Lesumo(相撲,sumō?,littéralement « se frapper mutuellement ») est un sport deluttejaponais. Le combat sumo se caractérise par le gabarit des lutteurs ainsi que par les nombreux rites traditionnels qui entourent les combats, et consiste en deux règles simples : les lutteurs ne doivent pas sortir du cercle (dohyō), ni toucher le sol avec une autre partie du corps que la plante des pieds. Ce sport reste populaire au Japon, même si lebaseball et lefootball le détrônent désormais, notamment chez les jeunes.
Le sumo fut mentionné pour la première fois en712 dans leKojiki(古事記?), « Chroniques des faits anciens », premier livre d'écriture japonais (alors en langue japonaise mais en écriture chinoise)[1]. Le premier rouleau duKojiki relate la victoire deTakemikazuchi contreTakeminakata(ja), deux dieux anciens lors d'un combat de sumo. C'est ainsi que le peuple mené par Takemikazuchi obtint la possession des îles japonaises et que fut fondée la famille impériale dont est issu l'actuelempereur[2]. LeNihon Shoki (720) rapporte lui le combat qui aurait eu lieu lors du règne de l'empereurSuinin (-29 -70) entreNomi-no-Sukune et Taima-no-Kuehaya, considéré comme l'origine du sumo et duju-jitsu. Nomi-no-Sukune est aujourd’hui considéré comme le saint patron oukami des lutteurs de sumo, et est notamment vénéré dans unsanctuaire shinto homonyme deRyōgoku, quartier des sumos àTokyo.
Mis à part ces légendes, il semble que les combats sumo soient apparus il y a près de 1 500 ans, sous forme de rituels religieuxshinto : des combats sumo ainsi que des danses et du théâtre étaient dédiés aux dieux (kami) en même temps que des prières pour obtenir de bonnes récoltes[2].
D'autres anciennesluttes asiatiques telles que lalutte mongole, leshuai jiao chinois et lessirum coréen auraient également pu avoir une influence.
AuVIIIe siècle (époque de Nara), les combats sumo sont introduits dans les cérémonies de la Cour Impériale appeléessechie(節会?), sous le nom desechie-zumo(節会相撲?) ousumai-sechie(相撲節会?,se lit égalementsumahi-sechie). Des tournois annuels sont organisés, accompagnés de musique et de danses auxquelles participent les combattants victorieux. Les combats de l'époque, qui mélangentboxe etlutte et qui autorisent presque tous les coups, restent très éloignés des combats de sumo actuels. Cependant, sous l'influence de la Cour Impériale, des règles furent progressivement formulées, des techniques furent développées et le combat sumo devint proche de ce qu'il est actuellement[2].
L'établissement d'une dictature militaire àKamakura en1192 est suivie d'une longue période de guerres et d'instabilité (époque de Kamakura)[2]. Le combat sumo est tout naturellement vu par les chefs sous l'angle militaire et est utilisé pour augmenter l'efficacité au combat des soldats (samouraïs), en particulier pour immobiliser l'adversaire[2],[3].
L'unification du Japon sous le shogunat Tokugawa, en1603, est suivi d'une période de paix et de prospérité (époque d'Edo), marquée par le développement d'une classe aisée de commerçants[2]. Des combats sont organisés en public en hommage aux temples bouddhistes et aux sanctuaires shintô, sous le nom dekanjin-zumô(勧進相撲?). Les lutteurs étaient divisés en deux factions, est et ouest, et les matchs opposaient un lutteur de chaque faction. Les fonds récoltés étaient reversés aux édifices pour payer leurs travaux[4].
Des groupes de sumo professionnels sont créés pour divertir la classe bourgeoise et le combat sumo prend sa forme quasi actuelle, en tant que sport national du Japon à partir duXVIIIe siècle[2],[3].
C'est notamment à cette époque que ledohyō est surélevé et que la position avec les deux poings sur le ring lors dutachi-ai (début du combat) est adoptée, bien que non obligatoire[5]. Cependant, les tournois n'ont alors pas de champion et n'offrent pas de prix aux lutteurs les plus performants. Le score d'un lutteur lors d'un tournoi n'est pas important et la promotion dans la hiérarchie est plus liée à sa popularité[6].
