La création du terme« sidérurgie » est liée à la nécessité de distinguer la métallurgie extractive du fer dans le vaste domaine de lamétallurgie en général[1].
Sa première attestation date de1761, dans trois mémoires adressés à l'Académie des Sciences parPierre-Clément Grignon, maître de forges. Il est sans doute le créateur du terme, ainsi que de« sydérotechnie » qui apparaît dans les mêmes mémoires. En1775, Grignon précise qu'il entend par« sidérurgie » « l'art de fabriquer le fer », et par« sydérotechnie » « l'art de travailler le fer »[2].
« Sydérotechnie » semble s'imposer d'abord comme cela apparaît dans le monumental ouvrage d'Hassenfratz, en1812,La Sidérotechnie. Mais cet ouvrage comporte lui-même la marque du succès futur de« sidérurgie » dans l'emploi du nom dérivé« sidérurgiste » qui y apparaît pour la première fois[3].
Si le terme « sidérurgie » évoque donc, étymologiquement, l'ensemble de la métallurgie du fer, dans tous ses aspects (extraction, mise en forme et étude des propriétés), son emploi moderne est beaucoup plus restrictif. On réserve en effet maintenant ce terme à l'industrie de l'extraction du fer et de ses alliages dont les produits sont laminés ou destinés à l'être :
« [Les usines sidérurgiques] ne recouvrent que lesproduits bruts (acier liquide etlingots), lesdemi-produits désignés selon leur forme et leur section, lesproduits finis exclusivement obtenus parlaminage. S'ils subissent d'autres modes de transformation, ils appartiennent sans équivoque à l'industrie métallurgique. À savoir, parforgeage […], parmoulage […] et autres premières transformations des métaux (étirage,tréfilage, etc.)[4] »
— Daniel Rivet, L'acier et l'industrie sidérurgique
Jusqu'au milieu duXXe siècle, la quasi-totalité de laproduction mondiale d'acier est issue des usines sidérurgiques qui ont crû tant en nombre qu'en capacité de production unitaire. Dans leur immense majorité, ces usines sont caractérisées par la production defonte à partir des minerais de fer locaux grâce auhaut fourneau (procédé indirect)[5].
Au cours de la deuxième moitié duXXe siècle lefour à arc électrique, cantonné jusqu'alors à la fabrication des aciers spéciaux, devient un outil de plus en plus efficient pour la production massive d'aciers decommodité. Couplé avec lacoulée continue debrames minces, un laminoir compact et parfois une usine deréduction directe, il permet la production d'acier dans des usines de taille réduite, lesmini-mills[6]. Depuis les années 1980, la sidérurgie s'est réorganisée de manière stable, lesaciéries électriques produisant un tiers de la production mondiale d'acier, les deux tiers restant étant élaborés auhaut fourneau[5].
Le développement plus tardif des produits plats s'explique par de nombreux facteurs. On peut citer notamment que leur production se fait avec des outils plus puissants, ainsi que des installations de parachèvements plus nombreuses (décapages, recuits, laminage à froid,skin-pass,galvanisation ouétamage, etc.)[13].
La sidérurgie est devenue l'exemple même de l'industrie lourde. Au début duXXe siècle, l'investissement lié à la construction d'une usine « standard » debrames, à partir deminerai de fer et dehouille, d'une capacité de5 millions de tonnes par an, peut atteindre 9 milliards dedollars[15]. Malgré leur taille, les entreprises sont fragilisées par les investissements qu'elles consentent. Les sidérurgistes lorrains ont, par exemple, été pénalisés par la construction de l'usine à chaud de laSolmer àFos-sur-Mer, qui a coûté14 milliards de francs en 1974[16], mais inaugurée en pleinchoc pétrolier, ce qui a bloqué la finalisation de l'usine et pénalisé sa rentabilité, au point que le gouvernement estima 10 ans après que la meilleure solution consisterait à tout fermer[17]. De même, et plus récemment, victime de lacrise de 2008, le complexe sidérurgique américain deThyssenKrupp (aciérie au Brésil etlaminoirs en Alabama), dont la construction avait coûté, en 2010, près de15 milliards de dollars[note 1] au sidérurgiste allemand, a été revendu à ses concurrents 4,2 milliards trois ans après[19].
Lien entre production d'acier et PIB pour différents pays. Pour la plupart des pays, la production d'acier s'infléchit après avoir atteint un PIB donné, signe que la croissance se poursuit sur d'autres principes.
« L'acier a d'abord été un facteur de souveraineté : si l'argent est le nerf de la guerre, l'acier en est le muscle, au moins depuis 1850[20] ». Pourtant, c'est au cours de laguerre froide que la sidérurgie perd son importance stratégique : l'aviation et lesarmes nucléaires ne lui doivent rien.
Le montant d'une usine neuve étant très important (le « ticket d'entrée » d'une grosse usine à chaud de 9 milliards de dollars équivaut auPIB annuel deMalte), la sidérurgie est donc souvent marquée par :
une participation ou une protection de la part des États, tant pour constituer que pour pérenniser un outil industriel.
la modernisation permanente des outils existants, moins coûteuse que la construction d'installations neuves.
des fluctuations importantes des prix de vente (comme pour l'essence ou l'acier), dues au fait que l'offre ne peut qu'évoluer plus lentement que la demande.
L'apparition de l'aciérie électrique a brutalement arrêté la course à la taille des complexes sidérurgiques. Le recyclage compte pour un tiers de la production mondiale d'acier. Cette proportion est encore plus élevée dans les pays développés qui disposent de beaucoup de ferrailles. En effet, en2007, laChine produit un tiers de l'acier mondial mais attire 50 % des exportations du minerai de fer[22]. Les bénéfices de l'ensemble des entreprises chinoises de sidérurgie ont atteint 17 milliards d'euros en 2007[22].
↑Pierre-ClémentGrignon,Mémoires de physique sur l'art de fabriquer le fer, d'en fondre & forger des canons d'artillerie ; sur l'histoire naturelle, et sur divers sujets particuliers de physique et d'économie…,(lire en ligne)
↑a etbJacquesMalézieux,Les Centres sidérurgiques des rivages de la mer du Nord et leur influence sur l'organisation de l'espace, Publications de La Sorbonne,,p. 57
PhilippeMioche,« La sidérurgie française : combien de territoires ? », dans Jean-Claude Daumas, Pierre Lamard et Laurent Tissot (dir.),Les territoires de l’industrie en Europe (1750-2000) : Entreprises, régulations et trajectoires, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté,(ISBN978-2-84867-178-9,DOI10.4000/books.pufc.27389,lire en ligne),p. 103–124.