À sa mort, Celtes le lègue à un autrehumaniste,Konrad Peutinger (1465-1547)[1], qui envisage de publier la carte, mais il meurt avant d'avoir mené cette tâche à bien. À la mort de Peutinger, une copie est exécutée à la demande de sa famille.
On croyait la carte de Peutinger originelle disparue, mais elle est retrouvée en 1714 et remise au princeEugène de Savoie, général au service de lamaison de Habsbourg. À la mort du prince Eugène en 1736, l'empereurCharles VI achète sa bibliothèque et l'intègre dans sa proprebibliothèque. La carte de Peutinger y est inventoriée sous la coteCodex Vindobonensis 324 (« Codex de Vienneno 324 »).
En 1863, pour assurer sa conservation, la carte est découpée en plusieurs panneaux qu'on protège par des plaques de verre, qui ont été remplacées en 1977 par des plaques depolyméthacrylate de méthyle[réf. nécessaire] (« acrylique »).
Après l'avènement de larépublique d'Autriche (1918), la carte passe dans les collections de laBibliothèque nationale de ce pays, où elle se trouve aujourd'hui encore, au sein du Département des manuscrits, autographes et fonds d'archives.
La table de Peutinger, unique carte ancienne représentant le réseau routier officiel (cursus publicus) de l'Empire romain, est un document exceptionnel, ce qui lui vaut de faire partie du patrimoine mondial de l'UNESCO. Elle a été inscrite en 2007 auRegistre international Mémoire du monde en tant que patrimoine documentaire de l'Autriche[5],[3].
Elle est toujours utile aux historiens et aux archéologues[5].
Reconstitution des 12 zones géographiques contenues dans la carte
La table actuelle est composée de onze parchemins, mais il en existait un douzième (représentant les parties occidentales du monde) qui a été perdu. Assemblés, ils forment une bande de 6,82 m sur 0,34 m[1].
La première feuille représente l'est desîles Britanniques, lesPays-Bas, laBelgique, une partie de laFrance et l'ouest duMaroc. Sur la quatrième feuille on trouve la ville d'Hippone[8] (la partie sud des feuilles 1, 2, 3, 4 et 5 représente l'Algérie).
L'absence de lapéninsule Ibérique laisse supposer qu'une douzième feuille, aujourd'hui manquante, présentait l'Espagne et lePortugal, ainsi que la partie occidentale desîles Britanniques. Le fac-similé deKonrad Miller en 1887 présente une tentative de restitution de cette page manquante (partie blanche, à gauche).
Quelque555 villes et 3 500 autres particularités géographiques sont indiquées, comme lesphares et les sanctuaires importants, souvent illustrées d'une image.
Fleuve, montagnes :Forum Segusiavorum (Feurs. La mention "Garonha" est inexacte puisqu'il s'agit en fait de la Loire)
Les cités importantes de l'empire sont au nombre de trois :Rome,Constantinople,Antioche — Elles sont signalées par un médaillon orné.
Représentation des villes importantes
Rome : la déesse Roma
Constantinople
Antioche
Les villes de taille immédiatement inférieure sont en nombre de six :Nicomédie (Izmit),Nicée (Iznik),Aquilée etRavenne.Ancyre (Ankara) etAlexandrie sont représentées, mais leurs noms ne sont pas indiqués. Elles sont représentées avec une muraille d'enceinte et un nombre de tours variables, sauf Alexandrie qui est représentée par un phare.
Bâtiments officiels des cités
Les autres villes sont représentées par un ou deux bâtiments[n 1].
Nombre de grandes villes d'aujourd'hui n'ont pas droit à cette précédente représentation, seuls leurs noms y figurent.
Le format très allongé ne permet pas une représentation réaliste du réseau des voies romaines. La carte est conçue comme une représentation symbolique, comme les plans actuels de transports en commun (métro de Paris, par exemple) permettant de se rendre facilement d'un point à un autre, de connaître les distances des étapes, sans offrir une représentation fidèle de la réalité[1]. Elle est néanmoins considérée comme la première représentation cartographique connue d'unréseau.
Les distances entre deux points sont indiquées de façon détaillée. Elles sont exprimées le plus souvent enmilles romains, mais parfois dans d'autresunités si elles étaient en cours dans telle ou telle région, par exemple deslieues gauloises enGaule aquitaine[9]. Par exemple, entreToulouse (Tolosa) etCahors (Bibona, en faitDivona (Cadurcorum)), on trouve deux étapes :Fines etCosa. Il est indiqué queFines est à 28 lieues de Toulouse etCosa à 7 lieues deFines.