La cérémonie d’entrée sur le ring, oudohyō-iri, apparait à l'ère Kyōhō (1716–1736). Jusqu'à l'ère Meiji, tous les lutteurs de première division effectuaient alors en même temps leshiko, qui consiste à lever chaque pied en l'air et à frapper le sol avec force, en signe de domination sur les esprits terrestres maléfiques. Face au nombre grandissant de lutteurs, leshiko sera par la suite réservé auyokozuna, qui a sa propredohyō-iri à partir de 1789. Il faudra plusieurs décennies avant que la cérémonie duyokozuna prenne sa forme définitive avec deux styles différents :unryū etshiranui[4].
À larestauration de Meiji (fin duXIXe), des associations et des syndicats se créent[3]. En 1884, leYomiuri Shimbun commence à publier des résumés des tournois une fois ceux-ci finis. En 1889, le journalJiji shimpō est le premier à offrir une récompense lors d'un tournoi, choisissant de le donner à tout lutteur ayant fini le championnat invaincu. D'autres journaux suivent rapidement. En 1900, les feuilles de match occupent une part centrale de la couverture quotidienne des tournois par les journaux et les scores deviennent importants pour le public[6].
Au début duXXe siècle, le sport se professionnalise progressivement[3]. LeKokugikan, lieu couvert réservé au sumo, est inauguré en 1909. La même année, les uniformes desgyōji, les arbitres, sont modifiés, passant dukamishimo, un costume de cérémonie de l'époque d'Edo, auhitatare, plus complexe et datant de la période médiévale[7].
Les premiers tournois d’exhibition de sumo à l'étranger ont lieu dès l'ère Meiji. Ainsi, en 1910, 35 lutteurs sont envoyés à l'exposition anglo-japonaise, événement commémorant l'alliance anglo-japonaise. Après quatre mois et demi à Londres, la tournée s'est poursuivie à Paris et vers d'autres villes d'Europe[8].
La période de l'expansionnisme du Japon Shōwa (1926-1945), qui s'accompagne d'une idéologie nationaliste, provoque un essor du sumo[3]. En1925 se crée l'Association japonaise de sumo (en anglais JSA), qui gère les compétitions professionnelles de sumo, et crée le système de championnat l'année suivante. Elle met en place des règles pour que les pertes durant un affrontement soient incontestables, garantissant ainsi un seul gagnant à la fin des tournois, en 1928[7]. La même année, leservice publicNHK commence à diffuser les principaux tournois (honbasho) à la radio[9]. Leshikiri, le rituel durant lequel les lutteurs se préparent au combat, est alors limité à cinq à dix minutes selon la division afin de convenir à la retransmission[7],[5]. Auparavant, ce rituel d'échauffement pouvait durer une heure ou plus. En outre, des lignes sont tracées sur le sol et les lutteurs ne peuvent ainsi plus se retrouver front contre front avant letachi-ai[5].
En 1931, le toit rustique de styleirimoya-zukuri au-dessus de l'arène est remplacé par un toit de styleshinmei-zukuri généralement utilisé pour les sanctuaires shinto[7]. À partir de 1936, l'association organise les tests de sélection annuels des nouvelles recrues[10]. En 1947, l'association établit une structure éliminatoire pour décider des champions en cas de matchs nuls[7]. De 1942 à 1950, la durée dushikiri est progressivement réduite, pour arriver à 2 à 4 minutes selon la division, durées qui n'ont pas changé depuis[5].
La NHK débute la diffusion des grands tournois à la télévision en 1953[9], leshikiri est alors raccourci à quatre minutes[7]. En 1955, leskimarite (techniques utilisées par les lutteurs pour battre leur adversaire) sont réorganisées en 68 techniques officielles. Deux sont ajoutés en 1960, puis douze autres en 2001[11].
À partir de 1965, lors dudohyō-iri, les lutteurs sont conduits à l’arène par ordre de rang par un arbitre, et leur nom est appelé lorsqu'ils foulent ledohyō[4].
En 1984, il est décidé que les deux poings des lutteurs doivent être posés sur le ring pour pouvoir commencer le match avec letachi-ai[5].
