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Shoah en Bohême-Moravie

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Shoah en Bohême-Moravie
Image illustrative de l’article Shoah en Bohême-Moravie
Liste de victimes sur le mur de lasynagogue Pinkas àPrague, Brumel–Fink

Dateannées 1939-1945
Lieuprotectorat de Bohême-Moravie
VictimesJuifs des territoires tchèques
TypeDestruction des Juifs d'Europe par le Troisième Reich et ses alliés
Morts80 000
Ordonné parTroisième Reich
GuerreSeconde Guerre mondiale
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LaShoah en Bohême-Moravie recouvre lespersécutions, lesdéportations et l'extermination subies par lesJuifs dans leprotectorat de Bohême-Moravie, alorsentité satellite occupée par leTroisième Reich, pendant laSeconde Guerre mondiale. La Shoah en Bohême-Moravie a provoqué la déportation, l'expropriation et la mort de 80 000 Juifs.

Avant la Shoah, les Juifs deBohême forment la communauté juive la mieux intégrée d'Europe et l'antisémitisme y est moins répandu qu'ailleurs. Les premières réglementations antisémites sont instaurées sous laDeuxième République tchécoslovaque, à la suite desaccords de Munich et de l'occupation de larégion des Sudètes. Après l'invasion allemande et l'occupation du reste desPays tchèques, une série de nouvelles mesures antisémites est lancée et soutenue tant par les autorités nazies que par l'administration dugouvernement fantoche tchèque. Les Juifs sont privés de leurs emploiset de leurs biens, astreints auxtravaux forcés et ils subissent diverses loisdiscriminatoires.

La population juive compte 118 310 membres avant l'invasion ; environ 30 000réussissent à émigrer avant que cette démarche ne devienne impossible en. La première déportation de Juifs du protectorat remonte à dans le cadre duplan Nisko. En commencent les déportations de masse contre les Juifs du protectorat : ils sont d'abord convoyés vers leghetto de Łódź, dans leWarthegau. À partir de novembre, les convois partent vers leghetto de Theresienstadt (implanté dans le protectorat) qui, pour la majorité des victimes, n'est qu'un camp de transit avant leur déportation vers d'autresghettos, descentres d'extermination et d'autres infrastructures d'assassinat plus à l'Est. À la fin de 1944, il ne reste plus que 6 795 Juifs dans le protectorat (hors Theresienstadt), dont la plupart sont engagés dans des mariages « mixtes ».

Après-guerre, de nombreux Juifs subissent des harcèlements et des discriminations enTchécoslovaquie si l'allemand est leur langue maternelle. AuXXIe siècle, lamémoire de la Shoah se matérialise par des mémoriaux et des ouvrages, comme les livres écrits par lessurvivantsJiří Weil etArnošt Lustig.

Contexte

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Article connexe :Histoire des Juifs en Tchéquie.
Quartier juif de Třebíč, en Moravie, inscrit aupatrimoine mondial.

Les premières communautés juives enBohême et enMoravie remontent probablement auXIe siècle, sous le règne de ladynastie des Přemyslid. Descommunautés juives médiévales (en) sont implantées àPrague,Brno,Egra,Příbram,Pilsen,Jihlava,Znaïm etOlomouc, entre autres. Cependant, les Juifs sont expulsés de la plupart desvilles royales auxXVe siècle etXVIe siècle. À partir de 1526, la Bohême et la Moravie sont régies par lamonarchie des Habsbourg. En 1557,Ferdinand Ier décrète l'expulsion des Juifs de Bohême (mais pas de Moravie) ; toutefois ce décret n'a jamais été appliqué en totalité. En 1623, après l'écrasement de laRévolte de Bohême,Ferdinand II accorde aux Juifs la pleineliberté de résidence. Cette permission est révoquée par la loiFamilianten Gesetz (en) (en vigueur de 1726 à 1848), qui limite la population juive autorisée sur le territoire à 8 541 familles en Bohême et 5 106 en Moravie, tout en restreignant la possibilité de contracter le mariage à un seul fils par famille. Certains Juifs ont émigré et d'autres se dispersent dans de petits villages pour se soustraire aux restrictions[1]. AuXIXe siècle, larenaissance tchèque milite pour l'autonomie de la populationtchécophone, majoritaire[2]. Dans les années 1890, la plupart des Juifs s'expriment en allemand et se considèrent comme allemands[3],[4],[5].

Après laPremière Guerre mondiale, lesPays tchèques (dont la zone frontalière desSudètes, où vit une majorité allemande) font partie du nouvelÉtat de Tchécoslovaquie[2]. À partir de 1930, les Juifs germanophones sont en infériorité démographique par rapport aux Juifs intégrés tchécophones[6] ; en parallèle, lesionisme gagne du terrain chez les Juifs des périphéries (Moravie et Sudètes)[7]. À la fin duXIXe siècle et au début duXXe siècle, des milliers de Juifs, issus de petits villages et villes, rejoignent Prague et d'autres villes majeures de Bohême[8],[1]. Dans la Bohême et Moravie d'avant-guerre en 1938, les Juifs ne composent qu'un pour cent (117 551 personnes) des dix millions d'habitants. La plupart des Juifs vivent dans des villes importantes comme Prague (35 403, soit 4,2 % de la population), Brno (11 103 : 4,2 %) etMoravská Ostrava (6 865 : 5.5 %)[9].