Les parcours sont assez réalistes. Chaque station porte la longueur de l'étape, tandis que des vignettes signalent les villes principales, les villes thermales, etc. Nombre de ces « stations » ne correspondent pas à des villes, mais à des carrefours.
Inévitablement, cette copie médiévale comporte des erreurs de copistes. Certains noms de villes ou des distances d'étapes comportent des coquilles :Grenoble est nomméeCulabone alors que le nom ancien de cette ville était (Cularo,Cularo, Cularonis) ; certains V deviennent II, ou inversement.
L'interprétation de l'écriture médiévale a occasionné d'assez nombreuses méprises. En effet, les z ressemblent à des h (Mannert a soupçonné l'erreur sans oser la corriger) ; les t se distinguent à peine des c et des i (lesquels n'ont pas de point) ; les N majuscules ressemblent à des H, etc.[10]. Afin de faciliter l'utilisation de la Table, il est conseillé d'avoir en regard un exemplaire d'une « carte de redressement », où les stations et itinéraires de la Table sont reportés sur une carte géographique moderne. Pour la Gaule : « Carte de redressement de la Gaule pour l'intelligence de la Table de Peutinger », par exemple.
Le manuscrit est généralement daté duXIIIe siècle[réf. souhaitée]. Il serait l'œuvre d'un moine copiste anonyme deColmar qui aurait reproduit vers1265 un document plus ancien.
Table de Peutinger: Part IV - Segment IV ; Représentation de la région Apuane. On y voit la colonie dePisa,Lucca,Luni et le nom « Sengauni » ; la liaison entre Pisa et Luni n'y est pas encore représentée.
La carte comporte des informations très tardives, mais aussi des informations anciennes non mises à jour.
La carte indique laDacie, province constituée seulement auIIe siècle[1], certaines villes deGermanie inférieure détruites auVe siècle etConstantinople qui devient capitale en 330.Ravenne y est mentionnée comme unecapitale, ce qu'elle devient seulement en 402, succédant à Milan, ce qui correspond à la fin de l'Empire romain d'Occident. C'est ce qui a engagé plusieurs auteurs à soutenir l'hypothèse de la "table théodosienne", en la considérant comme un complément à laNotitia dignitatum (catalogue de l'administration de l'Empire) datant de cette époque.
On y voit la ville dePompéi pourtantdétruite en 79 par l'éruption du Vésuve. D'autres éléments (par exemple dans la Pars IV – Levant de la Ligurie) sont peut-être antérieurs à109av. J.-C., année de construction de laVia Aemilia Scaura, qui n'est pas indiquée sur la Table. Aucune route n'est indiquée non plus entre Pise et Luni, alors que figurent bien lesFossae Papirianae, marais situés près de l'actuelleVersilia, indiquées commeFossis Papirianis (cf. Pars IV - Segmentum IV).
La carte dont nous disposons est probablement fondée sur la carte du monde préparée parMarcus Vipsanius Agrippa (-64/-12), un ami personnel de l'empereurAuguste.
Après sa mort, la carte a été gravée dans le marbre et placée sur lePorticus Vipsaniæ, non loin de l'autel de la paix d'Auguste, le long de laVia Flaminia.
La table de Peutinger est de ce fait une compilation de plusieurs cartes romaines, la plus ancienne antérieure à la fin duIer siècle, qui a ensuite été mise à jour auIVe siècle et auVe siècle[11]. L'indicationFrancia (ce qui signifie ici « pays des Francs »), en tête de la Pars II, ne laisse aucun doute sur ces additions tardives.
Ce document était connu autrefois sous le nom de « table théodosienne »[12] (en latintabula theodosiana), en référence à l'empereurThéodose car, selonAntoine Jean Baptiste d'Aigueperse, une copie comporte des vers écrits du temps de cet empereur[13].
Plusieurs hypothèses sont avancées quant à l'origine de cette carte : « simple indicateur routier destiné à guider l'utilisateur dans son déplacement d'un point à un autre », parchemin qui appartenait « à un représentant ou à un commerçant procédant à des livraisons en différents points du territoire ainsi localisés »[14].
