LaSitch zaporogue (enukrainien :Запорозька Січ,Zaporoz'ka Sich ; enpolonais :Sicz Zaporoska ; enrusse :Запорожская Сечь), aussi connue sous le nom deВольностi Вiйська Запорозького Низового,Volnosti Viyska Zaporozkoho Nyzovoho, soitles terres franches de l'ost de basseZaporoguie[1], était une région semi-autonome et unproto-État[2]cosaque qui exista entre lesXVIe et XVIIIe siècles.
Le nom « Zaporoguie » fait référence de manièremétonymique et informelle à l'ensemble de l'organisation militaire et administrative de l'ost desCosaques zaporogues. Dans le nom de « Sitch zaporogue »sitch vient du slave oriental setch' (сѣчь) – « hacher » ou « trancher » à l'origine du verbeukrainien сікти (sikty) - « couper », dans le sens d'aménager une clairière, éventuellement en construisant unemotte castrale, uneauberge « гостьба » ou une simple enceinte fortifiée avec les troncs des arbres coupés pour cette occasion.Січ signifie aussi « janvier ». Le nomzaporogue signifie « autour des rapides » (en référence auxrapides du Dniepr situés en amont)[5] qui nécessitaient unportage majeur sur la route commerciale du Dniepr entre les mersbaltique etnoire.
Un précurseur possible de la Sitch zaporogue était une fortification (sitch) construite, selon les sources anciennes, sur l'île deTomakivka[6] au milieu duDniepr dans l'actuellerégion de Zaporoguie enUkraine, mais dont on n'a pas de traces archéologiques ; la Sitch zaporogue n'existait pas encore[7].
Le princeruthèneDmytro Vychnevetsky établit en 1552 la première sitch zaporogue sur l'île (au milieu duDniepr) de MalaKhortytsia, construisant une forteresse à Niz Dnieprovsky et y plaçant une garnison cosaque. Les forces tatares détruisirent cette première forteresse en 1558. La Sitch de Tomakivka fut construite sur une île maintenant inondée située plus au Sud, près de la ville moderne deMarhanets ; les Tatars la rasèrent également, en 1593. Une troisième sitch vit rapidement le jour sur l'île de Bazavlouk, et fut détruite par un corps expéditionnaire polonais réprimant un soulèvement cosaque en 1638. Ces premières fortifications duXVIe siècle étaient suffisantes pour constituer un premierproto-état[2].
Arrière-garde des Zaporogues deJózef Brandt (huile sur toile; 72 × 112 cm,Musée national de Varsovie).Prière des cosaques zaporogues, fragment d'uneicône de protection de laSainte-Vierge.
Lasitch devient le centre de la vie cosaque : elle est gouvernée par son conseil (Rada) et sonKochAtaman (ouHetman). En 1648,Bohdan Khmelnytsky prend une sitch à Mykytyn Rih, près de l'actuelleNikopol et de là, lance sonsoulèvement contre l'État polono-lituanien, créant l'Hetmanat cosaque (1649–1764)[8]. Autraité de Pereyaslav en 1654, la région zaporogue est divisée en deux : à l'Ouest l'Hetmanat, avec sa capitale àTchérine, reste sous souveraineté nominale polonaise ; à l'Est laZaporoguie, plus indépendante. Au cours de cette période, la Sitch en tant que telle a changé plusieurs fois d'emplacement. Une nouvelle Sitch (la « vieille Sitch ») est bâtie en 1652 à l'embouchure de la rivièreTchortomlyk. En 1667, latrêve d'Androussovo fit du Hetmanat et de la Zaporoguie uncondominium dirigé conjointement par le tsarat de Russie et la monarchie Polono-Lituanienne.
Sous le règne dutsar russePierre le Grand, des cosaques sont utilisés pour la construction de canaux et de lignes de fortification dans le nord de la Russie. On estime que 20 à 30 000 d'entre eux ont été mobilisés chaque année. Ces travaux forcés ont entraîné untaux de mortalité élevé chez les constructeurs, et seuls 40 % environ de ces cosaques sont rentrés chez eux[9].
Après labataille de Poltava de 1709, l'« anciennesitch » est détruite etBatouryne, la capitale de l'hetmanIvan Mazepa, est rasée. Une autresitch est construite à l'embouchure de la rivière Kamianets, mais elle est détruite dès 1711 par l'armée régulière russe. Les cosaques s'enfuient alors vers lesnouveaux territoires pris au khanat de Crimée où ils fondent en 1711 lasitch d'Olechky. En 1734, ils sont autorisés à retourner dans le giron de l'Empire russe où ils construisent la « nouvellesitch » à proximité de Tchortomlyk. La population sédentaire de lasteppe pontique s'élevait alors à environ 52 000 habitants (1768)[10].
Craignant l'indépendance de lasitch, la Russie abolit l'Hetmanat en 1764, incorporant les officiers cosaques à lanoblesse russe (Dvoryanstvo). Quant aux cosaques de base, dont la plupart des anciens Zaporogues, deviennent paysans mais libres, non astreints auservage qui dure jusqu'en 1864 en Russie. Après l'annexion de laCrimée par la Russie en 1783, lacolonisation de laNouvelle-Russie par d'autres paysans libres,russes,biélorusses,moldaves,bulgares,serbes et mêmeallemands, pourvus par la Russie de parcelles cultivables prises auxtatars vaincus, sonnent le glas de la cosaquerie, car les zaporogues deviennent inutiles. L'armée russe démolit finalement la Sitch zaporogue en 1775 et incarcère l'hetman Kalnychevsky.
