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Sidérurgie

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Lecombinatmétallurgique deMagnitogorsk (MMK) dans lesannées 1930. C'est alors la plus importante usine sidérurgique du monde, qui a contribué aucomplexe militaro-industriel soviétique.

Le termesidérurgie, — dugrec ancienσιδηρουργεῖον /sidērourgeîon, « atelier duforgeron », lui-même formé à partir deσίδηρος /sídēros, « fer ») et deἔργον /érgon, « travail » — désigne à la fois lestechniques d'obtention de lafonte, dufer et de l'acier à partir deminerai de fer, mais aussi l'industrie qui les met en œuvre.

Définitions

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Métallurgiste travaillant près des hauts fourneaux de l'usine sidérurgique deTřinec.

Origine du terme

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La création du terme« sidérurgie » est liée à la nécessité de distinguer la métallurgie extractive du fer dans le vaste domaine de lamétallurgie en général[1].

Sa première attestation date de1761, dans trois mémoires adressés à l'Académie des Sciences parPierre-Clément Grignon, maître de forges. Il est sans doute le créateur du terme, ainsi que de« sydérotechnie » qui apparaît dans les mêmes mémoires. En1775, Grignon précise qu'il entend par« sidérurgie » « l'art de fabriquer le fer », et par« sydérotechnie » « l'art de travailler le fer »[2].

« Sydérotechnie » semble s'imposer d'abord comme cela apparaît dans le monumental ouvrage d'Hassenfratz, en1812,La Sidérotechnie. Mais cet ouvrage comporte lui-même la marque du succès futur de« sidérurgie » dans l'emploi du nom dérivé« sidérurgiste » qui y apparaît pour la première fois[3].

Acception moderne du mot

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Si le terme « sidérurgie » évoque donc, étymologiquement, l'ensemble de la métallurgie du fer, dans tous ses aspects (extraction, mise en forme et étude des propriétés), son emploi moderne est beaucoup plus restrictif. On réserve en effet maintenant ce terme à l'industrie de l'extraction du fer et de ses alliages dont les produits sont laminés ou destinés à l'être :

« [Les usines sidérurgiques] ne recouvrent que lesproduits bruts (acier liquide etlingots), lesdemi-produits désignés selon leur forme et leur section, lesproduits finis exclusivement obtenus parlaminage. S'ils subissent d'autres modes de transformation, ils appartiennent sans équivoque à l'industrie métallurgique. À savoir, parforgeage […], parmoulage […] et autres premières transformations des métaux (étirage,tréfilage, etc.)[4] »

— Daniel Rivet, L'acier et l'industrie sidérurgique

Les usines

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Filièresd'élaboration de l'acier.

Jusqu'au milieu duXXe siècle, la quasi-totalité de laproduction mondiale d'acier est issue des usines sidérurgiques qui ont crû tant en nombre qu'en capacité de production unitaire. Dans leur immense majorité, ces usines sont caractérisées par la production defonte à partir des minerais de fer locaux grâce auhaut fourneau (procédé indirect)[5].

Au cours de la deuxième moitié duXXe siècle lefour à arc électrique, cantonné jusqu'alors à la fabrication des aciers spéciaux, devient un outil de plus en plus efficient pour la production massive d'aciers decommodité. Couplé avec lacoulée continue debrames minces, un laminoir compact et parfois une usine deréduction directe, il permet la production d'acier dans des usines de taille réduite, lesmini-mills[6]. Depuis les années 1980, la sidérurgie s'est réorganisée de manière stable, lesaciéries électriques produisant un tiers de la production mondiale d'acier, les deux tiers restant étant élaborés auhaut fourneau[5].

Les complexes sidérurgiques classiques s’appuyant sur le haut fourneau sont nommées « usines intégrées ». En effet, pour des raisons d'optimisation énergétique et logistique, la rentabilité d'une usine intégrée s'améliore avec le nombre d'étapes de fabrication qu'elle intègre, et leur équilibre respectif. Ce critère prévaut sur les volumes produits. En effet, ces usines, après une évolution vers le gigantisme (ensembles capable de produire de 15, voire 20 Mt/an d'acier en Asie), tendent, au moins dans les « vieux pays industriels » à se restructurer vers des entreprises plus compactes et homogènes d'une capacité de 2 à 10 Mt/an. De fait, en 2007, un recensement de 185 usines intégrées, abouti à une production moyenne d'environ 5 Mt/an[5].

L'implantation historique des usines sidérurgiques était associée à la présence de minerai ou de houille. La migration de ces usines vers le littoral (la « sidérurgie sur l'eau ») s'est généralisée à partir des années 1960. Par contre, celles-ci sont restées essentiellement situées dans les pays consommateurs et ne se sont pas massivement installées à proximité des gisements. En effet, pendant la seconde moitié duXXe siècle, la baisse du coût du fret maritime et la hausse du coût de l'énergie ont favorisé le transport des minerais riches. Par ailleurs, la richesse moyenne du minerai de fer consommé (supérieure à 40 %[7]) contribue à l'intéret du transport en vrac du minerai au lieu de l'exportation de demi-produits sidérurgiques.