Depuis lesannées 1990, le recrutement de lutteurs s'avère difficile, et pour la première fois en2007, le test est annulé faute de candidats[10]. En contrepartie, on retrouve de plus en plus de lutteurs étrangers, notamment desAustronésiens américains ou samoans dès les années 1960 et desMongols à partir de 1992, les plus connus étantAkebono (premier non-japonais à deveniryokozuna),Konishiki(en) (premier étranger à devenirōzeki),Musashimaru,Asashōryū,Hakuhō,Harumafuji etKakuryū[10],[12]. À partir de2002, le nombre de lutteurs étrangers par écurie est limité à un seul lutteur[13]. En janvier 2016,Kotoshōgiku est ainsi le premier Japonais à gagner untournoi majeur depuis dix ans[14].
En janvier 2006, le BulgareKotoōshū est le premier Européen à devenirōzeki, il sera suivi par l'EstonienBaruto en mars 2010 et par le GéorgienTochinoshin en mai 2018. Le, l'ōzeki Kotoōshū est le premier Européen à gagner un tournoi, insuffisant néanmoins pour deveniryokozuna. En, face à l'augmentation du nombre de naturalisations de lutteurs étrangers (six depuis avril 2009), c'est le nombre de lutteurs nés à l'étranger qui est limité à un. En, l’Égyptien Abdelrahman Ahmed Shaalan est le premier Africain à devenir lutteur de sumo professionnel, sous le nom d'Ōsunaarashi ; il participe à son premierhonbasho en mars (catégoriejonokuchi), qu'il remporte[15]. Il gravit ensuite rapidement les échelons, et passe enjūryō en mai 2013, devenant ainsisekitori[16].
Des tournées de promotion à l'étranger sont régulièrement organisées par l'association ou par les écuries (clubs des lutteurs) : àLas Vegas en 2005, enIsraël en 2006, àHawaï en 2007 et àLos Angeles en 2008, alors que celle de 2009 àLondres est annulée faute de moyens à la suite de lacrise économique[17],[18]. Le tournoi de juillet 2010 n'est pas diffusé à la suite d'un scandale de paris illégaux[19]. De nouveaux rebondissements dans ce scandale provoque l'annulation du tournoi de mars 2011 à Osaka, une première depuis 1946[20].
En 2020, la crise du coronavirus provoque l'annulation du tournoi de mai, et le déplacement du tournoi de juillet de Nagoya à Tokyo[21].
Le sumo professionnel est un sport réservé aux hommes. Les lutteurs de sumo sont appelés au Japonrikishi(力士?,lit. « homme fort »), voireo-sumō-san(お相撲さん?,litt. « M. Sumo », avec une marque derespect), plutôt que sumotori(相撲取り,sumōtori?), appellation usitée en France, mais peu au Japon[22], si ce n'est pour les débutants. Ils portent un nom de combat(四股名,shikona?), gardant généralement leur propre prénom, sauf pour les lutteurs étrangers.
Lors des combats, ils ne sont vêtus que dumawashi, une bande de tissu serrée autour de la taille et de l'entrejambe, qui constitue la seule prise solide autorisée pendant le combat. Celle-ci fait réglementairement entre 9 et 14 mètres suivant la corpulence durikishi. Ils sont coiffés selon le stylechonmage : les cheveux, lissés avec de l'huile, sont maintenus par unchignon. Unrikishi garde ses cheveux longs pendant toute sa carrière active ; son départ à la retraite(引退,intai?) est marqué par une cérémonie appeléedanpatsu-shiki(断髪式?) au cours de laquelle cechonmage est coupé. Lesrikishi des divisions supérieures sont coiffées avec unchonmage en forme d'ōichō(大銀杏?,feuille deginkgo) lorsqu'ils sont en tournoi ou en représentation.
Chaque lutteur appartient à une écurie(部屋,heya?), c'est en fait leclub ou l'école durikishi au sein de laquelle il vit et s'entraîne, sous la direction de sonoyakata(親方?). Cesheya, oubeya, sont réparties en groupes appelésichimon(一門?) qui permettent de mutualiser certaines ressources. En 2018, il existait 47 écuries, regroupées en sixichimon (quatre écuries n'étaient rattachées à aucun groupe)[23].