Dans les terres tchèques, l'antisémitisme est plus faible qu'ailleurs ; il est fermement combattu parTomáš Masaryk (1850–1937), fondateur et premier président de la Tchécoslovaquie[10],[11]. En parallèle, lasécularisation présente autant chez les Juifs que chez non-Juifs facilite l'intégration[12]. Toutefois, il y eut quelques cas isolés d'émeutes antisémites lors de la naissance de la république tchécoslovaque dans les années 1918 et 1920[13],[10],[14]. La plupart des Juifs de Bohême, dont la pratique religieuse décline fortement depuis leXIXe siècle, se montrent indifférents envers les questions religieuses[15], même si la Moravie compte davantage de pratiquants[16]. Les Juifs de Bohême présentent le taux le plus élevé demariages interreligieux (en) en Europe[17] : entre 1928 et 1933, 43,8 % des Juifs se marient avec des non-juifs ; en Moravie, ce taux descend à 30 %[3],[18]. Contrairement auTroisième Reich, la fréquence desmariages interreligieux se maintient après 1933, jusqu'à l'invasion nazie de 1939[18]. Cette forte intégration des Juifs tchèques dans la communauté nationale a compliqué les campagnes d'identification menées dans l'objectif de les déporter et les assassiner[19].

Deuxième République tchécoslovaque

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Occupation allemande de la Tchécoslovaquie en 1938 et 1939.
Article connexe :Deuxième République (Tchécoslovaquie).

Vers le milieu des années 1930, la Tchécoslovaquie accueille des milliers deJuifs allemands (etautrichiens, après l'Anschluss) qui fuient les persécutions, même si les mouvements politiques de droite finissent par imposer des restrictions sur l'immigration et éliminer la persécution raciale comme motif dedroit d'asile[20],[21]. Ainsi, en 1938, environ 10 000 Autrichiens sont refoulés et lesJuifs polonais déportés d'Autriche sont ramenés à la frontière polonaise[22]. Depuis le milieu des années 1930[20], l'antisémitisme monte en Tchécoslovaquie. Certains journaux commencent à faire l'éloge du périodiqueDer Stürmer[23],[24]. En, de nombreux Juifs de nationalité polonaise, y compris des résidents de long terme, sont expulsés depuis Moravská Ostrava vers la Pologne[25].

En, lesaccords de Munich conduisent à l'annexion de la région des Sudètes par le Troisième Reich. L'Allemagneexpulse les Juifs du territoire fraîchement annexé, ce qui provoque un afflux de réfugiés et concourt à la montée de l'antisémitisme[26]. Le gouvernement de droite de la Deuxième République subit une pression de plus en plus intense de la part des Allemands — aussi bien de ses propres citoyens allemands que du régime nazi — et y fait face avec une attitude complaisante[23],[24]. La plupart des Juifs vivant dans les régions des Sudètes annexées par l'Allemagne sont expulsés ou fuient vers la Tchécoslovaquie après les accords de Munich et lanuit de Cristal. Même si les accords de Munich octroient aux Juifs des Sudètes la possibilité de conserver leur nationalité tchécoslovaque, les autorités tentent de les empêcher de traverser la frontière. Certains réfugiés doivent patienter pendant des jours dans leNo man's land[27],[28]. En, 15 186 réfugiés juifs (dont ceux expulsés des Sudètes) vivent sur les territoires tchèques restants[26], ainsi que 99 000 non réfugiés[29].

En, une directive prévoit que les Juifs qui ont immigré en Tchécoslovaquie après 1914 (y compris les citoyens naturalisés) seront déportés du pays. 14 000 d'entre eux quittent la région et échappent à la mort[30]. En parallèle, les Juifs sont exclus des syndicats professionnels tchèques[31], les hôpitaux publics congédient les médecins juifs et les officiers juifs de l'armée sont limogés. Les associations professionnelles et pédagogiques allemandes renvoient les enseignants et conférenciers juifs, les journaux allemands se défont de leursreporters juifs[24]. D'après l'historienWolf Gruner (en), la persécution des Juifs dans la Deuxième République « procède de développements indépendants sous l'influence des sphères radicales tchèques et ne doit guère aux pressions directes émanant de Hitler »[30].

Occupation allemande

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Troupes allemandes accueillies par des civils faisant lesalut fasciste sur laplace de la Liberté, àBrno, le.