Les produits

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On distingue généralement la sidérurgie associée aux produits plats de celle liée aux produits longs. La notion de plat/long se situe au carrefour duproduit et de lamarchandise. Au niveau du processus productif, le train continu à chaud à large bande, dont sont issus les produits plats, a dimensionné les outils sidérurgiques dans le milieu duXXe siècle. Au niveau des marchés, le plat est lui-aussi la catégorie économiquement dominante. La notion a en outre une valeur explicative importante et permet de saisir un grand nombre de phénomènes économiques propres à la sidérurgie[8].

Produits plats

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Article connexe :Brame (sidérurgie).

Les produits plats sont obtenus parlaminage ; ils comprennent :

Évolution du rapport entre consommation de produits plats / total (en %)[8]
19051915192519371940194519521955196019641972[9]
États-Unis20,534,440,04554,067,570,165,7
CECA[10]36,8[11]41,546,348,955,6
Japon[12]62,1
URSS[12]20[13]25[13]44,9

Le développement plus tardif des produits plats s'explique par de nombreux facteurs. On peut citer notamment que leur production se fait avec des outils plus puissants, ainsi que des installations de parachèvements plus nombreuses (décapages, recuits, laminage à froid,skin-pass,galvanisation ouétamage, etc.)[13].

Produits longs

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Articles connexes :Billette (sidérurgie),Bloom (sidérurgie) etProduit long.

Lesproduits longs regroupent les barres (ronds, carrés), lesprofilés (comme lesrails dechemin de fer, lespoutrelles en forme de H, U, I ou L), ainsi que lesproduits tréfilés.

Ils sont utilisés dans toutes les industries, ainsi que dans lebâtiment (par exemple :aciers pourarmatures debéton armé).

Particularités

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Poids économique

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AuLuxembourg, l'industrie sidérurgique a été pendant longtemps la premièresource d'emploi et de richesse du pays, jusqu'à représenter 45 % duPIB national en 1977[14]. Le dernier haut fourneau àEsch-Belval ferme pourtant en1997.

La sidérurgie est devenue l'exemple même de l'industrie lourde. Au début duXXe siècle, l'investissement lié à la construction d'une usine « standard » debrames, à partir deminerai de fer et dehouille, d'une capacité de5 millions de tonnes par an, peut atteindre 9 milliards dedollars[15]. Malgré leur taille, les entreprises sont fragilisées par les investissements qu'elles consentent. Les sidérurgistes lorrains ont, par exemple, été pénalisés par la construction de l'usine à chaud de laSolmer àFos-sur-Mer, qui a coûté14 milliards de francs en 1974[16], mais inaugurée en pleinchoc pétrolier, ce qui a bloqué la finalisation de l'usine et pénalisé sa rentabilité, au point que le gouvernement estima 10 ans après que la meilleure solution consisterait à tout fermer[17]. De même, et plus récemment, victime de lacrise de 2008, le complexe sidérurgique américain deThyssenKrupp (aciérie au Brésil etlaminoirs en Alabama), dont la construction avait coûté, en 2010, près de15 milliards de dollars[note 1] au sidérurgiste allemand, a été revendu à ses concurrents 4,2 milliards trois ans après[19].

Importance stratégique

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courbes relatives à plusieurs pays
Lien entre production d'acier et PIB pour différents pays.
Pour la plupart des pays, la production d'acier s'infléchit après avoir atteint un PIB donné, signe que la croissance se poursuit sur d'autres principes.

« L'acier a d'abord été un facteur de souveraineté : si l'argent est le nerf de la guerre, l'acier en est le muscle, au moins depuis 1850[20] ». Pourtant, c'est au cours de laguerre froide que la sidérurgie perd son importance stratégique : l'aviation et lesarmes nucléaires ne lui doivent rien.

En effet, laproduction d'acier n'est strictement proportionnelle auProduit intérieur brut qu'en période d'industrialisation. Comme beaucoup decommodités (ciment, papier, etc.), les besoins, donc la production, décroissent généralement lorsque la croissance est tirée par destechniques de pointe, lesservicesetc.[21].

Économie

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Le montant d'une usine neuve étant très important (le « ticket d'entrée » d'une grosse usine à chaud de 9 milliards de dollars équivaut auPIB annuel deMalte), la sidérurgie est donc souvent marquée par :

  • une participation ou une protection de la part des États, tant pour constituer que pour pérenniser un outil industriel.
  • la modernisation permanente des outils existants, moins coûteuse que la construction d'installations neuves.
  • des fluctuations importantes des prix de vente (comme pour l'essence ou l'acier), dues au fait que l'offre ne peut qu'évoluer plus lentement que la demande.

