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Sylvain Itkine, né le àParis et mort le[1] àSaint-Genis-Laval[2], est unacteur,auteur dramatique,metteur en scène et directeur de troupefrançais. Militant trotskiste, un temps franc-maçon, il entre dans laRésistance durant laSeconde Guerre mondiale. Dénoncé par un agent infiltré, il est arrêté en aout 1944, torturé par laGestapo de Lyon et aurait été fusillé sans avoir parlé.
Sylvain Itkine est le second fils de Daniel Itkine, juif originaire deKaunas enLituanie exerçant la profession d'ouvrier joaillier, et de Rachel Braunstein, russe par son père,juive alsacienne par sa mère. Il a un frère aîné, Lucien Itkine (1905-1945), scientifique, et une sœur cadette, Georgette Itkine (1918-1981)[3], également militante et épouse d'Elio Gabaï.
En 1917, Sylvain Itkine obtient une bourse de sixième et entre aulycée Condorcet[3]. Il interrompt ses études à la fin de la troisième, âgé de quatorze ans, et entre en apprentissage chez un artisan sertisseur.
Passionné de théâtre, il fréquente laComédie-Française et devient membre d'une compagnie amateur (la « Compagnie de l'Oncle Emile[3] », où il met en scèneL'Avare, jouant lui-même le rôle d'Harpagon. Avec l'aide d'un cousin, il entre aucours Simon à dix-sept ans et finit par quitter l'atelier de sertissage où il a passé quatre ans. Il participe ensuite à des tournées théâtrales.
Sylvain Itkine milite dans des mouvements d'extrême-gauche[4]. En 1934, il signe un « Appel à la lutte » pour l'unité d'action des organisations ouvrières.
Ami dePaul Éluard et d'André Breton, il fréquente legroupe des surréalistes et fait partie du « groupe Mars » (avecFrancis Lemarque,Yves Deniaud,Frédéric O'Brady), groupe de théâtre ouvrier, proche dugroupe Octobre de Jacques Prévert et du jeune Jean-Louis Barrault au Grenier des Grands-Augustins. Adepte de l'agit-prop, le groupe participe aux grèves de 1936, jouant dans les usines occupées.
Itkine créée ensuite sa propre troupe, Le Diable Ecarlate, et met plusieurs pièces en scène pour l'Exposition Internationale de 1937, notamment d'Alfred Jarry.
Au cinéma, il apparaît dans des seconds rôles dans plusieurs films deJean Renoir dontLe Crime de monsieur Lange (1935) etLa Grande Illusion (1937).
Il est mobilisé en septembre 1939, mais échappe aux Allemands lors de ladéfaite de mai-juin 1940. Peu après le début de l'occupation de la zone Nord, il part enzone non occupée, àMarseille, où il crée avec des amis et des membres de sa famille (Georgette et Elio Gabaï) une société coopérative alimentaire, « Le Fruit mordoré » (ultérieurement appelée « Croque-Fruits »). L'entreprise, fondée sur l'égalité des salaires (sauf pour trois directeurs) connaît un grand succès et emploie jusqu'à 200 personnes, dont pas mal de clandestins juifs. Son activité prend fin avec l'arrivée des Allemands en zone non occupée (novembre 1942).
Durant cette période, il écrit deux pièces de théâtre. Il apparaît sur scène dans le cadre de la compagnie créée parMarcel Lupovici àAix-en-Provence dansLe Songe d'une nuit d'été.
En 1943, sous le pseudonyme de « Maxime », Sylvain Itkine entre dans le réseau de renseignement desMouvements unis de la Résistance (MUR), où il est chargé de l'identification et de l'exécution d'agents allemands (réseau Kasanga). Quelques jours après l'arrestation de son frère Lucien (le 27 juillet 1944), il est lui-même arrêté le1er août à Lyon, du fait d'un agent infiltré par laGestapo dans le réseau (Claire Hettiger, qui sera condamnée à mort, puis graciée). Interrogé sous la torture par la Gestapo, il est officiellement fusillé le aufort de Côte-Lorette àSaint-Genis-Laval[2],[1], mais il est possible qu'il soit mort à Lyon sous la torture ou en conséquence de la torture[3]. Faisant partie du dernier convoi de déportation français, son frère Lucien ne reviendra pas de Birkenau.
Sylvain Itkine figure en tant quefranc-maçon, membre de la loge « Thélème », sur le monumentAux victimes de la barbarie nazie et du régime pétainiste dans le hall duGrand Orient de France,rue Cadet à Paris.
Olivier Barrot,Portrait d'Itkine, Paris, Gallimard, 2024.(ISBN 9782073040053)