La vie quotidienne du lutteur au sein des écuries est très réglementée : réveil à5 h 30 ou6 h du matin, entraînement à jeun[23], repas de midi à base dechankonabe, sieste et repas du soir également à base dechanko nabe. Le lutteur ingère en moyenne5 000kcal par jour[24]. Les entraînements suivent un certain nombre de rituels ancestraux et les lutteurs les mieux classés se font servir par les apprentis[23].
La plupart des écuries occupent un seul et même bâtiment, la salle d'entraînement est au rez-de-chaussée et les pièces de vie dans les étages supérieurs. Souvent, l’oyakata et sa famille occupent le dernier étage. Les lutteurs des divisions inférieures partagent un dortoir, tandis que lessekitori (voir plus basCatégories) bénéficient d'une chambre individuelle. L’oyakata et sa femme (okami-san) gèrent de nombreuses facettes du quotidien des lutteurs. En principe, un lutteur ne peut s'émanciper de cette vie collective qu'une fois devenusekitori, et s'il s'est marié[23].
À chaque écurie sont aussi souvent rattachés un coiffeur (tokoyama), un arbitre (gyôji) et un annonceur (yobidashi), voir ci-dessous[23].
Les lutteurs sont d'abord appelés par leyobidashi à monter sur ledohyō. Avant l'affrontement, les lutteurs chassent les esprits en frappant le sol avec les pieds, après les avoir levés très haut : il s'agit dushiko(四股?). En signe de purification, ils prennent une poignée de sel et la lancent sur le cercle de combat : on parle alors dekiyome no shio(清めの塩?). Il y a également le rituel de « l'eau de force »(力水,chikara-mizu?) que lerikishi met dans sa bouche, sans l'avaler, puis recrache. Ce sont les trois gestes rituels les plus importants avant le début du combat proprement dit.
Le combat débute au signal dugyōji, qui présente alors l'autre face de son éventail(軍配,gunbai?). Après une phase d'observation(仕切り,shikiri?), les lutteurs doivent toucher le sol avec leurs deux mains pour accepter le combat, la confrontation physique peut alors commencer. Les deux protagonistes se lèvent et s'élancent l'un vers l'autre, action nomméetachi-ai(立ち会い?). Le premier contact entre les deux,atari(当たり?), est souvent très violent. Lorsque l'un des deuxrikishi n'a pas mis les deux mains au sol alors que l'autre s'est élancé vers lui, on parle dematta(待った?), et le départ est redonné.
Les combattants peuvent utiliser les prises parmi les 82 autorisées, ces prises gagnantes sont appeléeskimarite(決まり手?). Lorsque le combat dure trop longtemps, legyōji peut alors accorder une pause aux lutteurs, appeléemizuiri(水入り?). Si le choix du vainqueur à la fin du combat n'est pas évident, les juges se réunissent sur ledohyō pour délibérer(物言い,mono-ii?), il arrive alors que le combat soit rejoué :torinaoshi(取り直し?).
L'accès audohyō est interdit aux femmes même en dehors du combat, selon une ancienne traditionshinto considérant le sang comme une souillure (kegare), et donc les femmes potentiellement impures du fait des menstruations[25]. Cet justification est cependant démentie en 2018 par le président de la JSA, l'ancienyokozunaHokutoumi Nobuyoshi, qui déclare :« Les références au sumo en tant que rituel sacré ont amené certains à penser que la JSA défendait d’anciennes croyances shintô selon lesquelles les femmes sont impures, mais il s’agit d’un malentendu. »[26].
Le, pour la première fois dans l'histoire du sumo professionnel, une spectatrice pose le pied dans l'arène, sans toutefois atteindre la zone de combat car stoppée par un lutteur[25]. Un nouvel incident se produit en 2008, lors d’une tournée régionale àMaizuru. Alors que le maire de la ville s'effondre sur ledohyō lors de son discours, des infirmières viennent le secourir, mais un arbitre leur demande de descendre et d'être remplacées par des hommes. Huée par le public, la JSA a présenté ses excuses[26].
Jūryō, la deuxième division, comportant 28 lutteurs.
