La réalisation et la maîtrise d’œuvre en furent confiées en 1871 au FrançaisAuguste Bartholdi qui pritViollet le Duc comme architecte, remplacé après sa mort en 1879 parGustave Eiffel.
L'énorme socle permettant de doubler sa hauteur de46 à93 mètres, pour un total de225 tonnes, est le résultat d'une collecte de fonds américaine dirigée par leprocureur général,William M. Evarts, mais les travaux s'arrêtèrent aux fondations, suscitant des critiques de la presse américaine face à un projet jugé démesuré. Le journalisteJoseph Pulitzer,« précurseur »[6] d'une« presse d'investigation engagée » socialement[6] accepta de mobiliser les premières pages de son quotidienNew York World pour récolter plus d'argent, gagnant ainsi environ 50 000 nouveaux abonnés.
Pour le choix ducuivre, l'architecte Eugène Viollet-le-Duc eut l'idée de la technique durepoussé et à sa mort en1879, Bartholdi fit appel à l'ingénieur Gustave Eiffel, qui imagina un pylône métallique supportant les plaques de cuivre martelées et fixées.
La statue fait partie desNational Historic Landmarks depuis le et de laliste du patrimoine mondial de l'UNESCO depuis1984[7]. La statue de la Liberté, en plus d'être un monument très important de la ville de New York, est devenue l'un des symboles desÉtats-Unis et représente de manière plus générale laliberté et l'émancipation vis-à-vis de l'oppression. De son inauguration en1886 jusqu'à l'ère de l'aviation[8], la statue est ainsi la première vision des États-Unis pour des millions d'immigrants, après une longue traversée de l'océan Atlantique. Elle constitue l'élément principal du Statue of Liberty National Monument qui est géré par leservice des parcs nationaux. La création de la statue de la Liberté se place dans la tradition ducolosse de Rhodes, dont certaines représentations ont sans doute été une inspiration pour Bartholdi[9],[10],[11].
Après lesattentats du 11 septembre 2001, l'accès a été interdit pour des raisons de sécurité : le piédestal a rouvert en 2004 et la statue en 2009, avec une limitation du nombre de visiteurs autorisés à accéder à la couronne. La statue (y compris le piédestal et la base) a été fermée pendant une année jusqu'au, pour qu'un escalier secondaire et d'autres dispositifs de sécurité puissent être installés (l'accès à l'île est cependant resté ouvert). Un jour après la réouverture, l'accès a été de nouveau interdit en raison des effets dévastateurs de l'ouragan Sandy. Les accès à l'île et à la statue ont été rouverts le[12]. L'accès du public au balcon entourant la torche est toujours interdit, pour des raisons de sécurité, depuis 1916.
L'idée d'une statue en relation avec Lincoln et les États-Unis ne naît pas de ce dîner mais d'une collecte de fonds organisée en 1865 par le quotidienLe Phare de la Loire pour une médaille en or dédiée àMary Todd Lincoln, la veuve du président américain et qui portait l’inscription « Dédiée par la Démocratie française à Lincoln, honnête homme qui abolit l’esclavage, rétablit l’Union, sauva la République, sans voiler la statue de la Liberté »[5]. Bartholdi a certainement mélangé la campagne pour la médaille et le dîner d'américanophiles pour inventer dans son journal, vingt ans après les faits, un pamphlet donné lors de ce dîner pour lever des fonds[13].
Ce projet, né à la fin des années 1860, en pleine vague destatuomanie, vacille en raison de la situation politique instable de la fin duSecond Empire. Bartholdi, impressionné par lescolosses de Memnon qu'il a découverts lors de son voyage en Égypte en 1855, se consacre alors à d'autres sculptures colossales, comme celle d'un grand phare (sous la forme d'unefellahine de 19 m de hauteur tenant une torche en l'air) à l'entrée ducanal de Suez qu'il propose en 1867 àIsmaïl Pacha,khédive d'Égypte et qui s’appelleraitLa Liberté éclairant l'Orient. Ce projet est abandonné, faute de financement (une statue plus modeste de Ferdinand de Lesseps, sculptée parEmmanuel Frémiet, est inaugurée le àPort-Saïd), mais Bartholdi garde le souvenir de cette statuaire colossale égyptienne[14].
En 1870, Bartholdi sculpte une première ébauche enterre cuite et enmodèle réduit[15] aujourd'hui exposée aumusée Bartholdi àColmar. La même année, la France entre enguerre contre laPrusse et doit capituler. Le, elle cède l'Alsace-Lorraine à l'Empire allemand. L'opinion publique et le gouvernement français sont déçus de la sympathie des États-Unis pour les Allemands, dont lenombre était important sur le sol américain. Le projet commémoratif est temporairement écarté en raison des troubles politiques que connaît le début de laTroisième République.En effet, la plupart des Français pensent alors que cette république n'est qu'une solution temporaire qui laisserait place à la monarchie, ou à un régime semblable à celui de Napoléon Ier.[réf. nécessaire]
Gustave Eiffel participe également au projet de la statue de la Liberté, dont il conçoit l'armature métallique.
Des sources diverses mettent en avant différents modèles qui auraient servi à déterminer le visage de la statue. Cependant, les historiens en sont réduits à des hypothèses et aucune proposition n'est véritablement fiable et authentique[18].
Parmi les modèles proposés, on trouveIsabella Eugénie Boyer, veuve de l'inventeur milliardaireIsaac Merritt Singer, fondateur de la célèbre entreprise demachines à coudre, qui avait contribué au financement du projet[19]. Mais Bartholdi ne l'a connue qu'en1875, alors que le visage existait déjà[20].
Selon certaines sources,Bartholdi se serait inspiré du visage de sa propre mère, Charlotte Bartholdi (1801-1891), dont il était très proche, pour donner à la statue son visage sévère[21]. LeNational Geographic Magazine appuie cette hypothèse, en précisant que lesculpteur n'a jamais expliqué ni démenti cette ressemblance avec sa mère[22].
D'autres modèles fantaisistes[23],[24],[25] ont été avancés : Bartholdi aurait voulu reproduire le visage d'une jeune fille juchée sur une barricade et tenant une torche, au lendemain ducoup d'État deLouis-Napoléon Bonaparte mais Bartholdi n'était pas présent à Paris à cette époque[26]. Il se serait inspiré d'un modèle qui posait pour lui, une femme surnommée la « Grande Céline », prostituée duquartier Pigalle, avec l'accord de lasous-maîtresse dirigeant le grandbordel de larue de Chazelles, près des ateliers où les feuilles de cuivre de la statue furent assemblées[27],[28].
