Créateur et impresario de génie, il fonde lesBallets russes d'où sont issus maints danseurs et chorégraphes qui ont fait l'art de la danse duXXe siècle.
Né dans une famille aisée de la petitenoblesse russe de laRussie impériale, Serge de Diaghilev étudia le droit à l'université de Saint-Pétersbourg, ainsi que la musique et le chant auConservatoire de cette même ville (un engouement qu'il a hérité de sa belle-mère). En 1890, on le retrouve àPerm. Il obtient un diplôme de musicologie en 1892 mais abandonne son rêve de compositeur après que son professeur,Nikolaï Rimski-Korsakov, lui a dit qu'il n'était pas véritablement doué pour cet art.
Diaghilev a eu plusieurs relations à caractèrehomosexuel au cours de sa vie, d'abord avec son cousinDima Philosophoff, lorsqu'ils étaient tous deux adolescents, puis avec le danseurVaslav Nijinski, qui avait eu lui-même une liaison avec un riche aristocrate, en partie pour venir en aide à sa famille, délaissée par son père. Diaghilev a démis Nijinski de ses fonctions au sein des Ballets russes en 1913 après le mariage de ce dernier. L'artiste reviendra ultérieurement dans la compagnie mais la vieille amitié qui liait les deux hommes est définitivement rompue. Nijinski sombre peu à peu dans la folie et finit par ne plus reconnaître son ancien amant. La dernière relation connue de Diaghilev est l'écrivain etlibrettisteBoris Kochno, qui sera son secrétaire à partir de 1921 et l'accompagnera jusqu'à la fin de sa vie.
Au travers des récits de ses différents danseurs, Diaghilev apparaît comme sévère, exigeant et effrayant.Ninette de Valois, qui ne rougissait cependant pas facilement, dit qu'elle est tellement intimidée qu'elle n'ose pas le regarder en face.George Balanchine rapporte qu'il se déplace avec une canne au cours des répétitions et n'hésite pas à s'en servir pour corriger tel ou tel danseur qui lui déplaît. D'autres danseurs affirment qu'il est capable de les paralyser d'un regard ou d'une phrase assassine. D'un autre côté, il est capable d'une extrême gentillesse. C'est ainsi que, étant au bord de la faillite, en Espagne, au cours de laPremière Guerre mondiale, il a donné ses derniers deniers àLydia Sokolova pour soigner son enfant malade[réf. nécessaire].
Alicia Markova,Tamara Karsavina,Serge Lifar, et Sokolova se souviennent de Diaghilev comme d'un personnage paternaliste qui plaçait les besoins de sa compagnie au-dessus des siens propres. Il émettait des chèques sans provision pour financer sa compagnie, se vêtir impeccablement et, à la fin de sa vie, collectionner de magnifiques livres rares.
Le nouveau régime deLénine le désigne comme un exemple de la bourgeoisie décadente et, lorsqu'il devient évident que le régime soviétique perdure, l'exil de Diaghilev devient définitif. Les historiens soviétiques officiels de l'art l'évincent pour plus de 60 ans[4].
En 1899, il est nommé assistant particulier du princeSerge Wolkonsky qui a récemment pris la direction des Théâtres impériaux. Diaghilev devient, dès l'année 1900, responsable de l’Annuel des théâtres impériaux.
Vers les années-, Volkonski confie à Diaghilev le soin de monterSylvia ou la Nymphe de Diane, un ballet deLéo Delibes. Avec Alexandre Benois dont c'est la pièce favorite, il crée une production qui conforte la réputation des Théâtres impériaux[7]. En raison de divergences d'opinion, Diaghilev refuse d'éditer l’Annuel des théâtres impériaux dont il est finalement déchargé en 1901[8] et reste en disgrâce aux yeux de la noblesse. Certains biographes attribuent à l'homosexualité de Diaghilev l'origine principale de ce conflit. Cependant, cette homosexualité était connue bien avant qu'il n'intègre les Théâtres impériaux.
Ses amis lui restent fidèles et l'aident à monter des expositions. En 1905, il expose àSaint-Pétersbourg des portraits peints par des artistes russes, qu'il représente l'année suivante avec d'autres œuvres auPetit Palais deParis. C'est le début d'une longue coopération avec le public français.
En 1907, Diaghilev fonde sa propre compagnie desBallets russes. Grâce au soutien de lacomtesse Greffulhe, créatrice de la Société des grandes auditions[9], il organise cinq concerts de musique russe àParis et l'année suivante il présenteBoris Godounov deModeste Moussorgski à l'Opéra Garnier avec en vedetteFédor Chaliapine, sous la direction d'Emil Cooper. C'est à cette époque qu'il rajoute une particule à son nom dans ses correspondances avec les mécènes français. Son succès français l'incite à revenir avec ses Ballets russes désormais célèbres qui comprennent des danseurs de renom :Adolph Bolm,Tamara Karsavina,Vera Karalli et surtoutAnna Pavlova etVaslav Nijinski qui font sensation lors de la première, le.
Diaghilev se sépare définitivement du ballet impérial en 1911 et fait de sa compagnie une troupe privée indépendante composée des meilleurs éléments duthéâtre Mariinsky. Elle se fixe àMonte-Carlo,Paris etLondres, sans attache à un quelconque théâtre en particulier.
Tout au long de ces années, Diaghilev programme différentes compositions deNikolaï Rimski-Korsakov :La Jeune Fille de Pskov (Pskovitianka ;russe :Псковитянка),Nuit de mai (Maïskaïa Notch ;russe :Майская ночь),Le Coq d'or (russe :Золотой Петушок). Son adaptation au ballet de la suite orchestraleShéhérazade, présentée en 1910, lui vaut les foudres de la veuve du compositeur, Nadejda Rimskaïa-Korsakova.En 1921, il monteLa Belle au bois dormant, avec la légendaire ballerineOlga Spessivtseva dans le rôle-titre lors de la première. Cette superbe production, fort bien perçue par le public, s'avère une déconvenue financière aussi bien pour Diaghilev que pour Oswald Stoll, le propriétaire de la salle qui présente le ballet[réf. nécessaire].
Ainsi, de nombreux décors des ballets russes sont d'abord signés du peintre Léon Bakst, avec lequel Diaghilev est en relation depuis 1898 et qu'il a nommé directeur artistique des Ballets russes. Ils développent ensemble une forme plus complexe de ballet et descénographie, avec des animations destinées à plaire à un public plus large que celui de l'aristocratie.L'attrait exotique des Ballets russes a pu inspirer les peintresfauvistes et la naissance du styleArt déco.[réf. nécessaire]. Mais peu après son arrivée à Paris, Diaghilev s'entoure également d'une avant-garde parisienne qui contribue largement à son succès - au premier rang de laquelle figurent Picasso, lesDelaunay,André Derain,Max Ernst,Georges Rouault,Marie Laurencin…
Bien que les représentations soient couronnées de succès, l'équilibre financier desBallets russes devient précaire. Ils ne survivront pas au décès de leur créateur en 1929 auGrand Hôtel des Bains duLido de Venise (Italie).
Diaghilev est inhumé dans le carréorthodoxe du cimetière deSan Michele à Venise, où il sera rejoint plus tard parIgor Stravinsky, enterré quelques tombes plus loin[13].
Version française établie, complétée et préfacée par Jean-Michel Nectoux. Traduction de Françoise Burgun et Marina Cheptiski. Préparation éditoriale de Marie-Noëlle Lavoie d'après les textes russes rassemblés et annotés par Ilia Samoïlovitch Zilberstein et Vladimir Alexeïevitch Samkov.