L'usage du tabac s'est largement répandu dans le monde entier à la suite de la découverte de l'Amérique. Sa commercialisation est promue par l'industrie du tabac (monopole d'État dans certains pays) et soumise à des taxes qui varient fortement selon les pays.
LesNicotiana sont des plantesnéotropicalesnitrophiles, originaires des régions chaudes et nécessitant un sol riche enhumus. La température et la nature des sols jouent un rôle prépondérant sur les propriétés du tabac : la culture ne peut s'effectuer qu'entre des températures allant de15 à 35 °C, et avec unehygrométrie voisine de 70 %[2].
La composition du tabac est complexe : sa fumée contient environ 4 000 composés chimiques, dont 250 sont dangereux pour la santé et plus de 70 sont reconnus cancérigènes[4].
Dans la plante fraiche deNicotiana tabacum, on trouve un mélange d'alcaloïdes composés de 93 % de (S)-nicotine, 3,9 % de (S)-anatabine, de 2,4 % de (S)-nornicotine, et de 0,5 % de (S)-anabasine.
Lors de sa croissance, la plante absorbe plusieurs produits radioactifs, qu'on retrouve dans la fumée, le filtre et moindrement le papier descigarettes ou desbidis[5],[6],[7],[8], puis dans les poumons, via l'inhalation de la fumée[9]. On y trouve des traces dethorium,polonium et d'uranium[10]. Le polonium du tabac engendre le plus de radioactivité inhalée[11].
L'industrie du tabac ajoute des additifs (arômes, sucres, humidifiants) dans le tabac de cigarettes, notamment des composés d'ammoniac qui modifient le pH de la nicotine (plus alcalin), en facilitent l'absorption tout en renforçant ladépendance à celle-ci (ouverture plus importante des récepteurs à la dopamine)[18].
En mai 2022, l'Organisation mondiale de la santé alerte sur les dégâts dus à l'industrie du tabac : plus d'un milliard de personnes fument encore. Environ 4 500 milliards demégots sont jetés tous les ans. Cela fait de ce déchet l'un des plus importants au monde. Les experts en retrouvent des traces dans 70 % des oiseaux et 30 % des tortues ; sur les bords de la Méditerranée, 40 % des déchets ramassés sont des mégots, dont certains composants sont toxiques pour les animaux comme pour les plantes. La culture du tabac nécessite beaucoup d'énergie, d'engrais, et 22 milliards de tonnes d'eau. La production annuelle (32 millions de tonnes) contribue à près de 84 millions de tonnes équivalent CO2, soit 0,2 % du total des émissions ; elle serait en outre responsable de 5 % du déboisement mondial. 90 % des cultures sont concentrées dans les pays en développement, où elles concurrencent les cultures vivrières[22].
La culture du tabac a nécessité 3,22 millions d'hectares (32 200 km2) deterres arables dans le monde en 2023[23].
Le séchage du tabac nécessite par ailleurs une grande quantité debois[24]. Le séchage à l'air chaud nécessite environ vingt kilogrammes de bois pour un kilogramme de tabac. Ce mode de séchage est le premier utilisé : environ six tonnes de tabac sur dix sont traitées par ce processus. Il entraîne unedéforestation importante[3]. Au total, on estime qu'environ 2 à 4 % de la déforestation mondiale est due à la production du tabac, soit 600 millions d'arbres chaque année[25]. Cette proportion s'élève à 5 % dans les pays en développement[24], notamment dans certains pays comme leZimbabwe[26].
Les mégots de cigarettes sont par ailleurs une source de pollution majeure, notamment pour les cours d'eau.
Plus de 70 % du marché hors Chine est réalisé par quatre multinationales aux diverses marques. Ce sont, dans l'ordre décroissant de chiffre d'affaires :
La production de tabac, estimée à environ 6 millions de tonnes en 2023, est dominée par laChine, l'Inde et leBrésil, qui à eux trois réalisent plus de 60 % de la production mondiale. Dans l'Union européenne, les principaux producteurs sont l'Italie, laPologne, l'Espagne et laGrèce.
En 2010, la manufacture du tabac était dominée par la Chine, laRussie, les États-Unis, l'Allemagne et l'Indonésie[27]. Le tabac est essentiellement utilisé pour la production decigarettes et decigares. La production de cigarettes représente l'essentiel de la production et est estimée à plus de 5 000 milliards d'unités en 1993, 5 457 milliards d'unités en 2005.
L’Allemagne, laBulgarie et laSuisse sont les seuls pays européens où lapublicité pour le tabac est encore autorisée dans l'espace public[28],[29],[30]. LaRevue médicale suisse relève également en 2015 que« la Suisse est le seul pays européen où la publicité pour les produits du tabac dans la presse est autorisée et, avec laBiélorussie, c’est également le seul pays où il n’existe pas de limitation concernant le parrainage d’événements culturels et sportifs »[28].
Production mondiale de tabac par pays (tonnes)[23]
Carte des principaux pays producteurs de tabac en 2019.