Une étude publiée par Nathalie Salmon en août et en[29],[30] obtient le soutien d'institutions européennes et américaines[31] ainsi que l'apport documentaire de divers organismes[32]. Elle met en avant une de ses ancêtres, l'Américaine Sarah Coblenzer (New York, 1844 - Paris, 1904), future épouse de son ami intime, fondé de pouvoir et promoteur de l'amitié franco-américaineAdolphe Salmon[33],documents à l'appui, l'auteur montre comment elle a posé pour lui à Paris pour la statue de la Liberté[34],[35],[36],[37],[38],[39],[40],[41],[23] au printemps 1875, lors d'un voyage en Europe[42]. Bartholdi a peut-être réalisé une synthèse de plusieurs visages féminins[43],[44],[45], afin de donner une image neutre et impersonnelle de la Liberté mais la ressemblance avec le visagenéoclassique de Sarah Coblenzer est indéniable[46],[43].
Selon Régis Hueber, historien et conservateur honoraire dumusée Bartholdi, ces hypothèses relèvent de légendes. Voulant exalter la portée universelle du message républicain de la Liberté, Bartholdi ne s'est certainement pas inspiré de cas particuliers[47].
Lors d'une visite enÉgypte,Auguste Bartholdi fut inspiré par le projet ducanal de Suez dont la construction allait être entamée sous la direction de l'entrepreneur et diplomate françaisFerdinand de Lesseps, qui devint par la suite l'un de ses plus grands amis. Il imagina ainsi un immensephare qui serait situé à l'entrée du canal et dont il dessina les plans. Le phare serait à l'image de la déesse de la LibertéLibertas dupanthéon romain, divinité de la liberté, mais sa représentation devait être modifiée afin de ressembler à une paysanne égyptienne en robe (unefallaha). La lumière du phare devait resplendir à travers un bandeau placé autour de la tête du phare, ainsi qu'au sommet d'une torche maintenue en l'air, en direction des cieux[48],[49]. Bartholdi présenta ses plans auKhédiveIsma'il Pasha en1867 puis de nouveau en1869, mais le projet ne fut jamais retenu[50]. Les dessins de ce projet intituléL'Égypte apportant la lumière à l'Asie ouLa liberté éclairant l'Orient ressemblent fortement à la statue de la Liberté, même si Bartholdi a toujours affirmé que le monument new-yorkais n'était pas un réemploi, mais bien une œuvre originale[15].
Le projet de construction d'un phare à l'entrée du canal de Suez s'inspirait lui-même d'un autre monument de l'Antiquité : lecolosse de Rhodes qui était l'une desSept Merveilles du monde[51]. Construit à effigie du dieu grec dusoleil,Hélios, le colosse aurait eu une taille de l'ordre de30 mètres, et se tenait également à l'entrée d'un port avec une torche pour guider les navires[51]. La position du colosse, les jambes écartées autour de l'entrée, étant cependant différente de celle de la statue de la Liberté. C'est également en statue d'Apollon Hélios, coiffée d'une couronne rayonnante, que fut transformée lastatue colossale de bronze, de plus de trente mètres, de l'empereurNéron, lorsqu'elle fut déplacée devant leColisée parHadrien.
D'un commun accord, il est convenu que les Français seraient responsables de la conception et de la construction de la statue puis de son assemblage une fois les pièces arrivées sur le sol américain, et que les États-Unis se chargeraient de la construction du socle. Cependant, des problèmes financiers surviennent des deux côtés de l'océan Atlantique.
En France, la campagne de promotion pour la statue débute à l'automne 1875[54]. C'est leComité de l’Union Franco-Américaine[55], pour lever des fonds, fondé en 1875 parÉdouard de Laboulaye, qui se charge d'organiser la collecte des fonds pour la construction de la statue[56]. Tous les moyens de l'époque sont utilisés à cette fin : articles dans la presse, spectacles, banquets, taxations publiques,loterie,coupe-papier à l'effigie de la statue, etc. La cantateLa Statue de La Liberté deCharles Gounod composée spécialement est créée à l'Opéra au profit de la souscription. Plusieurs villes françaises y participent (Le Havre offre 1 000 francs ; leconseil municipal de Paris, 10 000 francs[57]) ; desconseils généraux, deschambres de commerce, leGrand Orient de France mais aussi des milliers de particuliers firent des dons. Le nombre de 100 000 souscripteurs est annoncé (Chiffre invérifiable[57]). Dès la fin de l'année 1875, les fonds rassemblés se montent à 400 000 francs, alors que le devis est passé à un million de francs de l'époque[58]. Ce n'est qu'en 1880 que la totalité du financement est assurée en France.
Parallèlement, aux États-Unis, des spectacles de théâtre, des expositions d'art, des ventes aux enchères ainsi que des combats deboxe professionnels sont organisés pour recueillir de l'argent nécessaire à la construction du socle.
Bartholdi confie d'abord la conception de la statue àEugène Viollet-le-Duc, architecte et théoricien du rationalisme architectural. Pour sa construction Viollet le Duc choisit l’atelier Monduit à Paris, qui avait participé au chantier de Notre Dame de Paris et de Pierrefonds.
Viollet le Duc réalise les structures de la main tenant le flambeau et de la tête. Pour la surface de la statue il préconise une « peau » en plaques de cuivre repoussé. Il s'agit d'une armature formée de cornières métalliques prolongées verticalement par des jambages en fer. Elle ne porte pas directement l'enveloppe mais soutient des bandelettes en fer épousant exactement le contour de la peau extérieure, maintenue par des cavaliers en cuivre fixés chacun par des rivets. Un joint en carton bituminé est interposé pour éviter les effets électriques qui risqueraient d'accélérer la corrosion du fer. Ce procédé permet les dilatations différentes de la structure et de l'enveloppe, et laisse une certaine souplesse aux liaisons. Utilisé pour l'ensemble de la construction de la statue, il a prouvé son efficacité[59]. Viollet le Duc dessine aussi le plissé de la robe[60].
Pour la structure interne, Viollet le Duc propose un solide pylône en fer lesté par du sable afin de donner à la statue une stabilité face aux vents puissants de la baie[61]. Viollet-le-Duc étant tombé malade (il meurt en1879), Bartholdi engage un nouvel ingénieur,Gustave Eiffel, qui le convainc d'adopter la technique dumur-rideau avec un pylône métallique massif, stabilisé de neuf niveaux de traverses horizontales et d'entretoises posées en diagonales, qui soutient la statue.
Les300 feuilles de cuivre d'un mètre sur trois sont fabriquées à la main dans les ateliers de la fonderie Gaget-Gauthier et Cie en1878 (ex atelier Monduit). Les64 tonnes de feuilles de cuivre sont offertes par un donateur, l'industrielPierre-Eugène Secrétan, permettant au chantier de démarrer[62]. Les travaux de précision sont ensuite confiés par Eiffel àMaurice Koechlin, l'un de ses proches avec qui il travaillera sur latour Eiffel. Le pylône métallique servant d’armature et de support aux plaques de cuivre est construit àLevallois-Perret dans lesateliers Eiffel[63], d'autres éléments dans le17e arrondissement de Paris[64].