Le, l'État slovaque proclame son indépendance avec l'appui du Troisième Reich. Conformément aux plans préparés depuis, l'Allemagne envahit l'État croupion tchèque et y instaure leprotectorat de Bohême-Moravie. Ceprotectorat, qui n'a d'indépendant que le titre, estpartiellement annexé (en) dans leGrand Reich germanique[32]. Au sein du protectorat, les Allemands de souche reçoivent la citoyenneté du Reich et ne répondent que devant les autorités allemandes. Les Tchèques et les Juifs sont considérés comme des sujets du protectorat, descitoyens de seconde zone, et sont gouvernés par uneadministration fantoche : en pratique, elle est régie par leProtecteur du Reich (en)[33]. L'administration tchèque est gérée par le Premier ministreAlois Eliáš (à partir d'avril) et le présidentEmil Hácha[34], qui sont tous deux des catholiques conservateurs favorables aux politiques antisémites mais maintiennent les liens avec legouvernement en exil. Néanmoins, le ministre de la Justice,Jaroslav Krejčí, est connu pour ses positions pro-nazies. En mars, Hácha fonde leNárodní souručenství, formation politique rassemblant 98,5 % des citoyens adultes et masculins du protectorat (les femmes et les Juifs en sont exclus)[35]. L'administration allemande est gouvernée parKonstantin von Neurath, ancien ministre allemand des Affaires étrangères, etKarl Hermann Frank, ancien vice-président duparti allemand des Sudètes[34].

Au moment de l'annexion, le protectorat compte au moins 118 310 Juifs répartis dans136 communautés reconnues[36],[34].

Persécutions contre les Juifs

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La persécution progressive contre les Juifs crée un « ghetto sans murs », selon les termes de l'historien tchèqueMiroslav Kárný (en), et elle suscite les conditions qui favorisent ensuite la déportation et l'assassinat des victimes[19].

Premières mesures

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L'intérieur de lasynagogue d'Olmütz, incendiée le.

Pendant le processus d'annexion, des émeutes antisémites éclatent en plusieurs endroits. Dessynagogues sont incendiées par des émeutiers allemands et tchèques àOlomouc,Vsetín etOstrava. ÀIglau (Jihlava), les Juifs ont interdiction de monter dans lestramways et sont contraints de déblayer la neige dans les rues. Les organisations juives de Prague sont dissoutes ou saisies par laGestapo, qui arrête des milliers de militants de gauche et de réfugiés allemands. Plus d'un millier de personnes, principalement des Juifs, sont déportées vers descamps de concentration dans le Reich[36].

La plupart des membres du gouvernement tchèque sont maintenus et possèdent une grande autonomie[37]. Dans le protectorat, les persécutions antisémites sont perpétrées par plusieurs entités, comme le Bureau du protecteur du Reich, la Gestapo et le gouvernement tchèque[38]. Les définitions et clauses deslois de Nuremberg entrent immédiatement en vigueur concernant les relations entre les Juifs et les personnes « de sang germanique », interdisant toute relation entre ces deux catégories. Les mariages entre Tchèques et Juifs restent autorisés dans un premier temps et la réglementation sur ce chapitre relève du gouvernement du protectorat[18] .

Le gouvernement d'Alois Eliáš prépare son premier décret de la législation antisémite, qui prévoit de catégoriser comme « juive » toute personne dont les quatre grands-parents sont juifs et qui appartient à la communauté juive après 1918. Le décret prévoit d'interdire aux Juifs de travailler dans les organismes publics, syndicats, écoles, administrations, tribunaux,bourses des valeurs, activités artistiques et professions médicales. Toutefois, le bureau du Protecteur du Reich rejette ces propositions, car la définition de « juif » lui semble trop laxiste et il émet son propre décret le[39]. La manœuvre du gouvernement tchèque consiste, entre autres, à soutenir une définition plus stricte de la « judéité » afin de réduire la part des biens des Juifs qui serait versée aux Allemands dans le cadre de l'aryanisation[40]. En mai et juin, une nouvelle série d'incendies détruit les synagogues à Brno, Olomouc,Uherský Brod,Chlumec,Náchod,Pardubice et Ostrava[39].

Émigration

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Article connexe :Office central pour l'émigration juive.
Passeport utilisé par un Juif pour fuir Prague par le dernier train avant l'invasion allemande.

Pendant les premières semaines de l'occupation, certains juifs franchissent illégalement la frontière avec la Pologne[41]. Les restrictions économiques contre les Juifs entraînent une pauvreté de plus en plus fréquente qui freine leur émigration ; celle-ci devient interdite par le service de sécurité en. Par conséquent, le programme initial n'a pas prévu de créer unOffice central pour l'émigration juive à Prague, contrairement à l'Autriche quien était pourvue. Cet office est instauré plus tard, le, afin d'exploiter les biens des Juifs tchèques pour payer l'émigration des juifs allemands ; tout d'abord, l'office ne contrôle que Prague et ses environs[42]. L'ouverture d'un autre office est envisagée à Brno[43].

