| Shoah en Ukraine | |
Membres d'unEinsatzkommando abattant une femme juive portant son enfant dans les bras, àIvanhorod (Ukraine)en 1942. | |
| Date | -1944 |
|---|---|
| Lieu | République socialiste soviétique d'Ukraine |
| Victimes | « Indésirables » au régime nazi |
| Type | Génocide |
| Morts | 900 000 à 1 600 000 |
| Auteurs | |
| Ordonné par | Heinrich Himmler |
| Motif | Destruction des Juifs d'Europe,Antisémitisme,idéologienazie |
| Participants | Einsatzgruppen Ordnungspolizei Wehrmacht UPA-OUN Police auxiliaire ukrainienne |
| Guerre | Seconde Guerre mondiale |
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LaShoah en Ukraine recouvre lespersécutions, lesdéportations et l'extermination subies par lesJuifsukrainiens duReichskommissariat Ukraine, pendant l’occupation de laRépublique socialiste soviétique d’Ukraine par l'Allemagne nazie lors de laSeconde Guerre mondiale[1]. Entre 1941 et 1944, plus d'un million de Juifs ukrainiens ont été assassinés dans le cadre des politiques d'extermination mises en œuvre par leGeneralplan Ost et la« Solution finale à laquestion juive ».
À l’issue de laPremière Guerre mondiale, la disparition des empires centraux (Reich allemand,Autriche-Hongrie) et les bouleversements issus de laRévolution bolchévique en Russie entraînèrent la dislocation de l’Ukraine, éclatant son territoire et ses populations, notamment juives, entre les différents pays issus des traités de paix. Les Juifs connurent des situations différentes (selon les circonstances politiques et les territoires dans lesquels ils étaient implantés)[2].
Si la brèveRépublique populaire d’Ukraine (-) donna le droit à la communauté juive de gérer ses institutions religieuses, culturelles et éducatives, despogroms furent néanmoins perpétrés, auxquels participèrent toutes les forces nationales et politiques[2]. La situation ne fut pas meilleure dans les régions ukrainiennes rattachées à laPologne où la situation des Juifs commença à se détériorer avec le boycotts des entreprises et des magasins, système de quota officieux dans les établissements scolaires...
EnRoumanie, la montée de l’antisémitisme et l’influence croissante des théories racistes et totalitaires se traduisirent par la formation de mouvements roumains nationalistes d’extrême-droite et la fascisation despartis indépendantistes ukrainiens. À l’opposé, lapopulation juive de l’UkraineTranscarpathienne rattachée à laTchécoslovaquie connutentre les deux-guerres une existence paisible. À la suite desaccords de Munich en 1938, la région fut finalement annexée par laHongrie. Les Juifs commencèrent alors à être l’objet d’une politique de discrimination et de persécutions[2].
Durant les premières années de mise en place du régime soviétique, les principales décisions laissaient à penser que les Juifs avaient enfin trouvé une patrie enURSS et, plus particulièrement, enUkraine soviétique. Cependant, les années 1920-1930 furent marqués, dans les domaines économique et de la vie publique, par une terrible désillusion et par une succession de mesures qui annonçaient la« désintégration du monde Juif »[2]. Il n’est guère que dans le domaine culturel que les années 1920-1930 correspondirent à un âge d’or. Élevé au rang de langue officielle, leyiddish se développa à grande échelle : utilisation dans certaines régions par les administrations, enseignement en yiddish dans des écoles d’état, foisonnement de journaux, revues, théâtres et salles de concert…
En 1939, on estime que la population juive en Ukraine s’élevait à 2 500 000 personnes (5 millions en URSS), représentant la deuxième plus importante communauté juive d’Europe[3]. Cette même année, l’URSS annexa l’est de la Pologne en application dupacte germano-soviétique, puis, en laBucovine du nord. Près de 300 000 Juifs, fuyant les territoires occidentaux de laPologne annexée par l’Allemagne essayèrent de trouver refuge en URSS, notamment en Ukraine[2].
Au début de la guerre, l'une des ambitions d'Hitler était d'exterminer, d'expulser ou de réduire en esclavage la plupart ou la totalité desSlaves de leurs terres d'origine afin de créer un« espace de vie » pour les colons allemands[4]. Ce plan génocidaire[5] devait être appliqué progressivement sur une période de 25 à 30 ans[6].
Selon l'historienWilliam W. Hagen (en), leGeneralplan Ost prévoyait une« décimation » de la population urbaine, par le travail ou la famine, notamment avec leplanfamine, tandis que les concepteurs des projets coloniaux établissent des projets visant à l'extermination de 21 316 000 individus[4].