Puis la haute statue émerge peu à peu des toits de laPlaine-Monceau et la rue de Chazelles, sur le terrain acquis pour l'occasion ; elle devient l’une des promenades favorites des Parisiens. Devenue le plus haut monument de Paris, elle se visite moyennant un droit d'entrée[61].
Des miniatures de la statue portant sur le socle le nom de Gaget sont vendues pour financer le projet. Selon la légende, c’est de là que viendrait le mot « gadget » : Gaget avec la prononciation anglaise[68].
L'ensemble terminé, la statue est démontée pour être transportée en350 pièces par bateau. Remontée en quatre mois, elle est inaugurée à New York en avec dix ans de retard sur la date prévue.
Le brevet de la statue, obtenu par Bartholdi en1879.
Le, Bartholdi obtient un brevet pour sa statue, le brevet D11,023[69],[70].
Ce dernier la décrit en ces termes :
« Une statue représentant la Liberté éclairant le monde, qui consiste, fondamentalement en un personnage féminin drapé, avec un bras levé, portant une torche, alors que l'autre tient une tablette gravée, et avec un diadème sur la tête, en substance comme indiqué plus avant[71]. »
Le brevet précise aussi que le visage de la statue possède des « traits classiques mais graves et calmes »[72], et note que le corps de la statue est légèrement penché sur la gauche afin de reposer sur la jambe gauche, de telle sorte que le monument tienne en équilibre[73]. Il est en outre précisé que la statue est interdite de reproduction « de toute manière connue en art glyphique sous forme de statue ou statuette, ou enhaut-relief oubas-relief, en métal, pierre, terre cuite, plâtre de Paris ou autre composition plastique[74]. »
La statue est située sur l'île deLiberty Island, dans leport de New York. À l'origine, l'île était connue sous le nom deBedloe's Island, et servait de base militaire. Elle abritait leFort Wood construit engranite et dont les fondations en forme d'étoile à onze branches servirent de base pour la construction du socle de la statue. Le tracé géométrique de ce fort a imposé l'orientation de la statue, qui est tournée vers le sud-est dans l'axe de l'un des principauxbastions du fort, face à l'Océan et à l'Europe[75].
Le choix du terrain et son obtention demandèrent plusieurs démarches. Le, un jour avant la fin de son mandat, Grant signa une résolution approuvée par leCongrès des États-Unis autorisant le président à préparer un site et accepter la statue lorsque la France la présenterait[76]. W. T. Sherman fut nommé pour aménager le terrain où le monument serait bâti. Il choisit le site de Bedloe's Island[77].
Quinze ans avant l’inauguration, Bartholdi avait déjà envisagé de construire son bâtiment sur l’île de Bedloe. Dans son esprit, elle y était déjà construite et tournée vers son continent d'origine, l'Europe dont elle accueillait et allait continuer d'accueillir lesimmigrants[78].
Ce n'est qu'en1956 que le Congrès des États-Unis décida du changement du nom de l'île enLiberty Island, c'est-à-dire « île de la liberté ».
Dernières étapes de la construction, puis l'assemblage
Élévation de la statue sur Liberty Island, c.1885.Le socle, avant d'accueillir « Miss Liberty ».
La réalisation de l'immense socle de la statue avait été confiée parBartholdi aux Américains, alors que les Français devaient se charger de la construction de la statue puis de son assemblage. La collecte des fonds nécessaires à la réalisation de l'ouvrage fut placée sous la responsabilité duprocureur général,William M. Evarts.Mais elle manquait de financement et les travaux s'arrêtèrent aux fondations, suscitant des critiques de la presse américaine face à ce projet jugé démesuré.
Le journaliste et patron de presseJoseph Pulitzer,« précurseur » américain[6] d'« une presse d'investigation engagée » socialement[6], qui donna son nom auprix Pulitzer, accepta de mettre à la disposition des responsables de la construction les premières pages duNew York World afin de récolter de l'argent. Le journal fut également utilisé par son créateur pour critiquer les classes aisées, étant donné leur incapacité à trouver les fonds nécessaires, ainsi que les classes moyennes, qui comptaient sur les plus riches pour le faire. Les critiques acerbes du journal eurent alors des effets positifs, en incitant les donneurs privés à se manifester, tout en procurant au journal une publicité supplémentaire, puisque 50 000 nouveaux abonnés furent enregistrés pendant cette période.
Le socle est constitué de murs de béton coulé, de six mètres d'épaisseur, recouvert d'un piédestal en blocs de granite rose extrait d'une carrière du Connecticut[79]. L'édification eut lieu entre le et le[80]. La partie socle était à la charge des Américains[81],[82]. Lorsque la dernière pierre de l'édifice fut posée, les maçons prirent plusieurs pièces d'argent dans leur poche, et les jetèrent dans lemortier. Les participants à la cérémonie déposèrent leurs cartes de visite, des médailles et des journaux dans un coffret de bronze, déposé dans le socle[83].
Richard Morris Hunt s'est inspiré du socle duphare d'Alexandrie pour réaliser celui de la statue de la Liberté[84] : assis sur une pyramide basse sur des fondations en béton de 16 m de hauteur, le piédestal a unebasedorique avec des boucliers sculptés dans la pierre, unfût avec des pierres enbossage et uneloggia qui lui redonne une dimension humaine, et uncouronnement avec balcon[61]. Au cœur du bloc qui compose le socle, deux séries de poutres rattachent directement la base à la structure interne imaginée parGustave Eiffel de façon que la statue ne fasse qu'un avec sonpiédestal.
Traversée de l'Atlantique, assemblage et inauguration
Les différentes pièces de la statue furent assemblées à Paris, dans les ateliers Gaget-Gauthierrue de Chazelles, tout près duParc Monceau, de1881 à1884[85],[86]. La statue ainsi montée pour la première fois reçut alors plusieurs visiteurs de marque tels que leprésident de la RépubliqueJules Grévy et l'écrivainVictor Hugo[87]. Le, jour de la fête nationale américaine, eut lieu la cérémonie du don[88] puis le démontage commença en[89].