L'apparition de l'aciérie électrique a brutalement arrêté la course à la taille des complexes sidérurgiques. Le recyclage compte pour un tiers de la production mondiale d'acier. Cette proportion est encore plus élevée dans les pays développés qui disposent de beaucoup de ferrailles. En effet, en2007, laChine produit un tiers de l'acier mondial mais attire 50 % des exportations du minerai de fer[22]. Les bénéfices de l'ensemble des entreprises chinoises de sidérurgie ont atteint 17 milliards d'euros en 2007[22].

Notes et références

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Notes

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  1. Soit presque le double de l'estimation initiale, qui était de 5,2 milliards de dollars[18].

Références

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  1. RolandÉluerd,Les mots du fer et des Lumières contribution à l'étude du vocabulaire de la sidérurgie française (1722-1812), Paris, H. Champion,coll. « Bibliothèque de littérature moderne » (no 19),, 524 p.(ISBN 978-2-85203-318-4),p. 126-128
  2. Pierre-ClémentGrignon,Mémoires de physique sur l'art de fabriquer le fer, d'en fondre & forger des canons d'artillerie ; sur l'histoire naturelle, et sur divers sujets particuliers de physique et d'économie…,(lire en ligne)
  3. Roland Éluerd 1993,p. 59.
  4. DanielRivet,L'acier et l'industrie sidérurgique, Paris,Presses universitaires de France,coll. « Que sais-je ? » (no 561),, 128 p.(ISBN 2-13-035632-X),p. 46
  5. ab etcJacquesAstier,« Grandes usines sidérurgiques intégrées classiques », dansTechniques de l'ingénieur. Élaboration et recyclage des métaux,Éditions techniques de l'ingénieur,(lire en ligne)
  6. Olivier C. A.Bisanti, « Histoire du four électrique », Soleil d’Acier,(consulté le)
  7. (en) Gavin M.Mudd, « The “Limits to Growth” and ‘Finite’ Mineral Resources : Re-visiting the Assumptions and Drinking From That Half-Capacity Glass »,,p. 5
  8. a etb[PDF]Jean-YvesDebost et BernardRéal,Les rapports des industries de la manutention avec l'évolution des processus de production et des moyens de transport dans le cours de l'internationalisation du capital, Université des Sciences Sociales de Grenoble, Institut de Recherche Économique et de Planification,(lire en ligne), partie 2,p. 47-64
  9. MarcInstallé, « L'industrie sidérurgique en Belgique (I) »,Courrier hebdomadaire du CRISP, CRISP,nos 660-661,‎ 1974 /34-35(ISSN 0008-9664,lire en ligne)
  10. « La structure de la sidérurgie belge (II) »,Courrier hebdomadaire du CRISP, CRISP,nos 305-306,‎ 1965 /37(ISSN 0008-9664,lire en ligne)
  11. « La création d'un complexe sidérurgique maritime à Selzaete : Sidemar »,Courrier hebdomadaire du CRISP, CRISP,no 124,‎ 1961 /34,p. 1-25(DOI 10.3917/cris.124.0001,lire en ligne)
  12. a etbJacquesMalézieux,Les Centres sidérurgiques des rivages de la mer du Nord et leur influence sur l'organisation de l'espace, Publications de La Sorbonne,,p. 57
  13. ab etc(en) Antony C.Sutton,Western Technology and Soviet Economic Development 1945 to 1965, Hoover Institution Press,(lire en ligne[PDF]),p. 125
  14. MichelFreyssenet,La sidérurgie française 1945-1979 : L'histoire d'une faillite. Les solutions qui s'affrontent, Paris, Savelli,coll. « Documents critiques »,, 241 p.(ISBN 978-2-85930-030-2,OCLC 417353871,BNF 34648522,lire en ligne[PDF]),p. 154
  15. (en) « Brazil may bar Thyssen unit sale to foreigner »,Reuters,‎(lire en ligne)
  16. Freyssenet 1979,p. 3
  17. Olivier C. A. Bisanti, « L'aventure sidérurgique de Fos-sur-Mer - Logiques d'hier, d'aujourd'hui et de demain »[PDF], soleildacier.ouvaton.org,
  18. (en) « Second blast furnace fired up at ThyssenKrupp CSA in Brazil », ThyssenKrupp,
  19. (en) « ArcelorMittal, Nippon Steel Buy ThyssenKrupp Alabama Steel Mill for $1.55 Billion »,Reuters,‎(lire en ligne)
  20. [PDF]Olivier C. A. Bisanti, « L’aventure sidérurgique de Fos-sur-Mer », Soleil d'acier,
  21. (en) IvanRoberts, TrentSaunders, NatashaCassidy et GarethSpence, « China's Evolving Demand for Commodities », Reserve Bank of Australia,
  22. a etbAlain Faujas, « Le minerai de fer augmentera d'au moins 65 % en 2008 »,Le Monde,‎(lire en ligne, consulté le)

Voir aussi

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Bibliographie

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Articles connexes

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Liens externes

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