Lasynthpop (abréviation desynthesizer pop,litt. « pop ausynthétiseur »), également connue sous les désignationselectropop ettechnopop[2], est ungenre musical ayant lesynthétiseur pour principal instrument, et qui a pris de l'importance de la fin desannées 1970 au milieu desannées 1980. Auparavant, dès le début des années 1970, le synthétiseur figurait dans lerock progressif, l'electronic art rock, ledisco et en particulier le« krautrock », sous-genre allemand du rock progressif et planant illustré par des groupes commeTangerine Dream etKraftwerk. La synthpop se popularise sous un genre distinct auJapon et auRoyaume-Uni durant l'èrepost-punk et se trouve largement impliquée dans le mouvementnew wave de la fin des années 1970 au milieu des années 1980.
La synthpop a contribué à introduire le synthétiseur dans des genres musicaux popularisés comme lapop ou lerock et a directement influencé des genres comme lahouse, latechno de Détroit et latrance de Goa ainsi que d'autres genres musicaux.
Lasynthpop se définit par l'usage de synthétiseurs,boîtes à rythmes etséquenceurs, souvent utilisés pour remplacer d'autres instruments. Les synthétiseurs servaient habituellement à imiter les sons clichés des instruments orchestraux. Les chants étaient également inclus, et les paroles étaient généralement inspirées de thèmes optimistes comme la romance[4].
Kraftwerk, l'un des groupes significatifs de la synthpop, en 1976.
Les synthétiseurs commencent à être utilisés en studio au milieu desannées 1960, à la même période durant laquelle lerock devient un genre musical distinct[5]. Les orgues électroniques et lemellotron, un clavier musicalélectromécanique usant d'échantillons sonores[6] sont bientôt concurrencés en popularité par les synthétiseurs, notammentMoog, dont un premier prototype est créé parRobert Moog en 1964. Ces premiers synthétiseurs sont modulaires avec de nombreux câbles de connexion, difficiles à programmer, encombrants et donc plus adaptés au studio qu'à la scène. Robert Moog, qui est à l'écoute des musiciens, met alors au point une version portable, leMinimoog, plus facilement utilisable en particulier lors de performances sur scène[7]. Le Minimoog est très vite largement adopté au début des années 1970, notamment par les musiciens derock progressif commeRichard Wright dePink Floyd etRick Wakeman du groupeYes. Le rock progressif instrumental est particulièrement populaire en Europe centrale, et permet à des groupes commeKraftwerk,Tangerine Dream,Can etFaust de contourner la barrière des langues[8]. Leur« Krautrock » synthétisé et les collaborations deBrian Eno (ancien deRoxy Music), inspireront les futures chansons de synth rock[9].
En 1971, le film britanniqueOrange mécanique popularise la bande originale deWendy Carlos. Il s'agit de la première fois que le public britannique écoute de lamusique électronique[10]. Philip Oakey deHuman League etRichard H. Kirk deCabaret Voltaire, sans compter le critique musicalSimon Reynolds, citent cette bande originale comme une inspiration[10]. La musique électronique se fait progressivement connaître avec le musicien dejazz Stan Free, sous le pseudonymeHot Butter, qui atteint le top 10 aux États-Unis et au Royaume-Uni en 1972, avec une reprise de la chansonPopcorn deGershon Kingsley jouée avec un synthétiseur Moog, reconnu comme le précurseur de la synthpop et dudisco[11]
Le mouvement original dupunk rock qui émerge en 1976 et culmine en 1977 est initialement hostile au son« non authentique » du synthétiseur, mais des groupes issus du mouvement l'adoptent (genresnew wave etpost-punk). Les clubs punk et new wave s'ouvrent alors à ce qui est considéré comme un son« alternatif »[14],[15]. L'attitudeDIY du punk brise les normes durock progressif, c'est-à-dire l'obligation d'avoir de l'expérience musicale avant de monter sur scène pour jouer du synthétiseur[10],[15]. Le duo américainSuicide, né de la scène post-punk deNew York, utilise des boîtes à rythmes et des synthétiseurs dans son album homonyme publié en 1977[16].
L'album deCat StevensIzitso, publié en avril 1977, monte le stylepop rock d'un cran avec l'usage de synthétiseurs[17], lui attribuant un style plus synthpop[18].Was Dog a Doughnut en particulier, est une chanson de fusion techno-pop[19] faisant un premier usage duséquenceur musical[20].Izitso atteint a septième place duBillboard 200, tandis que la chanson(Remember the Days of the) Old Schoolyard atteint le top 40[17]. Le même mois, lesBeach Boys font paraître leur albumLove You, presque entièrement joué parBrian Wilson aux synthétiseurs Moog et ARP[21], avec des arrangements manifestement inspirés parSwitched-On Bach (1968) de W. Carlos[22]. Bien que particulièrement félicité par la critiques et des musiciens (commePatti Smith[23] etLester Bangs[24]), l'album ne rencontre pas le succès commercial. Il est cependant considéré par certains comme une révolution en matière de synthétiseur[22], tandis que d'autres décrivent l'usage du Moog par Wilson comme une« ambiance funhouse bouclée[25] » et comme un premier exemple de synthpop[26]. Également en 1977, le membre d'UltravoxWarren Cann fait l'achat d'une boîte à rythmeRoland TR-77, utilisée pour la première fois dans son singleHiroshima, mon amour[27].
Le critique Louis Pattison désigne 1979 comme « l'année où le synth-pop sort de l'underground », avec le morceauAre "Friends" Electric?, du groupeTubeway Army et chanté parGary Numan, faisant usage du Moog, qui connaît un énorme succès commercial et se positionne au sommet des charts[28]. La même année sortThe Bridge, un album mêlant esprit punk et synthétiseurs, enregistré par les écossais Thomas Leer et Robert Rental pour le labelIndustrial Records[28].
↑S. T. Erlewine,All Music Guide to Electronica: the Definitive Guide to Electronic Music, Milwaukee, WI, Backbeat Books,(ISBN0-87930-628-9,lire en ligne),p. 516.