La statue est envoyée àRouen sur deux convois ferroviaires, le premier train de 40 wagons[90] et un second de 30 puis chargée en 16 jours à bord du transport l'Isère[91] commandé par le lieutenant de vaisseauGabriel Lespinasse de Saune. Le, elle descend laSeine[92], débarque àCaudebec-en-Caux ses cinq passagers provisoires[93] puis appareille pour sa traversée transatlantique. Retardée par une tempête ainsi que par une escale àHorta auxAçores pour manque de charbon, elle entre dans leport de New York le[94],[95]. L'Isère, escortée par le croiseur de premier rangLa Flore, vaisseau amiral de la Division navale de l’Atlantique Nord (DNAN) du contre amiral Henri Lacombe chargé de représenter la France, remonte l'Hudson[96] et jette l'ancre devant Bedloe island le vendredi 19 où elle reçoit un accueil triomphal de la part des New-Yorkais[97]. Afin de rendre la traversée possible à bord d'un tel navire, la statue fut démontée en350 pièces, réparties dans214 caisses, en sachant que le bras droit et sa flamme étaient déjà présents sur le sol américain, où ils avaient été exposés une première fois lors de laCentennial Exposition, puis àNew York.36 caisses furent réservées aux rondelles,rivets et boulons nécessaires à l'assemblage[98].
Médaille pour l'inauguration de la statue parOscar Roty.
Une fois arrivée à destination et déchargée du au[99], la chambre de commerce de New york donna un banquet le soir du 24 au « Delmonico's »[100] célèbre restaurant de l'époque. Le, le contre-amiral Lacombe rend la politesse à ses hôtes lors d'un banquet à bord de laFlore[101]. La statue doit attendre la fin de la construction de son piédestal et est réassemblée en sept mois à partir du printemps 1886, sur son socle enfin achevé et dont le financement s'était accéléré grâce aux dons de nombreux Américains enthousiastes. Les différentes pièces furent jointes par des rivets en cuivre et le drapé permit de résoudre les problèmes dedilatation[102].
Le, la statue de la Liberté fut inaugurée en présence du président de l'époque[103],Grover Cleveland, anciengouverneur de New York, devant600 invités et des milliers de spectateurs[104]. Aucun Noir n'était invité à l'inauguration de ce monument censé aussi inspirer la fin de l'esclavage, pas plus queJoseph Pulitzer, juif et étranger, ou les femmes, d'où la manifestation desuffragettes[61],[64]. C'estFrédéric Desmons, alors vice-président duSénat, qui représenta laFrance lors de l'inauguration[105]. Outre Desmons, plusieurs francs-maçons faisaient partie de la délégation française, à laquelle appartenaient égalementFerdinand de Lesseps,Eugène Spuller, l'amiral Jaurès, legénéral Pellissier, lecolonel Laussedat etNapoléon Ney[106] accompagnés de journalistes français[107]. Le monument représentait ainsi un cadeau célébrant le centenaire de l'indépendance américaine, livré avec dix années de retard.
Le succès du monument grandit rapidement : dans les deux semaines qui suivirent l'inauguration, près de 20 000 personnes s'étaient pressées pour l'admirer[108]. La fréquentation du site passa de 88 000 visiteurs par an, à1 million en 1964 et3 millions en 1987[109].
La statue de la Liberté sur Liberty Island, autochrome, c.1905.
La statue fonctionna commephare entre la date de son montage, en 1886, et 1902[110]. À cette époque, c'est l'U.S. Lighthouse board qui était chargé d'assurer son fonctionnement. Un gardien de phare avait même été assigné à la statue et la puissance du faisceau lumineux était telle qu'il était visible à une distance de39 kilomètres[111]. Ungénérateur d'électricité avait alors été installé sur l'île afin de faire fonctionner la structure.
La déflagration fut suffisante pour briser les vitres sur une distance de40 kilomètres ; on estime généralement sa force à 5,5 sur l’échelle de Richter et l’explosion endommagea la statue de la Liberté. Une centaine derivets cédèrent, entre autres dégâts. Depuis, la visite du bras et de la torche de la statue est interdite. Les réparations coûtèrent100 000 dollars de l'époque (environ deux millions en dollars 2010)[112].
L'accès de l'île fut interdit au cours des dix jours suivant l'explosion et, pour réparer le flambeau, le gouvernement engagea le sculpteurGutzon Borglum, qui conçut plus tard lemont Rushmore[113].
La statue de la Liberté a été l'un des premiers monuments à bénéficier de ce que l'on appelle en Amérique une campagne decause marketing. En effet, en1983, le monument fut placé au cœur d'une opération promotionnelle menée parAmerican Express, visant à récolter des fonds pour entretenir et rénover l'édifice. Il fut convenu que chaque achat fait avec une carte American Express entraînerait un don d'uncent par l'entreprise bancaire. La campagne permit ainsi de réunir 1,7 million de dollars. En1984, la statue fut fermée afin que des travaux, d'un montant total de62 millions de dollars, puissent être menés à l'occasion de son centenaire. Le président deChrysler,Lee Iacocca, fut nommé par le présidentRonald Reagan à la tête de la commission responsable de la supervision des œuvres, mais il fut plus tard destitué pour « éviter tout conflit d'intérêts »[114].
En plus du remplacement de la plus grosse partie dufer de la charpente par de l'acier inoxydable et du renforcement de la structure même de la statue, la restauration du milieu desannées 1980 concernait aussi le remplacement de la torche originale par une réplique, la rénovation des escaliers internes, l'installation d'un ascenseur dans le socle et l'amélioration du système de climatisation.
La statue est rouverte au public le, le lendemain duLiberty Weekend.
Le,Nancy Reagan (en rouge) célébra la réouverture de la statue au public.
Les ouvriers chargés des travaux érigèrent un échafaudage autour de l'édifice, dont la vue fut occultée jusqu'à la cérémonie du centenaire le. La statue, entourée de son échafaudage, apparaît d'ailleurs dans les filmsRemo sans arme et dangereux etLe Retour du Chinois, sortis en1985. Le travail à l'intérieur de la structure débuta par l'emploi d'azote liquide afin d'enlever les différentes couches de peinture appliquées à l'intérieur de la carcasse encuivre pendant plusieurs décennies. Une fois ces couches de peinture éliminées, il ne resta plus que les deux couches degoudron d'origine qui servaient à prévenir les fuites et éviter lacorrosion. Le goudron fut ensuite à son tour éliminé grâce à dubicarbonate de soude, sans que la structure en cuivre subisse de quelconques dommages. Les plus gros trous présents dans le cuivre furent quant à eux lissés, avant d'être obstrués par de nouvelles plaquettes.
Chacune des 1 350 pièces métalliques soutenant la « peau » dut être ôtée puis remplacée. Lefer avait subi une fortecorrosion galvanique, partout où il était en contact avec le cuivre, avec pour effet une diminution de moitié de son épaisseur.Bartholdi avait pourtant anticipé ce phénomène et prévu une combinaison d'amiante et depoix pour séparer les deux métaux, mais l'isolation s'était détériorée plusieurs décennies auparavant. De nouvelles barres enacier inoxydable modelées remplacèrent les barres de fer, avec un film deTéflon les séparant du cuivre pour protéger de la corrosion, pour une meilleure isolation et une réduction des frottements[115]. Puis de l'hydrogène liquide fut à nouveau introduit par un processuscryogénique confié à l'entreprise duMichiganCryoTech, afin de s'assurer que certaines parties de la statue soient renforcées, et résistent longtemps après les travaux.