Les Juifs en mesure de fuir le protectorat sont moins nombreux que ceux de l'Allemagne et de l'Autriche avant-guerre à cause de la courte durée pendant laquelle l'émigration est possible ( à). D'après les documents officiels, 26 111 Juifs avaient émigré légalement au[41]. L'historien allemandWolf Gruner (en) estime qu'avant, 25 000 Juifs sont parvenus à quitter la Bohême-Moravie[44]. SelonBenjamin Frommer (en), 14 000 Juifs sont partis avant l'invasion de 1939 et 30 000 ont ensuite quitté légalement le pays. Certains d'entre eux sont morts dans des pays que l'Allemagne a occupés ensuite. Un nombre inconnu de victimes (tenu pour bien plus faible) a fui clandestinement vers la Pologne en 1939 ou vers la Slovaquie et laHongrie, devenues des satellites du Troisième Reich[45]. L'émigration des Juifs devient interdite dans l'ensemble du Reich à partir du[46].

Plan Nisko

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Article connexe :Plan Nisko.
Stolperstein en mémoire de Zikmund Slatner, déporté d'Ostrava versNisko.

L'éclatement de la Seconde Guerre mondiale, qui commence avec l'invasion de la Pologne en 1939, bouleverse totalement la vie des Juifs tchèques[47]. Leplan Nisko est un projet développé peu après cette invasion pour rassembler tous les Juifs dans ledistrict de Lublin qui, à cette époque, est la zone la plus excentrée d'Europe sous occupation et proche de la ligne de partage avec l'Union soviétique[48]. Les chefs de laSchutzstaffel (SS) prévoient de déporter 300 000 Juifs démunis depuis le Reich[49],[50], dont 70 000 à 80 000 depuis la région annexée deKatowice et celle deMoravská Ostrava dans le protectorat[47]. À cette fin, un recensement est lancé et il conclut qu'au, 90 147 Juifs vivent dans le protectorat, soit 28 000 de moins qu'au mois de mars[51].

Le, 901 hommes sont déportés d'Ostrava versNisko en Pologne. Lapolice des frontières et le personnel de laSS escortent le convoi[52], dont l'arrivée à destination est surveillée parAdolf Eichmann en personne[51]. Le deuxième convoi transporte 400 hommes juifs d'Ostrava, ce qui suscite des protestations chez les Tchèques locaux. Le troisième emmène 300 hommes de Prague le et de nouveau, les Tchèques protestent. Le convoi est détourné versSosnowiec quand le plan Nisko est annulé par l'officier SSHeinrich Himmler[53],[54], car ce programme est incompatible avec un objectif prioritaire : installer des colons duVolksdeutsche dans les Reichgaue deWarthegau etPrusse-occidentale[55]. Les convois sont censés reprendre début 1940 maisReinhard Heydrich préfère les reporter au parce qu'il veut d'abord déporter les Juifs polonaisdes zones annexées[56]. En, le camp est fermé et les prisonniers survivants, dont environ 460 viennent du protectorat, sont autorisés à rentrer chez eux[57],[58]. Un autre groupe de123 Juifs déportés pendant l'opération Nisko retournent en Tchécoslovaquie avec l'armée de Svoboda[58].

Aryanisation

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Article connexe :Aryanisation.
Mobilier confisqué à des Juifs déportés et entreposé dans une synagogue en 1944.

Hermann Göring ordonne que toutes les opérations d'aryanisation dans le protectorat soient approuvées par leministère de l'Économie du Reich, afin d'éviter le chaos dans les transferts de propriété, comme à Vienne après l'Anschluss. Par conséquent, les Juifs ont interdiction de vendre les entreprises et les biens immeubles. Au sein du protectorat, il existe alors 30 000 sociétés appartenant à des Juifs ; Allemands et Tchèques s'affrontent pour déterminer qui est fondé à s'en emparer. Les Allemands obtiennent l'avantage et l'aryanisation s'étend même à des sociétés détenues par des Tchèques, ce qui conduitEmil Hácha à se plaindre de « la germanisation sous couvert d'aryanisation »[59]. Les couples dont un membre est juif, et surtout quand l'autre membre est allemand, subissent une pression pour le divorce. Certains couples choisissent un « divorce sur le papier (en) » afin de protéger le patrimoine familial enregistré sous le nom de leur conjoint juif ou de préserver l'emploi du conjoint non-Juif, tout en continuant leur vie commune. Néanmoins, l'acte de divorce retire au conjoint juif la protection contre la déportation[60].