Les divisions inférieures, par ordre décroissant :makushita (120 lutteurs),sandanme (200 lutteurs),jonidan (environ 185 lutteurs) etjonokuchi (environ 40 lutteurs).
Les 70 lutteurs enmakuuchi et enjūryō sont appelés lessekitori et sont payés par l'association japonaise de sumo (NSK). Les trois rangsōzeki,sekiwake etkomusubi de la divisionmakuuchi sont surnomméssan'yaku (lesyokozuna y sont parfois inclus).
Dans toutes les catégories, chaque rang est classé selon deux places : Est ou Ouest, la place Est étant la plus honorifique.
Ces tournois sont diffusés à travers tout le Japon et sont suivis fiévreusement par une grande partie de la population bien que la discipline soit victime de la désaffection du public depuis quelques années. Des tournois régionaux qui ne comptent pas dans le classement des lutteurs sont également organisés : lesjungyō(巡業?). Ils peuvent avoir lieu à l'étranger; la France en a accueilli un en 1995, et en accueillera à nouveau un en juin 2026 dans l'enceinte deBercy.
Lessekitori effectuent quinze combats par tournoi, contre seulement sept pour les quatre divisions inférieures. Le trophée que remporte le vainqueur de chaque division (celui qui a obtenu le plus de victoires) s'appelleyūshō. Avec sa victoire en 2012,Kyokutenhō est devenu le plus vieux lutteur à gagner un tournoi en première division, à l'âge de 37 ans et huit mois[28].
D'autres prix sont attribués à l'issue d'unbasho dans la catégoriemakuuchi[29] :
leskinboshi(金星?,étoiles d'or), à celui parmi lesmaegashira qui aura réussi à gagner un combat contre le (ou les)yokozuna en titre, et lesginboshi(銀星?,étoile d'argent) dans le cas d'une victoire sur unōzeki ;
lessanshō, trois prix qui récompensent un lutteur qui s'est démarqué des autres :
par la qualité technique avec laquelle il a gagné ses combats :ginō-shō,
par une performance remarquable tout au long dubasho :shukun-shō,
Le tableau de classement, appelébanzuke[30], est publié à l'approche de chaquehonbasho. Pendant le tournoi, l'objectif durikishi est d'obtenir plus de victoires que de défaites :
S'il obtient une majorité de victoires, il estkachi-koshi(勝ち越し?) et va gagner des places dans le prochainbanzuke.
S'il obtient une majorité de défaites, il estmake-koshi(負け越し?) et va perdre des places dans le prochainbanzuke.
Lebanzuke reprend le classement des lutteurs mais aussi desgyōji et même desyobidashi, les personnes qui déclament le nom desrikishi avant chaque combat.
Lorsqu'un lutteur parvenu au rang d'ōzeki excelle, la fédération peut le désigneryokozuna, champion suprême. Il est généralement nécessaire pour cela de remporter au moins deux tournois à la suite et d'être jugé moralement digne d'un tel rang, lesyokozuna étant considérés comme lesrikishi les plus proches des dieux, voire comme des demi-dieux. Leyokozuna — qui ouvre chaque journée des tournois par une cérémonie spéciale — conserve son titre à vie. Il ne peut régresser dans le classement. Néanmoins, si ses résultats deviennent indignes d'unyokozuna, l'usage lui impose de se retirer.
Divers scandales ont émaillé ce sport traditionnel dans lesannées 2000. Ils ont provoqué l'exclusion ou la rétrogradation de plusieurs lutteurs et maîtres d'écuries, mettant notamment en cause les conditions d'entrainement des jeunes lutteurs :
Le, Takashi Saitō(斉藤 俊,Saitō Takashi?), apprenti lutteur de dix-sept ans, meurt d'une crise cardiaque après avoir été frappé à plusieurs reprises avec une bouteille de bière par le maitre de son écurie, la Tokitsukaze-beya(時津風部屋?), et avec une batte de baseball en métal par d'autres lutteurs plus âgés[31],[32]. Le maître,Futatsuryū Jun'ichi, est radié à vie par la JSA le[31]. Par la même occasion, le président et plusieurs responsables de l'association s'infligent des réductions de salaire de 30 à 50 % pendant trois ou quatre mois[31]. Le maître et trois lutteurs, Masanori Fujii, Masakazu Kimura et Yuichiro Izuka, âgés de 23 à 26 ans, sont arrêtés début, et inculpés un mois après[33],[34]. En, les lutteurs sont reconnus coupables, condamnés à de la prison avec sursis et exclus par la JSA, puis en le maître est condamné à six ans de prison[35],[36].