En mai 1775, le général russePiotr Tekely reçoit deGrigori Potemkine l'ordre d'occuper et de détruire lasitch zaporogue, ainsi qu'en avait décidé la tsarineCatherine II. Une armée de cent mille soldats russes partit duFort Sainte-Élisabeth. Le 5 juin 1775, Tekely encercle la Sitch avec de l'artillerie et de l'infanterie et les Zaporogues se rendent. Lasitchss est officiellement dissoute par l'oukaze du 3 août 1775 de la tsarine Catherine, et est rasée.
Certains officiers cosaques, lesstarchynes, sont intégrés à lanoblesse russe héréditaire et reçoivent d'immenses domaines, tandis que d'autres, minoritaires, préfèrent émigrer dans l'espoir de reconstituer dessitch enAmérique du Nord ou enAustralie. Sous la direction d'unestarshyne nommée Lyakhina, environ 5 000 Zaporogues fuient dans leBoudjak alors encoreottoman où ils forment lasitch danubienne ; d'autres descendent au sud desbouches du Danube, enDobroudja, où ils s'installent autour duliman de Iancina dès lors renomméRazim du nom de l'un de leurs hetmans. D'autres encore partent pour l'Empire autrichien où ils forment unesitch enHongrie orientale. Selon leur propretradition orale, certains cosaques seraient arrivés àMalte où lachevalerie maltaise aurait accueilli quelquesstarchynes[11].
Le chef de l'ost zaporogue Petro Kalnychevsky est arrêté et exilé auxîles Solovetsky où il vécut jusqu'à l'âge de 112 ans. Quatrestarchynes de haut niveau sont déportés, mourant plus tard dans des monastèressibériens. Lesstarchynes de niveau inférieur qui sont restés et sont passés du côté russe ont reçu des grades militaires et tous les privilèges qui les accompagnaient, et ont été autorisées à rejoindre les régiments dehussards et dedragons. La plupart des cosaques ordinaires sont devenus des paysans (holota) mais ont, pour la plupart, échappé auservage qui a sévi en Russie jusqu'en 1861[12].
L’armée cosaque d’Azov (enrusse :Азовское казачье войско, enukrainien :Азовське козацьке військо) est une communauté cosaque de l’empire russe formée en1832 sur les rives de lamer d'Azov à partir deCosaques zaporogues de lasitch duDanube. Les Cosaques d’Azov sont chargés de la défense du littoral grâce à leur flottille detchaïkas (vaisseaux légers armé decouleuvrines) chargée de surveiller les côtes et d’appréhender les contrebandiers. Entre 1852 et 1864 les Cosaques furent graduellement transférés dans leKouban et l’armée cosaque d’Azov fit dissoute en 1865.
L'écrivain ukrainien Adrian Kachtchenko (1858–1921)[15] et l'historienne Olena Apanovitch[16] notent que l'abolition de lasitch a eu un fort effet symbolique et que les souvenirs de l'événement sont longtemps restés présents dans l'identité ukrainienne au point que l'Ukraine soviétique a créé en 1983 unmusée des cosaques de Zaporijjia.
L'ost zaporogue était dirigée par le conseil (Rada) de lasitch, qui élisait unKoch Ataman (« hetman en chef », duturckoç at aman littéralement « attaquant à cheval au nom de Dieu ») aidé par un secrétaire en chef (pysar), un juge en chef, un archiviste en chef et unétat-major. Pendant les opérations militaires, leKoch Ataman avait des pouvoirs illimités. En accord avec la Rada il pouvait soutenir certains Hetmans (commeBohdan Khmelnytsky), en combattre d'autres, ou nouer des alliances avec d'autres États.
Lasitch zaporogue est perfois définie comme une « république cosaque »[17], parce que sa souveraineté émanait de l'assemblée de tous ses membres, et ses dirigeants (starchynes) étaient élus. Les cosaques formaient une société (hromada) composée dekourines (bataillons de plusieurs centaines de cosaques). Un tribunal militaire cosaque punissait sévèrement la violence et le vol entre pairs, l'introduction de femmes dans lasitch, la consommation d'alcool en période de conflit, et d'autres délits. L'administration de lasitch aidant la constitution deparoisses, la construction d'églises et l'ouverture d'écoles orthodoxes (tenues par lespopes et leurs épouses) pour permettre l'éducation religieuse et laïque des jeunes garçons et filles. Les paroisses entretenaient à leur tour deskobzars chargés de chanter les exploits des cosaques.
La population de lasitch était cosmopolite, comprenant desUkrainiens, desRoms, desJuifs, desRusses, desMoldaves, desArméniens, desGéorgiens, desPontiques, et aussi desPolonais, desLituaniens, desCircassiens ou desTatars fuyant leurs sociétés d'origine et ralliés aux cosaques, et de nombreuses autres ethnies. La structure sociale aussi était complexe, composée de nobles et deboyards démunis, deszlachtzitzes (nobles polonais déclassés), de marchands, de paysans (holota), dehors-la-loi en tous genres, d'esclaveséchappés desgalères ottomanes et deserfs en fuite (comme lepolkovnyk « colonel » Pivtorakojoukha). Certains de ceux qui n'étaient pas acceptés dans l'Ost formaient leurs propres bandes debrigands et depirates (fluviaux ou maritimes) et prétendaient également être des cosaques : leur espérance de vie était brève, mais leurs aventures ont inspiré maintsrécits, chansons, poésies, romans. Cependant, après lesoulèvement de Khmelnytsky, cette diversité sociale a largement diminué et ces bandes ont été soit exterminées, soit intégrées dans la société du Hetmanat.
↑Томаківська Січ, by Гурбик А.О., in: Історія українського козацтва: нариси у 2 т.\ Редкол: Смолій (відп. Ред) та інші. – Київ.: Вид.дім "Києво-Могилянська академія", 2006р, Т.1.