Unscribe est, au sens historique, une personne qui pratique l'écriture. Son activité consiste à écrire à la main des textes administratifs, religieux et juridiques ou des documents privés, et à en faire des copies. Il peut alors être assimilé à uncopiste ou à unécrivain public.
Des scribes ont existé dans plusieurs civilisations :
La profession de scribe apparaît pour la première fois enMésopotamie. Les scribes ont contribué de manière fondamentale aux cultures anciennes et médiévales, notamment l'Égypte, laChine, l'Inde, la Perse, l'Empire romain et l'Europe médiévale. Lejudaïsme, lebouddhisme et l'islam possèdent d'importantes traditions scribales. Les scribes ont été essentiels dans ces cultures pour la préservation descodes juridiques, destextes religieux, ainsi que de lalittérature artistique et didactique. Dans certaines cultures, les fonctions sociales du scribe et ducalligraphe se chevauchent, mais l'accent dans l'écrit d'un scribe est porté sur l'exactitude, tandis que la calligraphie vise à exprimer les qualités esthétiques de l'écriture indépendamment de son contenu[3].
Autrefois une figure importante des cultures littéraires, les scribes ont perdu la majeure partie de leur importance et de leurstatut social avec l'avènement de l'imprimerie. Laprofession, généralement moins prestigieuse, d’écrivain public est restée importante pour la copie et la rédaction de documents juridiques et autres. Dans les sociétés à faibletaux d'alphabétisation, on peut encore trouver des écrivains publics aux coins de rue (et des lecteurs) à fournir des services de scribe.
Dans laRome antique, lescriba (Latin; pl. :Scribae) était unnotaire public ougreffier. Lesscribae étaient les assistants desmagistrats romains. Au service des magistrats de Rome et des cités, ou encore d’associations, cesscribae, chargés de tâches de comptabilité, d’écriture et d’archivage, possédaient une compétence qui leur conférait un statut et un pouvoir reconnus[4].
Les scribes publics de Rome étaient les plus hauts placés dans la hiérarchie des postes desappariteurs romains (apparitores). Dans l’ordre lesscribae ; suivis deslictores,licteurs ; des viatores, messagers, c’est-à-dire des agents en mission officielle ; et enfin lespraecones, annonceurs ou hérauts.
En dépit du lien indissoluble avec l’autorité des magistrats romains, le rôle desscribae dans les procédures d’enregistrement, de contrôle ou d’authentification les distinguait des simplescopistes (leslibrarii) et leur conférait un pouvoir qui était aussi un capital culturel. Ils furent ainsi « l’incarnation de la culture documentaire » deRome[4].
À Rome, lesscribae travaillaient pour l'Ærarium, le trésor public romain, et pour les archives gouvernementales. Parmi les tâches duscriba figurait l'enregistrement desserments sur des tablettes publiques.
Lecaractère chinois 史 (shi) désigne indifféremment les métiers de scribe, historien, commis, archiviste ou secrétaire. Il apparaît pour la première fois dans desinscriptions oraculaires en os datant de la fin de lapériode Shang (vers 1200–1045 AEC), où il peut être interprété comme faisant référence à une sorte d'envoyé. Il fait partie aussi du composédashi 大史 (grand scribe), un terme qui désigne non seulement une personne accomplissant des tâches rituelles, mais nomme aussi un rituel spécifique.
Dans leChunqiu 春秋, le terme 史 (shi) n'est jamais mentionné. Cependant, son commentaire principal, leZuo Zhuan 左傳, lui décrit les tâches dévolues au scribe. Au-delà des fonctions rituelles initiales, les scribes conseillent désormais les souverains, consultent lesos oraculaires et accèdent au rôle d'astronomes. Ils sont aussi représentés comme des rédacteurs chargés des documents juridiques (ordonnances, mandats ou testaments)[5].
L'enregistrement des affaires gouvernementales n'était donc qu'une partie des tâches confiées aux scribes. L'examen de la fonction detaishi ling 太史令 et des carrières de ses deux occupants les plus éminents, Sima Tan 司馬談 etSima Qian (146 - 86 AEC), permet de souligner ce point. Lorsque Sima Tan et Sima Qian compilèrent leShiji, ils ne faisaient que des travaux d'historien ; leurs principales tâches consistaient à fixer lecalendrier annuel et à faire de ladivination. Comme pour ces plus hautes fonctions, les preuves trouvées par la recherche archéologique contemporaine suggèrent que le scribe pré impérial tardif et du début de l'Empire chinois était un fonctionnaire, non seulement formé à l'écriture et aux calculs d'arithmétique de base, mais aussi tenu de connaître les pratiques divinatoires et un peu demédecine[5].
À l'aube de l'ère impériale, lepinceau était devenu l'outil du métier de scribe, c'est ce qu’indique leLiji ouClassique des rites: « les scribes portent les pinceaux et les lettrés portent les mots » 史載筆,士載言. Il permettait d’écrire sur deslamelles de bambou, principaux supports pour les documents en Chine avant l'introduction généralisée dupapier au cours des deux premiers siècles de notre ère.
Une des images duLienzo de Tlaxcala, codex colonialtlaxcaltèque, élaboré en 1552. Elle illustre les guerriers tlaxcaltèques qui mènent l'attaque avec leurs alliés espagnols contre les guerriers de la région d'« Apcolco ».
Lestlacuilo (« celui qui écrit par la peinture ») étaient les scribesaztèques qui ont consacré toute leur jeunesse à l’apprentissage de ce système d’écriture complexe qu’est lecodex mésoaméricain (dessins etglyphes). On peut citer, à titre d'exemple, le codex colonialtlaxcaltèqueLienzo de Tlaxcala, élaboré en 1552 à la demande de la mairie deTlaxcala. Il fut rédigé et peint sur dupapier d'amate, en usage dans les culturesmésoaméricaines.