En, deux autres cas de brimades sont rendus publics, impliquant le maître de l'écurie Magaki(間垣部屋,Magaki-beya?), Kanji Wakanohana II(若乃花 幹士,Wakanohana Kanji?), membre du conseil d'administration de la JSA, et un lutteur de l'écurie Michinoku(陸奥部屋,Michinoku-beya?), Toshiaki Toyozakura(豊桜 俊昭,Toyozakura Toshiaki?)[37]. Les deux hommes voient leur salaire réduit de 30 % pendant trois mois[38].
À la suite de ces affaires, plusieurs lutteurs, anciens ou en activité, ont avoué avoir subi des brimades, appelées par euphémismekawaigari(可愛がり?,« caresses »), lors de leurs débuts, tels que Muneyoshi Fujisawa(藤沢 宗義,Fujisawa Muneyoshi?), plus connu sous le nom de Kotonofuji(琴乃富士?), brulé, tabassé, la bouche gavée de sable et de sel[32], et surtout leyokozunaHakuhō, parfois frappé pendant près de quarante-cinq minutes à ses débuts :« Les vingt premières minutes sont incroyablement douloureuses, mais après (…), même si vous continuez à être frappé, vous sentez moins la douleur »[39].
Plusieurs cas de consommation de cannabis ont également été répertoriés, des infractions sévèrement punies par lalégislation japonaise :
Le, le lutteur russe Toshinori Wakanohō(若ノ鵬 寿則,Wakanohō Toshinori?), de son vrai nom Soslan Aleksandrovich Gagloev, 20 ans, est exclu à vie pour avoir fumé ducannabis[40]. Étant mineur au moment des faits et pour une première infraction, il n'est pas poursuivi par la justice, et porte plainte pour demander sa réintégration[41]. Il déclare par la même occasion que d'autres lutteurs et des maitres d'écurie fument également, et surtout qu'il a« été obligé de livrer des combats truqués contre de l'argent, dès que [il est] entré enmakuuchi » et que son maître et d'anciens lutteurs savaient et avaient fait la même chose pendant leur carrière[42]. Il précise alors auShūkan Gendai avoir été approché par l’ōzekiKotoōshū, qui lui aurait dit :« Nous sommes tous les deux Européens. Si tu fais ça pour moi, je ne l'oublierai jamais. Je te donnerai un million de yens (6 900 euros). Je peux même aller jusqu'à 1,5 million », propos aussitôt démentis par l'intéressé[43]. Le, il reconnait avoir inventé toutes ces accusations, en contrepartie d'une somme de 2,5 millions de yens pour l'interview[44]. Ce même magazine a déjà faussement accusé en plusieurs lutteurs dont Asashōryū d'avoir payé des adversaires pour perdre contre eux, et est condamné avec son éditeurKōdansha et l'auteur de l'article à payer 40 millions de yens (300 000 euros) de dommages et intérêts au total aux plaignants[45].
Le, deux nouveaux lutteurs russes, Yukio Rohō(露鵬 幸生,Rohō Yukio?,dont le vrai nom est Soslan Feliksovich Boradzov, 28 ans) et son frère Yūta Hakurozan(白露山 佑太,Hakurozan Yūta?,Batraz Feliksovich Boradzov, 26 ans) de l'écurie du directeur de la JSAToshimitsu Kitanoumi, sont contrôlés positifs au cannabis[46]. Kitanoumi démissionne quelques jours plus tard, les lutteurs étant exclus à vie malgré leur recours en justice[47],[48].
En, le lutteur Wakakirin(若麒麟?), de son vrai nom Shin'ichi Suzukawa(鈴川 真一,Suzukawa Shin'ichi?), est également exclu à vie pour possession de marijuana, et condamné à dix mois de prison avec sursis en avril avec trois ans de mise à l'épreuve[49],[50].