La flamme actuelle est dorée selon le souhait original de Bartholdi. En effet dès l'inauguration, la torche avait été modifiée pour faire office de phare, dont la lumière n'a pas fonctionné longtemps (1886-1891). Le flambeau a été entièrement restauré et la flamme en métal recouverte defeuilles d'or, éclairée par des lampes placées sur le balcon qui l'entoure. En 1985, pour rénover le flambeau de la statue, lesÉtats-Unis, à l'initiative de Jacques Graindorge directeur de l'artisanat français et de sa chargée de mission pour les métiers d'art Catherine de Logères, ont fait appel à une entreprise deBezannes, près deReims, où travaillent des artisans experts enferronnerie d'art : les Métalliers champenois. La dorure de la flamme a été réalisée par une autre entreprise rémoise, les Ateliers Gohard. L'ancienne torche est aujourd'hui exposée dans le musée érigé à la pointe nord de l’île (ouvert en 2019).
Ronald Reagan prononçant un discours lors duLiberty Weekend, le.
La statue fut déclaréemonument national le et fut confiée auNational Park Service le. En1986, le centenaire de la statue de la Liberté fut marqué par quatre jours de festivités appelés « Liberty Weekend »[117]. Celles-ci commencèrent le par une cérémonie d'ouverture surGovernors Island, et s'achevèrent le dans leGiants Stadium de New York. Ces quatre jours de fête marquèrent la fin des restaurations de l'édifice menées depuis le début desannées 1980, sous la tutelle de la fondationStatue of Liberty-Ellis Island. Ces restaurations, dans lesquellesChrysler fut partie prenante, furent terminées juste à temps pour la cérémonie du centenaire du monument, c'est pourquoi les différents acteurs des travaux rendirent hommage à la statue lors de ceLiberty Weekend.
La cérémonie d'ouverture, qui se tint le jeudi3 juillet dans leport de New York et surGovernors Island, attira de nombreuses célébrités, commeGene Kelly,Gregory Peck etSteven Spielberg. Le président de la République française de l'époque,François Mitterrand, fut quant à lui l'invité d'honneur de la cérémonie. Après plusieurs chansons interprétées parDebbie Allen,Neil Diamond etFrank Sinatra, le président de l'époque,Ronald Reagan prononça deux discours : le premier au milieu de la cérémonie pour dévoiler les travaux sur la statue, et le second à la fin, au moment d'allumer la torche de la statue, puis de déclencher lesfeux d'artifice. Le, jour defête nationale fut quant à lui célébré, toujours en présence du président américain, par un déploiement naval denavires de ligne et de grandsvoiliers dans le port de New York. Reagan aurait alors dit que le cortège auquel le public allait assister était aussi coloré que des feux d'artifice, et queLady Liberty elle-même[118]. Un concert fut donné plus tard dans la soirée, avec notamment la participation ducompositeurJohn Williams. Le lendemain matin, l'épouse du président,Nancy Reagan prononça un discours marquant la réouverture de la statue au public, et le soir, unopéra fut joué àCentral Park. Le, les cérémonies de clôture eurent lieu dans leGiants Stadium situé dans leNew Jersey, mais géographiquement proche de la statue.
La statue de la Liberté et, au second plan, les tours jumelles duWorld Trade Center sur le point de s'écrouler.
La visite de l'intérieur de la statue est possible depuis son inauguration, même si l'accès au public a été plusieurs fois fermé pour des raisons de sécurité ou des travaux. Les visiteurs arrivaient parferry, le plus souvent en provenance deBattery Park, et avaient la possibilité de grimper l'unique escalier en colimaçon au cœur de la structure métallique. La statue étant très exposée au soleil, il n'était pas rare que la température à l'intérieur du monument soit très élevée. Environ trente personnes à la fois pouvaient grimper les354 marches conduisant à la tête de la statue et à sa couronne. De là, il était possible d'apercevoir leport de New York, mais pas laskyline[119] deManhattan contrairement à une croyance répandue. Cela s'explique par le fait que le visage de la statue est orienté en direction de l'océan Atlantique et de laFrance, vers l'est. Elle fait d'ailleurs face à sa réplique parisienne « officielle » la plus célèbre du pont de Grenelle. En outre, ce même panorama était relativement restreint étant donné que les 25 fenêtres de la couronne sont plutôt petites, la plus grande d'entre elles atteignant46 centimètres de hauteur. Toutefois, cela ne décourageait pas les touristes, qui devaient en moyenne attendre trois heures pour pénétrer dans l'enceinte de la statue, sans compter l'attente au ferry et au guichet pour les billets.
Après lesattentats du 11 septembre 2001,Liberty Island fut interdite d’accès, avant d'être à nouveau ouverte au public en décembre de la même année, sans toutefois que l'accès au piédestal et à l'intérieur de la statue ne soit possible. Le piédestal fut de nouveau accessible le. Seuls le socle de dix étages et le musée qu'il abrite étaient ouverts aux touristes, à condition d'avoir réservé unMonument Access Pass deux jours au moins avant la visite. Bien que l'intérieur de la statue soit inaccessible, une baie vitrée située à l'intérieur du socle permettait de voir la structure interne réalisée parGustave Eiffel. Tous les visiteurs qui désirent se rendre sur Liberty Island sont contrôlés de la même manière que dans les aéroports.
La Statue de la Liberté, le 13 avril 2008.
Le, la directrice duNational Park Service,Fran Mainella annonça dans une lettre adressée àAnthony Weiner,représentant de l'État de New York, que l'intérieur de la statue resterait fermé indéfiniment. Mainella déclara dans sa lettre que « l'actuelle réglementation des accès reflétait une stratégie de gestion responsable dans l'intérêt de tous nos visiteurs »[120]. Malgré cela, le, l'accès du public à l'intérieur de la tête de la statue de la Liberté fut rétabli pendant une durée de deux ans avant une nouvelle fermeture devant permettre une rénovation totale[121] avant réouverture au public.
Le, leSecrétaire à l'Intérieur du présidentObama,Ken Salazar annonça un « cadeau spécial » pour les États-Unis, en promettant une réouverture de la statue au public le jour de la fête nationale, le[122]. En revanche, seul un nombre limité de personnes pouvait accéder à la couronne de la statue chaque jour[122].
La statue de la Liberté à New York, en 2009.
