
LeScutum Fidei (« bouclier de la foi » enlatin), parfois nomméScutum [Sanctæ] Trinitatis (« bouclier de la [Sainte] Trinité »), est unsymbole chrétien traditionnel qui illustre la doctrine de laTrinité. Sous une forme géométrique, il reprend la première partie duSymbole d'Athanase. Ce type de dessin apparaît au cours duMoyen Âge, dans lesmanuscrits comme dans les églises, à des fins d'enseignement ou d'ornementation. Ce thème se retrouve sous la forme de bas-reliefs, de peintures ou de vitraux.
Il figure également dans certainsblasons en tant quemeuble héraldique, entre autres dans lesarmoiries imaginaires de la Trinité, souventd'azur - oude gueules -au Scutum Fidei d'argent.

LeScutum Fidei, « bouclier de la foi », est mentionné parmi les armes du combat spirituel énumérées dans le dernier chapitre de l'Épître aux Éphésiens :
« Tenez donc ferme : ayez à vos reins la vérité pour ceinture ; revêtez la cuirasse de la justice ; mettez pour chaussure à vos pieds le zèle que donne l’Évangile de paix ; prenez par-dessus tout cela le bouclier de la foi, avec lequel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du malin ; prenez aussi le casque du salut, et l’épée de l’Esprit, qui est la parole de Dieu[1]. »
L'image duScutum Fidei illustre la doctrine paradoxale de laTrinité, selon laquelle le Dieu unique duchristianisme existe en trois personnes (ouhypostases) distinctes, liées les unes aux autres, et est pourtant « un ».

Le schéma de base est untriangle équilatéral, ou parfoisisocèle, formé par trois bandeaux aux angles desquels se trouvent des cercles[2]. À l'intérieur du triangle, trois autres bandeaux mènent à un cercle, souvent situé au milieu et plus grand que les cercles extérieurs[2]. Ceux-ci portent les inscriptionsPater (« Père »),Filius (« Fils ») etSpiritus [Sanctus] (« [Saint] Esprit »), et le cercle central le motDeus (« Dieu »). Les bandeaux extérieurs indiquentnon est (« n'est pas »), et les bandeaux intérieurs,est (« est »). Les bandeaux peuvent être lus de telle sorte que chacun des cercles contienne le sujet grammatical, c'est-à-dire dans les deux sens[2].
Pater est Deus. - Deus est Pater.
Filius est Deus. - Deus est Filius.
Spiritus est Deus. - Deus est Spiritus.
Pater non est Filius. - Filius non est Pater.
Pater non est Spiritus. - Spiritus non est Pater.
Filius non est Spiritus. - Spiritus non est Filius.

Face à des accusations récurrentes depolythéisme, l'Église primitive adopte très tôt une pédagogie par l'image afin de rendre compréhensibles les « mystères » de sa doctrine, en particulier celui de laTrinité[3]. Letriangle équilatéral,symbole de la Trinité, est souvent inscrit dans uncercle, lui-même symbole traditionnel de Dieu, conformément aux usages de laGrèce antique, où le cercle représentait la perfection, l'infini, l'éternité[3].
La plus ancienne association du cercle avec la Trinité se trouve dans le traitéDe Trinitate (IX, 5, 7) d'Augustin d’Hippone, où sont décrits trois anneaux d'or, distincts mais d'une seulesubstance[3].
Dans leDialogus contra Iudaeos (1109), oùPierre Alphonse débat de la Trinité, le schéma de trois cercles reliés en une figure triangulaire apparaît comme le précurseur duScutum Fidei[3]. LeTétragramme, nom sacré de Dieu, y figure sous l'aspect de quatre lettres, comme le veut lejudaïsme ; mais, au lieu de l'habituelle translittération YHWH, Pierre Alphonse transcrit le Tétragramme par IEVE en répartissant ces lettres dans les trois cercles[3].

Un demi-siècle plus tard,Joachim de Fiore s'inspire de cette vision du Tétragramme dans sonLiber Figurarum (it), où il dispose les lettres IEVE dans un dessin de trois anneaux entrelacés et identiques les uns aux autres, mais de couleur différente, pour illustrer sa théorie des « trois règnes » du Père, du Fils et de l'Esprit[3].
Enfin, leScutum Fidei proprement dit est attesté pour la première fois dans un manuscrit dePierre de Poitiers, leCompendium Historiæ in Genealogia Christi (v. 1210). Le diagramme devient alors de plus en plus populaire et réapparaît notamment dans laChronica Majora deMatthieu Paris (XIIIe siècle) ou dans leMissel de Sherborne (début duXVe siècle).
Au début duXVe siècle, également,Jérôme de Prague adapte le dessin d'origine pour créer sonScutum Fidei Christianæ, ou « bouclier de la foi chrétienne », qui comprend quatre champs et six bandeaux, selon la coutume, mais chacun de ces quatre champs contient cinq mentions superposées[4]. L'ensemble forme donc cinq diagrammes parallèles, avec une structure identique : centrale-positive et périphérique-négative[4],[5].
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