Les plus grands scandales interviennent en. D'abord avec le démantèlement de l'écurie Kise(木瀬部屋,Kise-beya?) et la rétrogradation de son maître Naoya Higonoumi(肥後ノ海 直哉,Higonoumi Naoya?), de son vrai nom Naoto Sakamoto(坂本 直人,Sakamoto Naoto?), pour avoir offert des places auhonbasho deNagoya à desyakuzas du Kōdō-kai(弘道会?)[réf. nécessaire].
Puis surtout le, lorsque le magazineShūkan Shinchō affirme que l’ōzekiKotomitsuki est impliqué dans une affaire de paris illégaux sur le baseball avec des yakuzas[51]. La JSA annonce le 28 juin qu'elle exclut le lutteur[52]. Avec lui sont finalement suspendus dix-huit autres lutteurs également impliqués, alors que le maître de l'écurie Ōtake(大嶽部屋,Ōtake-beya?), Tadashige Naya(納谷 忠茂,Naya Tadashige?), connu sous le nom de Takatōriki(貴闘力?), est exclu[53].
Cette affaire connait de nouvelles répercussions début 2011 avec l'arrestation de Sadahide Furuichi(古市 貞秀,Furuichi Sadahide?), Tetsuya Yabushita(藪下 哲也,Yabushita Tetsuya?) et Shunsaku Yamamoto(山本 俊作,Yamamoto Shunsaku?) de l'écurie Ōnomatsu(阿武松?) pour organisation de paris illicites, toujours sur le baseball[54]. Puis, lorsque la police découvre, via des e-mails présents dans les téléphones portables confisqués lors de leur enquête, des preuves de trucage de match de sumo(八百長,yaochō?) entre mars et juin 2010[55]. Onze lutteurs, la plupart dejūryō, et deux maîtres d'écurie sont alors mis en cause ; trois d'entre eux, les lutteurs Chiyohakuhō(千代白鵬?,jūryō) et Enatsukasa(恵那司?,sandanme) et le maître de l'écurie Takenawa(竹縄?) Kasuganishiki(春日錦?), reconnaissent rapidement les faits[55],[56],[57],[58]. En conséquence, le tournoi de mars ouharu basho à Ōsaka est annulé, une première depuis 1946, et l'entrée au tournoi de mai est rendue gratuite pour tous les spectateurs[59],[60].
Après investigations, dix nouvelles personnes sont reconnues comme impliquées dans le scandale début avril ; seules trois sur les 23 impliquées ont alors reconnu les faits[61]. On compte parmi ces 23 personnes 21 lutteurs : en conséquence leurs supérieurs, 17 au total, bien que non impliqués sont également punis pour ne pas avoir correctement surveillé leurs protégés[62]. Deux nouveaux lutteurs sont alors forcés de se retirer :Sōkokurai(en)(蒼国来?,makuuchi) et Hoshikaze(星風?,jūryō)[63]. Puis c'est au tour du lutteur Futen'ō(普天王?) de se retirer après avoir été suspendu en juillet 2010[64]. Le tournoi de mai est finalement transformé en rencontres destinées à établir un nouveau classement pour le tournoi de juillet à Nagoya, littéralement « tournoi d'examen des compétences »(技量審査場所,ginryū shinsa basho?), et n'est pas diffusé à la télévision[65],[66]. Cependant en mars 2013, la cour de Tokyo invalide la décision de la NSK à la suite d'une demande de Sōkokurai, qui est réintégré pour le tournoi de juillet[67],[68].
Le, leyokozunaHarumafuji annonce qu'il met fin à sa carrière (intai), après avoir avoué avoir frappé un autre lutteur,Takanoiwa(en)[69].
En, le40e grand arbitreShikimori Inosuke, de son vrai nom Itsuo Nouchi, présente ses excuses pour avoir agressé sexuellement un jeune arbitre après avoir bu[70].
En, un ancien jeune lutteur, Arashi Yahagi, poursuit en justice un autre lutteur retraité ainsi queTochinowaka Kiyotaka(en) le maître de son écurie, Kasugano, et demande un dédommagement de 30 millions de yens (220 000 euros) à la suite d'une agression survenue en 2014[71].