Le, leministère de l'Intérieur du Reich décide de déléguer au gouvernement du protectorat la question de déterminer les mesures à l'encontre des Juifs. Dans les semaines suivantes, des associations professionnelles de négociants, de juristes et de médecins profitent de la vague d'antisémitisme pour exclure leurs membres juifs. En juin, l'organisation fédérative juive annonce que de nombreux Juifs appartenant à la classe moyenne ont perdu leur emploi[61]. L'Institut social juif, organisme d'aide sociale, est autorisé à rouvrir le et procure son soutien à de nombreux juifs sans travail ainsi qu'à des réfugiés. En été 1939, les Juifs ne peuvent exercer que des travaux manuels. À ce moment-là, 25 458 hommes et 24 028 femmes sont en âge de travailler (18 à45 ans)[62]. Le, le Protecteur du Reich les déchoit de tous leursdroits de vote et leur interdit tous les emplois publics, tous les postes en rapport avec les médias et l'opinion publique et les exclut de toutes les associations tchèques[43]. Le, un autre ordre du Protecteur du Reich interdit aux Juifs d'occuper un poste salarié[56].

De nouvelles réglementations concernant l'emploi sont annoncées le : entre autres clauses, les Juifs ont interdiction d'exercer un poste d'encadrement. De plus en plus de Juifs perdent leur emploi ou leur moyen de subsistance[63],[56]. Le, ils doivent déclarer leur patrimoine professionnel et le, leur patrimoine personnel. Les deux mesures suivantes émanent du gouvernement tchèque : le, les Juifs sont évincés du système de chômage et ils doivent s'inscrire dans des bureaux de travail pour percevoir une aide au chômage. En réalité, dans ces administrations, ils sont enrôlés dans des compagnies locales detravaux forcés, par exemple pour incinérer les déchets. Le, ils sont exclus de toute fonction dans les domaines du droit, de l'enseignement, de la pharmacie, de la médecine ou de l'édition[64].

Restrictions des droits et libertés civiques

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Juifs portant l'étoile jaune à Prague, vers 1942.

En, l'Office central de Prague voit sa juridiction étendue à l'ensemble du protectorat et, en mars, il exerce son contrôle sur toutes les communautés juives ; toutes les personnes catégorisées comme « juives » selon leslois de Nuremberg ont ordre de s'y inscrire, même si elles ne sont pas membres de la communauté juive. Laliberté de circulation des Juifs est restreinte par uncouvre-feu imposé après huit heures du soir et le gouvernement Hácha leur interdit de se rendre dans les cinémas et les théâtres. Les cartes d'identité délivrées aux Juifs par le protectorat portent la lettre « J » en rouge[65]. À la mi-1940, les Juifs ne peuvent faire leurs courses que pendant une tranche horaire stricte et, le, ils n'ont plus accès aux écoles ; ces deux interdictions émanent du gouvernement tchèque[66],[67].

Fin 1940, l'Office central recense les logements appartenant à des Juifs à Prague et à Brno. Au début de l'année suivante, les Juifs doivent se rassembler dans lesJudenhäuser à Prague, initiative conjointe du conseil municipal, de l'Office central et du parti nazi. En parallèle, les Juifs vivant dans de grandes villes sont déplacés[68]. LeNárodní souručenství exige le renforcement de la ghettoïsation des Juifs et, en, Hácha présente ces requêtes devant le Protecteur du Reich. Elles sont rejetées car les Allemands planifient déjà la déportation systématique des Juifs[69]. En, le gouvernement Hácha veut interdire le mariage entre des Tchèques et des Juifs. Toutefois, les autorités nazies rejettent plusieurs fois cette proposition, qui n'entre en vigueur qu'en[70].

Tout au long de l'année 1940, le Protecteur du Reich reçoit de nombreuses requêtes qui réclament que les Juifs arborent un signe distinctif, comme uneétoile jaune ou un brassard ; ces demandes émanent entre autres de l'Association culturelle aryenne nationale, organisation antisémite tchèque. Néanmoins, même si les juifs doivent porter un signe dans lesanciennes régions polonaises annexées par le Troisième Reich, ce marquage n'est d'abord pas autorisé concernant la Bohême-Moravie[71],[72]. Le port de l'étoile jaune est imposé simultanément en Allemagne et en Bohême-Moravie en[69]. Le même mois,Heydrich est nommé Protecteur du Reich et il dépose le gouvernement tchèque d'Eliáš pour le remplacer parJaroslav Krejčí, plus radical[73]. L'une des premières initiatives de Heydrich dans ses nouvelles fonctions est d'ordonner la fermeture de toutes les synagogues en raison d'une prétenduecampagne discrète de dénigrement (en)[69].

Travaux forcés

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Article connexe :Travail forcé sous domination nazie pendant la Seconde Guerre mondiale.
Travaux forcés de terrassement pour la construction d'une route, en 1943.