Lorsque laWehrmacht entra en Ukraine en, les Juifs de l’Ouest, y compris les réfugiés qui avaient fui l’invasion de la Pologne à l’automne 1939, furent pris au piège[7]. Quelques dizaines de milliers réussirent à s’enfuir, qui furent souvent rattrapés et tués par la suite. LesKommandos desEinsatzgruppen s’en prirent d’abord aux« fonctionnaires communistes » et aux« membres de l’intelligentsia juive ». Cependant, dès les premières heures de la campagne,Himmler se rendit sur le terrain pour suggérer que femmes et enfants soient tués aussi systématiquement que les hommes. Désormais, ce que les nazis appelaient le« traitement des Juifs » d’Ukraine fut englobé dans la planification de la« solution finale de la question juive en Europe »[7].

Le nombre total depertes civiles pendant la guerre et l'occupation allemande en Ukraine est estimé à quatre millions, dont près d'un million de Juifs assassinés par lesKommandos desEinsatzgruppen, desbataillons de l'Ordnungspolizei, laWehrmacht et descollaborateurs nazis locaux. L'Einsatzgruppe C commandé parOtto Rasch a été affecté au nord et au centre de l'Ukraine ; l'Einsatzgruppe D d'Otto Ohlendorf a quant à lui opéré enMoldavie (au sud de l'Ukraine), enCrimée et, à compter de 1942, au nord duCaucase. Selon le témoignage d'Ohlendorf lors duprocès des Einsatzgruppen,« lesEinsatzgruppen avaient pour mission de protéger l'arrière des troupes en éliminant les juifs, les roms, les partisans communistes, les slaves non coopératifs et toutes personnes susceptibles de compromettre la sécurité ». Dans la pratique, les victimes étaient en majorité des civils juifs désarmés (aucun membre d'Einsatzkommando n'a été tué dans l'action au cours de ces opérations). Lemusée du mémorial de l'Holocauste des États-Unis raconte l'histoire d'un survivant des tueries desEinsatzgruppen dePiryatin, enUkraine, après l'assassinat de 1 600 juifs le, le deuxième jour de lafête juivePessa'h :
« J'ai été témoin direct des massacres. À 17 h 00, ils ont donné l'ordre de« remplir les fosses ». Des cris et des gémissements venaient des fosses. Soudain, j'ai vu mon voisin Ruderman remonter de sous terre… Ses yeux étaient couverts de sang et il criait :« Finis-moi ! »… Une femme assassinée gisait à mes pieds. Un garçon de cinq ans a rampé sous son corps et a désespérément commencé à crier :« Maman ! » C'est la dernière chose que je me rappelle avant de tomber inconscient »

Du 16 au, l'Einsatzgruppe Dexécute 35 782 citoyens soviétiques, dont la plupart étaient Juifs. Ce massacre se déroule dans une zone proche de la ville deMykolaïv ainsi que de la ville voisine deKherson, au sud de l'Ukraine (ex-URSS)[10].
Le massacre de Juifs le plus notoire en Ukraine s'est déroulé dans le ravin deBabi Yar, près deKiev, où 33 771 Juifs furent assassinés par lesnazis et leurscollaborateurs locaux, principalement le201e bataillon Schutzmannschaft, les 29 et (d'autres massacres eurent lieu à cet endroit les mois suivants, faisant entre 100 000 et 150 000 morts Juifs, prisonniers de guerre soviétiques, communistes, Tziganes, Ukrainiens et otages civils). Les assassinats en masse àKiev ont été décidés par leGeneralmajorFriedrich Eberhardt, le commandant de la police dugroupe d'armées Sud (SS-ObergruppenführerFriedrich Jeckeln) et le commandant de l'Einsatzgruppe C Otto Rasch. Cette mission fut assurée par les troupes de laSS et duSD, et desmembres de la police de sécurité, assistés par lapolice auxiliaire ukrainienne. Les Juifs de Kiev se rassemblèrent au lieu ordonné, s'attendant à être embarqués dans des trains. La foule était suffisamment dense pour que la majorité ignorât ce qui se passait en réalité : Ils furent conduits à travers un corridor formé de soldats, roués de coups de crosse, puis forcés à se déshabiller et conduits au bord du ravin et exécutés. Un chauffeur de camion décrivit la scène :
« Des colonnes de Juifs étaient amenés, brutalisés par les Ukrainiens, forcés de se déshabiller et de s’allonger contre la paroi du ravin de 150 mètres de longueur, 30 mètres de largeur et 15 mètres de profondeur. Quand ils atteignirent le fond du ravin, ils furent saisis par des membres de laSchutzmannschaft et obligés de s'allonger au-dessus des Juifs déjà abattus. Les tireurs se mettaient derrière eux et les abattaient d’une balle dans la nuque, répétant l'action un à un… »
EnCrimée (attribuée à l’Ukraine parKhrouchtchev après la Seconde Guerre mondiale mais république soviétique autonome au moment de l’invasion allemande) vivaient environ 65 000 Juifs. Lorsque les Allemands conquirent la région à l'automne 1941, environ 35 000 Juifs s’étaient réfugiés plus à l’Est et environ 8 000 autres avaient été mobilisés dans l’Armée rouge. Les Allemands trouvèrent donc environ 23 000 Juifs qui furent rapidement les victimes d’une machine génocidaire tournant désormais à plein régime sur le territoire soviétique[7].

