu d'augmentation significative de l'activité sismique depuis l'éruption de 1880. Une surveillance continue est également effectuée par des observations directes à l'intérieur de la caldeira, en particulier sur le cône secondaire Doro Api Toi affecté par desfumerolles etsolfatares[37].
La Direction a créé unplan de prévention des risques pour le Tambora, qui désigne deux zones en cas d'éruption : une zone de danger et une zone de prudence. La zone de danger identifie les périmètres qui seraient directement touchés par les nuées ardentes, les coulées de lave ou les chutes d'éjectas. Elle comprend des périmètres tels que la caldeira et ses environs, soit une étendue de 58,7 kilomètres carrés où il est interdit d'habiter. La zone de prudence est constituée de terres susceptibles d'être indirectement affectées par les lahars et autres chutes de pierres ponces. La zone de prudence s'étend sur 185 kilomètres carrés ; elle est habitée, comprenant les villages de Pasanggrahan, Doro Peti, Rao, Labuan Kenanga, Gubu Ponda, Kawindana Toi et Hoddo. La rivière Guwu, située dans les parties sud et nord-ouest de la montagne, est également incluse dans la zone de prudence[38].
Vue panoramique de la caldeira du Tambora en 2017.
La version du 24 juin 2024 de cet article a été reconnue comme « bon article », c'est-à-dire qu'elle répond à des critères de qualité concernant le style, la clarté, la pertinence, la citation des sources et l'illustration.