La production de l'Union européenne est en baisse en raison de la baisse des aides aux agriculteurs producteurs de tabac distribuées dans le cadre de lapolitique agricole commune (PAC). L'Union européenne importe du tabac en provenance de pays tiers comme leBrésil, leMalawi et lesÉtats-Unis. Les aides directes, qui s'élevaient en 2004 à 86 millions d'euros pour la France, pour une production de 24 900 tonnes environ, correspondaient à un taux de soutien nettement plus élevé que pour les autres productions agricoles[31]. Elles ont été réduites à partir de 2006 puis supprimées en 2010 dans le cadre de la réforme de la PAC de 2006. Elles ont été réintroduites en France en 2012 sous l'appellation d'« aide à la qualité ». Cette aide profite à l'ensemble de la production, à l'exception de la dernière catégorie de qualité sur une échelle qui en compte 5. Au total, l'enveloppe allouée à ce soutien spécifique s'élève à 9 millions d'euros par an, alloués entre les producteurs en fin de saison en fonction des quantités produites[32],[33],[34]. Cette aide correspondait à 0,66 € par kg de tabac livré pour la campagne 2012[35] et à 1,04 € par kg pour la campagne 2013[36]. En, plusieurs pays européens, dont la France (par l'intermédiaire de son ministre de l'AgricultureStéphane Le Foll), ont défendu une motion auprès de laCommission européenne pour réintroduire des subventions couplées à la production de tabac en Europe[37].
LorsqueChristophe Colomb arrive en Amérique en1492, il constate que les Amérindiens utilisent le tabac pour ses propriétés magiques et médicamenteuses.André Thevet en rapporte des graines et la culture du tabac commence en Europe.Bartolomé de las Casas commente plus tard cet usage, en précisant que ces tisons« sont des herbes sèches enveloppées dans une certaine feuille, sèche aussi, en forme de ces pétards en papier (a manera de mosquete hecho de papel) que font les garçons à la Pentecôte. Allumés par un bout, par l’autre ils le sucent ou l’aspirent ou reçoivent avec leur respiration, vers l’intérieur, cette fumée dont ils s’endorment la chair et s’enivrent presque. Ainsi, ils disent qu’ils ne sentent pas la fatigue. Ces pétards, ou n’importe comment que nous les appelions, ils les nomment « tabacs » (tabacos). J’ai connu des Espagnols dans l’île Espagnole qui s’étaient accoutumés à en prendre et qui, après que je les en ai réprimandés, leur disant que c’était un vice, me répondaient qu’il n’était pas en leur pouvoir de cesser d’en prendre. Je ne sais quelle saveur ou quel goût ils y trouvent ».
Selon des découvertes récentes, l'usage du tabac remonte à au moins à 12 300 ans. Des graines de tabac ont été découvertes près duGrand Lac Salé dans l'Utah, auxÉtats-Unis[38].
Le mot « tabac », désignant à l'origine, pour les Européens, à la fois la plante et le cigare confectionné avec ses feuilles, vient de l'espagnoltabaco, lui-même emprunté à un mot arawak désignant une sorte de pipe, un instrument à deux tuyaux. Il est attesté sous sa forme espagnole depuis la première moitié duXVIe siècle. LesArawaks, ensemble de peuplades amérindiennes des Antilles et d'Amazonie, possédaient donc probablement un autre mot pour désigner la plante que nous appelonstabac (digo selon l'archéologue Benoît Bérard) ; ce mot est apparu en espagnol par glissement sémantique, le contenant (pipe, instrument) finissant par désigner le contenu (feuilles séchées de la plante) puis la plante elle-même[44].
LaRation K, introduite par l'armée des États-Unis le pendant laSeconde Guerre mondiale, était une ration alimentaire quotidienne de combat individuelle contenant des cigarettes.
↑Mussealo-Rauhamaa, H. and Jaakkola, T.,239Pu, 240Pu and 210Po contents of tobacco and cigarette smoke. Health Phys., 1985, 49, 296–301.
↑Watson, A. P.,Polonium-210 and lead-210 in food and tobacco products: transfer parameters and normal exposure and dose. Nucl. Saf., 1985, 26, 179–191.
↑Khater, A. E. M. and Al-Sewaidan, H. A. I.,Polonium-210 in cigarette tobacco. Int. J. Low Radiation, 2006, 3(2/3), 224–233
↑Karali, T., Olmez, S. and Yener, G.,Study of spontaneous deposition of 210Po on various metals and application for activity assessment in cigarette smoke. Appl. Radiat. Isot., 1996, 47, 409–411.
↑Skwarzec, B., Ulatowski, J., Struminska, D. I. and Borylo, A.,Inhalation of 210Po and 210Pb from cigarette smoking in Poland. J. Environ. Radioact., 2001, 57, 221–230.
↑Gardiens des trésors des Caraïbes, épisode 2 :Martinique, film documentaire réalisé par François Guillaume, avec Benoît Bérard, diffusé surFrance Ô, Vendredi 6 février 2015,12 h 50, 55 minutes.
↑Dans son journal de bord 1492-1493, Christophe Colomb observe « beaucoup de gens qui se rendaient à leur village, hommes et femmes, avec à la main un tison d'herbes pour prendre leurs fumigations ainsi qu'ils en ont coutume »
↑"Even as early as 1775, physicians such as Sir Percival Pott were publishing medical reports linking tars and other smoking products to cancer", Bill Fawcett,You said what? - Lies and propaganda though history, Harper-Collins eBooks, 2007,(ISBN978-0-06-155885-6), p. 262.
Monographie du tabac comprenant l'historique, les propriétés thérapeutiques, physiologiques et toxicologiques du tabac, par Charles Fermond, Paris : Imprimerie de Napoléon Chaix, 1857[1]
Histoire : utilisation et mythologie du tabac dans l'Amérique précolombienne
Frédéric Bère, ingénieur des manufactures de l'État, conseiller général du Nord, professeur à l'Institut industriel de Lille,Les Tabacs, Paris, Librairies imprimeries réunies,, 275 p.(BNF30086699,lire en ligne)