La statue et le piédestal furent de nouveau fermés le pour permettre l'installation de nouveaux ascenseurs, et la rénovation de plusieurs équipements comme les toilettes. La fermeture dura un an, jusqu'au[123],[124],[125]. Une journée seulement après la réouverture, la statue fut de nouveau fermée en raison de l'Ouragan Sandy[126]. Bien que la tempête n'ait pas endommagé la statue, elle causa des dégâts sur une partie des équipements deLiberty Island etEllis Island, comme le quai d'amarrage des ferrys acheminant les passagers sur les deux îles. Le, un porte-parole desPark Services annonça que les deux îles resteraient fermées au public pour une durée indéterminée, le temps que les travaux de réparation puissent être effectués[127]. En raison du manque d’électricité sur Liberty Island, un générateur fut installé pour alimenter temporairement les projecteurs servant à éclairer la statue. La statue rouvrit finalement au public le[128]. Ellis Island resta cependant fermée pendant plusieurs autres mois avant de rouvrir en[129]. Liberty Island fut de nouveau fermée temporairement lors de l'arrêt des activités gouvernementales fédérales de 2013 en compagnie de plusieurs autres musées, parcs et monuments publics[130].
La statue représente une femme en station verticale, les épaules tournées de trois quarts et le pied gauche en avant, le talon arrière droit soulevé[131]. Portant des sandales, elle est vêtue d'une robe drapée recouverte d'unestolaà la romaine, et coiffée d'une couronne comportant sept pointes, symbolisant les « Sept Continents » (Amérique du Nord,Amérique du Sud,Europe,Asie,Afrique,Océanie etAntarctique)[132]. Cependant, les sept pointes pourraient également évoquer les septocéans (Arctique, Antarctique, Atlantique nord et sud, Pacifique nord et sud et Indien)[133]. Le diadème fait aussi penser à celui que portait le dieu du soleilHélios. En tout cas, Bartholdi n'a pas retenu l'idée dubonnet phrygien, symbole de liberté depuis l'Antiquité. La statue tient dans sa main gauche une tablette, qu'elle garde près de son corps, alors que sa main droite brandit une torche enflammée, maintenue en hauteur. La tablette évoque la loi ou le droit, alors que la torche renvoie auxLumières. Certains y ont vu un symbolemaçonnique[134]. La structure est recouverte d'une fine couche decuivre, qui repose sur une énorme structure enacier (à l'origine enfer puddlé), à l'exception de la flamme qui est recouverte de feuillets d'or. La structure repose sur un premier socle de forme carrée, lui-même posé sur un autre socle en forme d'étoile irrégulière à onze pointes. La hauteur de la statue de la Liberté est de 46,05 mètres, hauteur qui est portée à 92,9 mètres entre la base dupiédestal et la torche[135]. Le piédestal fait 27,2 m de hauteur, la torche 6,4 m, le bras droit tenant la torche 14 m, la tête (du menton au sommet) 5,26 m[136].
La tablette de 7,18 m de hauteur, tenue dans la main gauche, est gravée de ladate d'indépendance des États-Unis, écrite en chiffres romains :JULY IV MDCCLXXVI. Les vingt-cinq fenêtres symbolisent quant à elles vingt-cinq pierresgemmes trouvées sur la terre et les rayons du ciel qui brillent sur le monde[137]. Au pied de la structure se trouvent deschaînes brisées qui symbolisent l'affranchissement du joug de l'oppression, i. e. laliberté. La statue est tournée vers l'est, c'est-à-dire vers l'Europe, avec laquelle les États-Unis partagent un passé et des valeurs.
Plaque de bronze avec le poème d'Emma Lazarus, intitulé « Le Nouveau Colosse.
Sur sa base, une plaque debronze porte gravée, une partie (la fin) dupoème de la poétesse américaineEmma Lazarus, intitulé « The New Colossus » (« le nouveau colosse »). La plaque de bronze n'est pas d'origine, elle a été ajoutée en 1903[138],[139]. Voici les derniers vers du poème, tel qu'écrit sur le socle, dans sa version originale puis traduit en français :
“Keep, ancient lands, your storied pomp!” cries she Give me your tired, your poor, Your huddled masses yearning to breathe free, The wretched refuse of your teeming shore. Send these, the homeless, tempest-tost, to me, I lift my lamp beside the golden door !
Garde, Vieux Monde, tes fastes d'un autre âge, crie-t-elle Donne-moi tes pauvres, tes exténués, Qui en rangs pressés aspirent à vivre libres, Le rebut de tes rivages surpeuplés, Envoie-les moi, les déshérités, que la tempête m'apporte J'élève ma lumière et j'éclaire la porte d'or !
En raison de son statut de monument universel, la statue de la Liberté a été copiée et reproduite à différentes échelles et en divers endroits du globe[140]. Ces reproductions vont des simples miniaturessouvenirs vendues dans la boutique du musée aux reproductions à grande échelle qui siègent à l'entrée de certaines villes, soit parce qu'elles sont liées à l'histoire du monument ou de l'un de ses créateurs, soit parce que l'original constitue un symbole majeur de laLiberté à travers le monde[140].
Les premièresminiatures de la statue, réalisées par l'entreprise Gaget-Gauthier, commercialisées et distribuées aux nombreuses personnalités présentes lors de la cérémonie d'inauguration du, ont servi de modèles aux diverses répliques construites par la suite. On en trouve surtout enFrance ou auxÉtats-Unis[141], mais aussi enAutriche, enAllemagne, auBrésil, enChine, enItalie, auJapon, auViêt Nam, ancienne colonie française.
48° 50′ 47″ N, 2° 19′ 59″ E : une version de2,85 m en bronze fondue par Bartholdi en1889, qui se trouvait depuis 1906 dans lejardin du Luxembourg, a été déplacée en2012, à la suite du vol de sa torche, à l'entrée de la nef des sculptures dumusée d'Orsay et remplacée par une copie.
La maquette originale en plâtre par Bartholdi de 1878 : haute de2,83 m et utilisée pour l'agrandissement de la vraie statue, se trouve dans l'église dumusée des Arts et Métiers[142].
En 1989, une réplique de la flamme, laFlamme de la Liberté, réalisée par deux entreprises françaises ayant participé à la restauration à New York en 1985-1986, « offerte par les États-Unis » grâce à une souscription lancée par l'International Herald Tribune, a été installée à Parisplace de l'Alma. Elle est devenue depuis 1997 un monument commémoratif « spontané » de l'accident mortel de laprincesse Diana, survenu juste au-dessous.
Cambrin (Pas-de-Calais)50° 30′ 39″ N, 2° 44′ 29″ E : elle dominait depuis 1926 le monument aux morts de la ville, mais la statue a été déplacée pour un nettoyage et une rénovation. Début elle a été installée place Marcel-Cabiddu. La statue mesure2,90 m et pèse630 kg. Elle repose sur un socle enpierre de Soignies d’une vingtaine de tonnes[147].
Cléguérec (Morbihan)48° 07′ 28″ N, 3° 04′ 12″ O : sur la place centrale, coulée en 1875 en l'honneur du maréchal des logis Pobéguin dans le cadre de l'opération de financement du cadeau de la France aux États-Unis.