À partir de, la conjonction entre les projets deHimmler et la volonté exterminatrice des collaborateurs ukrainiens incite à accélérer la cadence de l'extermination : sont alors initiées, dans les territoires de l'Est, des réflexions à la fois pour rationaliser les tueries et pour exterminer également les femmes et les enfants, en évitant que cela ne pose de problèmes de conscience aux bourreaux allemands. Divers solutions sont alors expérimentées à l'automne 1941, notamment lecamion à gaz : le fourgon est hermétiquement fermé, les gaz d'échappement, entre autres le monoxyde de carbone, sont dirigés à l'intérieur du fourgon asphyxiant ainsi une quarantaine de personnes à chaque utilisation. Par ailleurs, sur le modèle du camion à gaz, les premières chambres à gaz, expérimentées en Ukraine et dans leWarthegau, reprennent ce mode de fonctionnement, mais sont fixes, avec un moteur à l'extérieur, les gaz d'échappement étant dirigés vers l'intérieur de la chambre, isolée de l'extérieur.

En effet, en Ukraine, comme dans le reste de l’Union soviétique, le Reich nazi n’avait pas la possibilité, du fait de la proximité du front, d’installer des centres d’extermination. Le plus souvent, le réseau ferroviaire était inapproprié à la déportation vers lescentres d’extermination situés enPologne. C’est pourquoi la« Shoah par balles » a continué, en Ukraine, jusqu'à la fin de l’occupation du pays par laWehrmacht, début 1944. Seulement 20 % environ des Juifs d’Ukraine ont été déportés àBelzec,Sobibor etAuschwitz. Les 80 % restants des victimes ont été tués par les commandos SS ou leurs auxiliaires[7].

Pratiquement tous ceux qui n’ont pas pris la fuite furent tués en l’espace de deux ans et demi, entre et.
Jusqu'à la chute de l'Union soviétique, environ 900 000 Juifs auraient été assassinés dans le cadre de l'Holocauste en Ukraine. C’est l’estimation trouvée dans l'ouvrage d'histoireLa Destruction des Juifs d'Europe deRaul Hilberg. À la fin des années 1990, l'accès aux archives soviétiques a augmenté l'estimation de la population juive d'avant-guerre et, par conséquent, celle du nombre de morts. Selon les estimations deDieter Pohl publiés dans les années 1990, 1,2 million de Juifs ont été assassinés, augmentant à 1,6 million selon des études plus récentes. Selon l’historien ukrainien Alexandre Kruglov, on peut penser qu’un tiers environ des Juifs ukrainiens a échappé au génocide, ce qui signifie que, à l’inverse, environ 1,5 million de juifs ont trouvé la mort : 500 000 en 1941, plus de 700 000 en 1942 et 200 000 de 1943 jusqu'à l’abandon définitif de l’Ukraine par laWehrmacht en 1944[11]. Pour certains historiens, le chiffre de au moins 2 millions de morts est probablement sérieusement à envisager, car depuis 1917, et la révolution, il n'y avait pas de recensements, vu les crises, dont l'holodomor, mais des estimations, souvent discutables. Déjà, les derniers recensements réalisés pendant la période Tsariste, en 1909-1913, avaient des marges d'erreurs, et la forte immigration (dont en Amérique) rendaient difficiles les estimations fiables.
Bon nombre de Juifs ayant trouvé refuge dans la forêt ont été tués ultérieurement par l'armée locale, l'armée insurrectionnelle ukrainienne ou d'autres groupes partisans lors de la retraite allemande. Selon l'historienne américaineWendy Lower,« de nombreux auteurs, même s'ils avaient des objectifs politiques différents, ont tué des juifs et réprimé cette histoire »[12].