Les projets pour contraindre les Juifs du protectorat aux travaux forcés en cas de guerre sont dressés dès, avant l'occupation du territoire. Les nazis comptent exploiter les Juifs pour construire des routes et dans descarrières, même si l'organisme chargé de régir le système n'est pas encore défini[74]. Toutefois, à la mi-1940, malgré la montée du chômage parmi les Juifs, les autorités centrales n'appliquent pas de programme de travaux forcés généralisé. Ce sont les municipalités tchèques qui prennent l'initiative et développent des systèmes de travaux forcés, à l'instar de l'Allemagne et de l'Autriche, mais à l'échelle locale. Début, la commune deHolešov demande la permission d'utiliser ses administrés juifs pour les travaux forcés. Un reportage dans le magazineNeuer Tag invite d'autres localités à suivre cet exemple. Ce même mois, 60 % des hommes juifs du protectorat sont exploités dans des chantiers de travaux forcés ; les autres occupent des emplois indépendants qui ne leur sont pas encore interdits. Contrairement à l'Allemagne et à l'Autriche, les Juifs ne sont pas séparés des Tchèques dans le cadre des travaux forcés : aux yeux du Reich, les uns comme les autressont des inférieurs[75].

Les systèmes de travaux forcés atteignent leur apogée en : 15 000 hommes et 1 000 femmes y sont exploités. Ce nombre décline ensuite à cause des déportations vers leghetto de Theresienstadt[76].

Le protectorat a compté au moins39camps satellites. Des dizaines de milliers de Juifs et non-Juifs y sont exploités, y compris de nombreux juifs polonais et hongrois qui y sont déportés[77].

Relations avec la population tchèque

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La majorité des Tchèques se montre solidaire des Juifs et ne collabore pas avec les nazis, fait abondamment relaté dans la presse occidentale pendant la guerre[78]. En 1940, une faction antisémite prend la tête duparti unique pro-nazi et émet des décrets interdisant aux Tchèques de s'associer avec les Juifs, mais de nombreux Tchèques n'en tiennent aucun compte et la plupart des réglementations sont abrogées car elles soulèvent des tollés dans la population. Les actes de défi des Tchèques contre les décrets antisémites, ainsi que les protestations publiques contre les déportations à Nisko en 1939, s'appuient sur l'opposition du peuple envers l'occupation nazie[79],[40] ainsi que sur l'adage voulant que « l'ennemi de mon ennemi est mon ami (en) ». En outre, les Tchèques craignent qu'après l'extermination des Juifs ne vienne la « solution finale à la question tchèque »[40]. Le service de sécurité signale qu'en 1941, « l'attitude des Tchèques envers les Juifs représente un grave problème pour les autorités d'occupation »[80]. Cependant, des personnalités de la résistance tchèques ont elles-mêmes publié des articles antisémites[81].

Une minorité de Tchèques participe à la persécution contre les Juifs[81]. Les journaux tchèques fascistesVlajka (en) etArijský boj (en) (« Lutte aryenne » : une transposition tchèque duDer Stürmer) se font remarquer par leurs invectives antisémites et publient des dénonciations contre les Juifs et les « judéophiles »[82]. Frommer soutient que ces médias ont favorisé, chez certains Tchèques ordinaires, la délation de leurs voisins en offrant une alternative aux autorités nazies[78]. En, l'Arijský boj reçoit60 dénonciations par jour[83] ; celles-ci provoquent souvent l'arrestation de Juifs qui ont enfreint la loi[84]. Ceux qui écrivent ces délations ont concouru à l'application des règles en signalant de prétendues infractions[85]. Le service de sécurité relève que certains Tchèques s'efforcent d'aider les Juifs à se soustraire aux déportations. En 1943, il annonce que cette tendance s'est inversée et que les Tchèques sont reconnaissant aux occupants qui les débarrassent de la population juive[86]. La résistance transmet au gouvernement en exil que certains Tchèques pensent que les Juifs méritent leur sort[76].

Solution finale

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Convois directs

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Aughetto de Łódź, des Juifs issus d'Autriche, d'Allemagne et de Prague sont raflés avant leur déportation vers lecentre d'extermination de Chełmno, en[87].

Les 16 et, Hitler approuve la proposition de déporter 60 000 Juifs depuis le Reich et le protectorat vers leghetto de Łódź, dans leWarthegau[88],[89]. En amont de la déportation, un nouveau recensement est mené. Selon les critères deslois de Nuremberg, 88 000 Juifs résident encore dans le protectorat, dont 46 800 à Prague.Heydrich,Frank,Horst Böhme etEichmann se réunissent auchâteau de Prague le pour finaliser les projets de déportations. Ils décident que 5 000 Juifs seront déportés de Prague le et envoyés vers desghettos nazis où ils seraient astreints aux travaux forcés. Au moment de la déportation, les biens restant aux Juifs seraient confisqués[69]. En raison de la surpopulation dans le ghetto de Łódź, et — en partie — afin de libérer de l'espace pour les arrivants, lecentre d'extermination de Chełmno ouvre en automne 1941[90].