Colmar (Haut-Rhin)48° 06′ 30″ N, 7° 21′ 49″ E : sur un rond-point situé à l'entrée de la ville, en venant deStrasbourg. La statue de la Liberté « colmarienne », d’une hauteur de12 mètres au flambeau, a été réalisée en 2004 en matériau composite teinté dans la masse pour lui donner l’aspect du cuivre patiné[148]. Elle fut réalisée pour marquer l'année du centenaire de la mort d'Auguste Bartholdi. Avec ses trois tonnes pour douze mètres de haut, elle dépasse de cinquante centimètres son aînée parisienne du pont de Grenelle, jusque-là la plus grande en France.
Gourin (nord-ouest duMorbihan)48° 08′ 23″ N, 3° 36′ 22″ O : sur la place de la victoire àGourin (à côté de la mairie). Cette statue en bronze mesure2,90 m de haut et elle est une copie conforme de la statue de 1889 auJardin du Luxembourg (à Paris). Le moule de la statue a été réalisé par lesMusées nationaux de Paris et la fonte de la statue a été réalisée à la fonderie Chapon de Bobigny. Elle a été installée le[149],[150],[151] après des retards dus aux confinements de la pandémie deCOVID19[152],[153]. Cette statue a été payée pour la plus grande part parsouscription publique[154]. Elle remplace une première statue offerte en 1985[155] par l'agence Air France de Roudoualec au moment de sa fermeture, en remerciement des charters organisés chaque année pour la population locale voulant retrouver sa famille émigrée aux États-Unis.
Lunel (Hérault)43° 40′ 33″ N, 4° 07′ 55″ E : à l'entrée Sud du centre-ville, place de la République, elle trône au milieu d'un rond-point. Elle mesure2,80 m de haut. Henri Canitrot, maire, l'a inaugurée le (bicentenaire de la Révolution). La statue de la Liberté originelle installée en 1889 avait été fondue par les Allemands en 1943.
Poitiers (Vienne)46° 35′ 09″ N, 0° 20′ 34″ E : une réplique en fonte, élevée par souscriptions sur l'initiative des loges maçonniques de Poitiers etNeuville, trône au milieu de la place de la Liberté. Inaugurée le, elle présente une torche singulière, différente de l'originale[156].
Statue de Saint-Affrique, fondue en 1942, remplacée en 2006 par une réinterprétation en métal soudé de l’artiste forgeron André Debru.
Saint-Affrique (Aveyron)43° 57′ 31″ N, 2° 53′ 12″ E : sur la place de la Liberté, 1889, en bronze. Fondue en 1942. Remplacée en 2006 par une réinterprétation en métal soudé de l’artiste forgeron André Debru[157].
Saint-Étienne (Loire)45° 25′ 27″ N, 4° 23′ 30″ E : initialement sur la place Badouillère et aujourd'hui sur la place Jules-Ferry, elle date de 1915 mais n'a jamais été inaugurée officiellement. Le flambeau est remplacé par unluminaire.
Ailleurs dans le monde, les répliques les plus célèbres sont celles du casinoNew York-New York àLas Vegas et celle de l'Odaiba àTokyo. Durant lesmanifestations de la place Tian'anmen en 1989 à Pékin, les manifestants exhibèrent une statue baptiséeDéesse de la Démocratie[158], qui s'inspirait très largement de la statue de la Liberté ; son sculpteur, Tsao Tsing-Yuan, déclara avoir volontairement changé son apparence pour ne pas paraître trop pro-américain[159].
Il existe d’autres répliques de la statue de la Liberté, dontPristina, auKosovo. Elle symbolise la libération du pays par les Américains ; Buenos Aires (fonte du Val d'Osne) au parc Belgrano.
Une statue de la Liberté« revue et corrigée façonSalvador Dalí » est située à l'entrée du village deCadaqués, enEspagne.
La statue est très rapidement devenue une icône populaire, figurant sur de nombreuses affiches et images, dans divers films et livres.« Icône vide » donnant une image neutre et impersonnelle de la Liberté, elle peut représenter de nombreux symboles[160]. En1911, l'écrivain américainO. Henry faisait dialoguerMiss Liberty avec une autre statue. En1918, le monument figurait sur l'affiche duVictory Loan (prêt de la victoire) accordé par lesÉtats-Unis à l'Europe. Les représentations de la statue de la Liberté endommagée ou détruite constituent un thème iconographique récurrent dès la fin duXIXe siècle, que ce soit sur les affiches, les illustrations, lescomics ou au cinéma, avec un gain net de popularité à partir du début duXXe siècle[161]. Dans lesannées 1940 et1950, de nombreux magazines à sensation dépeignaient la statue entourée de ruines et desédiments. Pendant laguerre froide, la statue était figurée sur les affiches de propagande comme symbole de la liberté ou des États-Unis. Les dessinateurs américains en ont fait l'incarnation de New York au moment des attentats du. La publicité l'a aussi utilisée pour mettre en valeur des produits tels que leCoca-Cola ou lechewing-gum[109]. La statue a également inspiré des peintres duXXe siècle commeAndy Warhol[109].
En1978, la statue est au cœur d'un canular imaginé à l'Université du Wisconsin à Madison. Plusieurs étudiants reproduisent les parties hautes de la statue pour les placer dans un lac gelé de la région, ce qui donne l'impression qu'elle en émerge. Le monument figure en outre sur les plaques d'immatriculation de l'État de New York ainsi que sur celles duNew Jersey. Dans le milieu du sport,Lady Liberty sert de logo à l'équipe de laNHL desRangers de New York, et à l'équipe féminine de basket-ball desLiberty de New York, qui évolue enWNBA[164]. Pour célébrer le centenaire du monument, laPoste française crée en 1986 un timbre représentant le visage de la statue et intitulé « Liberté ». En2000, le monument fait partie des propositions pour désigner les « sept nouvelles merveilles du monde » (New7Wonders), projet lancé par le réalisateur suisseBernard Weber. Le logo de l'Université de New York reprend la torche de la statue de la Liberté pour montrer qu'elle est au service de la ville de New York. La torche apparaît à la fois sur le sceau et sur le logo de l'université, dessiné par Ivan Chermayeff en 1965. Il existe également une torche en argent réalisée parTiffany & Co (un don d'Helen Miller Gould en 1911).
L'intrigue de la bande-dessinéeUn cow-boy à Paris (2018) de la sérieLucky Luke se base sur le transfert de la statue de France vers les États-Unis[168]. Dans l'album de bande dessinéeLa Grande Traversée, le gauloisAstérix prend la pose de la statue de la Liberté avec une torche[169].