L'Ukraine se classe au4e rang du nombre de personnes reconnues comme« Justes parmi les nations » pour avoir sauvé des Juifs pendant l'Holocauste, totalisant 2 515 personnes reconnues en date du[15].
LesShtundistes, un des groupes deprotestants évangéliques de l'Empire russe, ont notamment aidé à cacher de nombreux Juifs[16].

Le pèrePatrick Desbois, dont le grand-père avait été déporté au stalag 325 àRava Ruska, a entrepris depuis six ans un travail méthodique et de longue haleine sur l’histoire de l’extermination d’un million et demi de Juifs d’Ukraine : identifier et expertiser tous les sites d'exterminations des Juifs perpétrées par les unités mobiles nazies en Ukraine pendant la Seconde Guerre mondiale dans le but ultime d'offrir une sépulture décente à ces Juifs fusillés en Ukraine[17]. Ces recherches, qui jusqu’à aujourd’hui se sont étendues sur un tiers environ du territoire concerné, ont permis la découverte d'environ cinq cents sites d’exécutions après des preuves balistiques retrouvées sur les sites, des indications de témoins de l'époque ou de l’expertise archéologique des fosses communes[17].
Selon l'historienTimothy D. Snyder,« la Shoah est intrinsèquement et organiquement lié auVernichtungskrieg de 1941 ainsi qu'à la tentative de conquête de l'Ukraine par lagermanisation »[18].
LeNational Geographic rapporta :
« Bon nombre d’Ukrainiens ont collaboré : Selon l’historien allemandDieter Pohl, [environ] 100 000 miliciens se sont joints à la police ukrainienne pour fournir une assistance essentielle aux nazis. Beaucoup d'autres membres du personnel des bureaucraties locales ont prêté main-forte lors des fusillades massives de Juifs. Les Ukrainiens, tels que l'infâmeIvan le Terrible deTreblinka, faisaient également partie des gardes qui géraient les camps de la mort allemands. »
Selon l'historien israélien de l'Holocauste,Yitzhak Arad,« En janvier 1942, une compagnie de volontairesTatars fut créée àSimferopol sous le commandement de l'Einsatzgruppe 11. Ce commando a participé à des chasses à l'homme et à des meurtres anti-juifs dans les régions rurales »[19].
Selon leCentre Simon Wiesenthal (en),« l'Ukraine n'a, à notre connaissance, jamais mené une seule enquête sur un criminel de guerre nazi local, et encore moins poursuivi un auteur de l'Holocauste »[20]. L’antisémitisme qui sévit dans l’URSS d’après-guerre compliqua encore un peu plus le travail de mémoire, les survivants et leurs familles se turent[3]. Pour Tarik Cyril Amar, directeur des études au Centre pour l’histoire urbaine d’Europe de l’Est àLviv,« il y a deux raisons principales qui expliquent le silence partiel des autorités sur cette question. Le fait que les pogroms, qui ont eu lieu avant l’arrivée des Allemands, ont été perpétrés par la population elle-même, et surtout le rôle de la police ukrainienne dans les massacres ». Des centaines de citoyens ukrainiens ont servi comme auxiliaires des nazis pendant les exactions. Sans oublier ces nationalistes ukrainiens, en lutte contre le régime soviétique et la domination russe, qui ont cru voir dans le nouvel occupant un allié.
Le sort des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale dérange dans le grand chantier de construction d’une histoire nationale de l’Ukraine[3]. Une « concurrence des mémoires » s’est instaurée entre la « Shoah par balles » et les crimes soviétiques subis par l’Ukraine auXXe siècle, comme laterreur rouge, lesgrandes purges et lesfamines soviétiques. Dans ce contexte délétère, une partie des Ukrainiens voient leurs nationalistes, y comprisles collaborateurs, comme des héros qui ont osé s’opposer à Staline, en occultant « pudiquement » les massacres auxquels ils ont pu participer, réduits au statut de « dégâts collatéraux », quand ils ne sont pas simplement et purement « justifiés » par lemythe du « judéo-bolchevisme » remis « au goût du jour »[21].
Parmi les traces subsistantes, certaines sont en ruines, d'autres reconstruites.
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