Cinqconvois transportant chacun 1 000 Juifs partent de Prague les 16, 21, 26 et ainsi que le ; ils parviennent à Łódź le lendemain[69],[91]. Ces convois sont organisés par l'Office central et laGestapo ; la seconde est chargée des listes de personnes[69]. Hitler choisitMinsk etRiga comme destinations pour les convois suivants à cause de la surpopulation à Łódź. Le, un train emmène des Juifs de Brno vers Minsk[92],[69]. La plupart des déportés envoyés à Łódź sont des personnes âgées[93], dont beaucoup périssent à cause des conditions de vie difficiles qui règnent dans le ghetto. D'autresmeurent dans des camps de travail forcé en Pologne occidentale ou après leur acheminement vers les centres d'extermination de Chełmno,Majdanek etAuschwitz : les survivants ne représentent qu'environ 250 personnes. Chez les victimes du convoi vers Minsk,750 personnes sont assassinées lors d'un massacre les 27 et et seuls12 survivants sont revenus après-guerre[94].

Après l'attentat contre Reinhard Heydrich le, le protectorat vit sous laloi martiale. Le, 1 000 Juifs sont déportés de Prague ; certains d'entre eux doivent descendre à Majdanek, les autres sont envoyés àUjazdów, dans ledistrict de Lublin, près ducentre d'extermination de Sobibór[76],[95],[96] : un seul homme du convoi a survécu[96]. Le,18 membres du Conseil des anciens de la communauté juive de Prague sont directement déportés vers Auschwitz et aucun n'a survécu[95],[96].

Ghetto de Theresienstadt

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Article détaillé :Ghetto de Theresienstadt.
Dessin représentant des lieux d'habitation à Theresienstadt, parBedřich Fritta.

Les déportations vers leghetto de Theresienstadt, situé près de la frontière entre le protectorat et leSudetenland, commencent en avec un convoi de 350 hommes praguois. Le mois suivant, plus de 7 000 personnes sont envoyées vers Theresienstadt depuis Prague,Pilsen, Brno et ailleurs. Dès l'origine, Theresienstadt est conçu comme un ghetto de transit. Le premier train qui le dessert quitte Riga le[97],[98].

À laconférence de Wannsee, le, Heydrich annonce que le vieux ghetto de Theresienstadt sera apprêté pour recevoir des Juifs allemands. Les habitants d'origine en sont chassés ; ceux qui sont allemands reçoivent une compensation de l'Office central, puisée dans les fonds confisqués aux Juifs[97]. Le, deux jours après le meurtre de Heydrich, les dirigeants juifs reçoivent un message indiquant qu'ils doivent s'attendre à « l'évacuation intégrale des Juifs de l'ancien Reich, de l'Ostmark et du protectorat ». Les personnes âgées d'au moins65 ans resteront à Theresienstadt, les Juifs plus jeunes seront emmenés vers l'Est[76].

Population du ghetto de Theresienstadt par pays d'origine.

Il y a trois vagues principales de déportation vers Theresienstadt. La première, pendant, élimine la quasi-totalité de la population juive du protectorat, dont 39 395 personnes de Prague et 9 000 de Brno. Entre et, 900 personnes sont déportées par petits groupes, principalement des gens divorcés et les veuves ayant conclu un mariage interreligieux, ainsi que les enfants issus de ces unions s'ils ont au moins14 ans[99],[100]. Fin 1944, il ne reste plus, officiellement, que 6 795 Juifs dans le protectorat et la plupart d'entre eux sont engagés dans un mariage interreligieux[100],[101]. Environ 4 000 d'entre eux sont déportés entre le mois de janvier et le, après le retrait de la protection accordée aux mariages « mixtes »[99],[102].

Sur un total de 141 000 Juifs déportés à Theresienstadt[99], 73 608 viennent du protectorat[102]. Malgré les conditions de vie difficiles dans le ghetto, les habitants craignent encore davantage d'être emmenés dans les trains, qui en grande majorité partent vers des destinations non précisées « à l'Est ». Du au, environ 60 000 Juifs du protectorat sont déportés ensuite vers l'Est, dans divers lieux de Pologne et desPays baltes[103]. Un peu moins de la moitié (28 368 personnes) sont envoyés vers Auschwitz, où seulement 3 000 ont survécu[104]. Au moment de la Libération, 6 875 prisonniers de Theresienstadt proviennent du protectorat. Environ100 Juifs issus du protectorat sont montés à bord du train allant de Theresienstadt vers la Suisse et 700 quittent le camp début mai[105].

Juifs non déportés

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Carte d'identité de Šamšon Milder (né en 1907), portant l'inscriptionabgänging (disparu).

Les biens appartenant aux Juifs déportés sont saisis par le conseil d'administration de la communauté juive de Prague, dirigé par Salo Krämer, puis revendus. À son apogée, le conseil emploie des centaines de juifs qui récupèrent des effets comme les vêtements, le mobilier, la vaisselle et les tapis, ainsi des centaines de milliers de livres et des centaines de pianos[97].

