Shimon bar Kokhba (araméenשמעון בר כוכבא « Simon le fils de l’Étoile ») est un patriotejuif, instigateur et dirigeant de ladeuxième guerre judéo-romaine, auIIe siècle. Après la décision de l'empereurHadrien de rebâtirJérusalem comme une ville romaine, il dirige un soulèvement contre les Romains de132 jusqu'à sa mort en135, après une guerre acharnée qui laisse la Judée dévastée.
Le nom de « Bar Kokhba » provient des sources chrétiennes. On trouve par exempleΒαρχωχεβας chezEusèbe de Césarée[N 1]. Les sources juives utilisent le nom « Ben Kozevah » (בן כוזבה) ou « Ben Koziva » (בן כוזיבא)[N 2]. Grâce à l'archéologie, on sait que son nom était en réalité Shimon Bar (ou Ben) Koseva (שמעון בר כוסבא ouבר כוסבה). Plusieurs lettres écrites par Bar Kokhba, ou lui étant destinées, ont en effet été mises au jour dans ledésert de Judée, notamment dans lagrotte aux lettres duNahal Hever. Elles portent son nom ainsi que son titrenassi (« prince »)d'Israël[1]. Son nom figure aussi sur des poids émis pendant la révolte[2].
Les noms « Bar Kokhba » et « Bar Kozevah » sont en fait des jeux de mots.Bar Kokhba signifie enaraméen « Fils de l'Étoile ». Ce surnom résulte manifestement d'une interprétation du verset bibliqueNb 24,17 (« Une étoile est descendue de Jacob ») auquel la tradition juive donne une portée messianique, l'étoile de Jacob désignant leMessie. La littérature rabbinique a une vision négative de Bar Kokhba et son nom,Bar Koseva, est déformé enBar Kozeva (« Fils du Mensonge »), avec unzayin [z] à la place d'unsamekh [s][1]. Selon l'archéologueYigaël Yadin, il y aurait deux hypothèses concernant le nom de Kokhba et le nom de Koseva : soit ce chef de la révolte s'est d'abord fait appeler Kokhba puis, ayant déçu, se serait fait appeler Koseva ; soit ce chef se serait fait appeler d'abord Koseva, puis ayant progressivement gagné en charisme se serait fait appeler Kokhba[3].
Selon la tradition juive, il est reconnu comme leMessie par le plus grandSage de son temps,Rabbi Akiva qui participe à la révolte. Ce sage lui apporte un soutien sans faille[N 3]. Cependant, lorsque Bar Kokhba accuse de trahison Rabbi Eléazar (son oncle, selon certaines sources) et le fait exécuter, Rabbi Akiva cesse de le défendre et admet publiquement son erreur. Avec l'échec de la révolte de Bar Kokhba, les rabbins adoptent définitivement une orientation anti-messianique. Ils altèrent le nom Bar Koseva en Bar Kozeva en jouant sur la sonorité avec le mothébreukazav, « mensonge ». De sauveur, il devient ainsi le « Fils du Mensonge », insistant sur la citation« un menteur est sorti d'Israël (Lam. R. 11.4) ». Dans le Talmud, il est qualifié defaux Messie[N 4]. Mais selon l’historienThierry Murcia - d'accord sur ce point avec J. C. O’Neill[4] - il s'agirait en réalité ici d'une attaque voilée contreJésus et lechristianisme[5].
Tétradrachme d'argent de Bar Kochba. Avers : la façade du Temple avec l'étoile montante, entouré de « Shimon ». Revers : Unloulav, le texte se lit ainsi : « pour la liberté de Jérusalem ».
Denier en argent de Shimon bar Kokhba, daté entre 132 et 135. Dans la collection dumusée juif de Suisse.
En dépit de la dévastation et de la ruine dans lesquelles les Romains avaient plongé le pays au cours de lapremière guerre judéo-romaine, une autre rébellion juive a lieu 60 ans plus tard, malgré l'opposition d'une partie du clergé. Lors de son passage dans la ville en 130, l'empereur Hadrien (Ælius Adrianus) donne à Jérusalem le nom de Ælia Capitolina (en latin : Colonia Ælia Capitolina). La fondation de la ville est l'événement déclencheur de la révolte de Bar Kokhba (132 et 135). Bar Kokhba organise une armée, instaure un État juif indépendant en terre deJudée, projette de reconstruire leTemple et fait battre monnaie. La reconstruction effective de la ville commencera après la révolte.
Les Romains, faisant face à une force juive fortement unifiée et motivée, sont complètement pris au dépourvu. L'annihilation d'unelégion romaine entière avec sesauxiliaires oblige Rome à expédier pas moins de douze légions, ce qui représente entre le tiers et la moitié de toute l'armée romaine, pour reconquérir la province rebelle.
Désavantagés par le nombre et subissant de lourdes pertes, les Romains décident de pratiquer une tactique deterre brûlée, qui décime la population judéenne et entame petit à petit son moral et sa détermination à poursuivre la guerre. Bar Kokhba se replie dans laforteresse de Betar, au sud-ouest deJérusalem, mais les Romains finissent par la prendre, et massacrent tous ses défenseurs en 135. À la suite de la défaite de Bar Kokhba, Jérusalem est rasée, interdite aux Juifs, et une nouvelle ville romaine,Ælia Capitolina, est bâtie sur son site.
S'ils infligent à la Judée une amère défaite, la victoire des Romains n'a cependant pas un goût de triomphe :Hadrien, lorsqu'il s'adressa auSénat, ne commença pas par le traditionnel « Moi et mon armée nous portons bien », et refusa l'entrée triomphale à Rome, le seul cas rapporté dans l'histoire de Rome. Devenu empereur, Hadrien renomme laprovince romaine de Judée enSyrie-Palestine, pour la distinguer de laSyrie, et utiliser le nom desPhilistins, afin d'humilier la population juive et d'effacer un pan de leur histoire en réattribuant à laterre de Judée le nom de ses ennemis[6],[7].
En1960, une partie de la correspondance de Bar Kokhba a été retrouvée dans la grotte deNahal Hever près de lamer Morte, ce qui a permis de faire la lumière sur sa révolte. Ces lettres sont aujourd'hui exposées aumusée d'Israël. Cette correspondance a fait l'objet d'une étude universitaire en 2005 et 2006 qui révèle que Bar Kokhba n'était attaché ni à l'essénisme, ni ausadducéisme, ni aupharisaïsme ni à laQuatrième philosophie, et qui révèle la nature charismatique du pouvoir de ce chef de la révolte[8].
Justin de Naplouse fait référence à Bar Kokhba dans sonApologie adressée àAntonin le Pieux : « En effet, dans la récente guerre juive, Barkocheba, le chef de la révolte des Juifs, faisait livrer aux plus cruels supplices les chrétiens et eux seuls, s'ils refusaient de renier et de blasphémer Jésus-Christ[9]. »
Représentation de Bar Kokhba sur un timbreisraélien de 1961.
Bar Kokhba fut le héros éponyme d'uneopérette d'Abraham Goldfaden, composée entre 1883 et 1885, lors de la montée despogroms suivant l'assassinat dutsar Alexandre II en 1881, alors que montait une tendance franchement hostile à l'émancipation des Juifs.
Un album intituléBar Kokhba a été enregistré par leJohn Zorn's Masada Chamber Ensemble. Sa pochette montre une photographie de la Lettre de Bar Kokhba à Yeshua fils de Galgola.
↑J. C. O’Neill, « The mocking of Bar Kokhba and of Jesus », dansJournal for the Study of Judaism in the Persian, Hellenistic and Roman Period 31, 1 (2000),p. 39-41.