Après une première édition partielle, en 1591, sous le nom deFragmenta tabulæ antiquæ parAbraham Ortelius pour le compte de la maison d'édition deJan Moretus (Jean Moret), la table est finalement imprimée par Moretus en décembre 1598, toujours àAnvers, en250 exemplaires. Cette édition d'Anvers est présente dans les collections de la BNF.
Il existe également une copie en noir et blanc dans les archives de l'IGN àSaint-Mandé (Val-de-Marne). C'est un fac-similé de la « copievon Scheyb » datant de 1753.
En 1869,Ernest Desjardins édite une version française officielle[10] commandée par le ministre de l'Éducation. Cette édition se veut définitive car fondée sur l'analyse des copies existantes. C'est l'occasion de critiquer ses prédécesseurs, notamment Scheyb et Mannert, dans lequel il relève 89 erreurs de lecture pour la seule Gaule (sans compter les erreurs de dessin et 8 omissions de voies), et 387 erreurs pour la totalité de l'Empire[16]. Il introduit aussi une projection des données de Peutinger sur une carte moderne.
↑Ernest Desjardins,Essai sur la topographie du Latium (thèse de doctorat de la faculté des lettres de Paris), Paris, Auguste Durand,(lire en ligne),p. 89.
Pascal Arnaud,La cartographie à Rome (thèse d'études latines pour le doctorat d'État, dir. Pierre Grimal), Paris 4,, suracademia.edu(lire en ligne).
Nicolas Bergier,Histoire des grands chemins de l'Empire romain, contenant l'origine, progrès et estenduë quasi incroyable des chemins militaires, pavez depuis la ville de Rome iusques aux extrémitez de son Empire…, Paris, C. Morel,(OCLC65346867,lire en ligne).
Raymond Chevallier (éditeur),Table de Peutinger : Tabula imperii romanii, Lutetia, Atuatuca, Ulpia, Noviomagus, Paris, A. et J. Picard,, 202 p.(OCLC469154576).
Hans Bauer,Die römischen Fernstraßen zwischen Iller und Salzach nach dem Itinerarium Antonini und der Tabula Peutingeriana. Neue Forschungsergebnisse zu den Routenführungen. Herbert Utz Verlag, München 2007(ISBN978-3-8316-0740-2).
Johannes Freutsmiedl,Römische Straßen der Tabula Peutingeriana in Noricum und Raetien. Verlag Dr. Faustus, Büchenbach 2005(ISBN3-933474-36-1)
Konrad Miller,Die Weltkarte des Castorius genannt die Peutingersche Tafel. 1887, Maier (Ravensburg)
Konrad Miller,Iteneraria Romana. Römische Reisewege an der Hand der Tabula Peutingeriana. Strecker & Schröder, Stuttgart 1916 (Nachdruck: Husslein, Bregenz 1988)
[Scheyb (Fr. Chr. de)]Peutingeriana tabula itineraria quae in augusta bibliotheca Vindobonensi nuc servantur accurate exscripta. Numini maiestatique Mariae Theresiae… dicata a F. C. de Scheyb. Trattner, Wien, 1753, in-f°. Luxueuse édition, le premier prétendufac-simile au format réel mais plein d'erreurs de lecture, selon Desjardins. Division arbitraire de la carte en douze sections (au lieu de 11).
Tabula Peutingeriana. Codex Vindobonensis 324, Österreichische Nationalbibliothek, Wien. Kommentiert von E. Weber. Akademische Druck- u. Verlagsanstalt Dr. Paul Struzl, Graz 2004(ISBN3-201-01793-0) (Faksimile)
Hans Georg Wehrens,Warum Freiburg auf der „Tabula Peutingeriana“ nicht vorkommt, dansFreiburg im Breisgau 1504–1803, Holzschnitte und Kupferstiche. Verlag Herder, Freiburg 2004, 131 p.(ISBN3-451-20633-1)
« Copie dessinée intégrale », consultable en grand format, surfh-augsburg.de, Bibliotheca Augustana(consulté en).
Copie de1598 consultable sur le site de laBnF :Abraham Ortelius,Markus Welser etKonrad Peutinger, « Tabula itineraria », surGallica,(consulté le). Carte établie par Abraham Ortelius à partir de l'édition de Markus Welser (Venise, 1591) et de copies manuscrites tardives de l'original romain ; publiée par Ioannes Moretus après la mort d'Ortelius.