Au total, selon le recensement, 2 803 personnes catégorisées comme juives selon les lois de Nuremberg ont survécu dans le protectorat sans avoir été déportées ; sur ce total, 820 sont de religion juive[105]. Les historiens estiment que rares sont ceux qui se sont cachés au sein du protectorat[106],[80], et ce pour des motifs géographiques, démographiques et politiques, plutôt qu'en raison d'uncollaborationnisme tchèque[80]. Le nombre exact de Juifs qui ont survécu en se cachant dans le protectorat est inconnu.Hans Günther Adler pense que leur nombre s'élève à424 personnes[106],[44],[105]. D'après une estimation, quelque 1 100 Juifs ont obtenu des faux papiers mais la majorité a quitté le protectorat, soit en tant quetravailleurs étrangers en Allemagne (en), soit en migrant vers la Slovaquie ou la Hongrie ; tous les migrants n'ont pas survécu à la guerre. Ceux qui bénéficiaient des meilleures chances de survie appartenaient au petit groupe de ceux qui n'ont jamais été déclarés comme juifs[107].

Après-guerre

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Trois enfants rescapés du ghetto et recueillis àSaint-Gall, en Suisse ()

La Bohême et la Moravie sont libérées en, à la fois par lesalliés occidentaux qui arrivent àPilsen le et par l'Armée rouge qui capture Prague le après l'offensive sur la ville[44],[108]. Le bilan humain total des Juifs représente 80 000 morts[44],[109], soit 80 % de la population d'avant-guerre[110]. Outre ceux qui ont émigré, environ 14 000 autres juifsont survécu par d'autres moyens[109],[111]. Plus des trois quarts des victimes tchécoslovaques de la guerre sont des juifs qui ont péri dans la Shoah[44],[109]. Un tiers des Juifs qui ont émigré sont revenus après la guerre[112] ; des milliers de survivants ont quitté le pays, surtout après lecoup de Prague en 1948. En 1950, il ne reste qu'environ 14 000 à 18 000 Juifs en Tchécoslovaquie[113]. Les Juifs ayant épousé des Tchèques non-Juifs ou issus de familles interreligieuses ont davantage tendance à rester dans le pays après la guerre. Ces survivants sont devenus des personnalités de premier plan dans la direction des communautés juives après-guerre[114].

Entre deux et trois mille Juifs qui s'étaient déclarés allemands dans les recensements d'avant-guerre n'ont pu reprendre leur nationalité tchécoslovaque et ont subi les mêmes discriminations que les Allemands, y compris la déchéance de nationalité, la confiscation des biens et l'obligation de porter un brassard blanc[115],[116]. Ces discriminations ont poussé des centaines de Juifs à demander l'émigration volontaire du pays[117]. La déportation de personnes juives dans le cadre de l'expulsion des Allemands s'interrompt brutalement en à cause du scandale médiatique et des protestations du gouverneur de lazone d'occupation américaine en Allemagne[115],[118]. Malgré tout, certains Juifs sont encore déportés[119]. Après l'intervention du Conseil des communautés religieuses juives de Bohême et Moravie, 2 000 personnes peuvent finalement recouvrer leur nationalité tchécoslovaque[115].

Même si les lois d'après-guerre annulent les opérations d'aryanisation, de nombreux biens ne sont pas restitués à leurs propriétaires juifs : ils sontnationalisés, comme l'exigent notamment les communistes et les membres des partis de gauche[120]. De nombreux criminels et collaborateurs de la Shoah, dontKarl Hermann Frank etJosef Pfitzner (en), sont traduits devant des Tribunaux du Peuple dans le cadre d'uneépuration qui fait partie des plus sévères d'Europe[121].

Dans lesprocès Slánský en 1952,14 communistes (dont11 Juifs, et parmi ceux-ci des survivants de la Shoah) sont accusés de complicité dans une conspiration sioniste. Onze accusés sont exécutés[122],[123]. En 2019, environ 3 900 Juifs vivent enTchéquie[124].

Mémoire

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Brána nenávratna (cs) (« la porte du non-retour »), mémorial à lagare de Praha–Bubny (en) pour commémorer la déportation de 50 000 Juifs passés par la gare pour être envoyés vers Łódz et Theresienstadt[125].

Après larévolution de velours en 1989, qui provoque lachute du régime communiste, les universitaires font preuve d'un intérêt renouvelé envers l'histoire de la Shoah et de nombreuses thèses d'experts sur le sujet sont publiées. Cet intérêt atteint son apogée en 2000 puis il décline[126].

La Tchéquie fait partie des rares pays qui ont instauré un organisme d'État pour traiter les questions relatives à la Shoah[127].

Jiří Weil etArnošt Lustig, tous deuxrescapés de la Shoah, sont devenus célèbres par leurs écrits sur le sujet.

Aux murs de lasynagogue Pinkas, à Prague, sont inscrits les noms de 77 297 victimes connues de la Shoah en Bohême et Moravie[111].

Notes et références

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  127. Bazyleret al. 2019,p. 105.

Annexes

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Articles connexes

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