Le, le réparateur declochers Frederick R. Law réussit un saut enparachute depuis le balcon entourant la torche de la statue. L'autorisation lui avait été donnée par le capitaine d'armée chargé deLiberty Island. Selon un article duNew York Times, le cascadeur « serait tombé comme un poids d'une hauteur de23 mètres, alors que le parachute ne montrait aucune intention de s'ouvrir au départ », avant de descendre « gracieusement » mais d'atterrir durement pour enfin s'éloigner en boitillant[170].
Le premier suicide enregistré sur la statue de la Liberté remonte au. AuTimes qui l'interrogeait, un témoin expliqua que celui qu'on allait identifier comme étant Ralph Gleason, avait rampé à l'extérieur depuis l'une des fenêtres de la statue avant de se retourner, comme pour rentrer, puis avait semblé glisser avant de tomber, rebondissant sur la poitrine de la structure dans sa chute. Le corps avait atterri sur un bout de pelouse au pied de la statue, à quelques pas d'un employé en train de tondre[171].
Six ans plus tard, en1935, Jeffery Magee et Theodore Benz tentèrent de se suicider mais survécurent tous les deux, malgré de graves blessures.
Le jour de l'inauguration de la statue de la Liberté, le, l'entreprise Gaget-Gauthier aurait distribué des miniatures de la statue aux personnalités présentes pour la cérémonie. Les invités se seraient ainsi demandé entre eux, et avec l'accent américain : « Do you have your Gaget? », c'est-à-dire « Avez-vous votre Gaget ? », ce qui aurait donné naissance au mot « gadget », aujourd'hui courant dans la langue française[172].
Cependant, si la première attestation écrite du mot date bien de 1886, dans l'ouvrage de Robert Brown intituléSpunyarn and Spindrift, A sailor boy’s log of a voyage out and home in a China tea-clipper[173], d'autres étymologies sont proposées pour ce terme[174], même si l'origine réelle en reste inconnue[175]. Il est de toute façon très peu probable que la véritable étymologie du mot soit liée à la miniature de Gaget-Gauthier, d'une part parce que le terme de « gadget » était déjà apparemment en usage dans certains milieux avant l'inauguration de la statue de la Liberté (peut-être dès les années 1850, selon l'Oxford English Dictionary), et d'autre part parce que le mot n'est devenu populaire aux États-Unis eux-mêmes qu'après laSeconde Guerre mondiale[173].
En 1907, Jeanne Émilie Bartholdi, veuve de l’artiste, a fait don aumusée des Arts et Métiers (Paris, France) d’un ensemble d’épreuves photographiques et d’objets (maquettes, moulages), consacré à la statue de la Liberté. Parmi ces moulages, on retrouve les originaux ayant servi à Bartholdi pour la réalisation de la statue[176].
En 2000, lepacifisteTito Kayak, de son vrai nom Alberto de Jésus, escalada la statue de la Liberté et y déploya un drapeauportoricain, afin de réclamer la pleine indépendance de l'île[177].
En novembre 2023, des militants juifs américains progressistes etNancy Goldin participent à l'occupation dans le calme de la statue de la Liberté à New York pour exiger d’Israël un cessez-le-feu dans labande de Gaza dans le conflit qui oppose leHamas et Israël[178].
↑Régis Hueber, documentaire « Bartholdi, le sculpteur qui éclaire le monde », réalisation Dominique Eloudy, image Michel Berrebi, montage Germain Brechot, production exécutive ADLTV /chaîne Histoire, distribution Conform édition Paris, 2015,DVD,44 min 55 s.
↑Stephen W. Sawyer, « Édouard Laboulaye et la statue de la Liberté : l’élaboration de l’expérience démocratique »,La Lettre du Collège de France,no 26,,p. 55.
↑Extrait du brevet : « a statue representing Liberty enlightening the world, the same consisting, essentially, of the draped female figure, with one arm upraised, bearing a torch, and while the other holds an inscribed tablet, and having upon the head a diadem, substantially as set forth. »
↑Extrait du brevet : « Classical, yet severe and calm, features ».
↑Extrait du brevet : « Thrown slightly over to the left so as to gravitate upon the left leg, the whole figure thus being in equilibrium. »
↑Bartholdi et Gaget ainsi que leurs épouses et Richard Butler secrétaire du comité américain
↑L'Isère est arrivée la veille mais trop tard pour franchir la barre de L'Hudson, elle jette l'ancre à Sandy Hook. Le lendemain, elle remonte la baie pour un mouillage à Gravesend. Le contre-amiral Lacombe qui patientait à Newport est prévenu par télégramme et fait route immédiatement, étant attendu pour le jeudi 18.
↑Liste des passagers de1re classe Bartholdi et son épouse ainsi que la délégation française font le voyage à bord du paquebot "La Bretagne" (parti du Havre le 16 et arrivé le 24 octobre à New-York) que la Compagnie Générale Transatlantique a mis en service sur la ligne au mois d'aout.
↑Déesse de la démocratie, Marie-Claire Bergère,La Chine de 1949 à nos jours, Paris, Armand Colin, 2000,p. 220.
↑Tsao Tsing-yuan, « The Birth of the Goddess of Democracy », inPopular Protest and Political Culture in Modern China, Jeffrey N. Wasserstrom, Elizabeth J. Perry, 140-7, Boulder, Col.: Westview Press, 1994.
↑Information provenant duNew York Times du 3 février 1912, page 4 : « Parachute Leap Off Statue of Liberty; Steeplejack Had First Thought of Jumping Off the Singer Building. Steers With His Arms And Lands Safely on Stone Coping 30 feet from Water's Edge—He Won't Talk About It. »
↑Extrait duNew York Times du 14 mai 1929, page 1:Youth Plunges Off Statue of Liberty Crown, 200 Feet High, in First Suicide at That Spot.
↑a etbWorld Wide Words: Gadget (consulté le 3 février 2015). Également dans : Michael Quinion:Port Out, Starboard Home: The Fascinating Stories We Tell About the Words We Use.(ISBN978-0-14-101223-0).
↑« Gadget », suren.wiktionary.org (consulté le 3 février 2015).
↑« Gadget », surmerriam-webster.com (consulté le 3 février 2015).
Marie-Sophie Corcy, Nathalie Vu Hong, Lionel Dufaux,La Statue de la Liberté : le défi de Bartholdi, Gallimard, 2004(ISBN978-2-07-030583-4 et978-2-0703-0583-4).
Pierre Vidal,Frédéric-Auguste Bartholdi 1834-1904 : Par la Main, par l'Esprit, Paris, Les Créations du pélican, 2000,(ISBN978-2-7191-0565-8 et978-2-7191-0565-8).
Audrey Marty,Le voyage de Lady Liberty, Les Presses littéraires, avril 2024(ISBN979-1031014777) (roman historique évoquant le transport de la statue de la liberté, ainsi que sa reconstruction et son inauguration à New-York le 28 octobre 1885)
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