En 2020 et 2021, en pleinepandémie de Covid-19, plusieurs lutteurs sont suspendus pour avoir enfreint les nouvelles mesures sanitaires en vigueur lors des tournois. Lesmaegashira Abi et Ryūden sont suspendus trois mois, et l’ōzeki Asanoyama est suspendu douze mois[72].
Lerobot sumo, une compétition de petitsrobots s'inspirant du sumo, créée par Fujisoft en 1989.
Lekamizumo désigne un passe-temps et un spectacle japonais qui repose sur un match de sumo entre des poupées ou autres personnages inanimés, dont deskami.
L’ukiyo-e, mouvement artistique japonais de l'époque d'Edo (1603-1868) d'estampes gravées sur bois, représentait régulièrement des lutteurs de sumo, correspondant aux centres d'intérêt de labourgeoisie de l'époque. Dès leXVIIe siècle,Moronobu illustre des livres sur le sumo, puis, plus tard,Buncho etKoryusai font les premiers portraits de lutteurs. Enfin, l'école Katsukawa, en particulier avecShunsho etShun'ei, profite de son expérience des portraits d'acteurs dekabuki pour s'investir dans ceux des sumotoris. Plus tard,Utamaro,Sharaku etHokusai s'intéresseront également au sujet[73].
Dans l'art moderne occidental, le sumo a inspiré plusieurs artistes. Les peintresBernard Buffet,Robert Nicoïdski, Roland Venner, Janine Martin-Prades, Jean-Paul Savignac, Andrea Savazzi, James G. Todd ont consacré des séries à ce thème, notamment à partir des années 1970, renouvelant ainsi l'iconographie traditionnelle des lutteurs. Une sculpture de l'artiste écossais David Mash,Takes Two To Tango, représentant des lutteurs de sumo supportant un container, a été offerte en 2011 par la Fondation CMA-CGM à la Ville de Marseille.
Aucatch américain, le lutteursamoan-américainYokozuna, de son vrai nom Rodney Anoa'i, se faisait passer pour un ancienrikishi, bien qu'il n'ait jamais fait de sumo professionnel.
Le premier tournoi national amateur du Japon,Zen-Nihon sumō senshuken taikai(全日本相撲選手権大会?), a lieu en 1952, le gagnant recevant le titre annuel d’amateur yokozuna(アマチュア横綱,amachua yokozuna?). Musōyama, Asashio IV ou encoreKotomitsuki ont ainsi étéamateur yokozuna avant de devenir lutteur professionnel. En 1980, des lutteurs étrangers sont invités pour la première fois[74]. LeKokusai sumō kyōgikai(国際相撲協議会?,littéralement « Forum du sumo international ») est créée en juillet 1983 par le Japon et le Brésil, et devient en décembre 1992 l'International Sumo Federation(国際相撲連盟,Kokusai sumō renmei?)[74]. En 1985 apparaissent officiellement lesInternational Sumo Championships, qui deviennent lesWorld Sumo Championships(世界相撲選手権大会,Sekai sumō senshuken taikai?) en 1992 avec 73 participants de 25 pays[74]. En 2005, la fédération internationale compte 84 pays membres[74].
LesWorld Sumo Championships se découpent en quatre compétitions : individuelle et par équipe nationale, homme ou femme[74]. Les lutteurs combattent par catégories : moins de 85, moins de 115 et plus de 115 kg, plus une catégorie libre pour les hommes ; moins de 65, moins de 80 et plus de 80 kg, plus également une catégorie libre pour les femmes[75]. Chez les hommes, certains lutteurs sont devenus professionnels, tels queKotomitsuki, Hamanishiki (trois fois vainqueurs), Kaihō, Hayateumi, Kiyoseumi (deux fois vainqueurs), Dejima, Kakizoe ou encore Aran (une fois vainqueur). Chez les femmes, ce sont les Russes qui dominent la compétition.
↑Sous la direction de Gisèle Lambert et Jocelyn Bouquillard,Estampes japonaises, Images d'un monde éphémère, Paris/Barcelone, BnF,, 279 p.(ISBN978-2-7177-2407-3).